Partie I · La Trinité de Dieu · Chapitre 6

L’unité de la nature divine dans ses multiples appropriations

Résumé de la matière

Selon l’enseignement de l'Ecriture Sainte, que toutes les propriétés essentielles conviennent également et indifféremment aux trois personnes,

— L’unité est cependant appropriée au Père, vérité au Fils, la bonté à l’Esprit Saint ;

— A partir de là on tire, selon saint Hilaire, une seconde série d’appropriations : « l’éternité au

Père, la beauté à l’Image, la jouissance au Don ».

— Et de là une troisième série : au Père d’être la raison même de toute principiation, au Fils d’être la raison de toute exemplarité, au Saint Esprit d’être la raison de tout achèvement.

— Enfin une quatrième série : au Père la toute-puissance, au Fils l’omniscience, au Saint Esprit la bienveillance.

On dit que ces attributs sont appropriés ion parce qu’ils deviennent propres alors qu’ils demeurent communs, mais parce qu’ils nous conduisent à l’intelligence et à la connaissance des propriétés, c’est-à-dire ; des trois personnes.

Explication

Le premier principe est noble et parfait. Les conditions de l’être, les plus nobles et les plus générales sont donc suprêmement en lui. Ce sont l’un, le vrai, le bien qui n'affectent pas l’être selon les suppôts mais selon notre raison. Car l’un désigne l’être en tant qu’il est connumérable, du fait qu’en lui-même il n’est plus susceptible de division ; le vrai en tant qu’il est connaissable, parce qu’il n’est pas susceptible d’être divisé de sa propre espèce ; le bien en tant que communicable parce qu’il n’est pas susceptible d’être divisé de sa propre espèce ; Or, cette triple indivision comporte un ordre logique de sorte que le vrai présuppose l’un, et le bien présuppose l’un et le vrai. Ces conditions sont attribuées au premier principe, souverainement, par ce qu’elles sont parfaites et générales. Elles sont appropriées aux trois personnes parce qu’ordonnées l’une à l’autre. L’un souverain est approprié au Père, origine des personnes ; le vrai souverain au Fils, qui vient du Père en tant que Verbe ; Te bien souverain à l’Esprit Saint, qui vient des deux en tant qu’Amour et Don.

L’un souverain est souverainement premier parce qu’il manque de tout commencement, le vrai souverain est souverainement égal et beau, le bien souverain est souverainement utile et profitable. De là vient la seconde appropriation de saint Hilaire, l’éternité dans le Père qui n’a pas de commence ment mais est absolument premier, la beauté dans l’Image, c’est-à-dire dans le Verbe car il est souverainement beau, la jouissance dans le Don, c’est-à-dire dans l’Esprit Saint, parce qu’il est souveraine ment profitable et communicatif. Augustin insinue la même chose en termes différents : Dans le Père l’unité, dans le Fils l’égalité, dans l’Esprit Saint la concorde de l’unité et de l’égalité »

Ce qui est souverainement un et premier possède la raison d’être le principe et l’origine. Ce qui est souverainement beau possède la raison d’exprimer et d’être exemplaire ; ce qui est souverainement profitable et bon possède la raison d’être la fin, car le bien et la fin sont une seule et même chose. Donc, ressort la troisième raison d’appropriation : l’efficience au Père, l’exemplarité au Fils, la finalité à l’Esprit Saint.

Du principe premier et souverain découle tout pouvoir, du premier et souverain exemplaire tout savoir, de la fin souveraine tout vouloir Il est donc nécessaire que le premier soit tout-puissant, omniscient et bienveillant. L’unité première et souveraine, revenant sur elle-même par un retour complet et parfait est toute-puissante, de même la vérité revenant sur elle-même est omnisciente et la bonté revenant sur elle-même atteint la plus haute bienveillance. Ces attributs sont appropriés parce qu’ils insinuent un ordre. Car la volonté donne d’entrer préalablement dans la connaissance, la volonté et la connaissance présupposent une puissance et une vertu, car « pouvoir savoir, c’est un pouvoir »

Ce raisonnement manifeste les appropriés, les personnes auxquelles ils sont appropriés et la raison de ces appropriations. Les derniers attributs, puissance, sagesse et volonté sont surtout ceux par lesquels l'Ecriture Sainte glorifie la souveraine Trinité. II faut donc en parler maintenant brièvement.