(1) ... Nous avons appris que dans ce Liber responsionis fidei nostrae que nous avions envoyé à l'Eglise romaine par le régionnaire Pierre, il apparaissait audit Pape (Benoît II) que le premier chapitre avait été établi par nous de façon imprudente, là nous avons dit à propos de l'essence divine : " La volonté a engendré la volonté comme la sagesse la sagesse " ; cela, cet homme l'a négligé dans une lecture hâtive, et c'est pourquoi il a pensé que nous aurions employé ces expressions de façon relative ou au sens d'une comparaison avec l'esprit humain ; et c'est pourquoi il fut conduit à nous admonester dans sa réplique en disant : " Nous savons par l'ordre naturel que le verbe tire son origine de l'esprit, comme la raison et la volonté ; et on ne peut pas renverser ces termes en disant : comme le verbe et la volonté procèdent de l'esprit, de même aussi l'esprit procède du verbe ou de la volonté " ; et c'est à cause de cette comparaison que le pontife romain a pensé qu'on ne pouvait pas dire " volonté de la volonté " (ex voluntate).
Quant à nous, ce n'est pas au sens de cette comparaison avec l'esprit humain, ni au sens relatif, mais selon l'essence que nous avons dit : la volonté de la volonté (ex voluntate), comme aussi la sagesse de la sagesse (ex sapientia). Pour Dieu en effet être est la même chose que vouloir, et vouloir la même chose que savoir. Cela on ne peut pas le dire de l'homme. Car pour l'homme autre chose est ce qu'il est sans vouloir, et autre chose de vouloir même sans savoir. Mais il n'en est pas ainsi en Dieu, parce que sa nature est ainsi simple ; et c'est pourquoi pour lui être est la même chose que vouloir et savoir...
SERGE Ier : 15 décembre 687-8 septembre 701
Déclaration au sujet de la Trinité divine et de l'Incarnation
(4) Pour passer aussi à l'examen du deuxième chapitre dans lequel le même pape a pensé que nous aurions dit de façon imprudente que nous professions trois substances dans le Christ, le Fils de Dieu : de même que nous n'avons pas eu honte de défendre ce qui est vrai, de même certains peut-être ont- ils eu honte d'ignorer ce qui est vrai. Car qui ne saurait pas que chaque homme est fait de deux substances, à savoir de l'âme et du corps ? cf. 2Co 4,16 Ps 62,21
(5) Contrairement à cette règle nous trouvons de même dans les Ecritures qu'on peut comprendre l'homme tout entier lorsque habituellement est mentionnée la chair, ou qu'on peut entendre la perfection de l'homme tout entier lorsque parfois n'est mentionnée que l'âme. C'est pourquoi la nature divine et la nature humaine qui y est associée peuvent aussi bien être dites trois substances au sens propre que deux substances au sens figuré Mais autre chose est d'exprimer tout l'homme par une propriété, autre chose est de l'entendre tout entier à partir d'une partie. Il existe en effet une façon de parler que l'on trouve utilisée souvent dans les saintes Ecritures, par laquelle le tout est désigné à partir d'une partie : aussi cet emploi figuré est-il appelé par les grammairiens " synecdoque ".
La Trinité divine.
(Art. 1) Nous croyons et confessons que celle qui est l'auteur de toutes les créatures contenues dans le triple édifice du monde et qui les conserve est la Trinité indivisible
(2) à savoir le Père, qui est la source et l'origine de toute la divinité ; le Fils, qui est l'image complète de Dieu parce que a été exprimée en lui l'union avec la gloire du Père engendré de façon ineffable du sein du Père avant la venue de tous les siècles ; et l'Esprit Saint qui procède du Père et du Fils sans aucun commencement.
(3) Bien que ces trois soient séparées par la distinction des personnes, jamais cependant elles ne sont séparée dans la majesté de la puissance : leur divinité en effet est montrée comme étant d'une égalité inséparable. Et cependant, bien que le Père ait engendré le Fils, le Fils pour autant n'est pas le même que le Père, ni le Père le même que Fils, et l'Esprit Saint n'est pas non plus le Père et le Fils, mais seulement l'Esprit du Père et du Fils, lui- même égal au Père et au Fils. (4) On ne doit croire aucunement qu'il y a dans cette sainte Trinité quelque chose qui soit créé, esclave et serviteur ; de même on ne doit pas affirmer que quelque chose d'adventice ou de subreptice y serait en quelque sorte survenu dont il serait établi qu'à un moment elle ne l'aurait pas eu. ...
(6) Bien que pour ces personnes, en ce qu'elles sont par rapport à elles- mêmes, aucune possibilité de séparation ne puisse être trouvée, il existe cependant, quant à ce qui a trait à la distinction, quelque chose qui peut se rapporter à chacune de façon particulière : à savoir que le Père ne tient son origine de personne, que le Fils existe parce que le Père engendre, et que l'Esprit Saint procède de l'union du Père et du Fils. ...
(10) Et lorsque nous disons cela, nous ne confondons pas les propriétés des personnes, et nous ne séparons pas non plus l'unité de la substance ; et de même on ne doit pas croire que dans cette sainte Trinité quelque chose serait plus grand ou plus petit, ni que quelque chose serait imparfait ou susceptible de changement. ...
(12) C'est pourquoi il existe quelque chose qui dans cette sainte Trinité doit être confessé sans distinction. En cela en effet que le Père et le Fils et l'Esprit Saint sont chacun pour eux-mêmes, le Père doit être cru sans distinction comme un seul Dieu avec le Fils et l'Esprit Saint. Mais pour ce qui a trait à la relation, la propriété des trois personnes doit être proclamée de façon distincte, comme le proclame l'Evangéliste : Allez, enseignez toutes les nations au nom du Père et du Fils et de l'Esprit Saint Mt 28,19, On parle en effet de " relation " pour autant qu'une personne se réfère à l'autre ; en effet quand on dit " Père ", on n'en dit pas moins la personne du Fils, et quand on dit " Fils " il est montré que le Père est indubitablement présent en lui.
(13) Mais avec le terme " Esprit Saint " par lequel n'est pas désignée toute la Trinité mais la troisième personne qui est dans la Trinité, il n'apparaît pas tout à fait clairement comment, au sens de la relation, il se rapporte à la personne du Père et du Fils ; en effet si nous parlons de l'Esprit Saint du Père, nous ne parlons pas de façon corrélative du Père de l'Esprit Saint, de manière qu'on ne comprenne pas l'Esprit Saint comme Fils ; cependant pour d'autres termes par lesquels est désignée la personne de l'Esprit Saint, on voit clairement qu'ils comportent la relation. (14) C'est comme " don " en particulier que nous concevons l'Esprit Saint dont on sait qu'il est la troisième personne de la Trinité, pour la raison qu'il est donné aux croyants par le Père et le Fils avec lesquels, selon la foi, il est d'une unique essence ; c'est pourquoi si on parle du " don du donateur " et du " donateur du don ", on explique sans nul doute la relation ; cela, pour échapper à tout blâme, on doit le croire aussi du terme " Esprit Saint " lui-même.
Le Christ, le Fils de Dieu incarné.
(16) C'est pourquoi, bien que les oeuvres de la Trinité soient inséparables, nous professons cependant dans la foi... que ce n'est pas la Trinité tout entière qui a pris chair, mais seulement le Fils de Dieu qui a été engendré de la substance de Dieu Père avant les siècles, et qui à la fin des siècles est né de la Vierge Marie selon le texte de l'Evangile qui dit : " Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. Jn 1,14... (18) ... La prophétie de l'ange qui dit que l'Esprit Saint viendrait sur elle et que la puissance du Très-Haut, qui est le Fils de Dieu le Père, la couvrirait de son ombre Lc 1,35 montre que la Trinité tout entière coopère avec la chair du Fils. (19) De même en effet que la Vierge a gardé avant la conception la pudeur de la virginité, de même après la naissance elle n'a connu aucune atteinte à son intégrité ; car elle a conçu vierge, elle a enfanté vierge, et après la naissance elle a conservé la pudeur de l'incorruption sans qu'elle lui soit enlevée. ...
(22) Que le Fils de Dieu, engendré du Père non engendré, vrai du vrai, parfait du parfait, un de l'un, tout du tout, Dieu sans commencement, ait pris un homme parfait de Marie, la sainte et inviolée toujours vierge, cela est manifeste. (23) De même que nous lui attribuons la perfection de l'homme, de même nous croyons tout autant que sont en lui deux volontés, l'une de sa divinité, l'autre de notre humanité ; (24) cela est rendu pleinement manifeste par les paroles des quatre évangélistes lorsque parle notre Rédempteur ; il a en effet parlé ainsi : " Mon Père, s'il est possible que ce calice s'éloigne de moi ; mais non pas comme je veux mais comme toi " tu veux Mt 26,39 ; et encore : Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé Jn 6,38...
(25) Par ces paroles il montre aussi qu'il a référé sa volonté à l'homme qu'il a assumé, et celle du Père à la divinité dans laquelle le même est un et égal avec le Père : car pour ce qui a trait à l'unité de la divinité, la volonté du Père n'est pas une autre que celle du Fils ; il y a en effet une seule volonté là où il existe une seule divinité. Mais pour ce qui a trait à la nature de l'homme assumé, autre est la volonté de sa divinité, autre est celle de notre humanité. (26) C'est pourquoi en disant :
Non pas comme je veux, mais comme toi ", Mt 26,39, il montre clairement qu'il ne veut pas qu'advienne ce qu'il disait selon la volonté du sentiment humain, mais ce pour quoi, selon la volonté du père, il était descendu sur terre ; mais cette volonté du Père n'est aucunement contraire à la volonté du Fils, car pour ceux pour qui la divinité est une, la volonté ne peut pas être diverse et là où il ne peut pas exister de diversité dans la nature, on peut néanmoins énumérer en termes généraux des choses qu'on peut nombrer.
(27) C'est pourquoi, même s'il est vrai que, du fait d'une similitude comparable selon laquelle la Trinité est appelée mémoire, intelligence et volonté, ce mot " sainte volonté " est rapporté à la personne du Saint-Esprit, dès lors qu'on l'utilise en lui-même, il est dit selon la substance. (28) En effet, le Père est volonté, le Fils est volonté, l'Esprit Saint est volonté, de même que le Père est Dieu, que le Fils est Dieu et que l'Esprit Saint est Dieu, et beaucoup d'autres choses semblables qui sont dites selon la substance par ceux qui vénèrent en vérité la foi catholique, sans qu'il y ait aucune ambiguïté. (29) Et de même qu'il est catholique de dire : " Dieu de Dieu ", " lumière de lumière ", " clarté de clarté ", de même c'est une affirmation juste de la foi catholique de dire : " volonté de volonté " comme sagesse de sagesse, essence d'essence ; et de même que Dieu, le Père, a engendré Dieu, le Fils, de même la volonté, le Père, a engendré la volonté, le Fils. (30) Et bien que selon l'essence le Père est volonté, le Fils volonté, l'Esprit Saint volonté, on ne doit pas croire cependant que selon la relation ils sont un seul ; car un autre est le Père qui se réfère au Fils, un autre le Fils qui se réfère au Père, un autre l'Esprit Saint qui, parce qu'il procède du Père et du Fils, se réfère au Père et au Fils : non pas quelque chose d'autre, mais un autre ; car ceux qui ont en propre d'être un dans la nature de la divinité, ont une propriété particulière dans la distinction des personnes...
La résurrection des morts.
(35) De même que par sa Résurrection il nous a donné un exemple et que, nous vivifiant, après deux jours il est ressuscité le troisième jour, vivant d'entre les morts, de même nous voulons croire de toutes les façons que nous aussi nous ressusciterons à la fin des temps, non pas sous forme d'une ombre aérienne ou en celle d'une vision imaginaire, comme l'affirme l'opinion à réprouver de certains, mais dans la substance de la chair véritable dans laquelle nous nous trouvons et vivons à présent ; et au temps du jugement nous nous tiendrons devant le Christ et ses saints anges, et chacun rapportera ce qu'il a fait dans son corps, soit en bien, soit en mal 2Co 5,10, et il recevra de lui, soit pour ses actions le Règne et la béatitude sans fin, soit pour ses méfaits la mort de la damnation éternelle.
; L'éminence et la nécessité de l'Eglise du Christ
(36) La sainte Eglise catholique qui a cette foi, lavée par l'eau du baptême, rachetée par le précieux sang du Christ, qui n'a pas de ride dans sa foi et ne porte pas la tache d'une oeuvre impure Ep 5,23-27, est en effet riche de marques d'honneur, brille par sa vertu et resplendit des dons de l'Esprit Saint. (37) Avec le Christ Jésus notre Seigneur, sa tête dont elle est le corps sans aucun doute, elle régnera pour toujours ; et tous ceux qui maintenant ne se trouvent pas en elle ou qui ne s'y seront pas trouvés, qui en sont séparés ou s'en seront séparés, ou tous ceux qui, dans le mal du manque de foi, auront nié que les péchés y sont remis, ceux là, s'ils ne reviennent pas à elle à l'aide de la pénitence et s'ils ne croient pas d'une foi entachée d'aucun doute tout ce que le synode de Nicée..., l'assemblée de Constantinople... et l'autorité du premier concile d'Ephèse a décidé d'embrasser, et que la volonté unanime des saints pères à Chalcédoine ou des autres conciles, ou encore de tous les saints pères qui ont vécu dans la foi juste, prescrivent de garder, ils sont châtiés par une sentence de damnation éternelle, et seront brûlés à la fin des temps avec le diable et ses consorts sur un bûcher enflammé.
