Exposé : il arrive souvent que de deux non-croyants l'un se convertit à la foi, mais que l'autre, à ce moment-là, ne veuille pas se convertir, mais entende cependant cohabiter avec le fidèle sans mépris pour le Créateur et sans l'entraîner au péché mortel, et que même il promette d'embrasser lui aussi la foi ultérieurement, ce qu'il estime nécessaire de différer encore un certain temps pour des raisons particulières. C'est pourquoi le fidèle ne quitte pas le non-croyant mais ils continuent à cohabiter comme des époux, et cela pendant un certain temps et même pendant plusieurs années mais plus tard le non-croyant, ayant changé d'avis, non seulement ne veut plus la conversion, mais tente d'attirer le fidèle au culte des idoles, ou il se sépare et ne consent plus à habiter avec lui, et même contracte une autre union.
CLÉMENT XIII : 6 juillet 1758-2 février 1769
Privilège paulin
Questions : 1. Dans ce cas le fidèle qui est abandonné peut-il lui aussi se séparer et contracter une autre union, et le privilège promulgué par l'Apôtre s'applique-t-il alors "Si le non-croyant se sépare, qu'il se sépare" 1Co 7,15 ?
2. S'applique-t-il seulement lorsqu'un non-croyant se sépare par haine de la foi, ou aussi lorsqu'il se sépare en raison de discordes ou d'autres causes qui n'ont pas trait à la foi ?
3. Le fidèle peut-il également contracter une autre union lorsque le non- croyant s'est séparé de lui quelle qu'en soit la raison, et qu'il n'est pas possible de savoir s'il vit encore ou non ?
4. Un fidèle qui, en vertu d'une dispense, a contracté un mariage valide avec un non-croyant, peut-il contracter une autre union si le non- croyant se sépare, ou qu'il ne veut pas cohabiter, ou qu'il l'incite au péché mortel ?
5. D'une manière générale, et pendant combien de temps, un fidèle peut-il cohabiter après la conversion avec un non- croyant sans être privé de la possibilité de contracter une autre union ?
Réponses : Pour 1. Dans le cas dont il s'agit, oui.
Pour 2. Etant donné que du côté de l'époux converti milite la faveur de la foi, celui-ci peut en faire usage pour toute raison dès lors qu'elle est juste, à savoir s'il n'a pas fourni à l'autre époux un motif juste et fondé de séparation, mais en ce sens cependant que le lien du mariage avec le non-croyant ne sera considéré comme dissous que si le conjoint converti (l'autre, après interpellation, ayant refusé de se convertir) s'engage dans une autre union avec un fidèle.
Pour 3. Il faut que précède une interpellation par laquelle il est demandé au conjoint non croyant s'il veut se convertir : une interpellation dont le Siège apostolique dispense pour de justes causes.
Pour 4. Si un fidèle, après dispense, a contracté un mariage avec un infidèle, il est considéré comme l'ayant contracté avec une condition explicite : à savoir à condition que le non-croyant veuille cohabiter avec
lui sans injure à l'égard du créateur ; c'est pourquoi si le non-croyant ne respecte pas là condition susdite, il faut mettre en oeuvre les moyens de droit pour qu'il la respecte ; sinon ils doivent être séparés quant à la couche et à la cohabitation, mais non quant au lien ; c'est pourquoi, dans le cas dont il s'agit, aussi longtemps que le conjoint non croyant demeure vivant, le fidèle ne peut pas s'engager dans une autre union.
Pour 5. Au moment de la conversion celui qui s'est converti à la foi n'est pas considéré comme libéré du lien du mariage qu'il a contracté avec un non- croyant encore vivant ; il acquiert seulement par là le droit de s'engager dans une autre union, mais avec un croyant fidèle, et cela si après interpellation, le conjoint non croyant refuse de se convertir. Pour le reste le lien du mariage n'est dissous que lorsque le conjoint converti contracte de façon effective une autre union. Cependant si avant de recevoir le baptême l'époux converti devait avoir plusieurs épouses, et que la première refuse d'embrasser la foi, il peut alors légitimement retenir l'une d'entre elles dès lors qu'elle devient croyante ; mais dans ce cas les contractants doivent renouveler leur consentement mutuel devant le curé et des témoins.
