Catéchisme de l'Église Catholique Catéchisme de l'Église Catholique

Article 2

Dans la plénitude du temps

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Le drame de la prière nous est pleinement révélé dans le Verbe qui s’est fait chair et qui demeure parmi nous. Chercher à comprendre sa prière, à travers ce que ses témoins nous en annoncent dans l’Évangile, c’est nous approcher du Saint Seigneur Jésus comme du Buisson ardent : d’abord le contempler lui-même en prière, puis écouter comment il nous enseigne à prier, pour connaître enfin comment il exauce notre prière.

Jésus prie

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Le Fils de Dieu§470-473 devenu Fils de la Vierge a appris à prier selon son cœur d’homme. Il a appris les formules de prière de sa mère, qui conservait et méditait dans son cœur toutes les « grandes choses faites par le Tout-Puissant » 123. Il l’apprend dans les mots et les rythmes de la prière de son peuple, à la synagogue de Nazareth et au Temple. Mais sa prière jaillit d’une§584 source autrement secrète, comme il le laisse pressentir à l’âge de douze ans : « Je Me dois aux affaires de mon Père » 4. Ici commence à se révéler la nouveauté de la prière dans la plénitude des temps : la prière filiale, que§534 le Père attendait de ses enfants, va enfin être vécue par le Fils unique Lui-même dans son Humanité, avec et pour les hommes.
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L’Évangile selon saint Luc souligne l’action de l’Esprit Saint et le sens de la prière dans le ministère du Christ. Jésus prie avant les moments décisifs de sa mission : avant que le Père témoigne de lui lors de son Baptême 1 et de sa Transfiguration 2, et avant d’accomplir par sa Passion le Dessein§535§554 d’amour du Père 3. Il prie aussi§612 avant les moments décisifs qui vont engager la mission de ses Apôtres : avant de choisir et d’appeler les Douze§858§443 4, avant que Pierre le confesse comme « Christ de Dieu » 5 et afin que la foi du chef des Apôtres ne défaille pas dans la tentation 6. La prière de Jésus avant les événements du salut que le Père lui demande d’accomplir est une remise, humble et confiante, de sa volonté humaine à la volonté aimante du Père.
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« Un jour, quelque part, Jésus priait. Quand il eut fini, un de ses disciples lui demanda : Seigneur, apprends-nous à prier » 1. N’est-ce pas d’abord en contemplant son Maître prier que le disciple du Christ désire prier ? Il peut alors l’apprendre du Maître de la prière. C’est en contemplant et en écoutant le Fils que les enfants apprennent à prier§2765 le Père.
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Jésus se retire souvent à l’écart, dans la solitude, sur la montagne, de préférence de nuit, pour prier 123. Il porte les§616 hommes dans sa prière, puisque aussi bien il assume l’humanité en son Incarnation, et il les offre au Père en s’offrant lui-même. Lui, le Verbe qui a « assumé la chair », participe dans sa prière humaine à tout ce que vivent « ses frères » 4 ; il compatit à leurs faiblesses pour les en délivrer 56. C’est pour cela que le Père l’a envoyé. Ses paroles et ses œuvres apparaissent alors comme la manifestation visible de sa prière « dans le secret ».
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Du Christ, durant son ministère, les évangélistes ont retenu deux prières plus explicites. Or elles commencent chacune par§2637 l’action de grâces. Dans la première 1, Jésus confesse le Père, le reconnaît et le bénit parce qu’il a caché les mystères du Royaume à ceux qui se croient doctes et l’a révélé aux « tout petits » (les pauvres des Béatitudes). Son tressaillement§2546 « Oui, Père ! » exprime le fond de son cœur, son adhésion au « bon plaisir§494 » du Père, en écho au « Fiat » de Sa Mère lors de sa conception et en prélude à celui qu’il dira au Père dans son agonie. Toute la prière de Jésus est dans cette adhésion aimante de son cœur d’homme au « mystère de la volonté » du Père (Ep 1:9).
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La seconde prière est rapportée par saint Jean 1 avant la résurrection de Lazare. L’action de grâces précède l’événement : « Père, je te rends grâces de m’avoir exaucé », ce qui implique que le Père écoute toujours sa demande ; et Jésus ajoute aussitôt : « je savais bien que tu m’exauces toujours », ce qui implique que, de son côté, Jésus demande d’une façon constante. Ainsi, portée par l’action de grâce, la prière de Jésus nous révèle comment demander : Avant que le don soit donné, Jésus adhère à Celui qui donne et Se donne dans ses dons. Le Donateur est plus précieux que le don accordé, il est le « Trésor », et c’est en Lui qu’est le cœur de son Fils§478 ; le don est donné « par surcroît » 23.
La prière « sacerdotale » de Jésus 4 tient une place§2746 unique dans l’Économie du salut. Elle sera méditée en finale de la première Section. Elle révèle en effet la prière toujours actuelle de notre Grand Prêtre, et, en même temps, elle contient ce qu’il nous enseigne dans notre prière à notre Père, laquelle sera développée dans la deuxième Section.
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Quand l’Heure est venue où Il accomplit le Dessein d’amour du Père, Jésus laisse entrevoir la profondeur insondable de sa prière filiale, non seulement avant de se livrer librement 1, mais jusque dans ses dernières paroles§614 sur la Croix, là où prier et se donner ne font qu’un : « Mon Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » 2 ; « En vérité, je te le dis, dès aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » 3 ; « Femme, voici ton fils » – « Voici ta mère » 4 ; « J’ai soif ! » 5 ; « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » 67 ; « Tout est achevé » 8 ; « Père, je remets mon esprit entre tes mains » 9, jusqu’à ce « grand cri » où il expire en livrant l’esprit 1011.
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Toutes les détresses de l’humanité de tous les temps, esclave du péché et de la mort, toutes les demandes et les intercessions§403 de l’histoire du salut sont recueillies dans ce Cri du Verbe incarné. Voici que le Père les accueille et, au delà de toute espérance, les exauce en ressuscitant§653 son Fils. Ainsi s’accomplit et se consomme le drame de la prière dans l’Économie de la création et du salut. Le psautier nous en livre la clef dans le Christ§2587. C’est dans l’Aujourd’hui de la Résurrection que le Père dit : « Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui je t’ai engendré. Demande, et je te donne les nations pour héritage, pour domaine les extrémités de la terre ! » 12.
L’Epître aux Hébreux exprime en des termes dramatiques comment la prière de Jésus opère la victoire du salut : « C’est Lui qui aux jours de sa chair, ayant présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé en raison de sa piété, tout Fils qu’il était, il apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance ; après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel » 12.

Jésus enseigne à prier

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Quand Jésus prie il nous apprend déjà à prier. Le chemin théologal de notre prière est sa prière à son Père§520. Mais l’Évangile nous livre un enseignement explicite de Jésus sur la prière. En pédagogue il nous prend là où nous sommes et, progressivement, nous conduit vers le Père. S’adressant aux foules qui le suivent, Jésus part de ce qu’elles connaissent déjà de la prière selon l’Ancienne Alliance et les ouvre à la nouveauté du Royaume qui vient. Puis il leur révèle en paraboles cette nouveauté. Enfin, à ses disciples qui devront être des pédagogues de la prière dans son Église, il parlera ouvertement du Père et de l’Esprit Saint.
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Dès le Sermon sur la Montagne, Jésus insiste sur la conversion du cœur : la réconciliation avec le frère avant de présenter une§541§1430 offrande sur l’autel 1, l’amour des ennemis et la prière pour les persécuteurs 2, prier le Père « dans le secret » 3, ne pas rabâcher de multiples paroles 4, pardonner du fond du cœur dans la prière 5, la pureté du cœur et la recherche du Royaume 678. Cette conversion est toute polarisée vers le Père, elle est filiale.
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Le cœur ainsi décidé à se convertir, apprend à prier dans la foi. La foi est une adhésion filiale à Dieu, au-delà de ce que§153§1814 nous sentons et comprenons. Elle est devenue possible parce que le Fils bien-aimé nous ouvre l’accès auprès du Père. Il peut nous demander de « chercher » et de « frapper », puisqu’il est lui-même la porte et le chemin 12.
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De même que Jésus prie le Père et rend grâces avant de recevoir ses dons, il nous apprend cette audace filiale : « tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu » 1. Telle est la force de la prière, « tout est possible à celui qui croit§165 » 2, d’une foi « qui n’hésite pas » 3. Autant Jésus est attristé par le « manque de foi » de ses proches 4 et le « peu de foi » de ses disciples 5, autant il est saisi d’admiration devant la « grande foi » du centurion romain 6 et de la cananéenne 7.
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La prière de foi ne consiste pas seulement à dire « Seigneur, Seigneur », mais à accorder le cœur à faire la volonté du Père§2827 1. Ce souci de coopérer au Dessein divin, Jésus appelle ses disciples à le porter dans la prière 234.
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En Jésus « le Royaume de Dieu est tout proche », il appelle à la conversion et à la foi mais aussi à la vigilance. Dans§672 la prière, le disciple veille attentif à Celui qui Est et qui Vient dans la mémoire de sa première Venue dans l’humilité de la chair et dans l’espérance de son second Avènement dans la Gloire 12. En communion avec leur Maître, la prière§2725 des disciples est un combat, et c’est en veillant dans la prière que l’on n’entre pas en tentation 34.
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Trois paraboles principales sur la prière nous sont transmises par saint Luc :
La première, « l’ami importun » 1, invite à une§546 prière instante : « Frappez, et l’on vous ouvrira ». À celui qui prie ainsi, le Père du ciel « donnera tout ce dont il a besoin », et surtout l’Esprit Saint qui contient tous les dons.
La deuxième, « la veuve importune » 2, est centrée sur l’une des qualités de la prière : il faut§2559 toujours prier sans se lasser avec la patience de la foi. « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre » ?
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Quand Jésus confie ouvertement à ses disciples le mystère de la prière au Père, il leur dévoile ce que devra être leur prière, et la nôtre, lorsqu’il sera retourné, dans son Humanité glorifiée, auprès du Père. Ce qui est nouveau maintenant est de « demander en son Nom » 1. La foi§434 en Lui introduit les disciples dans la connaissance du Père, parce que Jésus est « le Chemin , la Vérité et la Vie » 2. La foi porte son fruit dans l’amour : garder sa Parole, ses commandements, demeurer avec Lui dans le Père qui en Lui nous aime jusqu’à demeurer en nous. Dans cette Alliance nouvelle, la certitude d’être exaucés dans nos demandes est fondée sur la prière de Jésus 3.
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Plus encore, ce que le Père nous donne lorsque notre prière est unie à celle de Jésus, c’est « l’autre Paraclet, pour être§728 avec vous à jamais, l’Esprit de Vérité » 1. Cette nouveauté de la prière et de ses conditions apparaît à travers le Discours d’adieu 23456. Dans l’Esprit Saint, la prière chrétienne est communion d’amour avec le Père, non seulement par le Christ, mais aussi en Lui : « Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en mon Nom. Demandez et vous recevrez, et votre joie sera parfaite » 7.

Jésus exauce la prière

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La prière à Jésus est déjà exaucée par lui durant son ministère, à travers des signes qui anticipent la puissance de sa Mort et de sa Résurrection : Jésus exauce la prière de foi, exprimée en paroles§548 1234 ou en silence 567. La demande pressante des aveugles : « Aie pitié de nous, fils de David » 8 ou « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi » 9 a été reprise dans la tradition de la Prière à Jésus : « Jésus, Christ, Fils§2667 de Dieu, Seigneur, aie pitié de moi, pécheur ! » Guérison des infirmités ou rémission des péchés, Jésus répond toujours à la prière qui l’implore avec foi : « Va en paix, ta foi t’a sauvé ! ».
Saint Augustin résume admirablement les trois dimension de la prière de Jésus : « Il prie pour nous en tant que notre prêtre, il prie en nous en tant que notre tête, il est prié par nous en tant que notre Dieu. Reconnaissons donc en Lui nos voix et sa voix en nous » 1234.

La prière de la Vierge Marie

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La prière de Marie nous est révélée à l’aurore de la Plénitude des temps. Avant l’Incarnation du Fils de Dieu et avant l’effusion§148 de l’Esprit Saint, sa prière coopère d’une manière unique au Dessein bienveillant du Père, lors de l’Annonciation pour la conception du Christ 1, lors de la Pentecôte§494 pour la formation de l’Église, Corps du Christ 2. Dans la foi de son humble servante le Don de Dieu trouve l’accueil qu’il attendait depuis le commencement des temps. Celle que le Tout-Puissant a faite « pleine de grâce » répond§490 par l’offrande de tout son être : « Voici la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole ». Fiat, c’est la prière chrétienne : être tout à Lui puisqu’Il est tout à nous.
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L’Évangile nous révèle comment Marie prie et intercède dans la foi : à Cana 1 la mère de Jésus prie son fils§2674 pour les besoins d’un repas de noces, signe d’un autre Repas, celui des noces de l’Agneau donnant son Corps et son Sang à la demande de l’Église, son Epouse. Et c’est à l’heure de la nouvelle Alliance, au pied de la Croix 2, que Marie est exaucée§726 comme la Femme, la nouvelle Ève, la véritable « mère des vivants ».
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C’est pourquoi le cantique de Marie 1, est à la fois le cantique de la Mère de Dieu et celui de l’Église, cantique de la Fille de Sion et du nouveau Peuple de Dieu, cantique d’action de grâces pour la plénitude de grâces répandues dans l’Économie du salut, cantique des « pauvres » dont l’espérance est comblée§724 par l’accomplissement des Promesses faites à nos pères « en faveur d’Abraham et de sa descendance, à jamais ».