Catéchisme de l'Église Catholique Catéchisme de l'Église Catholique

Chapitre 1

La révélation de la prière – l’appel universel à la prière

2566
L’homme est en quête de Dieu. Par la création Dieu appelle tout être du néant à l’existence. Couronné de gloire et de splendeur 1, l’homme§296 est, après les anges, capable de reconnaître qu’il est grand le Nom du Seigneur par toute la terre 2. Même après avoir perdu la ressemblance avec Dieu par son péché, l’homme reste à l’image de son Créateur. Il garde§355 le désir de Celui qui l’appelle à l’existence. Toutes les religions témoignent de cette§28 quête essentielle des hommes 3.
2567
Dieu, le premier, appelle l’homme. Que l’homme oublie son Créateur ou se cache loin de sa Face, qu’il coure après ses idoles ou accuse la divinité de l’avoir abandonné, le Dieu vivant et vrai appelle inlassablement§30 chaque personne à la rencontre mystérieuse de la prière. Cette démarche d’amour du Dieu fidèle est toujours première dans la prière, la démarche de l’homme est toujours une réponse. Au fur et à mesure que Dieu se révèle§142 et révèle l’homme à lui-même, la prière apparaît comme un appel réciproque, un drame d’Alliance. À travers des paroles et des actes, ce drame engage le cœur. Il se dévoile à travers toute l’histoire du salut.

Article 1 — Dans l’ancien testament

2568
La révélation de la prière dans l’Ancien Testament s’inscrit entre la chute et le relèvement de l’homme§410, entre l’appel douloureux de Dieu à ses premiers enfants : « Où es-tu ?... Qu’as-tu fait ? » 12 et la réponse du Fils unique entrant dans le monde 34. La prière est ainsi liée à l’histoire des hommes§2738, elle est la relation à Dieu dans les événements de l’histoire.§1736

La création – source de la prière

2569
C’est d’abord à partir des réalités de la création que se vit la prière. Les neuf premiers chapitres de la Genèse décrivent cette§288 relation à Dieu comme offrande des premiers-nés du troupeau par Abel 1, comme invocation du Nom divin par Enosh 2, comme « marche avec§58 Dieu » 3. L’offrande de Noé est « agréable » à Dieu qui le bénit, et à travers lui, bénit toute la création 45, parce que son cœur est juste et intègre : lui aussi « marche avec Dieu » 6. Cette qualité de la prière est vécue par une multitude de justes dans toutes les religions.
Dans son Alliance indéfectible avec les êtres vivants (voir Gn 9:8-16), Dieu appelle toujours les hommes à le prier. Mais c’est surtout§59 à partir de notre père Abraham qu’est révélée la prière dans l’Ancien Testament.

La Promesse et la prière de la foi

2570
Dès que Dieu l’appelle, Abraham part « comme le lui avait dit le Seigneur » 1 : son cœur est tout « soumis§145 à la Parole », il obéit. L’écoute du cœur qui se décide selon Dieu est essentielle à la prière, les paroles lui sont relatives. Mais la prière d’Abraham s’exprime d’abord par des actes : homme de silence, il construit, à chaque étape, un autel au Seigneur. Plus tard seulement apparaît sa première prière en paroles : une plainte voilée qui rappelle à Dieu ses promesses qui ne semblent pas se réaliser 2. Dès le début apparaît ainsi l’un des aspects du drame de la prière : l’épreuve de la foi en la fidélité de Dieu.
2571
Ayant cru en Dieu 1, marchant en sa présence et en alliance avec lui 2, le patriarche est prêt à accueillir sous sa tente son Hôte mystérieux : c’est l’admirable hospitalité de Mambré, prélude à l’Annonciation du vrai§494 Fils de la promesse 34. Dès lors, Dieu lui ayant confié son Dessein, le cœur d’Abraham est accordé à la compassion de son Seigneur pour les§2685 hommes et il ose intercéder pour eux avec une confiance audacieuse 5.
2572
Ultime purification de sa foi, il est demandé au « dépositaire des promesses » 1 de sacrifier le fils que Dieu§603 lui a donné. Sa foi ne faiblit pas : « C’est Dieu qui pourvoira à l’agneau pour l’holocauste » 2, « car Dieu, pensait-il, est capable même de ressusciter les morts » 3. Ainsi le père des croyants est-il conformé à la ressemblance du Père qui n’épargnera pas son propre Fils mais le livrera pour nous tous 4. La prière restaure l’homme à la ressemblance de Dieu et le fait participer à la puissance de l’amour de Dieu qui sauve la multitude 5.
2573
Dieu renouvelle sa promesse à Jacob, l’ancêtre des douze tribus d’Israël 1. Avant d’affronter son frère Esaü, il lutte toute une nuit avec « quelqu’un » de mystérieux qui refuse de révéler son nom mais le bénit avant de le quitter à l’aurore. La tradition spirituelle de l’Église a retenu de ce récit le symbole de la prière comme combat de la foi et victoire de la persévérance§162 23.

Moïse et la prière du médiateur

2574
Lorsque commence à se réaliser la Promesse (la Pâque, l’Exode, le don de la Loi et la conclusion de l’Alliance), la prière de Moïse est§62 la figure saisissante de la prière d’intercession qui s’accomplira dans « l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus » 1.
2575
Ici encore, Dieu vient, le premier. Il appelle Moïse du milieu du Buisson ardent 1. Cet événement restera l’une des§205 figures primordiales de la prière dans la tradition spirituelle juive et chrétienne. En effet, si « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » appelle son serviteur Moïse, c’est qu’il est le Dieu Vivant qui veut la vie des hommes. Il se révèle pour les sauver, mais pas tout seul ni malgré eux : il appelle Moïse pour l’envoyer, pour l’associer à sa compassion, à son œuvre de salut. Il y a comme une imploration divine dans cette mission et Moïse, après un long débat, ajustera sa volonté à celle du Dieu sauveur. Mais dans ce dialogue où Dieu se confie, Moïse apprend aussi à prier : il se dérobe, il objecte, surtout il demande, et c’est en réponse à sa demande que le Seigneur lui confie son Nom indicible qui se révèlera dans ses hauts faits.
2576
Or, « Dieu parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami » 1. La prière de Moïse est typique de la prière contemplative§555 grâce à laquelle le serviteur de Dieu est fidèle à sa mission. Moïse « s’entretient » souvent et longuement avec le Seigneur, gravissant la montagne pour l’écouter et l’implorer, descendant vers le peuple pour lui redire les paroles de son Dieu et le guider. « Il est à demeure dans ma maison, je lui parle bouche à bouche, dans l’évidence » 2, car « Moïse était un homme très humble, l’homme le plus humble que la terre ait porté » 3.
2577
Dans cette intimité avec le Dieu fidèle, lent à la colère§210 et plein d’amour 1, Moïse a puisé la force et la ténacité de son intercession. Il ne prie§2635 pas pour lui mais pour le peuple que Dieu s’est acquis. Déjà durant le combat avec les Amalécites 2 ou pour obtenir la guérison de Myriam 3, Moïse intercède. Mais c’est surtout après l’apostasie du peuple qu’il « se tient sur la brèche » devant Dieu 4 pour sauver le peuple 5(voir Ex 32:134:9). Les arguments de sa prière (l’intercession est aussi un combat mystérieux) inspireront l’audace des grands priants du peuple juif comme de l’Église : Dieu est amour§214, il est donc juste et fidèle ; il ne peut se contredire, il doit se souvenir de ses actions merveilleuses, sa Gloire est en jeu, il ne peut abandonner ce peuple qui porte son Nom.

David et la prière du roi

2578
La prière du peuple de Dieu va s’épanouir à l’ombre de la Demeure de Dieu, l’arche d’Alliance et plus tard le Temple. Ce sont d’abord les guides du peuple – les pasteurs et les prophètes – qui lui apprendront à prier. Samuel enfant a dû apprendre de sa mère Anne comment « se tenir devant le Seigneur » 1 et du prêtre Eli comment écouter Sa Parole : « Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute » 2. Plus tard, lui aussi connaîtra le prix et le poids de l’intercession : « Pour ma part, que je me garde de pécher contre le Seigneur en cessant de prier pour vous et de vous enseigner le bon et droit chemin » 3.
2579
David est par excellence le roi « selon le cœur de Dieu », le pasteur qui prie pour son peuple et en son nom§709, celui dont la soumission à la volonté de Dieu, la louange et le repentir seront le modèle de la prière du peuple. Oint de Dieu, sa prière est adhésion fidèle à la Promesse§436 divine 1, confiance aimante et joyeuse en Celui qui est le seul Roi et Seigneur. Dans les Psaumes David, inspiré par l’Esprit Saint, est le premier prophète de la prière juive et chrétienne. La prière du Christ, véritable Messie et fils de David, révèlera et accomplira le sens de cette prière.
2580
Le Temple de Jérusalem, la maison de prière que David voulait construire, sera l’œuvre de son fils, Salomon§583. La prière de la Dédicace du Temple 1 s’appuie sur la Promesse de Dieu et son Alliance, la présence agissante de son Nom parmi son Peuple et le rappel des hauts faits de l’Exode. Le roi élève alors les mains vers le ciel et supplie le Seigneur pour lui, pour tout le peuple, pour les générations à venir, pour le pardon de leurs péchés et leurs besoins de chaque jour, afin que toutes les nations sachent qu’il est le seul Dieu et que le cœur de son peuple soit tout entier à Lui.

Élie, les prophètes et la conversion du cœur

2581
Le Temple devait être pour le peuple de Dieu le lieu de son éducation à la prière : les pèlerinages, les fêtes, les sacrifices, l’offrande du soir, l’encens, les pains de « proposition », tous ces signes de la Sainteté§1150 et de la Gloire du Dieu Très Haut et tout Proche, étaient des appels et des chemins de la prière. Mais le ritualisme entraînait souvent le peuple vers un culte trop extérieur. Il y fallait l’éducation de la foi, la conversion du cœur. Ce fut la mission des prophètes, avant et après l’Exil.
2582
Elie est le père des prophètes, « de la race de ceux qui cherchent Dieu, qui poursuivent sa Face » 1. Son nom, « Le Seigneur est mon Dieu », annonce le cri du peuple en réponse à sa prière sur le mont Carmel 2. Saint Jacques renvoie à lui pour nous inciter à la prière : « La supplication ardente du juste a beaucoup de puissance » 3.
2583
Après avoir appris la miséricorde dans sa retraite au torrent de Kérit, il apprend à la veuve de Sarepta la foi en la parole de Dieu, foi qu’il confirme par sa prière instante : Dieu fait revenir à la vie l’enfant de la veuve 1.
Lors du sacrifice sur le mont Carmel, épreuve décisive pour la foi du peuple de Dieu, c’est à sa supplication que le feu§696 du Seigneur consume l’holocauste, « à l’heure où l’on présente l’offrande du soir » : « Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi ! » ce sont les paroles mêmes d’Elie que les liturgies orientales reprennent dans l’épiclèse eucharistique 2.
Enfin, reprenant le chemin du désert vers le lieu où le Dieu vivant et vrai s’est révélé à son peuple, Élie se blottit, comme Moïse, « au creux du rocher » jusqu’à ce que « passe » la Présence mystérieuse de Dieu 34. Mais c’est seulement sur la montagne de la Transfiguration que se dévoilera Celui§555 dont ils poursuivent la Face 5 : la connaissance de la Gloire de Dieu est sur la face du Christ crucifié et ressuscité 6.
2584
Dans le « seul à seul avec Dieu » les prophètes puisent lumière et force pour leur mission. Leur prière n’est§2709 pas une fuite du monde infidèle mais une écoute de la Parole de Dieu, parfois un débat ou une plainte, toujours une intercession qui attend et prépare l’intervention du Dieu sauveur, Seigneur de l’histoire 12345678.

Les Psaumes, prière de l’Assemblée

2585
Depuis David jusqu’à la venue du Messie, les Livres saints contiennent des textes de prière qui témoignent de l’approfondissement§1093 de la prière, pour soi-même et pour les autres 12345. Les psaumes ont été peu à peu rassemblés en un recueil de cinq livres : les Psaumes (ou « Louanges »), chef-d’œuvre de la prière dans l’Ancien Testament.
2586
Les Psaumes nourrissent et expriment la prière du peuple de Dieu comme Assemblée, lors des grandes fêtes à Jérusalem et chaque sabbat dans les synagogues. Cette prière est inséparablement personnelle et communautaire ; elle concerne ceux qui prient et tous les hommes ; elle monte de la Terre sainte et des communautés de la Diaspora mais elle embrasse toute la création ; elle rappelle les événements sauveurs du passé et s’étend jusqu’à la consommation de l’histoire ; elle fait mémoire des promesses de Dieu déjà réalisées et elle attend le Messie qui les accomplira définitivement. Priés et accomplis dans le Christ, les Psaumes demeurent essentiels à la prière de Son§1177 Église a.
2587
Le Psautier est le livre où la Parole de Dieu devient prière de l’homme. Dans les autres livres de l’Ancien Testament « les paroles proclament les œuvres » (de Dieu pour les hommes) « et font découvrir le mystère qui s’y trouve contenu » (DV 2). Dans le Psautier, les paroles du psalmiste expriment, en les chantant pour Dieu, Ses œuvres de salut. Le même Esprit inspire l’œuvre de Dieu et la réponse de l’homme. Le Christ unira l’une et l’autre§2641. En Lui, les psaumes ne cessent de nous apprendre à prier.
2588
Les expressions multiformes de la prière des Psaumes prennent forme à la fois dans la liturgie du temple et dans le cœur de l’homme. Qu’il s’agisse d’hymne, de prière de détresse ou d’action de grâce, de supplication individuelle ou communautaire, de chant royal ou de pèlerinage, de méditation sapientielle, les psaumes sont le miroir des merveilles de Dieu dans l’histoire de son peuple et des situations humaines vécues par le psalmiste. Un psaume peut refléter un événement du passé, mais il est d’une sobriété telle qu’il peut être prié en vérité par les hommes de toute condition et de tout temps.
2589
Des traits constants traversent les Psaumes : la simplicité et la spontanéité de la prière, le désir de Dieu lui-même à travers et avec tout ce qui est bon dans sa création, la situation inconfortable du croyant qui, dans son amour de préférence pour le Seigneur, est en butte à une foule d’ennemis et de tentations, et, dans l’attente de ce que fera le Dieu fidèle, la certitude de son amour et la remise à sa volonté. La prière des psaumes est toujours§304 portée par la louange et c’est pourquoi le titre de ce recueil convient bien à ce qu’il nous livre : « Les Louanges ». Recueilli pour le culte de l’Assemblée, il fait entendre l’appel à la prière et en chante la réponse : « Hallelou-Ya » ! (Alleluia), « Louez le Seigneur » !
Qu’y a-t-il de meilleur qu’un psaume ? C’est pourquoi David dit très bien : « Louez le Seigneur, car le Psaume est une bonne chose : à notre Dieu, louange douce et belle ! » Et c’est vrai. Car le psaume est bénédiction prononcée par le peuple, louange de Dieu par l’assemblée, applaudissement par tous, parole dite par l’univers, voix de l’Église, mélodieuse profession de foi. (saint Ambroise, expositio Psalmi CXVIII 1, 9 : PL 14, 924).

Article 2 — Dans la plénitude du temps

2598
Le drame de la prière nous est pleinement révélé dans le Verbe qui s’est fait chair et qui demeure parmi nous. Chercher à comprendre sa prière, à travers ce que ses témoins nous en annoncent dans l’Évangile, c’est nous approcher du Saint Seigneur Jésus comme du Buisson ardent : d’abord le contempler lui-même en prière, puis écouter comment il nous enseigne à prier, pour connaître enfin comment il exauce notre prière.

Jésus prie

2599
Le Fils de Dieu§470-473 devenu Fils de la Vierge a appris à prier selon son cœur d’homme. Il a appris les formules de prière de sa mère, qui conservait et méditait dans son cœur toutes les « grandes choses faites par le Tout-Puissant » 123. Il l’apprend dans les mots et les rythmes de la prière de son peuple, à la synagogue de Nazareth et au Temple. Mais sa prière jaillit d’une§584 source autrement secrète, comme il le laisse pressentir à l’âge de douze ans : « Je Me dois aux affaires de mon Père » 4. Ici commence à se révéler la nouveauté de la prière dans la plénitude des temps : la prière filiale, que§534 le Père attendait de ses enfants, va enfin être vécue par le Fils unique Lui-même dans son Humanité, avec et pour les hommes.
2600
L’Évangile selon saint Luc souligne l’action de l’Esprit Saint et le sens de la prière dans le ministère du Christ. Jésus prie avant les moments décisifs de sa mission : avant que le Père témoigne de lui lors de son Baptême 1 et de sa Transfiguration 2, et avant d’accomplir par sa Passion le Dessein§535§554 d’amour du Père 3. Il prie aussi§612 avant les moments décisifs qui vont engager la mission de ses Apôtres : avant de choisir et d’appeler les Douze§858§443 4, avant que Pierre le confesse comme « Christ de Dieu » 5 et afin que la foi du chef des Apôtres ne défaille pas dans la tentation 6. La prière de Jésus avant les événements du salut que le Père lui demande d’accomplir est une remise, humble et confiante, de sa volonté humaine à la volonté aimante du Père.
2601
« Un jour, quelque part, Jésus priait. Quand il eut fini, un de ses disciples lui demanda : Seigneur, apprends-nous à prier » 1. N’est-ce pas d’abord en contemplant son Maître prier que le disciple du Christ désire prier ? Il peut alors l’apprendre du Maître de la prière. C’est en contemplant et en écoutant le Fils que les enfants apprennent à prier§2765 le Père.
2602
Jésus se retire souvent à l’écart, dans la solitude, sur la montagne, de préférence de nuit, pour prier 123. Il porte les§616 hommes dans sa prière, puisque aussi bien il assume l’humanité en son Incarnation, et il les offre au Père en s’offrant lui-même. Lui, le Verbe qui a « assumé la chair », participe dans sa prière humaine à tout ce que vivent « ses frères » 4 ; il compatit à leurs faiblesses pour les en délivrer 56. C’est pour cela que le Père l’a envoyé. Ses paroles et ses œuvres apparaissent alors comme la manifestation visible de sa prière « dans le secret ».
2603
Du Christ, durant son ministère, les évangélistes ont retenu deux prières plus explicites. Or elles commencent chacune par§2637 l’action de grâces. Dans la première 1, Jésus confesse le Père, le reconnaît et le bénit parce qu’il a caché les mystères du Royaume à ceux qui se croient doctes et l’a révélé aux « tout petits » (les pauvres des Béatitudes). Son tressaillement§2546 « Oui, Père ! » exprime le fond de son cœur, son adhésion au « bon plaisir§494 » du Père, en écho au « Fiat » de Sa Mère lors de sa conception et en prélude à celui qu’il dira au Père dans son agonie. Toute la prière de Jésus est dans cette adhésion aimante de son cœur d’homme au « mystère de la volonté » du Père (Ep 1:9).
2604
La seconde prière est rapportée par saint Jean 1 avant la résurrection de Lazare. L’action de grâces précède l’événement : « Père, je te rends grâces de m’avoir exaucé », ce qui implique que le Père écoute toujours sa demande ; et Jésus ajoute aussitôt : « je savais bien que tu m’exauces toujours », ce qui implique que, de son côté, Jésus demande d’une façon constante. Ainsi, portée par l’action de grâce, la prière de Jésus nous révèle comment demander : Avant que le don soit donné, Jésus adhère à Celui qui donne et Se donne dans ses dons. Le Donateur est plus précieux que le don accordé, il est le « Trésor », et c’est en Lui qu’est le cœur de son Fils§478 ; le don est donné « par surcroît » 23.
La prière « sacerdotale » de Jésus 4 tient une place§2746 unique dans l’Économie du salut. Elle sera méditée en finale de la première Section. Elle révèle en effet la prière toujours actuelle de notre Grand Prêtre, et, en même temps, elle contient ce qu’il nous enseigne dans notre prière à notre Père, laquelle sera développée dans la deuxième Section.
2605
Quand l’Heure est venue où Il accomplit le Dessein d’amour du Père, Jésus laisse entrevoir la profondeur insondable de sa prière filiale, non seulement avant de se livrer librement 1, mais jusque dans ses dernières paroles§614 sur la Croix, là où prier et se donner ne font qu’un : « Mon Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » 2 ; « En vérité, je te le dis, dès aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » 3 ; « Femme, voici ton fils » – « Voici ta mère » 4 ; « J’ai soif ! » 5 ; « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » 67 ; « Tout est achevé » 8 ; « Père, je remets mon esprit entre tes mains » 9, jusqu’à ce « grand cri » où il expire en livrant l’esprit 1011.
2606
Toutes les détresses de l’humanité de tous les temps, esclave du péché et de la mort, toutes les demandes et les intercessions§403 de l’histoire du salut sont recueillies dans ce Cri du Verbe incarné. Voici que le Père les accueille et, au delà de toute espérance, les exauce en ressuscitant§653 son Fils. Ainsi s’accomplit et se consomme le drame de la prière dans l’Économie de la création et du salut. Le psautier nous en livre la clef dans le Christ§2587. C’est dans l’Aujourd’hui de la Résurrection que le Père dit : « Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui je t’ai engendré. Demande, et je te donne les nations pour héritage, pour domaine les extrémités de la terre ! » 12.
L’Epître aux Hébreux exprime en des termes dramatiques comment la prière de Jésus opère la victoire du salut : « C’est Lui qui aux jours de sa chair, ayant présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé en raison de sa piété, tout Fils qu’il était, il apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance ; après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel » 12.

Jésus enseigne à prier

2607
Quand Jésus prie il nous apprend déjà à prier. Le chemin théologal de notre prière est sa prière à son Père§520. Mais l’Évangile nous livre un enseignement explicite de Jésus sur la prière. En pédagogue il nous prend là où nous sommes et, progressivement, nous conduit vers le Père. S’adressant aux foules qui le suivent, Jésus part de ce qu’elles connaissent déjà de la prière selon l’Ancienne Alliance et les ouvre à la nouveauté du Royaume qui vient. Puis il leur révèle en paraboles cette nouveauté. Enfin, à ses disciples qui devront être des pédagogues de la prière dans son Église, il parlera ouvertement du Père et de l’Esprit Saint.
2608
Dès le Sermon sur la Montagne, Jésus insiste sur la conversion du cœur : la réconciliation avec le frère avant de présenter une§541§1430 offrande sur l’autel 1, l’amour des ennemis et la prière pour les persécuteurs 2, prier le Père « dans le secret » 3, ne pas rabâcher de multiples paroles 4, pardonner du fond du cœur dans la prière 5, la pureté du cœur et la recherche du Royaume 678. Cette conversion est toute polarisée vers le Père, elle est filiale.
2609
Le cœur ainsi décidé à se convertir, apprend à prier dans la foi. La foi est une adhésion filiale à Dieu, au-delà de ce que§153§1814 nous sentons et comprenons. Elle est devenue possible parce que le Fils bien-aimé nous ouvre l’accès auprès du Père. Il peut nous demander de « chercher » et de « frapper », puisqu’il est lui-même la porte et le chemin 12.
2610
De même que Jésus prie le Père et rend grâces avant de recevoir ses dons, il nous apprend cette audace filiale : « tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu » 1. Telle est la force de la prière, « tout est possible à celui qui croit§165 » 2, d’une foi « qui n’hésite pas » 3. Autant Jésus est attristé par le « manque de foi » de ses proches 4 et le « peu de foi » de ses disciples 5, autant il est saisi d’admiration devant la « grande foi » du centurion romain 6 et de la cananéenne 7.
2611
La prière de foi ne consiste pas seulement à dire « Seigneur, Seigneur », mais à accorder le cœur à faire la volonté du Père§2827 1. Ce souci de coopérer au Dessein divin, Jésus appelle ses disciples à le porter dans la prière 234.
2612
En Jésus « le Royaume de Dieu est tout proche », il appelle à la conversion et à la foi mais aussi à la vigilance. Dans§672 la prière, le disciple veille attentif à Celui qui Est et qui Vient dans la mémoire de sa première Venue dans l’humilité de la chair et dans l’espérance de son second Avènement dans la Gloire 12. En communion avec leur Maître, la prière§2725 des disciples est un combat, et c’est en veillant dans la prière que l’on n’entre pas en tentation 34.
2613
Trois paraboles principales sur la prière nous sont transmises par saint Luc :
La première, « l’ami importun » 1, invite à une§546 prière instante : « Frappez, et l’on vous ouvrira ». À celui qui prie ainsi, le Père du ciel « donnera tout ce dont il a besoin », et surtout l’Esprit Saint qui contient tous les dons.
La deuxième, « la veuve importune » 2, est centrée sur l’une des qualités de la prière : il faut§2559 toujours prier sans se lasser avec la patience de la foi. « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre » ?
2614
Quand Jésus confie ouvertement à ses disciples le mystère de la prière au Père, il leur dévoile ce que devra être leur prière, et la nôtre, lorsqu’il sera retourné, dans son Humanité glorifiée, auprès du Père. Ce qui est nouveau maintenant est de « demander en son Nom » 1. La foi§434 en Lui introduit les disciples dans la connaissance du Père, parce que Jésus est « le Chemin , la Vérité et la Vie » 2. La foi porte son fruit dans l’amour : garder sa Parole, ses commandements, demeurer avec Lui dans le Père qui en Lui nous aime jusqu’à demeurer en nous. Dans cette Alliance nouvelle, la certitude d’être exaucés dans nos demandes est fondée sur la prière de Jésus 3.
2615
Plus encore, ce que le Père nous donne lorsque notre prière est unie à celle de Jésus, c’est « l’autre Paraclet, pour être§728 avec vous à jamais, l’Esprit de Vérité » 1. Cette nouveauté de la prière et de ses conditions apparaît à travers le Discours d’adieu 23456. Dans l’Esprit Saint, la prière chrétienne est communion d’amour avec le Père, non seulement par le Christ, mais aussi en Lui : « Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en mon Nom. Demandez et vous recevrez, et votre joie sera parfaite » 7.

Jésus exauce la prière

2616
La prière à Jésus est déjà exaucée par lui durant son ministère, à travers des signes qui anticipent la puissance de sa Mort et de sa Résurrection : Jésus exauce la prière de foi, exprimée en paroles§548 1234 ou en silence 567. La demande pressante des aveugles : « Aie pitié de nous, fils de David » 8 ou « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi » 9 a été reprise dans la tradition de la Prière à Jésus : « Jésus, Christ, Fils§2667 de Dieu, Seigneur, aie pitié de moi, pécheur ! » Guérison des infirmités ou rémission des péchés, Jésus répond toujours à la prière qui l’implore avec foi : « Va en paix, ta foi t’a sauvé ! ».
Saint Augustin résume admirablement les trois dimension de la prière de Jésus : « Il prie pour nous en tant que notre prêtre, il prie en nous en tant que notre tête, il est prié par nous en tant que notre Dieu. Reconnaissons donc en Lui nos voix et sa voix en nous » 1234.

La prière de la Vierge Marie

2617
La prière de Marie nous est révélée à l’aurore de la Plénitude des temps. Avant l’Incarnation du Fils de Dieu et avant l’effusion§148 de l’Esprit Saint, sa prière coopère d’une manière unique au Dessein bienveillant du Père, lors de l’Annonciation pour la conception du Christ 1, lors de la Pentecôte§494 pour la formation de l’Église, Corps du Christ 2. Dans la foi de son humble servante le Don de Dieu trouve l’accueil qu’il attendait depuis le commencement des temps. Celle que le Tout-Puissant a faite « pleine de grâce » répond§490 par l’offrande de tout son être : « Voici la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole ». Fiat, c’est la prière chrétienne : être tout à Lui puisqu’Il est tout à nous.
2618
L’Évangile nous révèle comment Marie prie et intercède dans la foi : à Cana 1 la mère de Jésus prie son fils§2674 pour les besoins d’un repas de noces, signe d’un autre Repas, celui des noces de l’Agneau donnant son Corps et son Sang à la demande de l’Église, son Epouse. Et c’est à l’heure de la nouvelle Alliance, au pied de la Croix 2, que Marie est exaucée§726 comme la Femme, la nouvelle Ève, la véritable « mère des vivants ».
2619
C’est pourquoi le cantique de Marie 1, est à la fois le cantique de la Mère de Dieu et celui de l’Église, cantique de la Fille de Sion et du nouveau Peuple de Dieu, cantique d’action de grâces pour la plénitude de grâces répandues dans l’Économie du salut, cantique des « pauvres » dont l’espérance est comblée§724 par l’accomplissement des Promesses faites à nos pères « en faveur d’Abraham et de sa descendance, à jamais ».

Article 3 — Dans le temps de l’Église

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Le jour de la Pentecôte, l’Esprit de la Promesse a été répandu sur les disciples, « assemblés en un même lieu » 1, l’attendant « tous§731 d’un même cœur, assidus à la prière » 2. L’Esprit qui enseigne l’Église et lui rappelle tout ce que Jésus a dit 3, va aussi la former à la vie de prière.
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Dans la première communauté de Jérusalem, les croyants « se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion§1342 fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » 1. La séquence est typique de la prière de l’Église : fondée sur la foi apostolique et authentifiée par la charité, elle est nourrie dans l’Eucharistie.
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Ces prières sont d’abord celles que les fidèles écoutent et lisent dans les Écritures, mais ils les actualisent, celles des Psaumes en particulier, à partir de leur accomplissement dans le Christ 12. L’Esprit Saint§1092, qui rappelle ainsi le Christ à son Église orante, la conduit aussi vers la Vérité tout entière et suscite des formulations nouvelles qui exprimeront l’insondable Mystère du Christ à l’œuvre dans la vie, les sacrements et la mission de son Église. Ces formulations se développeront dans les grandes traditions liturgiques§1200 et spirituelles. Les formes de la prière, telles que les révèlent les Écritures apostoliques canoniques, resteront normatives de la prière chrétienne.

I. La bénédiction et l’adoration

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La bénédiction exprime le mouvement de fond de la prière chrétienne : elle est rencontre de Dieu et de l’homme ; en elle le Don§1078 de Dieu et l’accueil de l’homme s’appellent et s’unissent. La prière de bénédiction est la réponse de l’homme aux dons de Dieu : parce que Dieu bénit, le cœur de l’homme peut bénir en retour Celui qui est la source de toute bénédiction.
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Deux formes fondamentales expriment ce mouvement : tantôt, elle monte, portée dans l’Esprit Saint, par le Christ§1083 vers le Père 123 ; tantôt, elle implore la grâce de l’Esprit Saint qui, par le Christ, descend d’auprès du Père 4567.
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L’adoration est la première attitude de l’homme qui se reconnaît créature devant son Créateur. Elle exalte la grandeur du Seigneur§2096-2097 qui nous a fait 1 et la toute-puissance du Sauveur qui nous libère du mal. Elle est le prosternement de l’esprit devant le « Roi de gloire » 2 et le silence respectueux face au Dieu « toujours plus grand » a. L’adoration du Dieu trois fois saint et souverainement aimable confond d’humilité et donne assurance§2559 à nos supplications.

II. La prière de demande

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Le vocabulaire de la supplication est riche en nuances dans le Nouveau Testament : demander, réclamer, appeler avec insistance, invoquer, clamer, crier, et même « lutter dans la prière » 12. Mais sa forme la plus habituelle, parce que la plus spontanée, est la demande : C’est par la prière de demande que nous traduisons la conscience de notre relation à Dieu : créatures§396, nous ne sommes ni notre origine, ni maître des adversités, ni notre fin ultime, mais aussi, pécheurs, nous savons, comme chrétiens, que nous nous détournons de notre Père. La demande est déjà un retour vers Lui.
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Le Nouveau Testament ne contient guère de prières de lamentation, fréquentes dans l’Ancien Testament. Désormais dans le Christ ressuscité la demande de l’Église est portée par l’espérance, même si nous sommes encore dans§2090 l’attente et que nous ayons chaque jour à nous convertir. C’est d’une autre profondeur que jaillit la demande chrétienne, celle que s. Paul appelle le gémissement : celui de la création « en travail d’enfantement » 1, le nôtre aussi « dans l’attente de la rédemption de notre corps, car notre salut est objet d’espérance » 2, enfin « les gémissements ineffables » de l’Esprit Saint lui-même qui « vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons que demander pour prier comme il faut » 3.
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La demande du pardon est le premier§2838 mouvement de la prière de demande 1. Elle est le préalable d’une prière juste et pure. L’humilité confiante nous remet dans la lumière de la communion avec le Père et son Fils Jésus-Christ, et les uns avec les autres 23 : alors « quoi que nous Lui demandions, nous le recevrons de Lui » (1 Jn 3:22). La demande du pardon est le préalable de la liturgie eucharistique, comme de la prière personnelle.
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La demande chrétienne est centrée sur le désir et la recherche du Royaume qui vient, conformément à l’enseignement de Jésus 1234. Il y a une§2816 hiérarchie dans les demandes : d’abord le Royaume, ensuite ce qui est§1942 nécessaire pour l’accueillir et pour coopérer à sa venue. Cette coopération à la mission du Christ et de l’Esprit Saint, qui est maintenant celle de l’Église, est l’objet de la prière de la communauté apostolique 56. C’est la prière de Paul, l’Apôtre par excellence, qui nous révèle comment le souci divin de toutes les Églises doit animer la prière chrétienne 789101112. Par la prière tout baptisé travaille§2854 à la Venue du Royaume.
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Quand on participe ainsi à l’amour sauveur de Dieu, on comprend que tout besoin puisse devenir objet de demande§2830. Le Christ qui a tout assumé afin de tout racheter est glorifié par les demandes que nous offrons au Père en son Nom 1. C’est dans cette assurance que Jacques 2 et Paul nous exhortent à prier en toute occasion 3456.

III. La prière d’intercession

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L’intercession est une prière de demande qui nous conforme de près à la prière de Jésus. C’est Lui l’unique Intercesseur auprès du Père en faveur de tous les hommes, des pécheurs en particulier 123. Il est§432 « capable de sauver de façon définitive ceux qui par lui s’avancent vers Dieu, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur » 4. L’Esprit Saint lui-même « intercède pour nous [...] et son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu » 5.
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Intercéder, demander en faveur d’un autre, est, depuis Abraham, le propre d’un cœur accordé à la miséricorde de Dieu. Dans le temps§2571 de l’Église, l’intercession chrétienne participe à celle du Christ : elle est l’expression de la communion des saints. Dans l’intercession, celui qui prie ne « recherche pas ses propres intérêts, mais songe plutôt à ceux§2577 des autres » 1, jusqu’à prier pour ceux qui lui font du mal 234.
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Les premières communautés chrétiennes ont vécu intensément cette forme de partage 1234. L’Apôtre Paul les fait participer ainsi à son ministère de l’Évangile 567, mais il intercède aussi pour elles 8910. L’intercession des chrétiens ne connaît pas de frontières : « pour tous les hommes§1900, pour les dépositaires de l’autorité » 11, pour ceux qui persécutent 12, pour le salut§1037 de ceux qui repoussent l’Évangile 13.

IV. La prière d’action de grâces

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L’action de grâces caractérise la prière de l’Église qui, en célébrant l’Eucharistie, manifeste et devient davantage ce qu’elle§224§1328 est. En effet, dans l’œuvre du salut, le Christ libère la création du péché et de la mort pour la consacrer de nouveau et la faire retourner au Père, pour sa Gloire. L’action de grâces des membres du Corps participe à celle de leur Chef§2603.
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Comme dans la prière de demande, tout événement et tout besoin peuvent devenir offrande d’action de grâces. Les lettres de saint Paul commencent et se terminent souvent par une action de grâces, et le Seigneur Jésus y est toujours présent. « En toute condition, soyez dans l’action de grâces. C’est la volonté de Dieu sur vous dans le Christ Jésus » 1. « Soyez assidus à la prière ; qu’elle vous tienne vigilants dans l’action de grâces » 2.

V. La prière de louange

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La louange est la forme de prière qui reconnaît le plus immédiatement que Dieu est Dieu§213 ! Elle le chante pour Lui-même, elle lui rend gloire, au-delà de ce qu’il fait, parce qu’IL EST. Elle participe à la béatitude des cœurs purs qui l’aiment dans la foi avant de le voir dans la Gloire. Par elle, l’Esprit se joint à notre esprit pour témoigner que nous sommes enfants de Dieu 1, il rend témoignage au Fils unique en qui nous sommes adoptés et par qui nous glorifions le Père. La louange intègre les autres formes de prière et les porte vers Celui qui en est la source et le terme : « le seul Dieu, le Père, de qui tout vient et pour qui nous sommes faits » 2.
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Saint Luc mentionne souvent dans son Évangile l’émerveillement et la louange devant les merveilles du Christ, les souligne aussi pour les actions de l’Esprit Saint que sont les Actes des Apôtres : la communauté de Jérusalem 1, l’impotent guéri par Pierre et Jean 2, la foule qui en glorifie Dieu 3, et les païens de Pisidie qui « tout joyeux, glorifient la Parole du Seigneur » 4.
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« Récitez entre vous des psaumes, des hymnes et des cantiques inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur » 12. Comme les écrivains inspirés du Nouveau Testament, les premières communautés chrétiennes relisent le livre des Psaumes en y chantant le Mystère du Christ. Dans la nouveauté de l’Esprit§2587, elles composent aussi des hymnes et des cantiques à partir de l’Evénement inouï que Dieu a accompli en son Fils : son Incarnation, sa Mort victorieuse de la mort, sa Résurrection et son Ascension à sa droite 345678. C’est de cette « merveille » de toute l’Économie du salut que monte la doxologie, la louange de Dieu 9101112.
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La Révélation « de ce qui doit arriver bientôt », l’Apocalypse, est portée par les cantiques de la Liturgie céleste 123 mais aussi§1137 par l’intercession des « témoins » 4. Les prophètes et les saints, tous ceux qui furent égorgés sur la terre pour le témoignage de Jésus 5, la foule immense de ceux qui, venus de la grande tribulation, nous ont précédés dans le Royaume, chantent la louange de gloire de Celui qui siège sur le Trône et de l’Agneau 6. En communion avec eux, l’Église de la terre chante aussi ces cantiques, dans la foi et l’épreuve. La foi, dans la demande et l’intercession, espère contre toute espérance et rend grâce au « Père des lumières de qui descend tout don excellent » 7. La foi est ainsi une pure louange.
2643
L’Eucharistie contient et exprime toutes les formes de prière : elle est « l’offrande pure » de tout le Corps du Christ « à la gloire de son Nom » 1 ; elle est, selon les traditions d’Orient et d’Occident, « le sacrifice§1330 de louange ».