Section 46 · 642–675

Une espérance qui souvent tourne court devant la mort

La mort éloignée et pourtant présente

642 L'humanité contemporaine, du moins dans les sociétés occidentales, entretient un rapport ambigu avec la mort. Celle-ci est à la fois refoulée, escamotée, et omniprésente, voire envahissante.

Les morts sont tenus à distance, dans des services spécialisés. On fait en sorte que les enfants ne les voient pas. On initie à la vie, à la profession, aux beaux-arts ou aux différents sports. Mais on n'envisage presque jamais une préparation à la mort. Nous ne connaissons plus ces " arts de mourir "auxquels s'exercèrent nos ancêtres.

Les tentatives de refoulement de la mort ne l'empêchent pas d'être obsédante. Les médias et la littérature la montrent accomplissant son oeuvre sur les hommes politiques, sur les vedettes, ceux qu'on croyait les heureux de ce monde. Les médias parlent et reparlent des menaces qui pèsent aujourd'hui sur l'humanité : l'accident nucléaire, les armes chimiques et biologiques, mais aussi, en dépit des admirables progrès de la médecine, les maladies, et le SIDA qui s'ajoute au cancer.

La mort et la réincarnation

643 En même temps qu'on évite de penser à la mort, l'au-delà fascine. Nous avons déjà évoqué le succès de l'ésotérisme et des nouvelles gnoses.

La doctrine de la réincarnation en particulier, empruntée aux systèmes de pensée orientaux, exerce une véritable séduction aujourd'hui dans les pays occidentaux, dont le nôtre.

Même si ce qui est retenu en Occident de la croyance en la réincarnation ressemble parfois fort peu à ce qu'est la réincarnation dans les religions d'Extrême-Orient, cette croyance est, dans nos pays, significative de l'aspiration à vivre au-delà de la mort.

La doctrine de la réincarnation affirme la possibilité d'une nouvelle vie après la mort, par la transmigration de l'âme dans d'autres corps. Elle fait ainsi du corps un simple support provisoire, banalise la vie individuelle et lui enlève sa valeur singulière : le prix infini que Dieu lui accorde. Elle exclut la résurrection de la chair et aussi la réalité du pardon, puisqu'une de ses raisons serait de nous purifier de la vie antérieure. Aussi la foi chrétienne, qui tient que chaque homme est aimé par Dieu de manière unique et éternelle, et qu'il est destiné à vivre en communion avec lui, rejette formellement la doctrine de la réincarnation.

L'espérance chrétienne : voir Dieu

644 Les chrétiens se sentent solidaires de toutes les formes d'espérance, sans lesquelles l'humanité ne pourrait pas vivre. Ils y discernent quelque chose de la présence mystérieuse de Dieu dans le monde qu'il crée et qu'il aime. "Mû par la foi, se sachant conduit par l'Esprit du Seigneur qui remplit l'univers, le peuple de Dieu s'efforce de discerner dans les événements, les exigences et les requêtes de notre temps, auxquels il participe avec les autres hommes, quels sont les signes véritables de la présence ou du dessein de Dieu" (GS 11).

Cependant, l'espérance chrétienne ne se limite pas à ces mouvements d'espoir qui naissent au coeur des hommes. Prenant sa source dans la foi et dans les horizons nouveaux que la foi ouvre devant les yeux, elle permet d'affronter la mort et fait accéder celui qui espère à des réalités situées au-delà de la mort : la résurrection, la vie éternelle, la vision béatifiante de Dieu. Elle puise en Jésus ressuscité son secret, son audace et sa force.

645 L'espérance chrétienne n'est pas une fuite devant les réalités, parfois douloureuses, de ce monde, en particulier l'obstacle que représente la mort. Elle prend la mort tout à fait au sérieux. C'est une réalité humaine qu'elle ne considère pas simplement comme une donnée "naturelle", comme une fatalité, mais d'abord comme un scandale, comme un mal lié à tous les maux, au péché : quelque chose à quoi l'homme ne peut pas uniquement se résigner.

Dans l'Ancien Testament la mort, qui pèse sur l'homme comme un châtiment, est une énigme. Elle est vue comme la conséquence du péché d'Adam, le premier homme (cf. Gn 2,17 Gn 3,19). Car "Dieu n'a pas fait la mort, il, ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il a créé toutes choses pour qu'elles subsistent" (Sg 1,13-14). Dans le Nouveau Testament, l'apôtre Paul indique le lien du péché et de la mort : "Par un seul homme, Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort, et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché" (Rm 5,12). La venue du Christ va bousculer cette situation. En affrontant lui-même la mort, il en sort victorieux par la Résurrection. Pardonnant ses fautes, il donne à l'homme d'entrer pour toujours avec lui et avec ses frères dans la communion éternelle de vie divine inaltérable (cf GS 18). Tel est le "salut", telle est l'Alliance éternelle réalisée par Jésus Christ, le Sauveur.

La mort vaincue

646 La mort est entrée dans le monde par le péché "dès le début de l'histoire" ([GS 13). C'est désormais par la mort que tout homme accède à la rencontre définitive avec Dieu. Mais, dans cette rencontre, Dieu ne juge l'homme qu'en s'instituant en même temps son allié, son libérateur. Jésus, le Fils de Dieu, est venu prendre sur lui la mort des hommes, afin d'en changer totalement le sens. En Jésus crucifié la mort devient un passage à une vie nouvelle, transfigurée : la résurrection et la vision de Dieu.

"Oui, nous sommes destinés à mourir, mais quand la mort nous atteint, nous qui sommes pécheurs, ton coeur de Père nous sauve par la victoire du Christ qui nous fait revivre avec lui" (préface des défunts, no. 5).

647 En attendant de voir Dieu, nous croyons et nous espérons. Mais l'espérance et la foi, ce n'est pas encore la vision de Dieu : "Voir ce qu'on espère, ce n'est plus espérer : ce que l'on voit, comment peut-on l'espérer encore ? Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec persévérance" (Rm 8,24-25). La foi, pourtant, nous donne une certaine connaissance des réalités qui dépassent les frontières de cette vie et de ce monde. "Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai vraiment, comme Dieu m'a connu" (1Co 13,12).

Dès maintenant la foi permet de vivre autrement la mort : dans l'abandon, en union avec le Christ, alors même que la nature continue de regimber.

Fermeté de l'espérance chrétienne

648 Même quand elle reste comme cachée dans le coeur du croyant, l'espérance chrétienne dépasse infiniment en réalisme toute espérance purement humaine. Cela vient de l'assurance que donne la foi. La foi, en effet, est solidement fondée sur Dieu lui-même et sur ses promesses, dont elle tient la réalisation pour certaine (cf. [Tt 1,2).

L'espérance chrétienne fortifie le croyant dans toute son existence, dans le bonheur comme dans le malheur. Elle le soutient dans la persévérance, car elle n'est pas seulement une vertu humaine. Elle reçoit sa force de l'Esprit de Dieu qui habite l'âme du croyant : "Nous gommes ainsi en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a donné, par la foi, l'accès au monde de la grâce dans lequel nous sommes établis ; et notre orgueil à nous, c'est d'espérer avoir part à la gloire de Dieu. Mais ce n'est pas tout : la détresse elle-même fait notre orgueil, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la valeur éprouvée ; la valeur éprouvée produit l'espérance ; et l'espérance ne trompe pas, puisque l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné" (Rm 5,1-5).

Les chrétiens ne cessent de renouveler et de nourrir leur espérance par la prière et les sacrements, par la lecture et l'écoute en Église des Écritures, qui leur rappellent la solidité des promesses de vie éternelle avec Dieu, cette vie que Jésus nous a déjà acquise. Accueillant le don de l'Esprit Saint, arrhes de leur héritage (cf. Ep 1,14), les chrétiens travaillent à ce monde qui passe en attendant la venue du Christ dans la gloire.

649 Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur, Seigneur, écoute mon appel ! Que ton oreille se fasse attentive au cri de ma prière ! Si tu retiens les fautes, Seigneur, Seigneur, qui subsistera ? Mais près de toi se trouve le pardon pour que l'homme te craigne. J'espère le Seigneur de toute mon âme ; je l'espère, et j'attends sa parole. Mon âme attend le Seigneur plus qu'un veilleur ne guette l'aurore. Plus qu'un veilleur ne guette l'aurore, attends le Seigneur, Israël. Oui, près du Seigneur, est l'amour ; près de lui, abonde le rachat. C'est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes. (Ps 129)

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L'attente du règne de Dieu

650 L'avenir, sur lequel ouvre l'espérance chrétienne et qu'elle entrevoit comme "dans un miroir" ([1Co 13,12), n'est pas indéterminé. Il a été inauguré et manifesté par les paroles et les actes de Jésus, et par sa résurrection, en lesquels Dieu se révèle fidèle à ses promesses et à l'Alliance qu'il a nouée avec les hommes.

Cet avenir est esquissé par l'Écriture dans le thème du règne de Dieu, déjà commencé, et qui s'accomplira "quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père, après avoir détruit toutes les puissances du mal" (1Co 15,24).

Le règne de Dieu annoncé et inauguré par Jésus

651 L'Alliance établie avec Israël était destinée à constituer un "royaume de prêtres" ([Ex 19,6), qui rendrait à Dieu l'honneur qui lui revient, en reflétant sa sainteté (cf. Lv 11,44).

Le Royaume annoncé connaît une première réalisation avec David, le roi-messie, figure anticipatrice du Messie de la fin des temps.

Jésus, en qui se réalise cette figure, commence sa prédication en déclarant : "Le règne de Dieu est tout proche" (Mc 1,15). Ce qu'il proclame avec les béatitudes, c'est aussi la venue du Règne, promis aux pauvres et à ceux qui espèrent (cf. Mt 5,1-12).

Ce Règne connaît déjà une réalisation dans la communion, donnée en Jésus entre Dieu et les hommes. Mais il est encore en train de venir. Jésus apprend à ses disciples à invoquer cette venue dans la prière : "Que ton Règne vienne" (Mt 6,10). Ce Règne, enfin, ne sera vraiment accompli qu'à la fin des temps, avec la venue du Fils de l'Homme.

652 Plusieurs paraboles, empruntées à la vie de la nature, parlent du règne de Dieu et évoquent une croissance appelée à se poursuivre avant le temps de la récolte (cf. la parabole de l'ivraie et du bon grain, Mt 13,24-30 la parabole du grain moutarde, Mt 13,31-32 la parabole du levain, Mt 13,33).

L'attitude, à laquelle Jésus ne cesse d'exhorter ses disciples, est à la fois la patience et la vigilance : "Veillez donc, car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra [...\. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra" (Mt 24,42.44). "Veillez donc, répète-t-il dans la parabole des dix vierges, car vous ne savez ni le jour ni l'heure" (Mt 25,13).

Après la résurrection de Jésus, les chrétiens demeurent tendus vers le royaume des cieux et la venue du Christ ressuscité, qui remettra la royauté à son Père (cf. 1Co 15,24). "Amen ! Viens, Seigneur Jésus !" : cet appel clôt le livre de l'Apocalypse et, avec lui, l'ensemble des Écritures (Ap 22,20). La liturgie nous fait reprendre cet appel lors de l'acclamation qui suit, à chaque messe, la consécration eucharistique : "Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire."

Le Dieu de notre foi, de notre espérance et de notre prière est tout ensemble "celui qui est, qui était et qui vient" (Ap 1,8).

Des signes à discerner

653 Jésus ne s'est pas contenté d'annoncer que le règne de Dieu est proche. Il en donne des signes. Aux disciples de Jean qui viennent lui demander de la part de leur maître : "Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?", il se contente de répondre : "Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez" (Mt 11,3-5).

Tel est aussi le sens profond des miracles qui accompagnent la prédication de Jésus, et que saint Jean qualifie précisément de "signes". Ils sont l'inscription, dans le temps du ministère terrestre de Jésus, de la puissance de Dieu sur la maladie, le péché et la mort. En même temps qu'attestation de la mission divine de Jésus, ils sont, aux yeux de la foi, porteurs de la miséricorde de Dieu.

654 Signes de la venue du Règne dans notre histoire, tels sont également les sacrements. Mémoriaux des gestes du Sauveur, porteurs de la grâce de Dieu, ils préfigurent les cieux nouveaux et la nouvelle terre (cf. Ap 21,1), et ils anticipent une réalité à venir. Dans l'eucharistie notamment, "le mémorial de la passion du Christ est célébré, notre âme est remplie de sa grâce, et la gloire à venir nous est déjà donnée" (antienne du cantique de Marie à l'office du soir de la fête du Saint-Sacrement).

L'Église, elle-même en pèlerinage, portant "dans ses sacrements et ses institutions, qui relèvent de ce temps, la figure du siècle qui passe" (LG 48), a la "mission d'annoncer le royaume du Christ et de Dieu et de l'instaurer dans toutes les nations, formant de ce Royaume le germe et le commencement sur la terre. Cependant, tandis que peu à peu elle s'accroît, elle-même aspire à l'achèvement de ce Royaume, espérant de toutes ses forces et appelant de ses voues l'heure où elle sera, dans la gloire, réunie à son Roi" (LG 5).

L'au-delà dans l'espérance chrétienne

655 Alors que la pensée du ciel, de l'enfer et du purgatoire a tenu une place importante dans l'éducation et la pensée des chrétiens des époques antérieures, elle tend aujourd'hui à plus ou moins s'estomper. La critique marxiste a, par exemple, porté le soupçon sur l'attention à l'au-delà, et la crainte s'est insinuée que la pensée d'un autre monde détourne des tâches de celui-ci. En même temps, les chrétiens ont eu écho de diverses croyances en une vie au-delà de la mort qui ont pu fragiliser la foi de certains.

La foi chrétienne, même si elle laisse dans un certain mystère les réalités de l'au-delà, parce qu'elles débordent le champ de l'expérience, nous permet d'affirmer "ce que le coeur de l'homme n'avait pas imaginé" (1Co 2,9). Elle le tient de la Révélation et prend appui sur la résurrection du Christ : "Si le Christ n'est pas ressuscité, votre foi ne mène à rien [...\ et puis, ceux qui sont morts dans le Christ sont perdus. Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes" (1Co 15,17-19).

656 Il n'est pas possible de décrire ce qui échappe à l'expérience sensible. La Révélation propose des images, des analogies, des symboles, qui correspondent à nos situations et à nos aspirations humaines les plus profondes, pour nous faire pressentir cet au-delà (une communion avec Dieu, cf. Ap 21 des noces éternelles, cf. Ap 19,7-9). Ce faisant, et en dépit de l'imperfection des mots et des représentations qui cherchent à exprimer ces réalités invisibles, la foi chrétienne et l'espérance qu'elle nourrit sont source de courage en même temps que de paix intérieure.

Le sort des morts

657 La Révélation comporte, en lien avec l'annonce du Christ ressuscité, le promesse de "la résurrection de la chair" et de la "vie éternelle". Que dit-elle donc du sort de ceux et celles qui ne sont plus de ce monde et demeurent dans l'attente de l'achèvement ultime du règne de Dieu ?

Il est clair que les morts n'ont plus avec les êtres et les choses les mêmes relations qu'auparavant. L'Ancien Testament, du reste, met cri garde contre les pratiques d'interroger les morts (cf. [Dt 18,11). Il affirme toutefois que les morts ne sont pas anéantis. Ils subsistent de quelque manière, mystérieusement, auprès de Dieu (cf. Sg 3,1-9).

La prière pour les morts, présente déjà dans le judaïsme (cf. 2M 12,43), recommandée et pratiquée ensuite par l'Église, atteste qu'ils ont une certaine forme d'existence (cf. GS 18). Le Nouveau Testament a repris la symbolique juive d'un lieu où les morts attendent, mais il affirme que la mort permet une relation nouvelle avec le Christ (cf. 2Co 5,8 Ph 1,23). Ainsi "l'union de ceux qui sont encore en chemin avec leurs frères qui se sont endormis dans la paix du Christ n'est nullement interrompue" (LG 49).

L'immortalité de l'âme

658 En accueillant cette vérité qu'à la mort la vie humaine n'est pas totalement détruite, qu'elle est transformée dans une communion nouvelle avec Dieu, l'Église soutient que subsiste après la mort un élément spirituel, traditionnellement appelé "âme". En relation avec le Dieu immortel qui l'a créée, l'âme est elle-même immortelle (cf. concile du Latran V, [DS 1440 FC 267).

Le mot âme est à entendre dans le sens utilisé par l'Écriture et la Tradition, à savoir comme principe spirituel et vital de la personne humaine source de son unité, et non comme une partie de l'homme à côté du corps. L'homme est "corps et âme mais vraiment un" (GS 14).

C'est en comprenant l'âme de cette façon que le livre de la Sagesse contient l'affirmation de son immortalité. La conviction que l'homme continue de subsister après la mort dans sa relation à Dieu s'appuie sur la foi en ce Dieu qui "n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants" (Mc 12,27). "L'Église affirme la survivance et la subsistance après la mort d'un élément spirituel qui est doué de conscience et de volonté en sorte que le "moi" humain subsiste. Pour désigner cet élément, l'Église emploie le mot "âme", consacré par l'usage de l'Écriture et de la Tradition" (Congrégation pour la doctrine de la foi, Lettre sur quelques questions concernant l'eschatologie, mai 1979).

Doué d'une âme immortelle, l'homme peut, dès sa mort, rencontrer son créateur et Seigneur.

Le jugement particulier

659 Au moment de la mort, l'existence de chaque homme est placée sous la lumière de Dieu et cette lumière éclaire tout ce qui a été vécu. C'est ce que l'on appelle le jugement particulier. Ce jugement particulier (il concerne chacun au moment de sa mort) n'attend pas la fin des temps. Il détermine la "situation intermédiaire" dans laquelle se trouvent les défunts avant le jugement général (où la vérité sera faite sur la vie et l'histoire de l'humanité tout entière) et la résurrection des morts. Chacun est mis par Dieu en face de sa vérité. Jugement sauveur pour ceux qui auront accueilli les paroles du Christ (cf. [Jn 12,46-48), pour ceux qui auront fait le bien, jugement de condamnation pour ceux qui auront fait le mal (cf. 2Co 5,10), il n'a rien d'arbitraire et consacre la valeur de toute vie.

Le salut accordé prend la forme de la vision béatifique, où est contemplé "dans la pleine lumière, tel qu'il est, le Dieu en trois personnes" (concile de Florence, en 1439, DS 1305 FC 967). Cette vision comble l'homme de la joie parfaite. Dieu, tel qu'il est, constitue l'objet de l'espérance chrétienne et comble toutes les aspirations profondes de l'homme.

660 Pour parvenir à cette contemplation de Dieu, une "étape" de purification, appelée purgatoire, peut être nécessaire. Il ne s'agit ni d'un lieu, ni d'un temps ; on peut parler plutôt d'un état. En tout cas, le purgatoire, qui est bien une peine, n'est pas à concevoir comme une punition, par laquelle Dieu se vengerait en quelque sorte de nos infidélités. La communion avec Dieu, dans laquelle nous introduit la mort, nous fait prendre conscience douloureusement de nos, imperfections et de nos refus d'aimer, et du besoin de nous laisser purifier par la puissance salvatrice du Christ.

C'est Dieu lui-même qui purifie et transforme. Mais la Tradition de l'Église catholique affirme que ceux qui sont au purgatoire bénéficient des prières et des supplications adressées en leur faveur à Dieu par leurs frères, et aussi de l'intercession des saints déjà introduits dans la béatitude de la vision de Dieu.

Le ciel et l'enfer

661 Le jugement qui s'opère dans la lumière du Christ, conduit finalement à deux situations opposées : le ciel et l'enfer. Il s'agit là de réalités de la foi chrétienne, clairement attestées dans l'Écriture, même si c'est dans un langage nécessairement imagé. Les perspectives ainsi ouvertes sur la destinée humaine font entrevoir le sérieux que tout homme doit accorder aux options fondamentales qui conduisent son existence en ce monde (cf. [Mt 5,1-12 Jn 5,22-30 1Jn 3,14) et qui se traduisent toujours par des conduites concrètes (cf. Mt 25,31-46).

662 Le ciel désigne proprement le monde de Dieu. C'est dans ce sens que nous nous adressons à Dieu dans la prière du Seigneur : "Notre Père qui es aux cieux." Le Nouveau Testament parle, dans le même sens tantôt du "royaume de Dieu", tantôt du "royaume des cieux". "Aller au ciel", c'est aller rejoindre le Christ, dans le "paradis" (cf. Lc 23,43), pour "être avec lui", "demeurer avec lui" (cf. Ph 1,23 Rm 6,8).

Le ciel est l'accomplissement de la vie, la plénitude de vie dans l'amour de Dieu Trinité et de nos frères. La Bible exprime cette plénitude : le ciel est béatitude éternelle pour l'homme, participation plénière à la vie même de la Trinité, vision de Dieu face à face (1Co 13,12), joie et paix sans fin. Le langage de l'Apocalypse laisse entrevoir un état de lumière et de vie (cf. Ap 21,1-4 Ap 22,35).

Le bonheur du ciel n'est pas un bonheur solitaire. Communion avec Dieu, il est aussi communion avec tous ceux qui vivent de l'amour de Dieu, de son Esprit, avec ceux qui sont sur terre et avec ceux qui n'y sont plus. Il est la réalisation achevée de la communion des saints (cf. LG 49).

663 L'enfer est l'aboutissement d'un refus absolu de Dieu et de tout secours offert par lui, Il est négation de la vie et de la joie que Dieu propose. Le Nouveau Testament le désigne comme un état de damnation, c'est-à-dire de condamnation éternelle, "préparé pour le démon et ses anges" (Mt 25,41), comme un état de perdition définitive (cf. Lc 16,23-26), prenant la figure d'une "seconde mort" (Ap 2,11 Ap 20,14).

Personne ne peut affirmer que tel ou tel homme soit par sa propre faute en enfer. Mais l'enfer indique que l'homme a la possibilité de refuser définitivement la vie offerte par Dieu. L'amour de Dieu est tel qu'il respecte trop l'homme pour s'imposer à lui ; il crée l'homme libre. Dieu, qui "veut que tous les hommes soient sauvés" (1Tm 2,4), agit pour les arracher au mal et au péché, et les ouvrir à la vie. Mais il prend au sérieux la liberté de l'homme et reconnaît l'importance de ses décisions.

La venue du Christ dans la gloire

664 "Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts, et son règne n'aura pas de fin" (Symbole de Nicée-Constantinople).

La venue du Christ dans la gloire, confessée dans le Credo, n'est pas la simple reproduction de sa première venue, qui l'a conduit à la mort. C'est la manifestation finale du Ressuscité, qui "ne meurt plus" (Rm 6,9). Le Christ glorieux ne viendra pas compenser par une victoire inscrite à l'intérieur de l'histoire des hommes l'échec apparent de la Croix. Le Royaume qu'il a annoncé et inauguré, et qui trouve alors son achèvement, "ne vient pas de ce monde" (Jn 18,36).

Cependant le Christ glorieux, qui viendra dans la gloire, est bien Celui qui est déjà venu, Celui qui, dans sa résurrection, a triomphé du péché et de la mort, Celui qui ne cesse d'advenir dans nos vies, spécialement à travers les sacrements, qui font "mémoire" de lui "jusqu'à ce qu'il vienne" (1Co 11,26).

665 Nous n'avons ni à imaginer ni à programmer cette venue du Christ, dont le jour et l'heure, aussi bien que les modalités, sont connus du Père seul (cf. Mt 24,36).

A plusieurs reprises, des spéculations se sont développées concernant la date de la fin du monde, ou l'inauguration sur cette terre d'un nouveau règne du Christ, qui devrait durer mille ans (d'où le nom de millénarisme donné à ces théories). L'Église récuse ce genre de spéculations.

Il suffit de nous préparer dans l'espérance à la venue de ce jour où, après avoir détruit toutes les formes d'esclavage, et jusqu'au "dernier ennemi", la mort, le Christ paraîtra en pleine gloire (cf. 1Co 15,20-27).

Saint Paul nous fait reconnaître dans la résurrection des morts un point décisif de la foi chrétienne : "S'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ, lui non plus, n'est pas ressuscité. Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre message est sans objet, et votre foi est sans objet" (1Co 15,13-14).

La résurrection des morts

666 La résurrection des morts ("la résurrection de la chair", comme dit le Symbole des Apôtres) trouve son principe dans la résurrection du Christ, "premier-né d'entre les morts" (Col 1,18), "prémices de ceux qui se sont endormis" (1Co 15,20).

Dans l'Ancienne Alliance il est question de la résurrection personnelle des morts, surtout dans la période des martyrs d'Israël (cf. 2 M 7,11.23). La foi en la résurrection des morts, précédée depuis l'Exil par l'expérience de la résurrection du peuple d'Israël, est née de la conviction que la relation avec Dieu ne peut pas être détruite pour les justes qui ont été jusqu'à sacrifier leur vie pour rester fidèles à Dieu. Dieu ne peut abandonner à la mort ceux qui le servent. Mais il faut l'événement de la résurrection du Christ pour que s'établisse définitivement la certitude de la résurrection personnelle des morts.

La résurrection du Christ a attesté la fidélité et la force invincible de l'amour du Père. Elle est l'oeuvre de l'Esprit qui continuait d'unir le Père et le Fils au sein même de la passion et de la mort de Jésus. Or cet Esprit est donné aux croyants baptisés et confirmés. Donc, "si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, déclare saint Paul aux Romains, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous" (Rm 8,11).

667 Ce que nous sommes déjà dans le Christ ressuscité, par le baptême et par le don de l'Esprit, appelle pourtant encore une transformation. L'homme ressuscitera dans sa propre chair, mais dans une chair transfigurée, semblable à celle du Christ glorieux. Saint Paul parle ainsi de corps "spirituel" ou "plein de gloire".

Il est impossible de décrire ce que sera cette transformation. Déjà, Jésus, interrogé à ce propos, avait demandé de ne pas se laisser entraîner dans des débordements de l'imagination. Des sadducéens avaient voulu lui tendre un piège en racontant l'histoire d'une femme qui avait eu successivement, de manière légitime, sept maris. "A la résurrection, demandèrent-ils, duquel des sept sera-t-elle l'épouse, puisqu'elle leur a appartenu à tous ?" Jésus leur répondit : "Vous êtes dans l'erreur, en méconnaissant les Écritures, et la puissance de Dieu. A la résurrection, en effet, on ne se marie pas, mais on est comme les anges dans le ciel. Au sujet de la résurrection des morts, n'avez-vous pas lu ce que Dieu vous a dit : Moi, je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob ? Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants" (Mt 22,28-32).

Dans une ébauche, très lointaine sans doute, de ce que l'Esprit de Dieu réalisera lorsqu'il s'emparera de tout notre corps, de la chair qui est la nôtre, saint Paul souligne surtout la radicale nouveauté d'un corps "spirituel" : "Ce qui est semé dans la terre est périssable, ce qui ressuscite est impérissable ; ce qui est semé n'a plus de valeur, ce qui ressuscite est plein de gloire ; ce qui est semé est faible, ce qui ressuscite est puissant ; ce qui est semé est un corps humain, ce qui ressuscite est un corps spirituel" (1Co 15,42-44).

668 La résurrection des corps s'inscrit dans le cadre de la "nouvelle création", tout entière oeuvre de la puissance de Dieu et semblable à une naissance (cf. Rm 8,22-23 1Co 15,50-53).

"Si ce plan de salut n'est pas encore accompli, car les hommes meurent toujours, et leurs corps sont toujours décomposés par la mort, cela ne doit pas être un motif d'incroyance. Déjà nous avons reçu une avance sur tous les biens qui nous sont promis, en la personne de celui qui est notre premier-né ; par lui nous nous sommes élevés vers le ciel, et nous partageons le trône de celui qui nous a emportés dans les hauteurs, ainsi que le dit saint Paul : Avec lui il nous a ressuscités, avec lui il nous a fait régner aux cieux, dans le Christ Jésus." (Anastase, abbé du Sinaï, vers 700, Homélie sur la résurrection, 5, 6).

Le jugement universel et la fin du monde

669 Au-delà de la destinée individuelle de l'homme, la Révélation ouvre devant nos yeux les perspectives d'un accomplissement dernier de toute l'humanité, dans un jugement général, universel, lié à la résurrection des corps, et qui exprime la dimension collective du salut : on n'est pas sauvé tout seul. Tout sera établi selon la "justice de Dieu", et le Christ viendra "juger les vivants et les morts", restaurer le sens de toute la réalité créée du ciel et de la terre, la récapituler en lui et la remettre à son Père (cf. [Ep 1,10 Ap 1,8 Ap 22,13).

La perspective d'un jugement général, dernier qui, par nature, relève exclusivement de Dieu, souligne la valeur relative et fragile des jugements que l'homme peut porter sur lui-même et sur les autres (cf. Lc 6,37). C'est pourquoi Jésus recommande de ne pas juger trop vite, de laisser le bon grain croître à côté de l'ivraie, jusqu'à la moisson finale (cf Mt 13,24-30).

670 Cependant, la fin du monde, que nous ne devons chercher à nous représenter, n'est pas à attendre passivement. Cette heureuse venue du Christ dans la gloire, nous devons la préparer en travaillant à rendre le monde toujours plus conforme aux vues de Dieu, telles que Jésus nous les a fait connaître dans sa prédication du Royaume. Cette terre est le lieu de la "croissance du règne du Christ" (GS 39), où s'ébauche le siècle à venir, et où déjà se réalise le jugement.

Jésus a clairement dit dans une parabole que ceux qui auront en ce monde-ci vécu dans une charité active au service de leurs frères, recevront en héritage le Royaume préparé depuis la création du monde (cf. Mt 25,31-46). Dieu seul révélera, au jour du jugement, la valeur certaine et durable de tout ce qu'il y aura eu de bon et de vrai dans les hommes. et dans le monde.

671 Quand le Fils de l'Homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres il placera les brebis à sa droite, et les chèvres à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite "Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j'avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli, j'étais nu, et vous m'avez habillé ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus jusqu'à moi !" Alors les justes lui répondront : "Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu... tu avais donc faim, et nous t'avons nourri ? tu avais soif, et nous t'avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t'avons accueilli ? tu étais nu, et nous t'avons habillé ? tu étais malade ou en prison... Quand sommes-nous venus jusqu'à toi ?" Et le Roi leur répondra : "Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait." Alors il dira à ceux qui seront à gauche "Allez-vous-en loin de moi, maudits, dans le feu éternel préparé pour le démon et ses anges. Car j'avais faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'avais soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'étais un étranger, et vous ne m'avez pas accueilli, j'étais nu et vous ne m'avez pas habillé ; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité." Alors ils répondront, eux aussi : "Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu avoir faim et soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?" Il leur répondra : "Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait." Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. (Mt 25,31-46)

La vie éternelle

672 Après la résurrection des morts le Credo confesse la vie éternelle, ou la vie du monde à venir.

"Puisque, dans cette sainte Église catholique, nous recevons des préceptes et des moeurs d'une grande noblesse, nous aurons en héritage le royaume des cieux et la vie éternelle. Pour que le Seigneur nous l'accorde, nous supportons tout. Car le but qui nous est fixé ne consiste pas en peu de choses : il s'agit de gagner la vie éternelle. C'est pourquoi, dans le Symbole des Apôtres après l'article : je crois à la résurrection de la chair, c'est-à-dire des morts (nous en avons discuté), nous affirmons croire à la vie éternelle : c'est pour elle que les chrétiens combattent.

Donc la vie réelle et vraie, c'est le Père ; par le Fils, dans le Saint Esprit, il fait jaillir les dons du ciel sur toutes les créatures ; et c'est par sa bonté que nous avons reçu, nous aussi les hommes, la promesse infaillible des biens de la vie éternelle" (saint Cyrille de Jérusalem, 4e siècle, Catéchèses baptismales, 18,29).

673 Cette vie éternelle est la continuité et l'épanouissement de notre vie d'union au Christ dès cette terre (cf. [Jn 17,3). Elle n'en est pas moins, dans sa plénitude, objet d'espérance, consistant à voir Dieu "tel qu'il est" (1Jn 3,2), dans la pleine participation à sa vie trinitaire. Elle est vie intense ainsi que l'est la vie même de Dieu, réalisation de l'Alliance nouvelle et éternelle, où "Dieu sera tout en tous" (1Co 15,28). Avec cette réalisation de l'Alliance une rénovation mystérieuse transforme l'humanité et le monde. L'Écriture parle de cieux nouveaux et de terre nouvelle (cf. Ap 21,1).

Nous possédons déjà les prémices de cette vie dont la plénitude est promise pour l'au-delà de la mort, comme le chante l'une des préfaces de la messe du dimanche : "Dans cette existence de chaque jour que nous recevons de ta grâce, la vie éternelle est déjà commencée ; nous avons reçu les premiers dons de l'Esprit par qui tu as ressuscité Jésus d'entre les morts, et nous vivons dans l'espérance que s'accomplisse en nous le mystère de Pâques."

La mort du chrétien

674 La foi et l'espérance chrétienne ne peuvent pas ne pas avoir des conséquences sur la manière d'envisager et d'approcher la mort. La liturgie l'exprime : "Pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n'est pas détruite, elle est transformée ; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure éternelle dans les cieux" (préface des défunts). Cette nouveauté de la mort chrétienne permet au chrétien de transformer sa propre mort en en faisant, à l'exemple du Christ, l'objet de son ultime offrande. Mourir chrétiennement, pour celui qui voit venir la mort, fait abandonner à la miséricorde de Dieu la totalité de sa vie et accueillir la grâce de l'espérance. La prière de l'Église nous encourage à nous préparer pour l'heure de notre mort : "Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort."

675 Le rayonnement de l'au-delà dans l'aujourd'hui du croyant

Nous n'avons pas pu parler des réalités ou des "fins" dernières sans être continuellement renvoyés aux réalités "avant dernières" : celles dans lesquelles se poursuit notre existence. Engendrée par l'Esprit Saint, l'espérance chrétienne permet d'aller au-delà de ce qui est visible pour rejoindre l'invisible. Elle soutient la constance dans l'épreuve, la persévérance dans la foi et permet de regarder la mort en face. Elle nous maintient dans cette attente, éveillés et vigilants, attentifs à discerner les "signes des temps". Bien loin de favoriser l'évasion des décisions et des tâches présentes, elle les charge d'un poids d'éternité (cf. [GS 38-39).