Section 24 · 383–392

Un ensemble organique

Sept sacrements

383 Les sacrements ne doivent donc pas être isolés de l'ensemble de l'existence et de l'agir chrétiens. Ils ne doivent pas être détachés de l'ensemble de la vie de l'Église, et notamment de sa vie liturgique, qui "gravite" autour d'eux. Ils ne doivent pas non plus être séparés les uns des autres.

L'Église catholique reconnaît sept rites institués par le Christ, auxquels elle réserve l'appellation propre de sacrements. Ce sont le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l'onction des malades, l'ordre et le mariage (cf. concile de Trente, [DS 1601 FC 663).

Les sept sacrements ont toujours été vécus et pratiqués dans l'Église, tant en Orient qu'en Occident. Cependant la réflexion sur l'unité organique entre ces sept sacrements n'apparaît qu'au XIIème siècle. Elle est liée à un approfondissement de la nature même des sacrements.

Les communautés ecclésiales issues de la Réforme ne connaissent généralement que deux sacrements, baptême et eucharistie (ou Sainte Cène), qui ont d'ailleurs toujours été considérés, dans toute l'Église, comme les plus importants. Mais le concept de sacrement n'est pas le même dans la Réforme protestante et dans la doctrine catholique, telle qu'elle a été définie au concile de Trente.

384 Trois de ces sacrements, le baptême, la confirmation et l'ordre, ne peuvent pas être réitérés : ils impriment en ceux qui les reçoivent un "caractère, qui est une sorte de signe spirituel indélébile" (concile de Trente, DS 1609 FC 671).

Les sacrements sont distingués d'un certain nombre d'autres rites ou pratiques symboliques, qui reçoivent le nom de sacramentaux : ainsi l'imposition des cendres au début du carême, la bénédiction, la distribution et la procession des Rameaux, les funérailles, etc.

Alors que l'institution des sacrements remonte au Christ, celle des sacramentaux est le fait de l'Église, qui tout entière prie pour ses membres. "Par eux, les hommes sont disposés à recevoir l'effet principal des sacrements, et les diverses circonstances de la vie sont sanctifiées" (SC 60).

Même si les sacramentaux sont institués par l'Église, celle-ci les relie toujours d'une manière ou d'une autre à l'oeuvre du Christ, d'où procèdent toute bénédiction et toute grâce.

Une diversité structurée

385 Les sacrements constituent un ensemble organique au centre duquel se situent le baptême et l'eucharistie. Les rôles qu'ils exercent dans la vie des communautés et de chaque fidèle sont divers. Il convient cependant de les situer les uns par rapport aux autres.

Baptême, confirmation et eucharistie constituent les sacrements de "l'initiation chrétienne".

L'initiation chrétienne désigne traditionnellement l'ensemble de la démarche d'entrée dans la foi. Cette entrée est le plus souvent progressive, qu'il s'agisse de l'intelligence ou de la pratique de cette foi. L'idée d'initiation trouve un regain d'actualité là où, comme dans notre pays, la foi va de moins en moins de soi. Dans ces conditions il est nécessaire d'y être progressivement introduit.

Tel est notamment l'objectif du catéchuménat des adultes, qui revêt aujourd'hui une importance renouvelée dans les pays de tradition chrétienne eux-mêmes. Le rituel du baptême des enfants en âge scolaire prévoit une démarche du même type que celle de ce catéchuménat des adultes.

Mais la catéchèse postbaptismale elle-même, aussi bien pour les adultes que pour les enfants, envisage de plus en plus souvent une démarche analogue. En effet, "un certain nombre d'enfants baptisés dès la première enfance viennent à la catéchèse paroissiale sans avoir reçu aucune autre initiation à la foi, et sans avoir encore aucun attachement explicite et personnel à Jésus Christ" ([CTR 19).

386 Le baptême est au départ de toute vie sacramentelle. Il délivre du péché, configure au Christ, incorpore à l'Église et régénère en, faisant devenir enfant de Dieu. Aucun autre sacrement ne peut être conféré à celui qui n'est pas devenu fidèle du Christ par le baptême Dans la confirmation le baptisé est marqué par l'Esprit Saint, sanctifié et rendu témoin de l'Évangile. L'accomplissement de l'initiation chrétienne est donné dans l'eucharistie La place singulière occupée par l'eucharistie dans l'édifice sacramentaire tient à ce que ce sacrement contient non seulement la grâce, mais l'auteur même de la grâce (cf. concile de Trente, DS 1639 FC 738).

387 Celui qui s'approche du sacrement de pénitence et de réconciliation reçoit de la miséricorde de Dieu le pardon de ses péchés. Réconcilié avec Dieu, il est aussi réconcilié avec l'Église que son péché a blessée (cf. LG 11). Par l'onction des malades au temps de la maladie grave, "c'est l'Église tout entière qui recommande les malades au Seigneur souffrant et glorifié, pour qu'il les soulage et les sauve (cf. Jc 5,14-16) " (LG 11). L'onction des malades fait participer le malade gravement atteint à la puissance du Christ victorieux du mal et de la mort, miséricordieux et compatissant. Elle l'aide à "s'associer volontairement à la passion et à la mort du Christ" (LG 11), en apportant sa part au combat du peuple de Dieu pour le main ! tien de sa santé et de sa vigueur.

388 Ordre et mariage contribuent à l'édification et à la croissance du peuple de Dieu. Le sacrement de l'ordre établit dans leur charge ceux qui sont appelés à exercer dans et pour l'Église, de manière permanente, reconnue et instituée, le ministère de pasteur au nom du Christ.

Une expression latine rend compte de cette configuration particulière du ministre ordonné au Christ (cf. PO 2) : elle dit qu'il agit in persona Christi Capitis, textuellement "dans la personne du Christ Tête". Ceci apparaît tout particulièrement lorsque le prêtre prononce les paroles consécratoires : "Ceci est mon corps..." Il agit réellement dans la personne du Christ ou comme le Christ en personne. Les expressions "au nom du Christ", "à la place du Christ", plus fréquemment utilisées dans la langue française, ne parviennent pas à exprimer toute la richesse de cette expression latine qui n'a pas son équivalent français.

Dans le mariage est contractée une union destinée à la fois à sanctifier les époux, à donner naissance à des enfants, c'est-à-dire à continuer la famille humaine et à faire croître le peuple de Dieu. Le mariage est fondé sur l'Alliance entre le Christ et l'Église, et signifie cette Alliance. Il participe à son mystère d'unité et d'amour fécond (cf. LG 11).

Le baptême

389 Le premier sacrement de l'initiation chrétienne est le baptême. Il est "la porte des sacrements" ([CIC 849). C'est par lui que le croyant entre dans l'Alliance et commence à en vivre. Jésus déclare que le baptême est une nouvelle naissance, par laquelle on entre dans le royaume de Dieu : "Personne, déclare-t-il à Nicodème, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu" (Jn 3,5). Le concile Vatican II exprime cette nécessité du baptême : "Appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, il enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l'Église ; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême (cf Mc 16,16 Jn 3,5), c'est la nécessité de l'Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du baptême, qu'il nous a confirmée en même temps" (LG 14).

Qu'en est-il du salut de ceux qui n'ont pas reçu le baptême ? Le concile Vatican II répond de manière très claire : "Ceux qui, sans qu'il y ait de leur faute, ignorent l'Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d'un coeur sincère et s'efforcent, sous l'influence de sa grâce, d'agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, ceux-là peuvent arriver au salut éternel" (LG 16).

Sacrement du "passage"

[390 Toute initiation évoque un passage : l'entrée dans un monde inexploré. C'est spécialement le cas des types d'initiation pratiqués dans les sociétés traditionnelles et, en premier lieu, de cette initiation par laquelle l'enfant fait son entrée dans le monde des adultes.

Mais cela est beaucoup plus vrai de l'initiation chrétienne. Les Pères de l'Église l'appellent une "illumination". Elle fait passer des ténèbres du monde ancien, établi sous la loi du péché et de la mort, à la lumière du monde nouveau de Dieu, rayonnant des promesses de vie et d'éternité.

391 En grec, baptême signifie plongée. Par le baptême le chrétien est plongé dans le mystère du Christ mort et ressuscité. "Ne le savez-vous donc pas, demande saint Paul dans sa lettre aux Romains : nous tous, qui avons été baptisés [plongés\ en Jésus Christ, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés [plongés]. Si, le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts. Car, si nous sommes déjà en communion avec lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons encore par une résurrection qui ressemblera à la sienne" (Rm 6,3-5).

Le langage de saint Paul devient encore plus parlant lorsque le baptême est donné par immersion, comme c'est le cas chez les chrétiens d'Orient. Dans la liturgie romaine, le baptême par immersion n'a jamais cessé d'être autorisé chaque fois qu'il est réalisable (cf introduction au rituel, 22).

Le "passage" du Christ vers son Père, sa "Pâque", a été préfiguré dans le passage des Hébreux à travers la mer Rouge ; ils échappaient alors, par grâce, à l'esclavage d'Égypte (cf. 1Co 10,1-2). Plongé dans l'eau du baptême, le fidèle du Christ échappe à l'esclavage du péché et naît à la liberté des enfants de Dieu.

392 Arrachement et renonciation au monde du péché

Tout passage comporte un point de départ et un point d'arrivée. Plus précisément encore, il est abandon de la situation dans laquelle on se tenait, afin de pouvoir s'établir dans la nouvelle. Le baptême comporte une face, qu'on peut dire négative, d'arrachement à la situation dans laquelle naissent tous les fils et toutes les filles d'homme : celle que définit la doctrine du péché originel. Le baptême nous délivre de ce péché (mais non de ses conséquences et séquelles). En même temps, de façon positive, il nous fait commencer une vie de communion et d'alliance avec Dieu.

Le baptême libère aussi le catéchumène des péchés personnels dont il est vraiment repentant. Libération du péché et participation à la vie même de Dieu ne peuvent se comprendre l'une sans l'autre. C'est parce qu'il lui est donné de participer à la vie même de Dieu que le baptisé est libéré du péché : "L'homme qui est né de Dieu ne commet pas le péché" (1Jn 5,18). La liturgie du baptême met successivement en valeur ces deux aspects de la vie nouvelle.