Section 9 · 124–126

Le péché dans l'histoire personnelle des hommes et de l'humanité

Sens du péché et sens de Dieu

124 L'attention portée au péché originel n'est pas destinée à détourner notre regard de nos péchés personnels, "actuels", ceux sont "signés" par nous.

De même que le péché originel n'est connu que par la Révélation, en rapport avec le projet de Dieu sur l'homme créé par lui, de même les péchés personnels, qui ponctuent la vie des hommes, ne se laissent découvrir pour ce qu'ils sont que dans la foi, en rapport avec la connaissance que cette foi donne de Dieu. C'est pourquoi sans doute l'idée de péché a de plus en plus de mal à trouver place dans la culture sécularisée de nos contemporains.

En effet, si le péché est une faute, il est aussi autre chose que faute car il ne concerne pas seulement le domaine d'une éthique précisant ce qui est "convenable" ou non dans la société ; ce domaine demeure une "affaire d'hommes". Le péché, lui, concerne, à l'intérieur de nos affaires d'hommes, notre rapport à Dieu tel que ce Dieu nous est connu dans sa Révélation. Dieu fait Alliance avec nous ; le péché est rupture de cette Alliance. Dieu nous donne sa Loi pour que nous puissions vivre ; le péché est désobéissance à la loi de vie. Dieu nous révèle dans le Christ l'absolu amour ; le péché est refus de cet amour. Dieu nous "a marqués du Saint-Esprit" et nous appelle à nous "laisser guider intérieurement" par lui ; le péché "contriste" "le Saint-Esprit de Dieu" (cf. Ep 4,23.30). Le péché se réfère toujours finalement à l'histoire, qui est celle de Dieu-avec-nous. Il est toujours une l'Alliance et de l'amour du Christ.

Le dévoilement du péché

125 Dans ce sens, le péché est, au sens propre, objet de révélation. Il est dévoilé, en même temps qu'il est "dénoncé". Pour le connaître, il faut commencer par en être arraché, par ne plus être sous sa "loi", qui est toujours celle du mensonge. Il faut aussi dépasser la tendance spontanée à toujours vouloir se justifier ou à se complaire dans un sentiment malsain de culpabilité, l'une et l'autre attitudes refermant l'homme sur lui-même.

Dans la Bible, il revient généralement aux prophètes de dévoiler le péché, au nom de la Parole de Dieu dont ils sont porteurs. Ils rappellent le "rêve" que Dieu avait fait pour l'homme, et plus particulièrement pour son peuple : le bonheur, l'avenir qu'il avait conçu. Ce Dieu, lié d'amour à ce peuple, souffre de ses égarements. Mais les prophètes dévoilent aussi les racines du péché cachées dans le coeur de l'homme.

Un exemple typique du péché, débusqué par le prophète, est celui que raconte le deuxième livre de Samuel : l'adultère de David et la dénonciation par le prophète Nathan (cf. [2S 11-12). Un autre exemple est celui du crime perpétré par le roi Achaz et sa femme Jézabel pour s'emparer de la vigne de Naboth. Ce forfait est dénoncé par le prophète Élie (cf. 1R 21).

Semence de mort

126 Fou désir d'être "comme des dieux", dissimulation, parjure, semence de mort, voilà comment le péché ne cesse de nous être montré dans la Bible. Il est le chemin inverse de celui sur lequel le Créateur avait "au commencement" engagé l'homme. Le sol ferme et fécond qui lui était offert se dérobe sous les pieds du pécheur.

Par le péché, c'est toute la Création qui se voit "livrée au pouvoir du néant" (Rm 8,20), c'est-à-dire de l'illusion ou du mensonge qui finissent par porter la mort. Ainsi la mort, ce grand ennemi de l'homme, ce suprême scandale qui ferme tous les horizons, est venue dans le monde par le péché (cf. Rm 5,12). Elle est aussi "le dernier ennemi" que doit détruire le nouvel Adam (cf. 1Co 15,26).