La loi intérieure : l'Esprit Saint
518 En Christ s'accomplit la promesse transmise par Ézéchiel. Empli de l'Esprit, Jésus est l'homme au coeur nouveau. Il vit les béatitudes. En lui est scellée une Alliance nouvelle et éternelle dont la loi est l'amour déposé dans les coeurs par l'Esprit Saint (cf [Rm 5,5). Cet amour, loin d'évacuer les commandements, les accomplit et leur donne pleine signification.
La Loi nouvelle est d'abord la grâce de l'Esprit Saint diffusée dans le coeur des fidèles, remarque saint Thomas d'Aquin. Ceci est capital. Nous ne sommes pas sauvés par la pratique de la Loi. Nous sommes sauvés par grâce, gratuitement, par le don de Dieu qui nous aime sans attendre que nous en soyons dignes. "Voici à quoi se reconnaît l'amour : ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, c'est lui qui nous a aimés" (1Jn 4,10).
Sauvés par grâce (cf. Rm 3,24-25), nous avons à répondre à notre salut, en vivant désormais sous le souffle de l'Esprit. Dans toutes les situations complexes de la vie terrestre, nous devons chercher à "reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait" (Rm 12,2).
519 La charte de la morale chrétienne est tracée par saint Paul, dans l'épître aux Galates : "Vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. je vous le dis : vivez sous la conduite de l'Esprit de Dieu ; alors vous n'obéirez pas aux tendance égoïstes de la chair. Car les tendances de la chair s'opposent à l'esprit, et les tendances de l'esprit s'opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire ce que vous voudriez. Mais en vous laissent conduire par l'Esprit, vous n'êtes plus sujets de la Loi. On sait bien à quelles actions mène la chair : débauche, impureté, obscénité, idolâtrie, sorcellerie, haines, querelles, jalousie, colère, envie, divisions, sectarisme rivalités, beuveries, gloutonnerie et autres choses du même genre. je vous préviens, comme je l'ai déjà fait : ceux qui agissent de cette manière de recevront pas en héritage le royaume de Dieu. Mais voici ce que produit l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi, Face à tout cela, il n'y a plus de loi qui tienne. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passion ! s et ses tendances égoïstes. Puisque l'Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l'Esprit" (Ga 5,13-25).
L'amour et les commandements
520 Le Christ se défend d'abolir la Loi. Il l'accomplit, ce qui n'est pas la même chose (cf. [Mt 5,17). Il en redresse les déformations (par exemple à propos du mariage). Il en radicalise les exigences (par exemple à propos du pardon, de l'adultère, de l'amour des ennemis, etc.). Quand un jeune homme riche lui demande que faire pour accéder à la vie éternelle, Jésus rappelle les commandements, puis il l'invite à aller au-delà (cf. Mc 10,19). L'évangile qui parle le plus de l'amour, celui de Jean, est celui qui parle le plus des commandements : "Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements" (Jn 14,15). "Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour" (Jn 15,10). La "loi du Christ" (Ga 6,2) appelle le chrétien à donner sa vie comme le Christ. On comprend alors mieux le mot de saint Augustin : "Aime et fais ce que tu veux", aime le Seigneur et l'Esprit dynamisera ta liberté pour accueillir dans ta vie la volonté de Dieu.
La vie selon l'Esprit n'abolit donc pas la Loi : elle l'intègre et la dépasse. Les saints donnent l'exemple d'une vie selon l'Esprit, d'une vie inspirée par la loi d'amour. Ils "oublient" la Loi, non parce qu'ils s'estiment au-dessus d'elle, mais parce qu'ils l'accomplissent sans avoir besoin de s'y référer. Un peu comme des époux très aimants ne pensent même pas à faire appel à leurs devoirs et à leurs droits.
521 Si la "loi du Christ" accomplit la loi de Moïse, celle-ci reprend et explicite la Loi naturelle. Aussi cette loi du Christ illumine le chemin de tous les hommes, et pas seulement celui des chrétiens.
L'enseignement du concile Vatican II montre le lien fondamental entre Jésus Christ et tous les hommes : "Le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s'est lui-même fait chair et est venu habiter la terre des hommes. Homme parfait, il est entré dans l'histoire du monde, l'assumant et la récapitulant en lui. C'est lui qui nous révèle que Dieu est charité (l Jn 4,8) et qui nous enseigne en même temps que la loi fondamentale de la perfection humaine, et donc de la transformation du monde, est le commandement nouveau de l'amour. A ceux qui croient à la divine charité, il apporte ainsi la certitude que la voie de l'amour est ouverte à tous les hommes et que l'effort qui tend à instaurer une fraternité universelle n'est pas vain. Il nous avertit aussi que cette charité ne doit pas seulement s'exercer dans des actions d'éclat, mais, et avant tout, dans le quotidien de la vie" (GS 38).
Une dimension pascale
522 "Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera" (Mt 16,24-25). Le monde est un monde de lutte. L'égoïsme et le péché tiennent de solides bastions dans les coeurs et dans la société. L'amour du Christ n'a vaincu le péché et la haine qu'en allant jusqu'au bout (cf. Jn 13,1), jusqu'à la mort, et la mort par la croix. Ainsi la résurrection du Christ marque le triomphe de l'amour, mais le chemin qui y mène passe par la croix.
"Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. Si l'on m'a persécuté, on vous persécutera vous aussi" (Jn 15,20). La vie chrétienne se déploie sous le signe de la croix et de la résurrection. Toute conversion est mort à soi-même pour accéder à une vie pour Dieu, une vie offerte et consacrée (cf. Jn 17,19). Pas plus que la souffrance, la croix n'a de signification par elle-même ; c'est l'amour qui lui donne sens : "Il faut que le monde sache que j'aime mon Père, et que je fais tout ce que mon Père m'a commandé" (Jn 14,31), dit Jésus à la veille de sa mort.
523 A la suite du Christ, le baptême nous introduit dans ce mystère de mort et de résurrection.
Aussi pour le renouvellement des promesses du baptême à la vigile pascale, la liturgie reprend la solennelle proclamation de saint Paul aux Romains : "Nous tous, qui avons été baptisés en Jésus Christ, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés. Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts. [...]. Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité des morts, le Christ ne meurt plus ; sur lui la mort n'a plus aucun pouvoir. Car il est mort, et c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c'est pour Dieu qu'il est vivant. De même vous aussi : pensez que vous êtes morts au péché, et vivants pour Dieu en Jésus Christ" (Rm 6,3-4.8-11).
Une dimension ecclésiale
524 Chacun peut entendre la voix de Dieu dans le secret de sa conscience. Mais Dieu a voulu "que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel" (LG 9). Par le baptême, nous sommes agrégés au peuple de Dieu, membres vivants de son Corps, l'Église. C'est en Église que tous, nous avons à vivre notre vocation de fils et de filles de Dieu.
Les chrétiens d'hier, comme une "nuée de témoins", entraînent à marcher à leur suite les fidèles d'aujourd'hui. Ils inscrivent dans le réel humain les exigences et les signes évangéliques. Ils aident à discerner les appels de Dieu et à écouter la Parole de celui qui, aujourd'hui encore, veut guider son peuple sur les chemins de la vie.
En étant membres actifs de leurs paroisses ainsi que des associations de fidèles, ceux-ci pourront acquérir une formation plus adaptée, développeront leur sens de la communion ecclésiale et nourriront leur vie spirituelle.
525 Pour le service de son peuple, le Seigneur a confié spécialement à ses pasteurs une tâche d'accompagnement, de discernement et d'enseignement pour le bien de tous : "Celui qui vous écoute, m'écoute ; celui qui vous rejette me rejette" (Lc 10,16). Ce service des pasteurs s'exerce selon des modalités différentes.
Quand il s'agit des requêtes fondamentales de la vie selon l'Évangile, le magistère de l'Église les rappelle "à temps et à contretemps" (2Tm 4,2). A certaines époques et dans certains domaines, où s'obscurcit la conscience collective, par exemple sur la vie éternelle ou sur le mariage, l'Église doit avoir la lucidité et le courage des prophètes pour rappeler les desseins de Dieu. Elle affronte alors inévitablement l'incompréhension, l'hostilité, même de la part de certains fidèles. Cependant que d'autres, même parmi les incroyants, s'y retrouvent volontiers. Mais plus elle se heurte aux idées reçues, plus elle doit manifester le respect et la miséricorde du Seigneur envers les personnes. Les grandes lignes du sens chrétien de l'homme et de la communauté, valables toujours et partout, sont exprimées, par exemple, dans la première partie de la Constitution pastorale du concile Vatican II l'Église dans le monde de ce temps.
Quant aux problèmes nouveaux et très complexes qui se posent aujourd'hui à nos sociétés, l'Église n'a pas, pour en juger, compétence universelle. Pourtant, quand ces problèmes ont une incidence morale (pensons à la bioéthique, à la vie économique, au chômage, au développement, à la solidarité... ), l'Église ne peut se dispenser d'intervenir pour apporter les éléments d'un discernement moral.
526 Le concile Vatican II a donné comme une charte de l'intervention et du rôle de l'Église dans ces domaines.
S'interrogeant sur le sens et la valeur de l'activité des hommes d'aujourd'hui, le Concile répond : "L'Église, gardienne du dépôt de la Parole divine, où elle puise les principes de l'ordre religieux et moral, n'a pas toujours, pour autant, une réponse immédiate à chacune de ces questions ; elle désire toutefois joindre la lumière de la Révélation à l'expérience de tous, pour éclairer le chemin où l'humanité vient de s'engager" (GS 33).
Ainsi, dans l'écoute des hommes compétents et en dialogue avec eux, l'Église veut tracer les chemins nouveaux à la lumière de l'Évangile et du sens chrétien de l'homme. Elle constitue peu à peu ce corps de réflexion et de ligne d'action dont la doctrine sociale de l'Église est un des éléments les plus importants. Le pape et les évêques précisent ces positions en fonction des événements (encycliques, exhortations, déclarations, etc.).
527 Les pasteurs de l'Église, assistés par l'Esprit, doivent écouter le peuple de Dieu et les hommes de leur temps. Les fidèles laïcs qui, eux aussi, sont assistés par l'Esprit, ont le droit et le devoir - selon leurs compétences - de dialoguer avec leurs pasteurs, et d'exprimer leur opinion sur les grandes questions en débat (cf. LG 37).
"C'est à leur conscience [de laïcs], préalablement formée, qu'il revient d'inscrire la loi divine dans la cité terrestre. Qu'ils attendent des prêtres lumières et forces spirituelles. Qu'ils ne pensent pas pour autant que leurs pasteurs aient une compétence telle qu'ils puissent leur fournir une solution concrète et immédiate à tout problème, même grave, qui se présente à eux, ou que telle soit leur mission. Mais plutôt, éclairés par la sagesse chrétienne, prêtant fidèlement attention à l'enseignement du magistère, qu'ils prennent eux-mêmes leurs responsabilités" (GS 43).
Mais ils doivent écouter dans la foi leurs pasteurs et s'informer de l'enseignement de l'Église sur les problèmes vitaux dans lesquels l'homme est engagé. En effet, les évêques - et d'une doivent être reçus par tous comme manière toute spéciale le pape les docteurs authentiques de la foi (cf. LG 25).
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