Dans la joie de Dieu
111 Cependant l'homme lui-même ne tient toute sa dignité royale que de sa nature "d'image" de Dieu (cf. Gn 1,26-27). Il ne garde toute sa grandeur qu'en "rendant" à Dieu cette gloire reçue de lui. Car la Création n'a pas son couronnement dans l'homme, mais dans la joie que Dieu lui-même trouve dans son oeuvre et qui remplit le septième jour. Le sabbat d'Israël commémorera ce "repos" bienheureux du Dieu créateur en y faisant participer toute la Création, Il vient rappeler à l'homme qu'il est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu pour la louange du Créateur.
Le dimanche chrétien est célébré le lendemain du Sabbat : le huitième jour, c'est-à-dire le premier jour de la Création nouvelle. Il reprend des éléments substantiels du Sabbat, mais il est centré sur la Pâque du Christ.
La Création ne trouve donc pas son achèvement dans le travail de l'homme ni,, chez l'homme, dans la réalisation de soi. Le souvenir de cette vérité sauvegarde la liberté et la dignité de l'être humain, qui reste alors ouvert sur l'infini de Dieu et de ses promesses de bonheur.
La Création ouverte sur l'histoire du monde
112 Le premier récit de la Création situe l'homme à l'intérieur de l'oeuvre divine qui établit le monde en face du Créateur et différent de lui. Il s'achève dans le repos heureux du septième jour. Le second récit (Gn 2,4-3,24) s'ouvre plutôt sur l'histoire de libertés fragiles, et ceci dès l'origine du monde.
Mises en garde par le Créateur, ces libertés ne tardent pas à faillir, avant d'entrer dans une longue histoire, où ne cesseront de se relayer épreuves et joies, chutes et relèvements, éloignements et rapprochements du Dieu de vie.
Dans ce second récit du livre de la Genèse, l'être humain est envisagé d'emblée dans le cadre de l'histoire de la terre dont il fait partie. "De la poussière du sol" il a, en effet, été "pétri". Mais il est aussi animé du "souffle de vie" qui vient de son Créateur, et chargé de soigner le "jardin" mis à sa disposition (cf. [Gn 2,7-15).
En grec, jardin se dit paradeisos. D'où le terme de paradis par lequel le jardin du récit de la Création se voit aussi désigné. Comme l'Éden dans lequel le texte le dit situé (cf Gn 2,8), il évoque alors traditionnellement l'état de bonheur dans lequel nos premiers parents ont d'abord été créés par Dieu.
Comme dans le premier récit, l'être humain est établi dans la différence sexuelle de l'homme et de la femme. Cette différence sexuelle n'affecte en aucune manière la semblable dignité des deux. En effet, "l'homme s'attachera à sa femme, et tous les deux ne feront plus qu'un" (Gn 2,24).
En hébreu, homme se dit ish et femme se dit isha. Ces mots permettent de souligner l'identité de nature de l'homme et de la femme (cf Gn 2,23). Mais l'homme est aussi appelé Adam parce qu'il est "tiré du sol" (adama) et la première femme est appelée Ève (c'est-à-dire la Vivante) parce qu'elle est la mère de tous les vivants (cf Gn 3,20).
L'homme situé dans sa vérité et sa responsabilité
113 Établi dans sa condition de créature, l'homme va pouvoir construire sa vie dans la vérité, au milieu de cette création qui lui est confiée.
Il aura d'abord à y trouver sa place. "Où es-tu ?" : telle est la première question qu'entend Adam après sa transgression (Gn 3,9). La question que Dieu lui adresse l'éveille à lui-même et à la responsabilité qui lui revient : se situer, d'abord en face de cette voix qui l'interpelle, mais également en face des autres hommes et de tous les êtres de la création. La voix de Dieu le rappelle à lui-même pour l'introduire sur le chemin d'une liberté responsable.
Si l'homme est établi au-dessus des autres êtres et s'il est appelé, dans ce sens, à en être "le maître" en "soumettant" la terre (cf. Gn 1,28), c'est pour les conduire, avec lui, à leur fin. Ce n'est pas pour les écraser. La création lui est confiée pour être "cultivée" par lui comme un jardin précieux. L'homme, qui reconnaît en Dieu celui qui l'a créé, sait que sa vie et le monde lui sont chaque jour remis comme un don à faire fructifier.
