Section 6 · 90–109

Créateur du ciel et de la terre

La Création, objet de révélation et de foi

90 La toute-puissance de Dieu s'atteste en tout premier lieu et fondamentalement dans la Création, une Création qui englobe tout ce qui existe en dehors de lui.

"Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre" : tel est le premier article du Credo. La Création ne se démontre pas par la science. Celle-ci, en effet, ne traite que des réalités perceptibles expérimentalement. Cependant, la question de la Création peut se poser au savant, quand il touche les limites de sa démarche scientifique.

La philosophie peut apporter un commencement de réponse à cette question, en découvrant que l'univers, pour exister, doit dépendre d'un Auteur. Mais, du seul point de vue philosophique, on pourrait concevoir un univers dépendant de Dieu et qui n'aurait pas eu de commencement. "On tient uniquement de la foi, disait saint Thomas d'Aquin, que le monde n'a pas toujours été ; il ne peut pas en être fait une démonstration (...). En effet, la nouveauté du monde ne peut pas être démontrée à partir du monde lui-même" (Somme théologique I 46,2).

Les oeuvres de Dieu questionnent l'intelligence

91 Don de Dieu, la création porte l'empreinte de son créateur : "Depuis la création du monde, les hommes, avec leur intelligence, peuvent voir, à travers les oeuvres de Dieu, ce qui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité" (Rm 1,20). "Il n'a pas manqué de donner le témoignage de ses bienfaits", en envoyant du ciel "la pluie et le temps des récoltes", pour "combler [les hommes] de nourriture et de bien-être" (Ac 14,17). Mais, si l'on peut ainsi remonter des créatures au Créateur, on ne peut pas faire de la Création elle-même une nécessité qui s'imposerait à Dieu. Elle relève de sa libre volonté, qui nous est manifestée dans la Révélation. Reconnue par Dieu comme bonne (cf. Gn 1,31), la Création reflète la bonté même du Créateur. Elle est le premier signe de ce que nous ne pourrons totalement comprendre qu'en regardant Jésus : "Dieu est amour" (1Jn 4,8).

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Créer n'est pas simplement fabriquer

92 Il ne faut pas concevoir la Création à la manière dont se fabriquent les objets du monde, par la transformation d'une chose en une autre. Affirmer que Dieu est créateur, c'est dire qu'il fait exister ce qui existe, y compris la matière. Dieu crée "à partir de rien" (ex nihilo). Dieu, autrement dit, n'est pas un démiurge, une sorte d'architecte du monde, comme l'ont conçu certaines philosophies ou religions. Tout ce qui existe dépend de lui et trouve en lui seul son fondement dernier. Tout est don gratuit de sa part, propre à susciter reconnaissance et action de grâces.

Il ne faut pas non plus se représenter la Création comme l'instant "zéro" où tout aurait commencé. Car elle ne s'inscrit pas à l'intérieur du temps, qui lui-même en dépend. La Création est le commencement absolu et du monde et du temps.

Quel que soit l'intérêt des recherches et théories des astrophysiciens sur cet "instant zéro", elles ne concernent pas directement ce dont parle la doctrine de la Création. Les premières se situent du côté du "comment ?", les secondes du côté du "par qui ?" et du "pourquoi ?". Sans doute s'agit-il du même et unique univers. Et c'est pourquoi la science et la foi peuvent et doivent continuer à s'interroger, tout en évitant les empiétements regrettables de théologiens qui imposeraient aux savants une vision du monde, on de scientifiques qui nieraient Dieu au nom de la science.

93 Le monde n'est pas créé une fois pour toutes, comme si Dieu, la Création terminée, n'avait plus qu'à s'en retirer. Il ne cesse pas d'assurer l'existence du monde. "Tous, ils comptent sur toi pour recevoir leur nourriture au temps voulu. Tu caches ton visage : ils s'épouvantent ; tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière. Tu envoies ton souffle : ils sont créés tu renouvelles la face de la terre" (Ps 103,27 Ps 103,29-30). La Création est donc un événement toujours actuel. L'acte créateur se renouvelle à chaque instant pour maintenir l'existence du monde. Sans cette action incessante de Dieu, tout retomberait dans le néant.

Dans ces perspectives, il n'est pas difficile de concevoir qu'il n'y ait pas d'incompatibilité entre la doctrine de la Création et les théories de l'évolution. A ce propos aussi, le point de vue de la foi et celui de la science ne sont pas les mêmes. Dieu, "cause première" de tout ce qui existe, ne supprime pas les "causes secondes", celles qui permettent de rendre compte de l'enchaînement des phénomènes. C'est à ces dernières que se réfèrent les théories de l'évolution, quand elles essaient de tracer l'histoire de l'apparition des différentes formes de vie ou espèces vivantes, du moins tarit que ces théories ne sortent pas de leur domaine.

Sur un chantier ouvert, une oeuvre qui appelle à la louange

94 Dieu ne s'identifie pas à son oeuvre, comme le conçoit le panthéisme, et pourtant il ne lui est pas extérieur comme peut l'être un architecte ou un artisan. Mais il confie à l'homme une oeuvre à poursuivre pour que, par son travail et son art, il contribue au perfectionnement du monde créé. Notre connaissance de la Création est portée par une tradition qui parle aussi de l'Alliance que Dieu a voulu instituer avec les hommes qu'il a créés, en les associant à son oeuvre.

Ainsi entendue et contemplée dans la foi, la Création suscite la prière et la louange. En entrant dans la fournaise préparée pour leur supplice, les trois jeunes gens, dont les prédictions ont irrité le roi Nabuchodonosor, chantent, pleins de confiance, la puissance de Dieu capable de les délivrer : "Toutes les oeuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur : A lui, haute gloire, louange éternelle !" (Da 3,57 et suiv., cf. Ps 18,1-35).

95 Dans la même foi émerveillée, saint François d'Assise compose son "Cantique des créatures" :

"Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures et singulièrement pour notre frère messire le soleil qui nous donne le jour et la lumière. Il est beau, et rayonnant d'une grande splendeur, il est ton symbole, ô Seigneur Très-Haut. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre soeur la lune et les étoiles. Tu les as formées dans les cieux, claires, précieuses et belles. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour mon frère le vent et pour l'air, et le nuage, et la sérénité, et pour tout temps par quoi tu soutiens toutes les créatures. Loué soit mon Seigneur, pour notre frère le feu. Par lui tu illumines la nuit, il est beau, généreux et fort. Loué soit mon Seigneur, pour notre terre qui nous soutient, nous nourrit et produit toutes sortes de fruits, de fleurs diaprées et l'herbe... Sois loué, mon Seigneur, à cause de notre soeur la mort corporelle à qui nul homme vivant ne peut échapper... Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâces et servez-le avec une grande humilité."

Au Seigneur "les choses visibles et invisibles"

96 Le Dieu qui a choisi et continue de choisir son peuple, pour être son Dieu et le sanctifier, n'appartient à personne. Tout plutôt lui appartient : "Toute la terre m'appartient", déclare-t-il à Moïse (Ex 19,5). "Au Seigneur, le monde et sa richesse, reprend le psalmiste, la terre et tous ses habitants ! C'est lui qui l'a fondée sur les mers et la garde inébranlable sur les flots" (Ps 23,1-2). La terre, mais aussi le ciel, c'est-à-dire cela même qui est son domaine propre et qui nous échappe : "Les choses visibles et invisibles", comme le déclare le Credo. La puissance créatrice de Dieu n'est pas limitée au seul monde visible.

Les anges de Dieu

97 En parlant de "choses visibles et invisibles", la foi chrétienne nous renvoie tout en même temps à ce qui relève de l'expérience sensible et à ce qui la dépasse. Aux yeux de la foi, les réalités invisibles ne sont pas moins réelles que celles qui sont visibles. Si nos sens ne peuvent les atteindre, elles ne relèvent pas pour autant de l'imagination.

Parmi les créatures invisibles dont parle la Bible, et qu'honore la Tradition chrétienne, il y a les anges. Leur nom signifie "messagers". Nous les connaissons surtout à travers leur mission d'envoyés de Dieu.

Certes, les anges ont d'abord pour mission de rendre gloire à Dieu (cf. [Ps 102,20 Ps 148,2 etc.). Mais leur fonction est aussi de nous rappeler que, dans l'histoire, les interventions de Dieu elles-mêmes comportent toujours une part de mystère. Il faut qu'elles nous soient annoncées "d'en haut" pour nous être accessibles. C'est ainsi que les anges jouent leur rôle à la Nativité du Sauveur et à la Résurrection.

Les anges, créatures de Dieu soumises au Christ

98 Créatures spirituelles, les anges ne sont pas des demi-dieux. Associés au Christ dans son oeuvre de salut (cf. [He 1,14), ils lui sont totalement soumis (cf. Ep 1,19-22).

Dès les premiers siècles l'Église a dû s'opposer aux débordements de certaines spéculations qui s'étaient auparavant développées dans le judaïsme sur le monde des anges. Plus près de nous, une certaine imagerie a pu susciter un malaise, qui a parfois conduit, par réaction, à un complet silence sur les anges. Pendant ce temps, de nouvelles spéculations se développent sur "l'invisible" en dehors des véritables références chrétiennes

Comme souvent, le chemin de la foi se trace entre deux écueils. Contre toute tendance réductrice, la foi ne peut oublier la place tenue par les anges dans la Révélation (même si, dans l'interprétation des textes bibliques, on doit tenir compte des facteurs littéraires et de ce qui peut relever des représentations générales de l'époque). Contre toute inflation sur la puissance du monde de "l'invisible", elle doit se rappeler fermement qu'il n'y a pas de salut ailleurs qu'en Jésus Christ (cf. Ac 4,12).

99 Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Dans les cieux il nous a comblés de sa bénédiction spirituelle en Jésus Christ. En lui, il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l'amour, saints et irréprochables sous son regard. Il nous a d'avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ voilà ce qu'il a voulu dans sa bienveillance à la louange de sa gloire, de cette grâce dont il nous a comblés en son Fils bien-aimé, qui nous obtient par son sang la rédemption, le pardon de nos fautes. Elle est inépuisable, la grâce par laquelle Dieu nous a remplis de sagesse et d'intelligence en nous dévoilant le mystère de sa volonté, de ce qu'il prévoyait dans le Christ pour le moment où les temps seraient accomplis dans sa bienveillance, il projetait de saisir l'univers entier, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ. En lui, Dieu nous a d'avance destinés à devenir son peuple ; car lui, qui réalise tout ce qu'il a décidé, il a voulu que nous soyons ceux qui d'avance avaient espéré dans le Christ à la louange de sa gloire. Dans le Christ, vous aussi, vous avez écouté la parole de vérité, la Bonne Nouvelle de votre salut ; en lui, devenus des croyants, vous avez reçu la marque de l'Esprit Saint. Et l'Esprit que Dieu avait promis, c'est la première avance qu'il nous a faite sur l'héritage dont nous prendrons possession, au jour de la délivrance finale, à la louange de sa gloire. Ep 1,3-14

Les esprits mauvais

100 C'est en référence à la foi constante de l'Église et à sa source principale, l'enseignement du Christ, que doit être affirmée l'existence d'esprits mauvais.

L'Écriture fait allusion à une "chute" originelle de certains anges (cf. [2P 2,4 Jud 1,6). A ces esprits mauvais elle confère divers noms : Lucifer, Belial, Beelzeboul, et surtout Satan. Ces noms sont en rapport avec leur action maléfique (le Satan est l'Adversaire). En Israël, ces esprits sont souvent mis en rapport avec les cultes païens environnants, voire avec les tyrans qui, sur terre, en sont comme la figure vivante (cf. Is 14,12).

L'existence des esprits mauvais est attestée également dans les évangiles (cf. Mt 25,41 Mc 1,13 Lc 22,31 Jn 13,27 etc.). Elle rejoint aussi l'expérience que nous faisons de forces cachées qui peuvent peser sur nos libertés, et marquer aussi la vie des sociétés, si souvent impuissantes à réaliser leurs desseins.

101 Cependant plus encore qu'à propos des anges serviteurs de Dieu et du Christ, l'Eglise a toujours combattu les spéculations qui aboutiraient à mettre une limite à la toute-puissance du Créateur, en établissant en face de Dieu certains esprits mauvais (ou l'un d'eux) qui auraient été depuis toujours en rivalité avec lui, comme s'il y avait à l'origine de tout deux principes, l'un bon (Dieu), l'autre mauvais (quel que soit le nom qui peut lui être donné). Les esprits mauvais sont des êtres créés bons par Dieu, qui se sont pervertis et ont perverti leur mission. L'opposition qu'ils représentent en face d'un Dieu essentiellement bon est liée à une "chute", assimilable à un péché (cf. 2P 2,4 Jud 1,6).

Alors que les bons anges sont associés à l'oeuvre du Christ, les esprits mauvais, ou démons, viennent lui faire obstacle. Dans le Notre Père, jésus enseigne à ses disciples à demander au Père de ne pas les exposer à la tentation et de les délivrer du Mauvais (cf. Mt 6,13).

Cependant l'Évangile annonce la victoire définitive du Christ sur toutes les formes du mal. Par lui la Création est restituée à sa destination première (cf. Mt 12,28), et l'homme rendu à sa liberté de fils de Dieu.

Les récits de la Création

102 Le message de la Création traverse toute la Bible. Dieu ne cesse, en effet, de rappeler à son peuple que tout procède de lui. A Israël, qui fait l'expérience d'être créé comme peuple, Dieu se révèle de plus en plus comme "Créateur du ciel et de la terre".

Cette révélation fait tout spécialement l'objet de deux récits qui figurent au début du livre de la Genèse.

Dans ces deux récits s'exprime la même foi au Dieu créateur. Mais leur dualité littéraire manifeste que, sur la Création, plusieurs approches sont possibles, peut-être nécessaires, si l'on ne veut pas réduire la Révélation à un simple tableau "objectif" des commencements et premiers jours du monde. La leçon des récits est autre. Elle va beaucoup plus profond. Elle ne dit pas comment, concrètement, cela s'est passé. Les sciences de la nature peuvent nous aider à comprendre les origines et les évolutions. La vérité biblique nous dit pourquoi et selon quel dessein Dieu a créé l'univers.

En langage humain

103 L'histoire, dans laquelle tout l'univers est engagé, la Bible nous la propose comme étant tout entière conduite par Dieu, à partir d'une origine qui remonte, peut-on dire, au-delà de la nuit des temps. Telle est précisément l'affirmation fondamentale des récits de la Création.

Les récits de Création sont nécessairement formulés avec les ressources de langage disponibles au temps de leur rédaction. On ne s'étonnera pas d'y trouver les traces d'un langage symbolique et même mythique.

On sait d'ailleurs aujourd'hui que les mythes sont à distinguer des simples fables. Ils peuvent être porteurs d'expériences humaines et de vérités profondes : de celles qui précisément ne se laissent pas enserrer dans les réseaux de la simple raison. C'est notamment le cas de tout ce qui concerne l'origine : ce qu'il s'agit de connaître est alors fondateur de nos connaissances ultérieures.

Dans un langage qui n'est pas celui de la science moderne, les récits bibliques de Création ouvrent sur une histoire appelée à passer par des lieux connus (la Chaldée, le mont Horeb... ) et des dates repérables (sortie d'Égypte, institution de la royauté, exil à Babylone... ) avec, au centre, la montée à Jérusalem, à "l'heure" du Christ : celle de sa Pâque. Celle-ci est la clé de toute cette histoire, en même temps que de son origine et de sa fin.

Caractère unique de l'acte créateur

104 Le premier récit de la Création (cf. [Gn 1,1-2,4) atteste d'abord le caractère absolument unique de l'acte créateur. Le mot hébreu que nous traduisons par "créa" est réservé à cet acte premier qui ne peut être confondu avec aucun autre. Il est toujours là, précédant tout ce qui pourra se faire ou advenir : "Au commencement, Dieu créa..." L'acte créateur est tout autre chose que le premier maillon d'une chaîne. Nous ne pouvons le connaître qu'à travers le récit qui nous l'annonce, en le recevant toujours de nouveau dans la foi, l'action de grâce et la louange.

La singularité et la perfection intérieure de l'acte créateur sont aussi signifiées par l'évocation des sept jours. La Création s'achève avec le regard que Dieu porte sur elle. Il "se repose" et se complaît dans cette Création, foncièrement "bonne", oeuvre de son amour.

L'acte créateur est d'une telle plénitude qu'il ne sera jamais possible de le confondre avec l'histoire du monde et des hommes qui en découle. Il vient la fonder.

Une oeuvre de la Trinité indivisible

105 Le premier récit de la Création, éclairé par l'ensemble de l'Écriture et de la Tradition, comporte cependant un autre enseignement fondamental.

Le récit de la Genèse évoque déjà, au premier jour du monde, le souffle (Esprit) de Dieu planant au-dessus des eaux (cf. [Gn 1,2) et le psalmiste chante : "Tu envoies ton souffle [ton Esprit\ : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre" (Ps 103,30). N'est-ce pas déjà indiquer que la Création, oeuvre de sagesse, est oeuvre de l'Esprit de Dieu ?

On note que c'est le même mot hébreu que traduisent les deux mots français "souffle" et "esprit".

106 Mais la Création se révèle aussi dès le premier récit, comme l'oeuvre d'une Parole qui dispose toute chose avec ordre, dans la clarté, chaque être vivant selon son espèce (cf. Gn 1,21). Saint Jean, dans le prologue de son évangile, "montre le Verbe, c'est-à-dire à la fois la Parole et l'Intelligence de Dieu, déjà là mystérieusement à l'oeuvre : Par lui, tout s'est fait, et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui (Jn 1,3). Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, la gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité" (Jn 1,14).

Dès les récits de la Création sont posés plusieurs éléments fondamentaux qui constitueront la Loi. Celle-ci, en effet, sera faite de "Paroles" qui, comme celles qui président à la Création, viendront "ordonner" la vie des hommes. Elle aussi récusera la confusion. Elle insistera sur l'obligation de rendre à chacun ce qui lui revient : à Dieu d'abord, aux hommes ensuite et à toutes les créatures de Dieu. On sait que les dix commandements sont littéralement les dix "Paroles".

On peut donc entrevoir dans le premier récit de la Genèse la présence et l'action de l'Esprit Saint, de "l'Esprit créateur", et celle du Verbe de Dieu. Si le Credo attribue au Père plus directement l'acte créateur, celui-ci n'en est pas moins l'oeuvre de l'indivisible Trinité

L'homme "image" de Dieu et prince des créatures terrestres

[107 La création des cieux, de la terre et de tous les êtres vivants prépare celle de l'homme qui est, pour ainsi dire, le chef-d'oeuvre de Dieu, celui qui va le plus parfaitement pouvoir rayonner quelque chose de sa splendeur et entrer en pleine communion avec lui. "Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance. [...] Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme" (Gn 1,26-27). A l'image de Dieu, l'être humain est doué d'intelligence et de liberté. Il est capable d'aimer, et d'abord son Créateur : "La Bible nous enseigne que l'homme a été créé à l'image de Dieu, capable de connaître et d'aimer son Créateur, qu'il a été constitué seigneur de toutes les créatures terrestres, pour les dominer et pour s'en servir, en glorifiant Dieu" (GS 12).

L'homme est la "seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même" (GS 24). Homme et femme, créés dans l'altérité, c'est-à-dire dans la capacité du don qui les fait se reconnaître l'un par l'autre et entrer en dialogue, ils portent chacun la même et unique image divine.

Rempli d'admiration, le psalmiste peut chanter : "Qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui, le fils d'un homme, que tu en prennes souci ? Tu l'as voulu un peu moindre qu'un dieu, le couronnant de gloire et d'honneur ; tu l'établis sur les oeuvres de tes mains, tu mets toute chose à ses pieds" (Ps 8,5-7).

108 C'est ce statut tout à fait particulier de l'homme qu'exprime la doctrine de la création directe de l'âme par Dieu. Non pas que l'âme puisse être créée indépendamment du corps. Elle est "par elle-même et essentiellement, forme du corps humain" (conciles de Vienne, 1311-1312, et du Latran V, 1513-1521 ; DS 902 DS 1440 ; FC 265 et 267). Ce langage, qui n'est plus le nôtre, dit que l'âme est, par rapport au corps, un peu comme la pensée par rapport au langage qui l'exprime. "Corps et âme, mais vraiment un, l'homme est, dans sa condition corporelle même, un résumé de l'univers des choses qui trouvent ainsi, en lui, leur sommet, et peuvent librement louer leur Créateur" (GS 14).

Dieu entretient un rapport direct de Créateur et de Père avec chaque être humain, dès sa conception, comme avec cet être destiné par lui à refléter sa gloire. Et c'est justement ce rapport unique et personnel avec Dieu qui fait de l'âme humaine une réalité personnelle par excellence, unique (cf DS 1440 FC 267). L'âme de chacun d'entre nous n'est pas une participation à "l'âme du monde", comme certains courants de pensée tendent à la concevoir. Elle n'est pas davantage appelée à transiter dans un autre être, comme l'affirme la doctrine de la réincarnation. Elle est unique, comme l'amour que Dieu porte à chaque personne humaine.

109 Homme, pourquoi te méprises-tu tellement, alors que tu es si précieux pour Dieu ? Pourquoi, lorsque Dieu t'honore ainsi, te déshonores-tu à ce point ? Pourquoi cherches-tu comment tu as été fait et ne recherches-tu pas en vue de quoi tu es fait ? Est-ce que toute cette demeure du monde que tu vois n'a pas été faite pour toi ? C'est pour toi que la lumière se répand et dissipe les ténèbres, c'est pour toi que la nuit est réglée, Pour toi que le jour est mesuré ; pour toi que le ciel rayonne des splendeurs diverses du soleil, de la lune et des étoiles, pour toi que la terre est émaillée de fleurs, d'arbres et de fruits ; Pour toi que cette foule étonnante d'animaux été créée, dans l'air, dans les champs, dans l'eau si belle, pour qu'une lugubre solitude ne gâte pas la joie du monde nouveau. En outre, le Créateur cherche ce qu'il peut bien ajouter ta dignité : il dépose en toi son image, afin que ce image visible rende présent sur terre le Créateur invisible, et il te confie la gérance des biens terrestres, afin qu'un aussi vaste domaine n'échappe pas au représentant du Seigneur. Saint Pierre Chrysologue, évêque de Ravenne (Italie), mort en 451