Section 26 · 395–428

Incorporation au Christ et à l'Église

Profession de foi trinitaire

395 L'incorporation au Christ et à l'Église, c'est-à-dire au peuple de Dieu sauvé, constitue l'aspect prépondérant du baptême.

Il est souhaitable que le baptême soit célébré dans la communauté rassemblée, spécialement aux grandes fêtes comme Pâques, Pentecôte et Noël.

L'Église est communauté de foi. Le baptême est par excellence "sacrement de la foi". Aussi implique-t-il, comme premier moment, la confession de foi. Dans le cas du baptême des adultes, le Symbole des Apôtres est "remis", c'est-à-dire transmis et exposé, au catéchumène au cours de sa longue préparation, pour qu'il puisse progressivement se l'approprier. Ayant ainsi reçu le Symbole, il le professe à son tour. La Tradition parle à ce propos de "reddition" du Symbole par le catéchumène. Au jour du baptême il le prononce en faisant "profession de foi", preuve de l'adhésion personnelle qu'il lui apporte.

396 La profession de foi, dans le cas du baptême des petits enfants, est prononcée par les parents et par les parrains et marraines. Elle se fait en réponse aux questions que pose, au nom de l'Église, le ministre du baptême, normalement l'évêque, le prêtre ou le diacre. L'interrogation porte sur chacune des Personnes de la Trinité, dans leur être intime et dans leur oeuvre de salut.

C'est alors, en invoquant le nom de ces trois Personnes, que le ministre accomplit le rite essentiel du baptême : l'immersion, ou le geste de verser l'eau sur la tête du baptisé, avec les paroles :

"N., je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit."

Il est bon de rappeler qu'en cas d'urgence absolue, toute personne peut donner le baptême, à condition de respecter le rite et l'intention de l'Église (cf CIC 861).

Participation, dans l'Église, à la triple fonction du Christ

397 La première épître de Pierre exprime, dans le cadre d'une exhortation., ce que donne cette incorporation au Christ et à l'Église : "Vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu ; vous êtes donc chargés d'annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière" (1P 2,9).

L'apôtre Pierre s'adresse ainsi à l'ensemble des baptisés et non aux seuls ministres. "La participation des laïcs à la triple fonction de Jésus, Prêtre, Prophète et Roi, trouve d'abord sa racine dans l'onction du baptême, puis son développement dans la confirmation, et son achèvement et son soutien dans l'eucharistie" (CL 14).

L'incorporation à l'Église, Corps du Christ, se réalise concrètement au sein de communautés locales diverses. C'est là qu'un appui doit être cherché pour que le nouveau chrétien persévère sur les chemins d'une vie nouvelle selon le royaume de Dieu. C'est là aussi qu'il découvrira sa forme personnelle de participation active à la vie de l'Église.

398 Catéchèse aux nouveaux baptisés

Vous avez été conduits par la main à la piscine du baptême, comme le Christ est allé de la croix au tombeau qui est là devant vous. On a demandé à chacun s'il croyait au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Vous avez proclamé la confession de foi qui donne le salut et vous avez été plongés trois fois dans l'eau, et ensuite vous en êtes sortis. C'est ainsi que vous avez rappelé symboliquement la sépulture du Christ pendant trois jours. De même, en effet, que Notre Sauveur a passé trois jours et trois nuits au coeur de la terre, c'est ainsi que vous, en sortant de l'eau pour la première fois, vous avez représenté la première journée du Christ dans la terre, et la nuit, en étant plongés. Celui qui est dans la nuit ne voit plus rien, tandis que celui qui est dans le jour vit dans la lumière. C'est ainsi qu'en étant plongés comme dans la nuit vous ne voyiez rien ; mais en sortant de l'eau vous vous retrouviez comme dans le jour. Dans un même moment vous mouriez et vous naissiez. Cette eau de salut est devenue à la fois votre sépulture et votre mère. Cyrille, évêque de Jérusalem, mort en 386.

399 Le baptisé participe à la fonction sacerdotale du Christ quand, par amour, il offre à Dieu sa personne et son existence. Tout spécialement lors de la célébration eucharistique, par sa participation consciente et active.

Le baptisé participe à la fonction prophétique du Christ quand il annonce la Bonne Nouvelle par ses paroles et le témoignage d'une conduite selon l'Évangile.

Le baptisé participe à la fonction royale du Christ chaque fois qu'il combat contre les forces du mal en lui-même et dans le monde, par le service de ses frères, chaque fois qu'il contribue à réorienter la création dans le sens voulu par le Créateur.

L'onction, prévue après le rite de l'eau quand la confirmation ne suit pas immédiatement le baptême, est significative de cette consécration sacerdotale, prophétique et royale.

Sauf raison grave, la confirmation suit immédiatement le rite de l'eau dans la célébration du baptême des adultes. Il en va de même pour les petits enfants dans les Églises d'Orient.

Participation à la vie même de Dieu

400 L'incorporation au Christ et à l'Église fait participer le baptisé à la vie même de Dieu Père, Fils et Esprit. Le baptisé est alors habité par la grâce sanctifiante, don de l'Esprit Saint.

La grâce sanctifiante unit le baptisé à Dieu, soit de manière "habituelle", par un lien d'amitié (il est alors en "état de grâce"), soit de manière "actuelle", sous forme d'un secours spécial dans une circonstance déterminée.

Par le baptême, le baptisé participe au mystère du Christ (cf. [Rm 6,4-5). Il devient fils de Dieu. "L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant : Abba ! C'est donc l'Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu" (Rm 8,15-16). De son côté, saint Jean s'exclame : "Voyez comme il est grand, l'amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu - et nous le sommes" (1Jn 3,1). La deuxième épître de Pierre parle de devenir "participants de la nature divine" (2P 1,4). Et les Pères de l'Église n'hésiteront pas à parler de "divinisation".

Une existence nouvelle

401 La nouveauté de l'existence inaugurée par la grâce du baptême est marquée par deux rites symboliques secondaires.

Le premier est celui du vêtement blanc, qui évoque le vêtement du Christ dans sa transfiguration (cf. [Lc 9,29) et, plus généralement, cette vie nouvelle que le baptisé vient de "revêtir" : "Vous êtes une créature nouvelle, vous avez revêtu le Christ" déclare le ministre du sacrement, faisant allusion à certaines formules de saint Paul (cf. Ga 3,27 Rm 13,14).

Le second symbole est celui du cierge pascal et de la lumière. Dans le baptême, appelé "illumination" par les chrétiens d'Orient, le nouveau baptisé est éclairé de la lumière de Pâques. Il accueille le Christ, lumière du monde, pour être à son tour lumière dans le monde.

Porte du salut

402 Le baptême est le premier pas dans le monde nouveau qui agit, par la Pâque du Christ, à l'intérieur du monde ancien. Avec le baptême, les fondements de la vie chrétienne sont posés. Ceux qui ont reçu le baptême sont définitivement marqués pour le Royaume. Cette marque indélébile s'appelle le "caractère" baptismal, qui rend le baptisé apte à participer pleinement au culte de l'eucharistie en communiant au corps du Christ. Les deux autres sacrements de l'initiation chrétienne viendront parachever ce qui a été accompli au baptême.

Un trésor oecuménique

403 Avec la Bible, le baptême est un des grands trésors partagés par les chrétiens, par-delà leurs divisions. Il constitue pour la tâche oecuménique un point d'appui solide, en même temps qu'un perpétuel rappel. Déjà "ceux qui croient au Christ et qui ont reçu validement le baptême se trouvent dans une certaine communion, bien qu'imparfaite, avec l'Église catholique" ([UR 3).

La confirmation

404 La confirmation rend "parfaite", en quelque sorte, l'oeuvre du baptême. "N. a été baptisé et rendu parfait", disait un ancien formulaire oriental de la confirmation. Dans le même sens, après avoir parlé des baptisés, Vatican II déclare : "Par le sacrement de confirmation, leur lien avec l'Église est rendu plus parfait, ils sont enrichis d'une force spéciale de l'Esprit Saint et obligés ainsi plus strictement tout à la fois à répandre et à défendre la foi par la parole et par l'action en vrais disciples du Christ" ([LG 11).

Le signe de cette perfection est celui de la chrismation, nom ancien de ce sacrement. L'onction d'huile était traditionnellement le rite par lequel les rois, les prêtres et les prophètes choisis par Dieu étaient consacrés et recevaient leur dignité et leur fonction. "Christ", en hébreu "Messie", signifie "Oint" (cf. Lc 4,18). Cette onction est faite avec le "saint chrême", huile parfumée consacrée par l'évêque, pour tout son diocèse, au moment de Pâques. Elle signifie l'acte de Jésus Christ donnant son Esprit. En faisant cette onction, l'évêque, ministre ordinaire de la confirmation dans l'Église latine, dit :

"N., sois marqué de l'Esprit Saint, le don de Dieu."

L'imposition des mains est le second rite accompli dans la célébration de la confirmation. Geste traditionnel pour communiquer l'Esprit Saint aux baptisés envoyés en mission, il est hautement significatif. Quand il refait ce geste sur les confirmands, l'évêque demande à Dieu de répandre en plénitude sur eux "l'Esprit qui reposait sur son Fils Jésus : esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et d'affection filiale, [...\ esprit d'adoration" (cf. rituel romain, 25).

405 "Les fidèles sont tenus par l'obligation de recevoir ce sacrement en temps opportun" (CIC 890). La confirmation les soutient dans les luttes qu'ils ont à mener pour vivre dans la foi, l'espérance et la charité.

Pour être admis à la confirmation on doit être en état de grâce. Un adulte doit bénéficier d'une catéchèse adaptée, entrer en relation avec la communauté chrétienne, être préparé à rendre témoignage de sa vie chrétienne et disposé à exercer l'apostolat. Dans le cas d'un enfant, il est nécessaire qu'il ait pris conscience de l'engagement de son baptême et qu'il soit disposé à l'assumer personnellement, à sa mesure (cf. rituel romain, 12).

En France, "à la décision de chaque évêque pour son diocèse, l'âge de la confirmation pourra se situer dans la période de l'adolescence, c'est-à-dire de douze à dix-huit ans" (Bulletin officiel de la conférence des évêques de France, no. 30).

"La confirmation se rattachant étroitement au baptême, il convient que le parrain de baptême soit aussi le parrain de confirmation. Ainsi la fonction et les responsabilités de parrain peuvent être exercées de manière plus efficace" (rituel romain, 5). On peut cependant choisir un parrain de confirmation différent, si cela parait opportun."

L'Esprit de Pentecôte

406 Dans le déroulement de l'initiation chrétienne, on peut rapprocher le lien existant entre le baptême et la confirmation de celui qui existe entre Pâques et Pentecôte. Le don de l'Esprit à la confirmation est, comme dans le baptême, un fruit direct de l'événement pascal (cf. [Jn 20,21-22). Néanmoins les Actes des apôtres relatent une venue de l'Esprit tout à fait décisive cinquante jours après Pâques, au jour de la Pentecôte (cf. Ac 2,1-41). C'est alors que se manifestent les fruits extraordinaires du don de l'Esprit.

L'Église commence sa "mission" ; elle se répand à travers le monde pour porter l'Évangile aux peuples de toutes langues et de toutes cultures. A Babel, les hommes ne se comprennent plus (cf. Gn 11,1-9) ; à la Pentecôte, l'unique Bonne Nouvelle est entendue par chacun dans sa propre langue.

La confirmation est la Pentecôte de ceux qui sont entrés par le baptême dans la Pâque du Christ. L'unité de l'initiation chrétienne est manifestée dans la célébration de la confirmation par le renouvellement de la profession de foi baptismale et de la renonciation au péché.

La confirmation communique aux confirmands l'Esprit de Pentecôte. Le confirmand est ainsi "marqué" à jamais d'un nouveau "caractère" : celui d'envoyé en mission en vue du règne de Dieu.

407 En Occident, c'est habituellement l'évêque qui donne le sacrement (il peut en concéder la faculté à des prêtres déterminés). "Ainsi la confirmation est plus clairement reliée à la première effusion de l'Esprit Saint au jour de la Pentecôte. En effet, les Apôtres, après avoir été remplis de l'Esprit Saint, le transmirent eux-mêmes par l'imposition des mains à ceux qui crurent. Ainsi, le fait de recevoir l'Esprit Saint par le ministère de l'évêque met davantage en valeur le lien qui rattache les confirmés à toute l'Église, et le commandement reçu du Christ de rendre témoignage au milieu des hommes" (rituel romain, 7).

Une responsabilité accrue dans l'Eglise et dans le monde

[408 "Par [le] don de l'Esprit Saint", reçu dans la confirmation, "les fidèles sont rendus plus parfaitement semblables au Christ, et ils sont fortifiés de la force de l'Esprit pour rendre témoignage au Christ afin que le corps du Christ s'édifie dans la foi et la charité" (rituel romain, 2). La confirmation est un temps fort de l'action de l'Esprit aujourd'hui dans l'Église et dans le monde, un événement privilégié dans l'assemblée des baptisés (cf. rituel romain, 2).

Comme le suggère son nom, la confirmation rend "ferme", fort dans la foi. Elle communique la force de l'Esprit Saint pour le témoignage à rendre au Christ. Elle engage à participer à la mission prophétique de l'Église avec une aptitude renouvelée, à lutter contre le mal et ce qui conduit au péché, même dans les situations difficiles, et à s'investir au service de la foi, de la liberté et de la paix, à la suite du Christ.

409 Dans la confirmation se réalise ce que le prophète Joël avait annoncé pour la fin des temps, et dont saint Pierre dévoile la réalisation au jour de la Pentecôte : "Il arrivera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai mon Esprit sur toute créature, vos fils et vos filles deviendront prophètes, vos jeunes gens auront des visions, et vos anciens auront des songes. Même sur mes serviteurs et mes servantes je répandrai mon Esprit en ces jours-là, et ils seront prophètes" (Ac 2,17-18).

Sacrement bien spécifique, "la confirmation ne prend [cependant] tout son sens que dans sa liaison organique avec le baptême et l'eucharistie" (rituel romain, 2).

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L'eucharistie

410 L'eucharistie est le troisième sacrement de l'initiation chrétienne. Elle en est l'accomplissement. Dans le cas d'un baptême d'adulte, la liturgie la situe immédiatement après le baptême et la confirmation L'unité des trois sacrements de l'initiation chrétienne alors mieux signifiée puisqu'une même célébration les réunit.

Les Églises d'Orient ont conservé cette unité visible de l'initiation. Les trois sacrements y sont donnés dans la même célébration, par le prêtre généralement. En Occident, la confirmation des petits enfants, réservée à l'évêque, a été le plus souvent séparée de leur baptême et de leur première communion. Puis la confirmation et la première communion ont été précédées ; d'une préparation en vue d'une participation plus consciente. En France actuellement, la confirmation est généralement conférée à l'entrée de l'adolescence, alors que l'eucharistie a été reçue quelques années plus tôt.

L'eucharistie est le "sacrement des sacrements", le "Saint Sacrement". Elle rend réellement présent l'auteur même de la dans le don qu'il fait de sa propre vie sur la croix. C'est pourquoi "tous les autres sont ordonnés à ce sacrement comme à leur fin" (saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, III 65,3).

Située au coeur de l'Église, elle est pour celle-ci l'objet d'un soin jaloux : toucher à l'eucharistie, c'est toucher au Christ et toucher ainsi à l'unité de cette Église.

Le pain de la vie

411 Depuis les origines, l'homme cherche la nourriture de la vie véritable.

Israël, au désert, risquait de mourir de faim. Le Seigneur l'avait alors gratifié d'une nourriture mystérieuse, la manne, venant du ciel, chaque jour renouvelée (cf. [Ex 16). Cependant le peuple s'était lassé de ce "pain de misère". Il attendait confusément une autre nourriture et un autre repas.

Après avoir multiplié les pains pour nourrir une foule désemparée, Jésus se réfère à ce signe de la manne pour faire entendre qu'il est le vrai "pain de la vie" (Jn 6,35). Il l'est dans le don de sa Parole qui nourrit et de sa vie offerte en sacrifice : "Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. [...] Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, nous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson" (Jn 6,51-55).

Le pain consacré est destiné à être mangé et le vin consacré à être bu. La vie que Jésus propose dans cette nourriture est une vie réellement donnée. Une vie qui ressuscite et fait vivre par le don qu'à son tour elle suscite.

Testament de Jésus

412 Le don qu'évoque Jésus dans son discours sur le pain de vie est pleinement réalisé sur la croix.

"La veille de sa passion", au cours de la dernière Cène à laquelle il a convié ses disciples, il célèbre l'Alliance nouvelle et éternelle. Il fait connaître et livre son "Testament" : un Testament fait du don de son corps et de son sang, laissés en nourriture et en boisson. "Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le partagea et le leur donna, en disant : Prenez, ceci est mon corps. Puis, prenant la coupe et rendant grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : "Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude" (Mc 14,22-24).

413 Dans la Cène, à l'heure de passer de ce monde à son Père, Jésus vit pleinement, ressaisit et conduit à son accomplissement toute l'histoire de l'Alliance.

Cette histoire va de l'offrande "d'Abel le juste", en passant par le sacrifice d'Abraham, puis par le mystérieux rite du pain et du vin accompli par le grand prêtre Melchisédech (cf. prière eucharistique 1), jusqu'au vin des noces de Cana, à la multiplication des pains et aux repas de réconciliation partagés par Jésus, pendant sa vie publique, avec les pécheurs.

Jésus révèle et déploie en même temps la signification attachée au don de sa vie en forme de nourriture. Ce don, ce "Testament" est à la fois le pain qui est son corps et le vin qui est son sang. Il est aussi expression de son désir le plus profond : "Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres" (Jn 13,34), déclare Jésus après avoir lavé les pieds de ses disciples.

414 Mes frères, ces mystères portent le nom de "sacrements", parce que l'apparence ne correspond pas à leur réalité profonde. Que voit-on ? Un objet matériel. Mais l'esprit y discerne une grâce spirituelle. Veux-tu comprendre ce qu'est le corps du Christ ? Écoute l'Apôtre dire aux fidèles : Vous êtes le corps du Christ et ses membres. Si donc vous êtes le corps du Christ et ses membres, c'est votre propre symbole qui repose sur la table du Seigneur. C'est votre propre symbole que vous recevez. A ce que vous êtes, vous répondez : "Amen", et cette réponse est votre adhésion. Tu entends : "Le corps du Christ", et tu réponds : "Amen." Sois un membre du corps du Christ afin que ton "Amen" soit vrai. Augustin, évêque d'Hippone (Afrique du Nord), mort en 430.

Sacrement de la Pâque de Jésus, célébrée dans l'Église

415 Les évangiles soulignent le lien entre l'institution de l'eucharistie et la célébration de la Pâque (cf. Mt 26,17-19 Mc 14,12-16 Lc 22,7-13).

L'eucharistie est le sacrement qui rend présente à l'Église et aux croyants la Pâque de Jésus. L'Église, en célébrant l'eucharistie, "fait mémoire" de lui et de son sacrifice (cf. Lc 22,19). L'eucharistie est le "mémorial" de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur : Jésus est l'Agneau pascal, "l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde" (Jn 1,29).

Oeuvre de l'Esprit

[416 Mais le mémorial eucharistique est tout autre qu'une "cérémonie du souvenir", qu'une minute de silence pendant laquelle chacun évoque le passé. Il s'agit d'une mémoire vivante et efficace qui rend actuel le sacrifice pascal du Christ Jésus. C'est là l'oeuvre de l'Esprit qui rend présent celui dont nous faisons mémoire.

Après la Cène, Jésus promet à ses disciples l'envoi de l'Esprit Saint : "Le Père l'enverra en mon nom, [...] et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit" (Jn 14,26). L'Esprit ne cesse d'actualiser, autrement dit de faire passer dans l'actualité de l'Église, le sacrifice de Jésus et la Rédemption qu'il a opérée "une fois pour toutes" (He 9,12). C'est pourquoi le prêtre, à la messe (prières eucharistiques II, III, IV), demande d'abord au Père d'envoyer son Esprit Saint sur le pain et sur le vin pour qu'ils deviennent le corps et le sang du Christ, "dans la célébration de ce grand mystère, que lui-même nous a laissé en signe de l'Alliance éternelle". Après la consécration, le prêtre implore à nouveau la venue de ce même Esprit sur "tous ceux qui vont partager ce pain et boire à cette coupe", pour qu'ils soient "rassemblés en un seul corps" et "qu'ils soient eux-mêmes une vivante offrande à la louange de sa gloire" (cf prière eucharistique IV).

417 Le mémorial eucharistique réalise la présence du Christ, à la fois comme Rédempteur s'offrant à son Père et comme nourriture pour tous les membres de son Église.

L'Église emploie des mots spécifiques pour parler de l'action eucharistique. Le mot anamnèse désigne la mémoire que nous faisons, par l'action sacramentelle elle-même, de la passion, de la mort, de la résurrection et de l'ascension du Christ, dans l'attente de son retour. L'anamnèse est l'action sacramentelle qui, en signifiant ces mystères dans la consécration du pain et du vin, mous apporte leur puissance de salut. Le mot épiclèse définit la double demande de la venue de l'Esprit Saint, sur le pain et sur le vin, puis sur l'assemblée. Comme à l'Annonciation l'Esprit a donné au monde le Sauveur clans le sein de Marie, ce même Esprit agit ainsi mystérieusement pour donner sacramentellement au monde le Christ, par l'Église.

Sous l'action de l'Esprit Saint promis à l'Eglise, par les rôles du Christ que prononce le prêtre, agissant "dans la personne du Christ", le pain et le vin deviennent véritablement le corps le sang du Christ. Tout en gardant leur apparence ordinaire, ils ne sont plus du pain et du vin mais le Seigneur glorifié, invisiblement mais réellement présent. Ce changement accompli par la puissance de Dieu, l'Église l'appelle transsubstantiation (cf. concile de Trente, DS 1642 FC 739). Le mot ne prétend pas expliquer ce qui demeure "le mystère de la foi", mais affirmer que, grâce à cette "conversion de toute la substance du pain", le Christ est vraiment et réellement présent et se donne en nourriture.

418 L'eucharistie n'est pas un simple signe rappelant la fidélité du Christ. Lui, la Parole créatrice et vivante du Père, transforme en "pain de la vie" et en "vin du royaume éternel" ces éléments de notre terre, fruit de la création et du travail de l'homme. Le Fils de Dieu a la puissance d'accomplir ce qu'il dit lorsqu'il affirme : "Ceci est mon corps" ; "Ceci est mon sang". C'est pourquoi nous accueillons dans la foi le sacrement de son corps "livré pour nous" et de son sang "répandu pour la multitude". L'eucharistie n'est pas une évocation de sa venue sous la forme d'un pain qui resterait du pain. Elle est présence réelle et substantielle du corps et du sang du Christ maintenant glorifié.

La présence de Jésus ainsi réalisée n'est pas celle des jours de sa vie sur la terre. C'est sa présence de Seigneur glorieux et ressuscité : une présence d'ordre sacramentel mais qui n'en est pas moins réelle ; une présence pour nous, qui sommes en chemin aujourd'hui ; une nourriture pour pèlerins ; une présence efficace qui nous fait communier réellement à sa mort et à sa résurrection.

Offerte en sacrifice de communion et de louange

[419 L'eucharistie est étroitement liée au sacrifice de la croix, puisque le pain y devient le "corps livré" et le vin le "sang versé". L'eucharistie est la représentation et l'offrande sacramentelles du sacrifice de la croix.

La Tradition chrétienne a emprunté le mot sacrifice au langage de l'Ancien Testament. Il rappelle les multiples sacrifices de la première Alliance. Le prêtre sacrificateur, préposé au culte, immolait alors des animaux. Le sang répandu signifiait l'Alliance entre Dieu et les hommes. Il demeurait incapable de la réaliser. Le Christ, lui, est l'unique prêtre de la Nouvelle Alliance. Et c'est sa propre vie qu'il a consacrée et offerte au Père. Il en a fait une réalité sainte pour la rémission de tous les péchés. Le mot sacrifice le rappelle. Sacrifier une réalité, c'est en faire une chose sainte, consacrée, sanctifiée. L'eucharistie nous invite à faire librement de toute notre existence une réalité sainte, consacrée à l'amour de Dieu et des autres.

Que l'on puisse parler du sacrifice eucharistique ne veut pas dire que l'eucharistie constitue un sacrifice nouveau, indépendant, qui viendrait s'ajouter ou se substituer au sacrifice de la croix. L'unique sacrifice du Christ est actualisé et rendu sacramentellement présent dans l'eucharistie. A la Cène, Jésus consentait déjà à son sacrifice, anticipant, par ses paroles et ses gestes, l'événement pascal. De même, dans l'eucharistie de l'Église le pain et le vin deviennent le sacrement de la présence du Christ, son corps et son sang, dans l'acte même par lequel il s'offre en sacrifice pour le salut des hommes.

"Dans ce divin sacrifice qui s'accomplit à la messe, le même Christ est contenu et immolé de manière non sanglante [...]. C'est une seule et même victime, c'est le même qui s'offre maintenant par le ministère des prêtres, qui s'est offert lui-même sur la croix ; seule la manière d'offrir diffère" (concile de Trente, DS 1743 FC 768). "Comme sa mort ne devait pas mettre fin à son sacerdoce, à la dernière Cène, la nuit où il fut livré, il voulut laisser à l'Église, son épouse bien-aimée, un sacrifice visible comme le réclame la nature humaine" (concile de Trente, DS 1740 FC 766).

420 Dans son sacrifice, Jésus accomplit les significations variées des divers sacrifices de la première Alliance. Ces significations doivent être prises en compte si l'on veut saisir la richesse du sacrifice eucharistique.

L'eucharistie est sacrifice de louange et d'action de grâce. Le mot même d'eucharistie le dit expressément. La "prière eucharistique" est une longue action de grâce rendue au Père par le Fils dans l'Esprit.

L'eucharistie est en même temps un sacrifice d'expiation et de propitiation pour les péchés. "Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude en rémission des péchés" (Mt 26,28). Celui qui participe à l'eucharistie reçoit le pardon de ses fautes quotidiennes ou vénielles. Il reçoit la force de lutter pour éviter les fautes graves. Le sacrifice de la messe est également célébré à l'intention des défunts pour le pardon des péchés qu'ils ont commis durant leur existence terrestre.

L'eucharistie concerne tous ceux qui appartiennent à la "communion des saints". Elle est sacrifice d'intercession pour les vivants et pour les morts. Dans l'eucharistie, le Christ intercède pour tous ceux qui ne sont pas encore entrés dans la gloire de Dieu.

L'eucharistie est sacrifice de communion. Pour ceux qui participent au repas de l'Alliance, l'eucharistie traduit et réalise la communion avec Dieu et entre eux. Sacrifice de communion, l'eucharistie est, au sens fort, communion au sacrifice du Christ. C'est déjà cela qui scandalisait les juifs : "Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ?" (Jn 6,52). Jésus les appelle à dépasser leur vue trop charnelle pour accéder à la réalité spirituelle que dévoilent ses paroles et ses gestes. "C'est l'esprit qui fait vivre, la chair n'est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie" (Jn 6,63).

421 Les fidèles sont tenus de communier au moins une fois l'an au cours du temps pascal. Ils sont tenus de participer à l'eucharistie dominicale, en écoutant la Parole de Dieu et en s'associant à la prière de l'Église. La même exigence vaut à l'égard de ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ne peuvent pas être admis à la communion (cf. CIC 915-916).

Avant de communier à la Table du Seigneur, le fidèle doit "s'examiner". Est-ce bien le Seigneur qu'il a conscience de recevoir ? Pour quelles raisons va-t-il communier : routine, désir de faire comme le reste de l'assemblée, ou décision de s'unir très profondément à son Seigneur et à ses frères ? La vie qu'il mène est-elle en harmonie avec la communion au Christ ? S'il a conscience d'avoir commis un péché grave, il doit rentrer en grâce avec Dieu en sollicitant d'abord le sacrement de la réconciliation ou, si ce n'est vraiment pas possible, au moins en revenant vers lui par un acte de contrition parfaite qui inclut la résolution de se confesser au plus tôt (cf. CIC 916). "Celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement se rendra coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que chacun s'éprouve soi-même, avant de manger ce pain et de boire cette coupe ; car celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur mange et boit sa propre condamnation" (1Co 11,27-29).

422 Le Christ a voulu rendre présent à son Église son sacrifice pour la faire vivre de sa charité et de l'Esprit d'amour qui l'unit au Père, pour nourrir en chaque croyant la vie divine. Sacrement du sacrifice de Jésus Christ, l'eucharistie est aussi sacrifice de l'Église, Corps du Christ. "Que l'Esprit Saint fasse de nous, demande-t-on dans la troisième prière eucharistique, une éternelle offrande à ta gloire." Elle est aussi pour chacun exigence et soutien d'une existence appelée à être tout entière sacrificielle : "Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c'est là pour vous l'adoration véritable" (1 Rm 12,1). L'eucharistie est ainsi "source et sommet de toute la vie chrétienne" (LG 11).

La participation du croyant au mystère eucharistique ne s'arrête pas avec la célébration de la messe. Après celle-ci "l'unique et indivisible existence du Seigneur glorieux au ciel [...] demeure présente [...] dans le Saint-Sacrement qui est, au tabernacle, le coeur vivant de chacune de nos églises" (Credo de Paul VI). Le pain consacré, conservé après la messe (la "réserve" eucharistique), était avant tout, dans la pratique ancienne de l'Église, destiné à être porté aux malades. Cette destination demeure.

Mais la présence du Christ dans le Saint-Sacrement garde son sens indépendamment de la communion aux malades. Celui qui prie en présence du Saint-Sacrement exprime son désir de communier plus intensément à la personne du Christ et à son mystère pascal. Cependant, il est important de se rappeler que c'est toujours en référence au sacrifice de la messe et à la communion que l'adoration eucharistique, sous le mode de l'exposition ou de la procession du Saint-Sacrement, ou simplement devant le tabernacle, trouve tout son sens.

L'assemblée, la Parole et le Pain

423 La célébration de l'eucharistie comporte toujours comme partie constitutive, à côté de la liturgie eucharistique, une liturgie la Parole de Dieu. Ces deux parties de la célébration sont "si étroitement unies entre elles qu'elles constituent un seul acte culte" (SC 56).

La liturgie de la Parole est précédée par un rite pénitentiel qui ouvre le coeur à Dieu. C'est comme si les chrétiens rassemblés s'entendaient dire : "Aujourd'hui, ne fermez pas votre coeur, mais écoutez la voix du Seigneur." Après l'acclamation joyeuse du Gloria, des textes bibliques sont lus, un psaume est chanté ; ces textes préparent à l'écoute de l'Évangile, sommet de cette liturgie, proclamé par le prêtre ou le diacre. Après un temps de méditation et d'assimilation, favorisé par l'homélie ou le silence, l'assemblée donne son adhésion en proclamant, le dimanche et les jours de fête, la foi de l'Église et on s'unissant à sa prière pour le monde.

424 La liturgie eucharistique se compose d'un rite de préparation du pain et du vin qui vont être offerts, puis de la grande prière eucharistique, introduite par la préface. L'Esprit Saint est invoqué pour que le pain et le vin deviennent le corps et le sang du Christ : c'est l'épiclèse. Le prêtre prononce alors les paroles consécratoires : "Au moment d'être livré et d'entrer librement clans sa passion, il prit le pain, il rendit grâce, il le rompit et le donna à ses disciples, en disant : Prenez, et mangez-en tous, ceci est mon corps livré pour vous. De même, à la fin du repas, il prit la coupe ; de nouveau il rendit grâce et la donna à ses disciples, en disant : Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l'Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela, en mémoire de moi (prière eucharistique II) ." Vient alors l'anamnèse : l'assemblée d'abord reconnaît et acclame le Christ présent en son mystère pascal, puis le prêtre, faisant mémoire de ce mystère, présente au Père l'offrande de Jésus. Le prêtre demande ensuite que l'assemblée tout entière soit transformée par l'Esprit Saint en un seul corps pour devenir dans le Christ une vivante offrande à la louange du Père : c'est l'épiclèse sur le peuple de Dieu. Puis, après les intercessions et les demandes pour l'Église, pour les vivants et pour les morts, vient la doxologie, c'est-à-dire la grande acclamation à la gloire de Dieu à laquelle l'assemblée répond par son "Amen" : "Par lui [le Christ], avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l'unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles. Amen." On parvient alors aux rites de commun on, qui commencent par la récitation commune du Notre Père.

Les croyants rassemblés sont envoyés pour vivre ce qu'ils ont entendu, compris et reçu, en communiant à leur Seigneur.

425 Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du Mal. Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles. Amen !

A la messe, l'Église se rassemble. Par là, elle dit ce qu'elle est : "assemblée convoquée" (c'est le sens même du mot Eglise). Elle se rassemble pour entendre la Parole et faire, en mémoire du Seigneur, ce qu'il lui a dit de faire avant de mourir. "L'Église fait l'eucharistie." Mais, quand lui est donné, par l'Esprit Saint qu'elle demande au Père, le corps eucharistique de Jésus, c'est pour qu'elle soit son corps ecclésial. "L'Église fait l'eucharistie et l'eucharistie fait l'Église."

"Jusqu'à ce qu'il vienne"

426 Mémorial de la mort et de la résurrection du Christ, sacrement de sa présence parmi nous et de son sacrifice rédempteur, l'eucharistie est, pour les croyants, nourriture de la route, tandis qu'ils cheminent encore "loin du Seigneur" (2Co 5,6) et cela jusqu'à la dernière étape, comme le suggère le nom de viatique. Ce mot désigne la communion donnée aux mourants : c'est la nourriture de la Pâque ultime, du passage vers le Père. Mais pour tous, l'eucharistie est "remède d'immortalité" (saint Ignace d'Antioche), sacrement de la vie éternelle. Elle transforme ceux qui s'en nourrissent, pour qu'ils deviennent ce qu'ils célèbrent et reçoivent. En effet, selon la formule de saint Jean Chrysostome, "l'eucharistie ne sera jamais achevée tant que nous ne serons pas devenus nous-mêmes eucharistie", entrés définitivement dans le royaume de Dieu.

427 L'eucharistie est la source de la vie chrétienne. Elle maintient vivante l'espérance de la pleine réalisation de ce qu'elle signifie et produit. Elle commence à rendre présent dès maintenant le monde nouveau. Au sein même d'un monde divisé, traversé par tant de haines, "le Repas du Seigneur" (1Co 11,20) rassemble dans l'unité des hommes et des femmes qui s'ignoraient et peut-être se rejetaient. Au milieu des obscurités et des épreuves, l'eucharistie soutient l'attente ardente du Seigneur ressuscité, "jusqu'à ce qu'il vienne".

Elle demeure au coeur de la mission, tout ensemble source et aboutissement de l'évangélisation. Loin d'en détourner, elle la réalise. Elle est signe d'une Église vivant de la Bonne Nouvelle.

L'eucharistie du dimanche

428 Dans l'ensemble de ces perspectives, on perçoit mieux l'importance de la célébration eucharistique du dimanche ("jour du Seigneur"). L'eucharistie, où "s'exerce l'oeuvre de notre rédemption", réalise singulièrement ce que le concile Vatican II dit de la liturgie, qui "contribue au plus haut point à ce que les fidèles, par leur vie, expriment et manifestent aux autres le mystère du Christ et la nature authentique de la véritable Église" (SC 2). C'est pour cela que l'Église fait une obligation grave aux fidèles de participer à la célébration eucharistique dominicale et qu'elle insiste pour que leur participation soit consciente et active. On comprend cette recommandation que l'on trouve déjà dans un document du début du IIIème siècle : "Qu'il \le peuple\ se réunisse et que personne ne diminue l'Église en n'allant pas à l'assemblée et ne prive d'un membre le corps du Christ" (Didascalie des apôtres, 59, 1).

Dans les lieux où, faute de prêtre disponible, il est impossible de célébrer l'eucharistie chaque dimanche, l'Église recommande que la communauté chrétienne locale célèbre cependant le jour du Seigneur, notamment en se rassemblant pour une célébration de la Parole de Dieu et, selon l'opportunité, par la communion eucharistique.

Le partage de la Parole et du pain eucharistique engage les croyants à se faire des hommes de partage. La quête, mieux désignée par le nom de "collecte", est le signe de ce partage réel des biens et de cette entraide, qui tenaient une si grande place dans l'Église primitive (cf. Ac 2,44 et suiv. ; Ac 11,29-30 1Co 16,1-4).