Section 42 · 626–632

Faire et dire la vérité

Chercher la vérité

626 L'homme n'a pas faim seulement de pain et de liberté. Il a faim de vérité. L'intelligence de l'homme est faite pour la vérité. La révélation chrétienne, en ce domaine, peut étonner. Pour elle' la vérité est fondamentalement le Christ, reconnu dans la foi comme celui en qui se révèle la vérité de l'homme et la vérité de Dieu. L'intelligence de l'homme se renierait en ne cherchant pas la vérité, comme elle se renie en se contentant de la bonne foi et de la sincérité, et en n'accueillant pas ce que Dieu dit par la Révélation, les hommes et les événements.

Dire la vérité - vérité et mensonge

627 Les relations humaines reposent sur la confiance. Et la confiance n'est pas possible sans la vérité. On doit donc dire la vérité. On peut se tromper, mais l'erreur n'est pas le mensonge. Le mensonge, lui, est une faute contre Dieu et la communauté humaine.

Cette question de la vérité dans les relations est particulièrement délicate. Elle met en jeu un rapport à la vérité, mais aussi un rapport à la justice et à la charité qui règlent nos relations humaines.

L'amour du prochain n'autorise pas le mensonge. Mais il n'oblige pas nécessairement à dire toute la vérité : " Toute vérité n'est pas bonne à dire."

Il y a, en effet, des vérités qui tuent. Une mère doit-elle révéler inconditionnellement à son enfant qu'il n'est pas le fils de son père ? Un ministre des Finances, non seulement n'est pas obligé d'annoncer une dévaluation prochaine, mais il ne doit pas le faire, sous peine de donner libre cours à des spéculations ruineuses pour le bien commun. Un industriel peut cacher la situation difficile que vit son entreprise, etc. Cela dit, il y a aussi des silences qui tuent.

Si donc on peut parler d'un "droit à la vérité", on doit ajouter qu'il n'est pas inconditionnel et que la vérité se situe aussi dans l'ordre de la relation. On ne doit pas cacher la vérité à qui a le droit de la connaître. En revanche, un secret confié doit être gardé.

Médisances et calomnies

628 On ne doit pas dénoncer sans raison les défauts ou les vices d'autrui. La question d'une dénonciation peut cependant se poser si ces défauts ou ces vices représentent une menace pour autrui. C'est encore la justice et la charité qui éclairent la position à prendre.

La calomnie, qui est une fausse accusation, est plus grave encore, car elle atteint l'autre injustement et mensongèrement. Même si l'on s'efforce ensuite de réparer.

On peut rapprocher de ces atteintes à la vie sociale l'indiscrétion qui cherche à surprendre ou à divulguer les secrets du prochain. Toutes ces pratiques ruinent la confiance.

Médias

629 Les questions morales autour de la vérité prennent une nouvelle dimension avec les moyens de communication sociale. Ceux-ci élargissent, pour chacun, le devoir de s'informer. Mais ils appellent des règles précises pour les journalistes de la presse écrite, parlée ou télévisée. Ces derniers jouent un rôle positif pour divulguer la vérité, informer les hommes des réalités qui les concernent, pour rendre publiques des pratiques préjudiciables au bien commun, éduquer les citoyens, etc. Mais leur pouvoir peut aussi servir à répandre le mensonge ou à créer des climats passionnels peu propices à l'éclosion de la vérité.

La "déontologie des médias" a encore de grands progrès à faire pour une information vraie, respectueuse des faits et des personnes. Les autres pouvoirs (politique, judiciaire et économique) ont suscité des "pouvoirs compensateurs" : parlement, magistrature, syndicats, etc. Le quatrième pouvoir, celui de l'information, n'a d'autre contre-pouvoir que le sens des responsabilités de chaque citoyen. Celui-ci peut ne pas écouter, ne pas regarder, ne pas acheter ce qui lui semble mauvais ou, au contraire, se faire l'ardent propagateur des médias qui le méritent.

Les chrétiens soucieux du lien entre les vérités partielles de la communication humaine et la vérité de la Parole de Dieu ne peuvent pas oublier l'appel prophétique du Christ : "Quand vous dites "oui", que ce soit un "oui", quand vous dites "non", que ce soit un "non"" (Mt 5,37) A quoi fait écho saint Paul dans l'épître aux Éphésiens : "Débarrassez-vous donc du mensonge, et dites tous la vérité à votre prochain, parce que nous sommes membres les uns des autres" (Ep 4,25).

Résister à la convoitise

630 L'appel du Christ à le suivre dans le don total de soi-même invite chaque chrétien à considérer tout ce qu'il est physiquement, psychologiquement, spirituellement, et tout ce qu'il a, comme ne lui appartenant pas, comme des talents confiés par Dieu et destinés à le glorifier.

Il ne s'agit aucunement d'un mépris du monde ou de soi-même, mais il s'agit de remettre le monde dans l'ordre qu'a détruit le péché. Tout, absolument tout dans le monde, trouve son épanouissement dans ce pour quoi il est fait, et tout est fait pour chanter la gloire de Dieu. Toute action n'a de sens que si elle contribue à la gloire de Dieu. Saint Paul l'affirme : "Tout ce que vous faites : manger, boire ou n'importe quoi d'autre, faites-le pour la gloire de Dieu" (1Co 10,31).

631 Gérer sa vie comme ne nous appartenant pas, mais appartenant à Dieu, et donc aussi aux autres hommes, conduit à refuser la convoitise qui est "la racine de tous les maux" (1Tm 6,10). Saint Jean dénonce, dans une progression calculée, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et la confiance orgueilleuse dans les biens (cf. 1Jn 2,16). La tradition des moralistes voit dans la convoitise la source de ce qu'on appelle les péchés capitaux, c'est-à-dire les péchés les plus caractéristiques. La convoitise de la chair recherche pour lui-même le plaisir que donne la satisfaction des instincts les plus naturels de l'homme (manger, boire, dormir, se reproduire) et conduit ainsi à la gourmandise (avec ses formes perverses de l'alcoolisme et des toxicomanies), à la paresse et à la luxure. La convoitise des yeux recherche pour lui-même le plaisir d'être vu et apprécié. Elle conduit à la vanité, aux dépenses excessives pour le paraître ; par son goût du superficiel, elle entretient le dégoût de tout ce qui est spirituel. Enfin, l'orgueil est une déformation du plaisir légitime d'être soi-même devant Dieu. C'est le détournement à notre profit de ce qui nous constitue le plus profondément : la ressemblance avec Dieu. L'orgueil entraîne souvent l'envie et le refus de l'autre manifesté par la mauvaise colère. Il entraîne, par une sorte de déplacement pervers de l'essentiel sur l'argent, l'avarice.

632 De tout temps, les maîtres spirituels ont invité les chrétiens à s'entraîner à combattre la convoitise par la prière, certes, mais aussi par l'ascèse étymologie du mot suggère la notion même d'entraînement). Le jeûne, signifiant symboliquement que l'homme doit se nourrir prioritairement de la Parole de Dieu, a été, dans l'histoire, une des formes les plus répandues de cet entraînement à la maîtrise de soi, pour être capable de se donner ou plutôt, puisque l'homme ne s'appartient pas, de rendre à Dieu ce qui est à Dieu.

On en revient à l'essentiel ; il n'y a qu'un commandement dans la Loi nouvelle : aimer.