Nous avons maintenant à exposer les motifs qui doivent déterminer l’homme et la femme à se marier.
Chapitre 27 — Section 4
Des motifs et des fins du mariage
Le premier, c’est l’instinct naturel, qui porte les deux sexes à s’unir, dans l’espoir de s’aider mutuellement, et de trouver dans cette réciprocité de secours plus de forces pour supporter les incommodités de la vie et les infirmités de la vieillesse.
Le second est le désir d’avoir des enfants, moins il est vrai pour laisser des héritiers de ses biens et de ses richesses, que pour donner à Dieu des serviteurs croyants et fidèles. Telle était, avant tout, l’intention des saints Patriarches de l’ancienne Loi, lorsqu’ils prenaient des épouses. Nos Saints Livres ne nous laissent aucun doute sur ce point. Et c’est pourquoi l’Ange Raphaël, apprenant à Tobie le moyen de se défendre contre les violences du démon, lui disait :10 « Je vous montrerai qui sont ceux sur qui le démon a de la puissance. Ce sont ceux qui entrent dans le mariage, sans penser à Dieu et à son amour, uniquement pour satisfaire leurs passions, comme des animaux sans raison. Le démon est tout puissant contre eux. » — Puis l’Ange ajoutait : « mais vous, vous prendrez cette jeune fille avec la crainte du Seigneur, dans le désir d’avoir des enfants, et non de satisfaire vos passions, afin que vous obteniez dans vos enfants la bénédiction promise à la race d’Abraham. »
Et c’est là, en effet, la fin véritable pour laquelle Dieu institua le Mariage au commencement. Aussi ceux-là commettent une faute très grave qui s’opposent volontairement à cette fin du mariage ; elle a été voulue et ordonnée par Dieu qui unit inséparablement les droits et les devoirs.
A ces deux premiers motifs un troisième est venu s’adjoindre depuis le péché du premier homme, après qu’il eut perdu l’innocence dans laquelle il avait été créé, et que la concupiscence eut commencé à se révolter contre la droite raison. Dès lors celui qui a conscience de sa faiblesse, et qui ne veut point combattre les révoltes de la chair, doit trouver dans le mariage un secours pour son salut. Et c’est ce qui a fait dire à l’Apôtre :11 « dans la crainte du péché, que chaque homme vive avec sa femme, et chaque femme avec son mari. » Puis après avoir dit « qu’il est bon de ne pas toujours user de tous ses droits afin de vaquer plus librement au devoir de la prière », il ajoute encore « que les Epoux ne doivent pas cesser dans leur vie commune de se prêter un mutuel appui contre les tentations et la faiblesse d’ici-bas. »
Voilà donc les motifs qui doivent, l’un ou l’autre, déterminer ceux qui veulent contracter Mariage d’une manière sainte et pieuse, comme il convient aux enfants des Saints. Mais si quelques-uns étaient portés par d’autres causes à se marier, et si dans le choix d’une épouse ils avaient principalement en vue l’espérance de laisser des héritiers, ou encore les richesses, la beauté, l’éclat de la naissance, la ressemblance des caractères. de tels motifs ne seraient point blâmables pour cela, parce qu’ils ne sont pas contraires à la sainteté du Mariage. Ainsi la Sainte Ecriture ne nous dit pas que le patriarche Jacob ait été coupable pour avoir préféré Rachel à Lia, à cause de sa beauté.
