Il ne nous reste plus maintenant qu’à parler en peu de mots et d’une manière claire, des Prières, des Rites et des Cérémonies du Baptême. Ce que l’Apôtre dit du don des langues35 qu’il est inutile quand les Fidèles ne comprennent pas ce que l’on dit, peut s’appliquer presque aussi bien aux Rites et aux Cérémonies du Baptême. Ce sont là en effet les signes et l’image visible des effets invisibles de ce Sacrement. Mais si les fidèles ignorent le sens et la portée de ces signes, on ne voit plus guère à quoi les Cérémonies peuvent être utiles. Il faut donc que les Pasteurs travaillent à les faire bien comprendre, et à persuader aux Chrétiens que si elles ne sont pas absolument nécessaires, elles sont cependant très importantes, et dignes de toute notre vénération. C’est de quoi il est aisé de les convaincre en leur rappelant et l’autorité de ceux qui les ont établies, (et qui ne sont autres que les Apôtres), et la fin pour laquelle elles ont été instituées. Elles nous portent en effet à administrer le Baptême plus religieusement, et plus saintement ; elles placent pour ainsi dire sous nos yeux les effets admirables et les dons divins renfermés dans ce Sacrement ; enfin elles impriment plus fortement dans nos cœurs le souvenir des immenses bienfaits de Dieu.
Chapitre 16 — Section 4
Des prières et des cérémonies du baptême
Mais pour mettre un certain ordre dans leurs explications, et pour aider en même temps la mémoire de leurs auditeurs, les Pasteurs devront ramener à trois catégories toutes les Cérémonies et toutes les Prières dont l’Eglise se sert dans l’administration du Baptême. La première renfermera les Cérémonies qui ont lieu avant que l’on soit arrivé aux Fonts, la seconde celles qui se pratiquent aux Fonts mêmes, et la troisième celles qui suivent l’administration du Sacrement.
En premier lieu, il faut préparer l’eau que l’on doit employer dans le Baptême. On la consacre en y mêlant l’huile de l’Onction mystique, mais cette consécration ne se fait point dans tous les temps. Selon la coutume de nos ancêtres, on attend pour cela certains Jours de Fêtes qui passent à bon droit pour les plus saints et les plus solennels de l’année. C’est aux vigiles de ces Fêtes que l’on bénit l’eau de l’Ablution sacrée ; et même autrefois, dans la primitive Eglise, le Baptême n’était administré que ces jours-là, quand la nécessité n’obligeait point d’agir autrement. Et quoique l’Eglise n’ait pas jugé à propos de conserver cet usage, à cause des dangers habituels de la vie, cependant elle a toujours religieusement gardé la coutume de ne bénir l’eau et les Fonts du Baptême, que dans les saints jours de Pâques et de la Pentecôte.
Après cette bénédiction de l’eau, il faut expliquer les autres Cérémonies qui précèdent immédiatement le Baptême. On apporte, ou l’on conduit ceux qui doivent être baptisés, aux portes de l’église ; et là on les oblige à s’arrêter, parce qu’ils sont indignes d’entrer dans la Maison de Dieu, tant qu’ils n’ont pas brisé le joug de l’esclavage le plus honteux, et qu’ils ne se sont pas consacrés entièrement à Notre-Seigneur Jésus-Christ, et à son très légitime empire. Alors le Prêtre leur demande ce qu’ils désirent de l’Eglise. Sur leur réponse, il les instruit d’abord de la Foi Chrétienne dont ils doivent faire profession au Baptême. Cette instruction se fait sous forme de catéchisme. On ne peut douter que cette coutume ne soit un effet du commandement même que fit notre Sauveur aux Apôtres, quand Il leur dit :36 « Allez par tout le monde, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que Je vous ai commandé. » Ces paroles font bien voir qu’il ne faut pas administrer le Baptême, avant d’avoir exposé, au moins en abrégé, les principaux articles de notre sainte Religion.
Or cette instruction se faisant par manière de catéchisme, c’est-à-dire, par une suite de plusieurs interrogations, les réponses doivent être données par celui qui veut être baptisé, s’il est adulte, et, s’il est enfant, par le répondant ou Parrain, qui s’engage solennellement pour lui.
Vient ensuite l’Exorcisme, qui a pour objet de chasser le démon, de détruire ses forces, et d’affaiblir son pouvoir ; il consiste en prières et en Formules sacrées et religieuses.
A l’Exorcisme se joignent d’autres Cérémonies, qui, pour être mystiques, n’en ont pas moins une signification propre et très claire. Ainsi le sel que l’on met dans la bouche de celui que l’on baptise, signifie évidemment que par la profession de la Foi et par le don de la Grâce il va être délivré de la corruption de ses péchés, prendre le goût des œuvres saintes, et aimer à se nourrir de la divine Sagesse. — ensuite on fait le signe de la Croix sur son front, sur ses yeux, sur sa poitrine, sur ses épaules et sur ses oreilles, pour montrer que l’effet du Baptême est d’ouvrir et de fortifier les sens, afin que le Chrétien puisse recevoir Dieu en lui, comprendre ses Commandements et les observer. Aussitôt après on lui met de la salive sur les narines et sur les oreilles, et on l’introduit aux Fonts baptismaux. Cette cérémonie nous rappelle l’aveugle de l’Evangile sur les yeux duquel Notre-Seigneur mit un peu de boue faite avec de la salive, et qu’Il envoya ensuite se laver dans la piscine de Siloe, où il recouvra aussitôt la vue. Ainsi telle est la vertu de l’eau sacrée du Baptême, qu’elle éclaire notre âme d’une Lumière céleste et lui fait comprendre la doctrine sainte du Salut.
Ces préliminaires achevés, on se rend aux Fonts. Là, on accomplit encore d’autres Rites et d’autres Cérémonies, qui comprennent en abrégé les obligations imposées au Chrétien. D’abord le prêtre demande par trois fois, à celui qui va être baptisé: « Renoncez-vous à Satan, à toutes ses œuvres, et à toutes ses pompes ? » et à chaque demande il répond, lui, ou le Parrain en son nom : « Oui, j’y renonce. » Ainsi donc celui qui se consacre au service de Jésus-Christ doit promettre en premier lieu, avec toute la sincérité et toute la religion possibles, d’abandonner le démon et le monde, et désormais de les regarder sans cesse comme ses plus cruels ennemis. Puis, le Prêtre l’arrête devant les Fonts sacrés, et lui fait cette question « Croyez-vous en Dieu le Père tout Puissant ? » Il répond « Oui, j’y crois. » Interrogé de même sur chacun des autres Articles du Symbole, il fait une profession solennelle de Foi, profession qui, avec la promesse précédente, contient certainement toutes les obligations et tous les principes de la Loi chrétienne.
Mais lorsque le moment d’administrer le Baptême est enfin arrivé, le Prêtre lui demande s’il veut être baptisé. Sur l’affirmation qu’il en donne lui-même, ou que le Parrain donne en son nom, s’il ne parle pas encore, aussitôt on fait couler sur lui l’eau salutaire, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. L’homme n’avait été si justement condamné que pour avoir volontairement obéi au serpent, ainsi Notre-Seigneur n’a voulu inscrire au nombre des siens que le soldat de bonne volonté qui mériterait le salut éternel, en obéissant de son plein gré à ses divins Commandements.
Le Baptême étant achevé, le Prêtre fait sur le haut de la tête du baptisé une onction avec le saint Chrême, afin qu’il sache que dès ce moment il est uni et attaché à Jésus-Christ, comme un membre à son chef, qu’il vient d’être enté sur son Corps, et que son nom de Chrétien lui vient de Christ, comme celui de Christ vient de chrême.
Quant à la signification du saint Chrême, elle se révèle très bien, dit Saint Ambroise,37 dans la Prière que fait alors le Prêtre.
Il revêt le nouveau baptisé d’une robe blanche, en disant : « Recevez cet habit blanc, et portez-le sans souillure ou tribunal de Notre-Seigneur Jésus-Christ, afin que vous obteniez la Vie éternelle. » Aux enfants qui ne portent pas encore la robe, on donne un petit linge blanc, qu’on leur met sur la tête, en prononçant les mêmes paroles. Ce symbole représente tout à la fois, selon les Saints Docteurs, la gloire de la Résurrection, pour laquelle nous venons de naître par le Baptême ; l’éclat et la beauté dont ce Sacrement orne notre âme après l’avoir purifiée des souillures du péché ; et enfin l’innocence et l’intégrité des mœurs, que le nouveau baptisé doit conserver toute sa vie.
Puis, on lui met à la main un cierge allumé. C’est la figure de la Foi embrasée par la Charité, qui lui a été communiquée par le Baptême, et qu’il doit ensuite entretenir et augmenter par la pratique des bonnes œuvres.
Enfin, on donne un nom au baptisé, mais ce nom, on doit toujours l’emprunter à un personnage que sa piété et ses vertus éminentes ont fait placer au nombre des Saints. La ressemblance du nom le portera à imiter sa justice et sa sainteté ; et non seulement il l’imitera, mais encore il voudra l’invoquer comme un Protecteur et un Avocat auprès de Dieu, qui l’aidera à sauver tout ensemble, et son âme et son corps.
On doit donc blâmer fortement ceux qui affectent de donner aux enfants des noms de personnages païens, et particulièrement de ceux qui ont été les plus impies. Ils font bien voir par là le peu d’estime et de respect qu’ils ont pour la Piété chrétienne, puisqu’ils prennent plaisir à rappeler la mémoire de ces hommes mauvais, et qu’ils veulent que les Fidèles aient continuellement les oreilles frappées de ces noms profanes.
Si les Pasteurs ont soin d’expliquer tout ce que nous venons de dire du Sacrement de Baptême, ils n’auront pas de peine à voir qu’il ne manque rien d’essentiel à l’instruction des Chrétiens sur cette matière. En effet nous avons montré ce que signifie le nom de ce Sacrement, quelle est sa nature et son essence, et de quelles parties il se compose. nous avons dit par qui il a été institué, qui sont ceux qui peuvent et qui doivent l’administrer, et quelles personnes il faut admettre comme guides pour soutenir la faiblesse des nouveaux baptisés. nous avons dit aussi à qui le Baptême peut être donné, quelles doivent être les dispositions de ceux qui le reçoivent, quelle est sa vertu et son efficacité. Enfin nous avons expliqué, autant que notre sujet le demandait, les Rites et les Cérémonies qui en accompagnent l’administration. Et la raison principale qui oblige les Pasteurs à ne point négliger l’enseignement de ces vérités, c’est qu’elles doivent faire l’objet continuel des pensées et de la sollicitude des Chrétiens, qui voudront rester fidèles aux promesses solennelles et sacrées de leur Baptême, et mener une vie qui réponde è la profession si sainte du nom qu’ils ont l’honneur de porter.
