Chapitre 17 — Section 1

La confirmation est un vrai sacrement

En commençant par le mot même, on devra dire que l’Eglise a donné le nom de Confirmation à ce Sacrement, parce que celui qui après son Baptême reçoit de l’Evêque l’onction du Saint Chrême avec ces paroles sacramentelles « Je vous marque du Signe de la Croix et je vous confirme par le Chrême du salut, au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit », reçoit aussi, quand rien n’arrête l’efficacité du Sacrement, une Vertu nouvelle qui le rend plus fort, et qui en fait un parfait soldat de Jésus-Christ.
Or que la Confirmation soit un Sacrement réel et véritable, la sainte Eglise catholique l’a toujours reconnu ; et le pape Melchiade et plusieurs autres Souverains Pontifes très anciens, et d’une sainteté éminente, l’ont enseigné clairement.
S. Clément ne pouvait pas l’affirmer d’une manière plus positive :1 « Tous doivent se hâter, dit-il, de se régénérer en Dieu, et de se faire marquer par l’Evêque, c’est-à-dire de recevoir la Grâce et les sept Dons du Saint-Esprit ; autrement, si on néglige de recevoir ce Sacrement, non par nécessité, mais par mépris et volontairement, il est impossible que l’on soit parfait Chrétien, comme nous l’apprenons de Saint Pierre et des autres Apôtres, qui le tenaient de Jésus-Christ Lui-même. »
Les Papes Urbain, Fabien, Eusèbe, qui, animés du même esprit, ont répandu leur sang pour Jésus-Christ, confirment la même vérité par leurs décrétales. tous les Pères l’ont aussi soutenue.
Saint Denys l’Aréopagite, évêque d’Athènes, expliquant comment on prépare le saint Chrême, et la manière de s’en servir, dit :2 « Les Prêtres revêtent le nouveau baptisé d’un habit conforme à son innocence, et le conduisent à l’Evêque. Celui-ci le marque d’une Onction sacrée et toute divine, et le fait participer de la très sainte Communion. » Eusèbe de Césarée attribue tant de vertu à ce Sacrement qu’il ne craint pas de dire que l’hérétique Novat ne peut obtenir le Saint-Esprit, parce qu’étant malade, quand il reçut le Baptême, il ne fut pas marqué par le signe du saint Chrême.
Mais les témoignages les plus formels que nous possédons sur ce point, sont celui de Saint Ambroise dans le livre qu’il écrivit sur les nouveaux baptisés, et celui de Saint Augustin dans les traités qu’il composa contre les lettres du donatiste Pétilien. tous deux étaient si persuadés de la vérité de ce Sacrement, qu’il l’ont prouvée et appuyée par plusieurs textes de la Sainte Ecriture. Saint Ambroise rapporte à la Confirmation ces paroles de l’Apôtre :3 « ne contristez pas l’Esprit-Saint de Dieu, dans lequel vous avez été marqués. » Et Saint Augustin en fait autant des passages suivants, dont l’un se lit dans les Psaumes :4 Comme l’huile répandue sur la tête d’Aaron, et qui coule jusque sur sa barbe ; et l’autre dans Saint Paul :5 L’Amour de Dieu a été répandu dans nos cœur s par le Saint-Esprit qui nous a été donné.
Et quoique le Pape Melchiade ait dit que le Baptême est intimement lié avec la Confirmation, il ne faut pas croire pour cela que l’un ne soit pas tout à fait distinct de l’autre. La différence des grâces que chacun d’eux communique, les signes sensibles que représentent ces grâces établissent nettement que ce sont aussi deux Sacrements différents.
Par le Baptême les hommes sont engendrés à une vie nouvelle ; par la Confirmation au contraire, déjà engendrés auparavant, ils deviennent des hommes faits, en laissant ce qui tient de l’enfance ; dès lors, autant il y a de différence entre la naissance et l’accroissement dans la vie naturelle, autant il y en a entre le Baptême qui nous régénère spirituellement et la Confirmation qui nous fait croître, et nous donne la force parfaite de l’âme.
D’ailleurs, ne fallait-il pas établir une espèce particulière de Sacrement, là ou l’âme rencontre une espèce particulière et nouvelle de difficulté ? Si nous avons d’abord besoin de la grâce du Baptême pour réformer notre âme par la Foi, n’est-il pas également très convenable que nos cœur s soient affermis par une autre grâce, afin que rien, ni la crainte des châtiments, des supplices et de la mort, ne puisse nous empêcher de confesser la vrai Foi. Or c’est ce dernier effet qui est produit par la Confirmation.
D’où l’on doit conclure qu’elle est un Sacrement différent du Baptême. Et voici comment le Pape Melchiade exprime cette différence d’une manière très précise :6 « Au Baptême, dit-il, l’homme est enrôlé dans la milice ; et dans la Confirmation il est armé pour le combat. Sur les fonts du Baptême, le Saint-Esprit accorde la plénitude de l’innocence ; et dans la Confirmation il perfectionne pour conserver la Grâce. Dans le Baptême nous sommes régénérés pour vivre ; après le Baptême, confirmés pour combattre. Dans l’un, nous sommes lavés ; dans l’autre, nous sommes fortifiés. La régénération sauve par et le même dans la paix ceux qui reçoivent le Baptême, et la Confirmation donne des armes et prépare les combats. » — Cette Vérité, enseignée déjà par plusieurs Conciles, a été l’objet d’un décret spécial du saint Concile de Trente ; de sorte que loin qu’une opinion contraire soit permise sur ce point, le doute même ne l’est pas. Mais puisque nous avons dit plus haut combien il est important d’apprendre aux Fidèles par qui tous les Sacrements en général ont été institués, il faut faire connaître aussi l’Auteur de la Confirmation. C’est un moyen de donner une plus haute idée de sa sainteté. Les Pasteurs enseigneront donc que non seulement Notre-Seigneur Jésus-Christ l’a instituée, mais qu’Il a déterminé Lui-même, au témoignage du Pape Saint Fabien, l’usage du saint Chrême, et les paroles que l’Eglise catholique emploie pour l’administrer. Ils n’auront pas de peine à en convaincre tous ceux qui voient dans la Confirmation un Sacrement véritable. En effet, tous les Sacrements sont au-dessus des forces de la nature, et par conséquent ils ne peuvent avoir pour Auteur que Dieu seul.