Deuxième partie · Chapitre 6

LE TRAVAIL HUMAIN

Plan du chapitre 7 sections
  1. I. : ASPECTS BIBLIQUES
  2. II. : LA VALEUR PROPHÉTIQUE DE « RERUM NOVARUM »
  3. III. : LA DIGNITÉ DU TRAVAIL
  4. IV. : LE DROIT AU TRAVAIL
  5. V. : LES DROITS DES TRAVAILLEURS
  6. VI. : SOLIDARITÉ ENTRE LES TRAVAILLEURS
  7. VII. : LES « RES NOVÆ » DU MONDE DU TRAVAIL

I. : ASPECTS BIBLIQUES

a) : Le devoir de cultiver et de conserver la terre

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L’Ancien Testament présente Dieu comme le Créateur tout-puissant (cf. Gn ii, 2 ; Jb xxxviii, 41 ; Ps civ ; Ps cxlvii), qui modèle l’homme à son image, l’invite à travailler la terre (cf. Gn ii, 5-6) et à garder le jardin d’Éden où il l’a placé (cf. Gn ii, 15). Au premier couple humain, Dieu confie la tâche de soumettre la terre et de dominer sur tout être vivant (cf. Gn i, 28). La domination de l’homme sur les autres êtres vivants ne doit cependant pas être despotique et insensée ; au contraire, il doit « cultiver et garder » (cf. Gn ii, 15) les biens créés par Dieu : biens que l’homme n’a pas créés, mais reçus comme un don précieux placé par le Créateur sous sa responsabilité. Cultiver la terre signifie ne pas l’abandonner à elle-même ; exercer une domination sur elle, cela veut dire en prendre soin, comme un roi sage prend soin de son peuple et un berger de son troupeau.

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Dans le dessein du Créateur, les réalités créées, bonnes en elles-mêmes, existent en fonction de l’homme. L’émerveillement face au mystère de la grandeur de l’homme fait s’exclamer le psalmiste : « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, un fils d’homme pour que tu en prennes souci ? Tu l’as créé un peu moindre qu’un dieu, tu l’as couronné de gloire et d’honneurs : tu lui as donné pouvoir sur les œuvres de tes mains, tu as mis toutes choses à ses pieds (Ps viii, 5-7) ».

Le travail appartient à la condition originelle de l’homme et précède sa chute ; il n’est donc ni une punition ni une malédiction. Il devient fatigue et peine à cause du péché d’Adam et Ève, qui brisent leur rapport de confiance et d’harmonie avec Dieu (cf. Gn iii, 6-8). L’interdiction de manger « de l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Gn ii, 17) » rappelle à l’homme qu’il a tout reçu en don et qu’il continue à être une créature et non pas le Créateur. Le péché d’Adam et Ève fut précisément provoqué par cette tentation : « Vous serez comme des dieux (Gn iii, 5) ». Ils voulurent la domination absolue sur toutes les choses, sans se soumettre à la volonté du Créateur. Depuis lors, le sol se fait avare, ingrat, sournoisement hostile (cf. Gn iv, 12) ; ce n’est qu’à la sueur de son front qu’il sera possible d’en tirer la nourriture (cf. Gn iii, 17, 19). Cependant, en dépit du péché des premiers parents, le dessein du Créateur, le sens de ses créatures et, parmi elles, de l’homme, appelé à cultiver et à garder la création, demeurent inaltérés.

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Le travail doit être honoré car il est source de richesse ou, du moins, de dignes conditions de vie et, en général, c’est un instrument efficace contre la pauvreté (cf. Pr x, 4), mais il ne faut pas céder à la tentation de l’idolâtrer, car on ne peut pas trouver en lui le sens ultime et définitif de la vie. Le travail est essentiel, mais c’est Dieu, et non le travail, qui est la source de la vie et la fin de l’homme. Le principe fondamental de la Sagesse est en effet la crainte du Seigneur ; l’exigence de la justice, qui en découle, précède celle du gain : « Mieux vaut peu avec la crainte du Seigneur qu’un riche trésor avec l’inquiétude » (Pr xv, 16) ; « Mieux vaut peu avec la justice que d’abondants revenus sans le bon droit » (Pr xvi, 8).

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Le sommet de l’enseignement biblique sur le travail est le commandement du repos sabbatique. Le repos ouvre à l’homme, lié à la nécessité du travail, la perspective d’une liberté plus pleine, celle du Sabbat éternel (cf. Hb iv, 9-10). Le repos permet aux hommes d’évoquer et de revivre les œuvres de Dieu, de la Création à la Rédemption, de se reconnaître eux- mêmes comme son œuvre (cf. Ep ii, 10) et de rendre grâce pour leur vie et leur subsistance, à lui qui en est l’Auteur.

b) : Jésus, homme du travail

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Dans sa prédication, Jésus enseigne à apprécier le travail. Lui-même, « devenu en tout semblable à nous, a consacré la plus grande partie de sa vie sur terre au travail manuel, à son établi de charpentier573 », dans l’atelier de Joseph (cf. Mt xiii, 55 ; Mc vi, 3), à qui il était soumis (cf. Lc ii, 51). Jésus condamne le comportement du serviteur paresseux, qui enfouit sous terre le talent (cf. Mt xxv, 14-30) et loue le serviteur fidèle et prudent que le maître trouve en train d’accomplir les tâches qu’il lui a confiées (cf. Mt xxiv, 46). Il décrit sa propre mission comme une œuvre : « Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent et j’œuvre moi aussi (Jn v, 17) » ; et ses disciples comme des ouvriers dans la moisson du Seigneur, qui est l’humanité à évangéliser (cf. Mt ix, 37-38). Pour ces ouvriers vaut le principe général selon lequel « l’ouvrier mérite son salaire (Lc x, 7) » ; ils sont autorisés à demeurer dans les maisons où ils sont accueillis, à manger et à boire ce qui leur est offert (cf. ibid.).

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Dans sa prédication, Jésus enseigne aux hommes à ne pas se laisser asservir par le travail. Ils doivent se soucier avant tout de leur âme ; gagner le monde entier n’est pas le but de leur vie (cf. Mc viii, 36). De fait, les trésors de la terre se consument, tandis que les trésors du ciel sont impérissables : c’est à ceux-ci qu’il faut lier son cœur (cf. Mt vi, 19-21). Le travail ne doit pas angoisser (cf. Mt vi, 25, 31, 34) : préoccupé et agité par bien des choses, l’homme risque de négliger le Royaume de Dieu et sa justice (cf. Mt vi, 33), dont il a vraiment besoin ; tout le reste, y compris le travail, ne trouve sa place, son sens et sa valeur que s’il est orienté vers l’unique chose nécessaire, qui ne sera jamais enlevée (cf. Lc x, 40-42).

261

Durant son ministère terrestre, Jésus travaille inlassablement, accomplissant des œuvres puissantes pour libérer l’homme de la maladie, de la souffrance et de la mort. Le sabbat, que l’Ancien Testament avait proposé comme jour de libération et qui, observé simplement pour la forme, était vidé de sa signification authentique, est réaffirmé par Jésus dans sa valeur originelle : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat ! (Mc ii, 27) ». Par les guérisons, accomplies en ce jour de repos (cf. Mt xii, 9-14 ; Mc iii, 1-6 ; Lc vi, 6-11 ; xiii, 10-17 ; xiv, 1-6), il veut démontrer que le sabbat est à lui, car il est vraiment le Fils de Dieu et que c’est le jour où l’on doit se consacrer à Dieu et aux autres. Libérer du mal, pratiquer la fraternité et le partage, c’est conférer au travail sa signification la plus noble, celle qui permet à l’humanité de s’acheminer vers le Sabbat éternel, dans lequel le repos devient la fête à laquelle l’homme aspire intérieurement. Précisément dans la mesure où il oriente l’humanité à faire l’expérience du sabbat de Dieu et de sa vie conviviale, le travail inaugure sur la terre la nouvelle création.

262

L’activité humaine d’enrichissement et de transformation de l’univers peut et doit faire apparaître les perfections qui y sont cachées et qui, dans le Verbe incréé, trouvent leur principe et leur modèle. De fait, les écrits de Paul et de Jean mettent en lumière la dimension trinitaire de la création et, en particulier, le lien qui existe entre le Fils-Verbe, le « Logos », et la création (cf. Jn i, 3 ; 1Co viii, 6 ; Col i, 15-17). Créé en lui et par lui, racheté par lui, l’univers n’est pas un amas occasionnel, mais un « cosmos574 », dont l’homme doit découvrir l’ordre, le favoriser et le porter à son achèvement : « En Jésus-Christ, le monde visible, créé par Dieu pour l’homme — ce monde qui, lorsque le péché y est entré, a été soumis à la caducité (Rm viii, 20 ; cf. ibid., viii, 19-22) —, retrouve de nouveau son lien originaire avec la source divine de la sagesse et de l’amour575 ». De la sorte, c’est-à- dire en mettant en lumière, en une progression croissante « les insondables richesses du Christ (Ep iii, 8) », dans la création, le travail humain se transforme en un service rendu à la grandeur de Dieu.

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Le travail représente une dimension fondamentale de l’existence humaine comme participation à l’œuvre non seulement de la création, mais aussi de la rédemption. Celui qui supporte la fatigue pénible du travail en union avec Jésus, coopère en un certain sens avec le Fils de Dieu à son œuvre rédemptrice et témoigne qu’il est disciple du Christ en portant la Croix, chaque jour, dans l’activité qu’il est appelé à accomplir. Dans cette perspective, le travail peut être considéré comme un moyen de sanctification et une animation des réalités terrestres dans l’Esprit du Christ576. Ainsi conçu, le travail est une expression de la pleine humanité de l’homme, dans sa condition historique et dans son orientation eschatologique : son action libre et responsable en dévoile la relation intime avec le Créateur et le potentiel créatif, tandis que chaque jour il combat contre la défiguration du péché, notamment en gagnant son pain à la sueur de son front.

c) : Le devoir de travailler

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La conscience du caractère transitoire de la « scène de ce monde » (cf. 1Co vii, 31) ne dispense d’aucun engagement historique, et encore moins du travail (cf. 2Th iii, 7-15), qui fait partie intégrante de la condition humaine, bien que n’étant pas l’unique raison de vivre. Aucun chrétien, du fait qu’il appartient à une communauté solidaire et fraternelle, ne doit se sentir en droit de ne pas travailler et de vivre aux dépens des autres (cf. 2Th iii, 6-12) ; tous sont plutôt exhortés par l’Apôtre Paul à se faire « un point d’honneur » à travailler de leurs propres mains afin de « n’avoir besoin de personne (1Th iv, 11-12) » et à pratiquer une solidarité, aussi au plan matériel, en partageant les fruits du travail avec « les nécessiteux (Ep iv, 28) ». Saint Jacques défend les droits violés des travailleurs : « Voyez : le salaire dont vous avez frustré les ouvriers qui ont fauché vos champs crie, et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur des Armées (Jc v, 4) ». Les croyants doivent vivre le travail selon le style du Christ et en faire une occasion de témoignage chrétien « au regard de ceux du dehors (1Th iv, 12) ».

265

Les Pères de l’Église ne considèrent jamais le travail comme « opus servile » — comme le considérait en revanche la culture de leur époque — mais toujours comme « opus humanum » et ils tendent à en honorer toutes les expressions. Grâce au travail, l’homme gouverne le monde avec Dieu ; avec lui il en est seigneur, et il accomplit de bonnes choses pour lui-même et pour les autres. L’oisiveté nuit à l’être de l’homme, tandis que l’activité bénéficie à son corps et à son esprit577. Le chrétien est appelé à travailler non seulement pour se procurer du pain, mais aussi par sollicitude envers le prochain plus pauvre, auquel le Seigneur commande de donner à manger, à boire, des vêtements, un accueil, des soins et une compagnie (cf. Mt xxv, 35-26)578. Chaque travailleur, affirme saint Ambroise, est la main du Christ qui continue à créer et à faire du bien579.

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Par son travail et son labeur, l’homme, qui participe à l’art et à la sagesse divine, rend plus belle la création, le cosmos déjà ordonné par le Père ; 580 il suscite les énergies sociales et communautaires qui alimentent le bien commun581, au profit surtout des plus nécessiteux. Le travail humain, finalisé à la charité, devient une occasion de contemplation, se transforme en prière dévote, en ascèse vigilante et en espérance anxieuse du jour sans déclin : « Dans cette vision supérieure, le travail, tout ensemble punition et récompense de l’activité humaine, comporte un autre rapport, essentiellement religieux celui-ci, qu’exprime avec bonheur la formule bénédictine : “ora et labora ! ”. Travaille et prie ! Le fait religieux confère au travail humain une spiritualité animatrice et rédemptrice. Cette parenté entre le travail et la religion reflète l’alliance mystérieuse mais réelle, qui intercède entre l’agir humain et l’action providentielle de Dieu582 ».

II. : LA VALEUR PROPHÉTIQUE DE « RERUM NOVARUM »

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Le cours de l’histoire est marqué par les transformations profondes et les conquêtes exaltantes du travail, mais aussi par l’exploitation de nombreux travailleurs et par les atteintes à leur dignité. La révolution industrielle a lancé un grand défi à l’Église, auquel le Magistère social a répondu avec la force de la prophétie, en affirmant des principes de valeur universelle et d’actualité permanente, pour soutenir le travailleur et ses droits.

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Pendant des siècles, la destinataire du message de l’Église avait été une société de type agricole, caractérisée par des rythmes réguliers et cycliques ; désormais l’Évangile devait être annoncé et vécu dans un nouvel aréopage, dans le tumulte des événements sociaux d’une société plus dynamique, en tenant compte de la complexité des nouveaux phénomènes et des transformations impensables rendues possibles par la technique. Au centre de la sollicitude pastorale de l’Église se posait de façon toujours plus urgente la question ouvrière, à savoir le problème de l’exploitation des travailleurs dérivant de la nouvelle organisation industrielle du travail, d’orientation capitaliste, et le problème, non moins grave, de l’exploitation idéologique — socialiste et communiste — des justes revendications du monde du travail. C’est dans cet horizon historique que se situent les réflexions et les mises en garde de l’encyclique « Rerum novarum » de Léon XIII.

« Rerum novarum » est avant tout une défense chaleureuse de l’inaliénable dignité des travailleurs, à laquelle elle relie l’importance du droit de propriété, du principe de collaboration entre les classes, des droits des faibles et des pauvres, des obligations des travailleurs et des employeurs, et du droit d’association.

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Les orientations idéales exprimées dans l’encyclique renforcent l’engagement pour une animation chrétienne de la vie sociale, qui s’est manifesté dans la naissance et la consolidation de nombreuses initiatives de haut niveau civil : unions et centres d’études sociales, associations, sociétés ouvrières, syndicats, coopératives, banques rurales, assurances, œuvres d’assistance. Tout ceci donna une remarquable impulsion à la législation du travail pour la protection des ouvriers, surtout des enfants et des femmes, ainsi qu’à l’instruction et à l’amélioration des salaires et de l’hygiène.

À partir de « Rerum novarum », l’Église n’a jamais cessé de considérer les problèmes du travail au sein d’une question sociale qui a pris progressivement des dimensions mondiales583. L’encyclique « Laborem exercens » enrichit la vision personnaliste du travail caractéristique des précédents documents sociaux, indiquant la nécessité d’un approfondissement des significations et des devoirs que comporte le travail, en considération du fait que « de nouvelles interrogations, de nouveaux problèmes se posent sans cesse, et ils font naître toujours de nouvelles espérances, mais aussi des craintes et des menaces liées à cette dimension fondamentale de l’existence humaine, par laquelle la vie de l’homme est construite chaque jour, où elle puise sa propre dignité spécifique, mais dans laquelle est en même temps contenue la constante mesure de la peine humaine, de la souffrance et aussi du préjudice et de l’injustice qui pénètrent profondément la vie sociale de chacune des nations et des nations entre elles584 ». De fait, le travail, « clé essentielle585 » de toute la question sociale, conditionne le développement non seulement économique, mais aussi culturel et moral, des personnes, de la famille, de la société et du genre humain tout entier.

III. : LA DIGNITÉ DU TRAVAIL

a) : La dimension subjective et objective du travail

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Le travail humain revêt une double dimension : objective et subjective. Dans un sens objectif, c’est l’ensemble d’activités, de ressources, d’instruments et de techniques dont l’homme se sert pour produire, pour dominer la terre, selon les paroles du Livre de la Genèse. Le travail au sens subjectif est l’agir de l’homme en tant qu’être dynamique, capable d’accomplir différentes actions qui appartiennent au processus du travail et qui correspondent à sa vocation personnelle : « L’homme doit soumettre la terre, il doit la dominer, parce que comme »image de Dieu« il est une personne, c’est-à-dire un sujet, un sujet capable d’agir d’une manière programmée et rationnelle, capable de décider de lui-même et tendant à se réaliser lui- même. C’est en tant que personne que l’homme est sujet du travail586 ».

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Le travail au sens objectif constitue l’aspect contingent de l’activité de l’homme, qui varie sans cesse dans ses modalités avec l’évolution des conditions techniques, culturelles, sociales et politiques. Dans le sens subjectif, il se présente, au contraire, comme sa dimension stable, car il ne dépend pas de ce que l’homme réalise concrètement ni du genre d’activité qu’il exerce, mais seulement et exclusivement de sa dignité d’être personnel. La distinction est décisive, aussi bien pour comprendre quel est le fondement ultime de la valeur et de la dignité du travail, qu’en fonction du problème d’organisation des systèmes économiques et sociaux respectueuse des droits de l’homme.

La subjectivité confère au travail sa dignité particulière, qui empêche de le considérer comme une simple marchandise ou comme un élément impersonnel de l’organisation productive. Indépendamment de sa valeur objective plus ou moins grande, le travail est une expression essentielle de la personne, il est « actus personæ ». Toute forme de matérialisme et d’économisme qui tenterait de réduire le travailleur à un simple instrument de production, à une simple force-travail, à une valeur exclusivement matérielle, finirait par dénaturer irrémédiablement l’essence du travail, en le privant de sa finalité la plus noble et la plus profondément humaine. La personne est la mesure de la dignité du travail : « Il n’y a en effet aucun doute que le travail humain a une valeur éthique qui, sans moyen terme, reste directement liée au fait que celui qui l’exécute est une personne587 ».

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La dimension subjective du travail doit avoir la prééminence sur la dimension objective, car elle est celle de l’homme même qui accomplit le travail, en en déterminant la qualité et la valeur la plus haute. Si cette conscience vient à manquer ou si l’on ne veut pas reconnaître cette vérité, le travail perd sa signification la plus vraie et la plus profonde : dans ce cas, hélas fréquent et diffus, le travail et même les techniques utilisées deviennent plus importants que l’homme lui-même et, d’alliés, se transforment en ennemis de sa dignité.

Non seulement le travail humain procède de la personne, mais il lui est aussi essentiellement ordonné et finalisé. Indépendamment de son contenu objectif, le travail doit être orienté vers le sujet qui l’accomplit, car le but du travail, de n’importe quel travail, demeure toujours l’homme. Même si on ne peut pas ignorer l’importance de la dimension objective du travail sous l’angle de sa qualité, cette dimension doit être subordonnée à la réalisation de l’homme, et donc à la dimension subjective, grâce à laquelle il est possible d’affirmer que le travail est pour l’homme et non l’homme pour le travail et que « le but du travail, de tout travail exécuté par l’homme — fût-ce le plus humble service, le travail le plus monotone selon l’échelle commune d’évaluation, voire le plus marginalisant — reste toujours l’homme lui-même588 ».

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Le travail humain possède aussi une dimension sociale intrinsèque. Le travail d’un homme, en effet, « s’imbrique naturellement dans celui d’autres hommes. Plus que jamais aujourd’hui, travailler, c’est travailler avec les autres et travailler pour les autres : c’est faire quelque chose pour quelqu’un589 ». Les fruits du travail aussi offrent l’occasion d’échanges, de relations et de rencontres. Par conséquent, le travail ne peut pas être évalué de façon juste si l’on ne tient pas compte de sa nature sociale : « À moins, en effet, que la société ne soit constituée en un corps bien organisé, que l’ordre social et juridique ne protège l’exercice du travail, que les différentes professions, si étroitement solidaires, ne s’accordent et ne se complètent mutuellement, à moins surtout que l’intelligence, le capital et le travail ne s’unissent et ne se fondent en quelque sorte en un principe unique d’action, l’activité humaine est vouée à la stérilité. Il devient dès lors impossible d’estimer ce travail à sa juste valeur et de lui attribuer une exacte rémunération, si l’on néglige de prendre en considération son aspect à la fois individuel et social590 ».

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Le travail est également « une obligation, c’est-à-dire un devoir de l’homme »591. L’homme doit travailler aussi bien parce que le Créateur le lui a ordonné que pour répondre aux exigences d’entretien et de développement de son humanité même. Le travail se présente comme une obligation morale par rapport au prochain, qui est en premier lieu la propre famille, mais aussi la société à laquelle on appartient, la nation dont on est fils ou fille, la famille humaine tout entière, dont on est membre : nous sommes les héritiers du travail de générations et, en même temps, artisans de l’avenir de tous les hommes qui vivront après nous.

275

Le travail confirme la profonde identité de l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu : « En devenant toujours plus maître de la terre grâce à son travail et en affermissant, par le travail également, sa domination sur le monde visible, l’homme reste, dans chaque cas et à chaque phase de ce processus, dans la ligne du plan originel du Créateur ; et ce plan est nécessairement et indissolublement lié au fait que l’être humain a été créé, en qualité d’homme et de femme, “à l’image de Dieu”592 ». Cela qualifie l’activité de l’homme dans l’univers : il n’en est pas le maître, mais le dépositaire, appelé à refléter dans son œuvre l’empreinte de Celui dont il est l’image.

b) : Les rapports entre travail et capital

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Le travail, de par son caractère subjectif ou personnel, est supérieur à tout autre facteur de production : ce principe vaut, en particulier, par rapport au capital. Aujourd’hui, le terme « capital » a différentes acceptions : tantôt il indique les moyens matériels de production dans l’entreprise, tantôt les ressources financières engagées dans une initiative productive ou également dans des opérations sur les marchés boursiers. On parle aussi, de façon pas tout à fait appropriée, de « capital humain », pour désigner les ressources humaines, c’est-à-dire les hommes eux-mêmes, en tant que capables d’un effort de travail, de connaissance, de créativité, d’intuition des exigences de leurs semblables, d’entente réciproque comme membres d’une organisation. On se réfère au « capital social » quand on veut indiquer la capacité de collaboration d’une collectivité, fruit de l’investissement dans des liens réciproques de confiance. Cette multiplicité de sens offre d’ultérieures occasions de réflexion sur ce que peut signifier aujourd’hui le rapport entre travail et capital.

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La doctrine sociale a affronté les rapports entre travail et capital, en mettant en évidence à la fois la priorité du premier sur le second et leur complémentarité.

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Le travail a une priorité intrinsèque par rapport au capital : « Ce principe concerne directement le processus même de la production dont le travail est toujours une cause efficiente première, tandis que le “capital”, comme ensemble des moyens de production, demeure seulement un instrument ou la cause instrumentale. Ce principe est une vérité évidente qui ressort de toute l’expérience historique de l’homme593 ». Il « appartient au patrimoine stable de la doctrine de l’Église594 ».

Il doit y avoir une complémentarité entre le travail et le capital : c’est la logique intrinsèque même du processus de production qui démontre la nécessité de leur compénétration réciproque et l’urgence de donner vie à des systèmes économiques dans lesquels l’antinomie entre travail et capital soit dépassée595. En des temps où, au sein d’un système économique moins complexe, le « capital » et le « travail salarié » désignaient avec une certaine précision non seulement deux facteurs de production, mais aussi et surtout deux classes sociales concrètes, l’Église affirmait que tous les deux sont en soi légitimes596 : « Il ne peut y avoir de capital sans travail ni de travail sans capital597 ». Il s’agit d’une vérité qui vaut aussi pour le présent, car « il serait donc radicalement faux de voir soit dans le seul capital, soit dans le seul travail, la cause unique de tout ce que produit leur effort combiné ; c’est bien injustement que l’une des parties, contestant à l’autre toute efficacité, en revendiquerait pour soi tout le fruit598 ».

Dans la considération des rapports entre travail et capital, surtout face aux imposantes transformations de notre époque, il faut retenir que la « principale ressource » et le « facteur décisif »599 aux mains de l’homme, c’est l’homme lui-même, et que « le développement intégral de la personne humaine dans le travail ne contredit pas, mais favorise plutôt, une meilleure productivité et une meilleure efficacité du travail lui-même600 ». Le monde du travail, en effet, est en train de découvrir toujours plus que la valeur du « capital humain » trouve une expression dans les connaissances des travailleurs, dans leur disponibilité à tisser des relations, dans leur créativité, dans leurs capacités d’entreprise, dans leur habilité à affronter consciemment la nouveauté, à travailler ensemble et à savoir poursuivre des objectifs communs. Il s’agit de qualités typiquement personnelles, qui appartiennent au sujet du travail plus qu’aux aspects objectifs, techniques, opérationnels du travail lui-même. Tout ceci comporte une perspective nouvelle dans les rapports entre travail et capital : on peut affirmer que, contrairement à ce qui se passait dans la vieille organisation du travail où le sujet finissait par être ramené au niveau de l’objet, de la machine, aujourd’hui la dimension subjective du travail tend à être plus décisive et plus importante que la dimension objective.

279

Le rapport entre travail et capital présente souvent les traits de la conflictualité, qui revêt des caractères nouveaux avec la mutation des contextes sociaux et économiques. Hier, le conflit entre capital et travail était engendré surtout par « le fait que les travailleurs mettaient leurs forces à la disposition du groupe des entrepreneurs, et que ce dernier, guidé par le principe du plus grand profit, cherchait à maintenir le salaire le plus bas possible pour le travail exécuté par les ouvriers601 ». Actuellement, ce conflit présente des aspects nouveaux et, peut-être, plus préoccupants : les progrès scientifiques et technologiques et la mondialisation des marchés, en soi source de développement et de progrès, exposent les travailleurs au risque d’être exploités par les engrenages de l’économie et de la recherche effrénée de la productivité602.

280

On ne doit pas faussement considérer que le processus permettant de surmonter la dépendance du travail par rapport à la matière soit capable en soi de dépasser l’aliénation sur le lieu du travail et celle du travail lui-même. On ne se réfère pas seulement aux nombreuses poches de non-travail, de travail au noir, de travail des enfants, de travail sous-payé, de travail exploité, qui persistent encore, mais aussi aux nouvelles formes, beaucoup plus subtiles, d’exploitation des nouveaux travaux, au super-travail, au travail-carrière qui parfois vole l’espace d’autres dimensions tout aussi humaines et nécessaires pour la personne, à la flexibilité excessive du travail qui rend précaire et parfois impossible la vie familiale, à la modularité du travail qui risque d’avoir de lourdes répercussions sur la perception unitaire de l’existence et sur la stabilité des relations familiales. Si l’homme est aliéné quand il inverse les moyens et les fins, dans le nouveau contexte du travail immatériel, léger, qualitatif plus que quantitatif, il peut aussi y avoir des éléments d’aliénation « selon qu’augmente l’intensité de sa participation [du travailleur] à une véritable communauté solidaire, ou bien que s’aggrave son isolement au sein d’un ensemble de relations caractérisé par une compétitivité exaspérée et des exclusions réciproques603 ».

c) : Le travail, titre de participation

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Le rapport entre travail et capital trouve aussi une expression à travers la participation des travailleurs à la propriété, à sa gestion, à ses fruits. C’est une exigence trop souvent négligée, qu’il faut au contraire mieux mettre en valeur : « Chacun, du fait de son travail, a un titre plénier à se considérer en même temps comme co-propriétaire du grand chantier de travail dans lequel il s’engage avec tous. Une des voies pour parvenir à cet objectif pourrait être d’associer le travail, dans la mesure du possible, à la propriété du capital, et de donner vie à une série de corps intermédiaires à finalités économiques, sociales et culturelles : ces corps jouiraient d’une autonomie effective vis-à-vis des pouvoirs publics ; ils poursuivraient leurs objectifs spécifiques en entretenant entre eux des rapports de loyale collaboration et en se soumettant aux exigences du bien commun, ils revêtiraient la forme et la substance d’une communauté vivante. Ainsi leurs membres respectifs seraient-ils considérés et traités comme des personnes et stimulés à prendre une part active à leur vie604 ». La nouvelle organisation du travail, où le savoir compte plus que la seule propriété des moyens de production, atteste de manière concrète que le travail, en raison de son caractère subjectif, est un titre de participation : il est indispensable d’en être profondément conscient pour évaluer la juste position du travail dans le processus de production et pour trouver des modalités de participation conformes à la subjectivité du travail dans les particularités des diverses situations concrètes605.

d) : Rapport entre travail et propriété privée

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Le Magistère social de l’Église situe le rapport entre travail et capital relativement aussi à l’institution de la propriété privée, au droit correspondant et à l’usage de celle-ci. Le droit à la propriété privée est subordonné au principe de la destination universelle des biens et ne doit pas constituer un motif pour empêcher le travail et le développement d’autrui. La propriété, qui s’acquiert avant tout grâce au travail, doit servir au travail. Ceci vaut particulièrement pour la possession des moyens de production ; mais ce principe concerne aussi les biens propres au monde financier, technique, intellectuel et à la personne.

283

Les moyens de production « ne sauraient être possédés contre le travail, et ne peuvent être non plus possédés pour posséder606 ». Leur possession devient illégitime quand la propriété « n’est pas valorisée ou quand elle sert à empêcher le travail des autres pour obtenir un gain qui ne provient pas du développement d’ensemble du travail et de la richesse sociale, mais plutôt de leur limitation, de l’exploitation illicite, de la spéculation et de la rupture de la solidarité dans le monde du travail607 ».

La propriété privée et publique, ainsi que les divers mécanismes du système économique, doivent être prédisposés en vue d’une économie au service de l’homme, de sorte qu’ils contribuent à mettre en œuvre le principe de la destination universelle des biens. C’est dans cette perspective qu’apparaît l’importance de la question relative à la propriété et à l’usage des nouvelles technologies et connaissances, qui constituent, à notre époque, une autre forme particulière de propriété, d’importance non inférieure à celle de la terre et du capital608. Ces ressources, comme tous les autres biens, ont une destination universelle ; elles aussi doivent être insérées dans un contexte de normes juridiques et de règles sociales qui en garantissent un usage inspiré par des critères de justice, d’équité et de respect des droits de l’homme. Les nouveaux savoirs et les technologies, grâce à leurs énormes potentialités, peuvent fournir une contribution décisive à la promotion du progrès social, mais risquent de devenir source de chômage et d’accroître le fossé entre les zones développées et les zones de sous-développement, si elles demeurent concentrées dans les pays les plus riches ou entre les mains de groupes restreints de pouvoir.

e) : Le repos des jours fériés

284

Le repos des jours fériés est un droit609. « Au septième jour, Dieu chôma après tout l’ouvrage qu’il avait fait (Gn ii, 2) » : les hommes aussi, créés à son image, doivent jouir d’un repos et d’un temps libre suffisants qui leur permettent de s’occuper de leur vie familiale, culturelle, sociale et religieuse610. C’est à cela que contribue l’institution du jour du Seigneur611. Le dimanche et les autres jours de fête de précepte, les croyants « s’abstiendront de se livrer à des travaux ou à des activités qui empêchent le culte dû à Dieu, la joie propre au Jour du Seigneur, la pratique des œuvres de miséricorde et la détente convenable de l’esprit et du corps612 ». Des nécessités familiales ou des exigences d’utilité sociale peuvent légitimement exempter du repos dominical, mais elles ne doivent pas créer des habitudes dommageables à la religion, à la vie de famille et à la santé.

285

Le dimanche est un jour à sanctifier par une charité agissante, avec une attention particulière aux membres de la famille, ainsi qu’aux malades, aux infirmes et aux personnes âgées ; il ne faut pas non plus oublier les « frères qui ont les mêmes besoins et les mêmes droits et ne peuvent se reposer à cause de la pauvreté et de la misère613 » ; en outre, c’est un temps propice à la réflexion, au silence et à l’étude, qui favorisent la croissance de la vie intérieure et chrétienne. Les croyants devront se distinguer, ce jour-là aussi, par leur modération, en évitant tous les excès et les violences qui caractérisent souvent les divertissements de masse614. Le jour du Seigneur doit toujours être vécu comme le jour de la libération, qui fait participer à la « réunion de fête » et à « l’assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux (Hb xii, 22-23) » et anticipe la célébration de la Pâque définitive dans la gloire du ciel615.

286

Les autorités publiques ont le devoir de veiller à ce que les citoyens ne soient pas privés, pour des raisons de productivité économique, d’un temps destiné au repos et au culte divin. Les employeurs ont une obligation analogue vis-à-vis de leurs employés616. Les chrétiens doivent, dans le respect de la liberté religieuse et du bien commun de tous, se prodiguer pour que les lois reconnaissent les dimanches et les autres solennités liturgiques comme des jours fériés : « Ils ont à donner à tous un exemple public de prière, de respect et de joie et à défendre leurs traditions comme une contribution précieuse à la vie spirituelle de la société humaine617 ». Tout chrétien devra « éviter d’imposer sans nécessité à autrui ce qui l’empêcherait de garder le jour du Seigneur618 ».

IV. : LE DROIT AU TRAVAIL

a) : Le travail est nécessaire

287

Le travail est un droit fondamental et c’est un bien pour l’homme619 : un bien utile, digne de lui car apte précisément à exprimer et à accroître la dignité humaine. L’Église enseigne la valeur du travail non seulement parce qu’il est toujours personnel, mais aussi en raison de son caractère de nécessité620. Le travail est nécessaire pour fonder et faire vivre une famille621, pour avoir droit à la propriété622, pour contribuer au bien commun de la famille humaine623. La considération des implications morales que comporte la question du travail dans la vie sociale conduit l’Église à qualifier le chômage de « véritable calamité sociale624 », surtout pour les jeunes générations.

288

Le travail est un bien de tous, qui doit être disponible pour tous ceux qui en sont capables. Le « plein emploi » est donc un objectif nécessaire pour tout système économique tendant à la justice et au bien commun. Une société dans laquelle le droit au travail est déprécié ou systématiquement nié et où les mesures de politique économique ne permettent pas aux travailleurs d’atteindre des niveaux d’emploi satisfaisants, « ne peut ni obtenir sa légitimation éthique ni assurer la paix sociale625 ». Un rôle important et donc une responsabilité spécifique et grave incombent, dans ce domaine, à « l’employeur indirect626 », à savoir aux sujets — personnes ou institutions de toutes sortes — qui sont en mesure d’orienter, au niveau national ou international, la politique du travail et de l’économie.

289

La capacité de programmation d’une société orientée vers le bien commun et projetée vers le futur se mesure aussi et surtout en fonction des perspectives de travail qu’elle peut offrir. Un taux élevé de chômage, la présence de systèmes d’instruction obsolètes et de difficultés persistantes dans l’accès à la formation et au marché du travail constituent, surtout pour beaucoup de jeunes, un fort obstacle sur la route de la réalisation humaine et professionnelle. Celui qui est sans emploi ou qui est sous- employé subit, de fait, les conséquences profondément négatives que cette condition entraîne sur sa personnalité et il risque d’être placé en marge de la société, de devenir une victime de l’exclusion sociale627. C’est un drame qui frappe, en général, non seulement les jeunes, mais aussi les femmes, les travailleurs moins spécialisés, les handicapés, les immigrés, les anciens prisonniers, les analphabètes, tous les sujets qui rencontrent davantage de difficultés dans la recherche d’une place dans le monde du travail.

290

Le maintien d’un emploi dépend toujours plus des capacités professionnelles628. Le système d’instruction et d’éducation ne doit pas négliger la formation humaine et technique, nécessaire pour remplir avec profit les fonctions requises. La nécessité toujours plus répandue de changer plusieurs fois d’emploi au cours de la vie impose au système éducatif de favoriser la disponibilité des personnes à une requalification et un perfectionnement permanents. Les jeunes doivent apprendre à agir de manière autonome, à devenir capables d’assumer de façon responsable le devoir d’affronter avec des compétences appropriées les risques liés à un contexte économique mobile et aux évolutions souvent imprévisibles629. Il est tout aussi indispensable d’offrir aux adultes en quête de requalification et aux chômeurs des occasions de formation opportunes. Plus généralement, le parcours professionnel des personnes doit trouver de nouvelles formes concrètes de soutien, à commencer par le système de formation, de sorte qu’il soit moins difficile de traverser des phases de changement, d’incertitude et de précarité.

b) : Le rôle de l’État et de la société civile dans la promotion du droit au travail

291

Les problèmes de l’emploi interpellent les responsabilités de l’État, auquel il revient de promouvoir des politiques actives de travail, aptes à favoriser la création d’opportunités de travail sur le territoire national, en stimulant à cette fin le monde productif. Le devoir de l’État ne consiste pas tant à assurer directement le droit au travail de tous les citoyens, en régentant toute la vie économique et en mortifiant la libre initiative des individus, que plutôt à « soutenir l’activité des entreprises en créant les conditions qui permettent d’offrir des emplois, en la stimulant dans les cas où elle reste insuffisante ou en la soutenant dans les périodes de crise630 ».

292

Face aux dimensions planétaires qu’assument rapidement les relations économico-financières et le marché du travail, il faut encourager une efficace collaboration internationale entre les États, par le biais de traités, d’accords et de plans d’action communs qui sauvegardent le droit au travail, notamment dans les phases les plus critiques du cycle économique, au niveau national et international. Il faut avoir conscience du fait que le travail humain est un droit dont dépend directement la promotion de la justice sociale et de la paix civile. D’importantes tâches dans cette direction reviennent aux Organisations internationales et syndicales : en se reliant sous les formes les plus opportunes, elles doivent s’engager en premier lieu à tisser « une trame toujours plus serrée de dispositions juridiques qui protègent le travail des hommes, des femmes, des jeunes, et lui assurent une rétribution convenable631 ».

293

Pour la promotion du droit au travail, il est important, de nos jours comme à l’époque de « Rerum novarum », qu’il y ait un « libre processus d’auto-organisation de la société »632. Nous pouvons trouver des témoignages significatifs et des exemples d’auto-organisation dans de nombreuses initiatives, au niveau d’entreprises et au niveau social, caractérisées par des formes de participation, de coopération et d’autogestion, qui révèlent la fusion d’énergies solidaires. Elles se présentent sur le marché comme un secteur diversifié de travaux qui se distinguent par une attention particulière à la composante relationnelle des biens produits et des services assurés dans de nombreux domaines : instruction, protection de la santé, services sociaux de base, culture. Les initiatives de ce qu’on appelle le « secteur tertiaire » constituent une occasion toujours plus importante de développement du travail et de l’économie.

c) : La famille et le droit au travail

294

Le travail est « le fondement sur lequel s’édifie la vie familiale, qui est un droit naturel et une vocation pour l’homme »633 : il assure les moyens de subsistance et garantit le processus éducatif des enfants634. Famille et travail, si étroitement interdépendants dans l’expérience de la grande majorité des personnes, méritent finalement une considération plus adaptée à la réalité, une attention qui les comprenne ensemble, sans les limites d’une conception privatiste de la famille et économiste du travail. À cet égard, il est nécessaire que les entreprises, les organisations professionnelles, les syndicats et l’État encouragent des politiques du travail qui ne pénalisent pas mais favorisent la cellule familiale du point de vue de l’emploi. En effet, la vie de famille et le travail se conditionnent réciproquement de diverses façons. Les grandes distances à parcourir jusqu’au lieu de travail, le double emploi et la fatigue physique et psychologique réduisent le temps consacré à la vie familiale635 ; les situations de chômage ont des répercussions matérielles et spirituelles sur les familles, de même que les tensions et les crises familiales influent négativement sur les comportements et sur le rendement dans le domaine du travail.

d) : Les femmes et le droit au travail

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Le génie féminin est nécessaire dans toutes les expressions de la vie sociale ; par conséquent, la présence des femmes dans le secteur du travail aussi doit être garantie. Le premier pas indispensable dans cette direction est la possibilité concrète d’accès à la formation professionnelle. La reconnaissance et la tutelle des droits des femmes dans le contexte du travail dépendent, en général, de l’organisation du travail, qui doit tenir compte de la dignité et de la vocation de la femme, dont « la vraie promotion (…) exige que le travail soit structuré de manière qu’elle ne soit pas obligée de payer sa promotion par l’abandon de sa propre spécificité et au détriment de sa famille dans laquelle elle a, en tant que mère, un rôle irremplaçable636 ». C’est une question à partir de laquelle se mesurent la qualité de la société et la tutelle effective du droit au travail des femmes.

e) : Travail des enfants

296

Le travail des enfants, sous ses formes intolérables, constitue un type de violence moins apparent que d’autres mais non moins terrible pour autant639. Une violence qui, au-delà de toutes les implications politiques, économiques et juridiques, demeure essentiellement un problème moral. Léon XIII met en garde : « L’enfant en particulier — et ceci demande à être observé strictement — ne doit entrer à l’usine qu’après que l’âge aura suffisamment développé en lui les forces physiques, intellectuelles et morales. Sinon, comme une herbe encore tendre, il se verra flétri par un travail trop précoce et c’en sera fait de son éducation640 ». Cent ans plus tard, le fléau du travail des enfants n’a pas encore été enrayé.

f) : Migrations et travail

297

L’immigration peut être une ressource, plutôt qu’un obstacle au développement. Dans le monde actuel où s’aggrave le déséquilibre entre pays riches et pays pauvres et où le développement des communications réduit rapidement les distances, les migrations de personnes en quête de meilleures conditions de vie augmentent. Ces personnes proviennent des régions les moins favorisées de la terre : leur arrivée dans les pays développés est souvent perçue comme une menace pour les niveaux élevés de bien- être atteints grâce à des décennies de croissance économique. Toutefois, les immigrés, dans la majorité des cas, répondent à une demande de travail qui, sans cela, resterait insatisfaite, dans des secteurs et des territoires où la main d’œuvre locale est insuffisante ou n’est pas disposée à effectuer ce travail.

298

Les institutions des pays d’accueil doivent veiller soigneusement à ce que ne se répande pas la tentation d’exploiter la main d’œuvre étrangère, en la privant des droits garantis aux travailleurs nationaux, qui doivent être assurés à tous sans discriminations. La réglementation des flux migratoires selon des critères d’équité et d’équilibre643 est une des conditions indispensables pour obtenir que les insertions adviennent avec les garanties requises par la dignité de la personne humaine. Les immigrés doivent être accueillis en tant que personnes et aidés, avec leurs familles, à s’intégrer dans la vie sociale644. Dans cette perspective, le droit au regroupement familial doit être respecté et favorisé645. En même temps, autant que possible, toutes les conditions permettant des possibilités accrues de travail dans les zones d’origine doivent être encouragées646.

g) : Le monde agricole et le droit au travail

299

Le travail agricole mérite une attention particulière en raison aussi bien du rôle social, culturel et économique qu’il continue de jouer dans les systèmes économiques de nombreux pays, que des nombreux problèmes qu’il doit affronter dans le contexte d’une économie toujours plus mondialisée et de son importance croissante pour la sauvegarde de l’environnement : « Des changements radicaux et urgents sont donc nécessaires pour redonner à l’agriculture — et aux cultivateurs — leur juste valeur comme base d’une saine économie, dans l’ensemble du développement de la communauté sociale647 ».

300

Les mutations profondes et radicales en cours au niveau social et culturel, notamment dans l’agriculture et dans le vaste monde rural, requièrent avec urgence un approfondissement du sens du travail agricole dans ses multiples dimensions. Il s’agit d’un défi d’une grande importance, qui doit être affronté avec des politiques agricoles et environnementales capables de dépasser une certaine conception résiduelle axée sur l’assistance et d’élaborer de nouvelles perspectives en vue d’une agriculture moderne capable de remplir un rôle significatif dans la vie sociale et économique.

Dans certains pays, une redistribution de la terre est indispensable, dans le cadre de politiques efficaces de réforme agraire, afin de surmonter l’empêchement que de grandes propriétés improductives, condamnées par la doctrine sociale de l’Église648, constituent pour un développement économique authentique : « Les pays en voie de développement peuvent enrayer efficacement le processus actuel de concentration de la propriété de la terre en affrontant certaines situations qui apparaissent comme de véritables problèmes structurels. Car on ne compte plus les carences et les retards au niveau législatif en matière de reconnaissance du titre de propriété de la terre et en lien avec le marché du crédit, le désintéressement envers la recherche et la formation agricoles, ainsi que les négligences à propos de services sociaux et d’infrastructures dans les zones rurales649 ». La réforme agraire devient ainsi non seulement une nécessité politique, mais une obligation morale car sa non-application dans ces pays entrave les effets bénéfiques dérivant de l’ouverture des marchés et, en général, des occasions profitables de croissance que la mondialisation actuelle peut offrir650.

V. : LES DROITS DES TRAVAILLEURS

a) : Dignité des travailleurs et respect de leurs droits

301

Les droits des travailleurs, comme tous les autres droits, se basent sur la nature de la personne humaine et sur sa dignité transcendante. Le Magistère social de l’Église a voulu en mentionner quelques-uns, en souhaitant leur reconnaissance dans les ordonnancements juridiques : le droit à une juste rémunération651 ; le droit au repos652 ; le droit « à des lieux et des méthodes de travail qui ne portent pas préjudice à la santé physique des travailleurs et qui ne blessent pas leur intégrité morale653 » ; le droit que soit sauvegardée sa personnalité sur le lieu de travail, « sans être violenté en aucune manière dans sa conscience ou dans sa dignité654 » ; le droit à des subventions convenables et indispensables pour la subsistance des travailleurs au chômage et de leurs familles655 ; le droit à la retraite ainsi qu’à l’assurance vieillesse, l’assurance maladie et l’assurance en cas d’accidents du travail656 ; le droit à des mesures sociales liées à la maternité657 et le droit de se réunir et de s’associer658. Ces droits sont souvent offensés, comme le confirment les tristes phénomènes du travail sous-payé, privé de protection ou non représenté de manière adéquate. Il arrive souvent que les conditions de travail des hommes, des femmes et des enfants, en particulier dans les pays en voie de développement, soient tellement inhumaines qu’elles offensent leur dignité et nuisent à leur santé.

b) : Le droit à une juste rémunération et distribution du revenu

302

La rémunération est l’instrument le plus important pour réaliser la justice dans les rapports de travail659. Le « juste salaire est le fruit légitime du travail660 » ; celui qui le refuse ou qui ne le donne pas en temps voulu et en une juste proportion par rapport au travail accompli commet une grave injustice (cf. Lv xix, 13 ; Dt xxiv, 14-15 ; Jc v, 4). Le salaire est l’instrument qui permet au travailleur d’accéder aux biens de la terre : « Compte tenu des fonctions et de la productivité de chacun, de la situation de l’entreprise et du bien commun, la rémunération du travail doit assurer à l’homme des ressources qui lui permettent, à lui et à sa famille, une vie digne sur le plan matériel, social, culturel et spirituel661 ». Le simple accord entre travailleur et employeur sur le montant de la rémunération ne suffit pas à qualifier de « juste » le salaire concordé, car celui-ci « ne doit pas être insuffisant à faire subsister l’ouvrier662 » : la justice naturelle est antérieure et supérieure à la liberté du contrat.

303

Le bien-être économique d’un pays ne se mesure pas exclusivement à la quantité de biens produits, mais aussi en tenant compte de la façon dont ils sont produits et du degré d’équité dans la distribution du revenu, qui devrait permettre à tous d’avoir à disposition ce qui sert au développement et au perfectionnement de la personne. Une répartition équitable du revenu doit être poursuivie sur la base de critères non seulement de justice commutative, mais aussi de justice sociale, c’est-à-dire en considérant, au-delà de la valeur objective des prestations de travail, la dignité humaine des sujets qui l’accomplissent. Un bien-être économique authentique se poursuit également à travers des politiques sociales de redistribution du revenu qui, tenant compte des conditions générales, considèrent opportunément les mérites et les besoins de chaque citoyen.

c) : Le droit de grève

304

La doctrine sociale reconnaît la légitimité de la grève « quand elle se présente comme un recours inévitable, sinon nécessaire, en vue d’un bénéfice proportionné663 », après que toutes les autres modalités de dépassement du conflit se soient révélées inefficaces664. La grève, une des conquêtes les plus difficiles de l’associationnisme syndical, peut être qualifiée de refus collectif et concerté, de la part des travailleurs, d’accomplir leurs prestations, afin d’obtenir, grâce à la pression ainsi exercée sur les employeurs, sur l’État et sur l’opinion publique, de meilleures conditions de travail et de leur situation sociale. La grève, pour autant qu’elle apparaisse « comme une sorte d’ultimatum665 », doit toujours être une méthode pacifique de revendication et de lutte pour ses droits ; elle devient « moralement inacceptable lorsqu’elle s’accompagne de violences ou encore si on lui assigne des objectifs non directement liés aux conditions de travail ou contraires au bien commun666 ».

VI. : SOLIDARITÉ ENTRE LES TRAVAILLEURS

a) : L’importance des syndicats

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Le Magistère reconnaît le rôle fondamental joué par les syndicats de travailleurs, qui trouvent leur raison d’être dans le droit de ces derniers à former des associations ou des unions pour défendre leurs intérêts vitaux dans les différentes professions. Les syndicats « ont grandi à partir de la lutte des travailleurs, du monde du travail et surtout des travailleurs de l’industrie, pour la sauvegarde de leurs justes droits vis-à-vis des entrepreneurs et des propriétaires des moyens de production667 ». En poursuivant leur fin spécifique au service du bien commun, les organisations syndicales contribuent à la construction de l’ordre social et de la solidarité et représentent donc un élément indispensable de la vie sociale. La reconnaissance des droits du travail constitue depuis toujours un problème difficile à résoudre, car elle se situe à l’intérieur de processus historiques et institutionnels complexes et on peut dire qu’aujourd’hui encore, elle est incomplète. Cela rend plus que jamais actuel et nécessaire l’exercice d’une solidarité authentique entre les travailleurs.

306

La doctrine sociale enseigne que les rapports au sein du monde du travail doivent être caractérisés par la collaboration : la haine et la lutte visant à éliminer l’autre constituent des méthodes tout à fait inacceptables, notamment parce que, dans tout système social, autant le travail que le capital sont indispensables au processus de production. À la lumière de cette conception, la doctrine sociale « ne pense pas que les syndicats soient seulement le reflet d’une structure “de classe” de la société ; elle ne pense pas qu’ils soient les porte-parole d’une lutte de classe qui gouvernerait inévitablement la vie sociale668 ». Les syndicats sont à proprement parler les promoteurs de la lutte pour la justice sociale, pour les droits des travailleurs, dans leurs professions spécifiques : « Cette “lutte” doit être comprise comme un engagement normal “en vue” du juste bien (…) ; mais elle n’est pas une “lutte contre” les autres669 ». Étant avant tout un instrument de solidarité et de justice, le syndicat ne peut abuser des instruments de lutte ; en raison de sa vocation, il doit vaincre les tentations du corporatisme ; savoir s’auto-réglementer et peser les conséquences de ses choix par rapport à l’horizon du bien commun670.

307

C’est au syndicat, en plus de ses fonctions défensives et revendicatives, que reviennent à la fois une représentation tendant à « la bonne organisation de la vie économique »671 et à l’éducation de la conscience sociale des travailleurs, afin qu’ils se sentent partie active, selon les capacités et les aptitudes de chacun, dans toute l’œuvre du développement économique et social et de la construction du bien commun universel. Le syndicat et les autres formes d’associationnisme des travailleurs doivent assumer une fonction de collaboration avec les autres sujets sociaux et s’intéresser à la gestion de la chose publique. Les organisations syndicales ont le devoir d’influencer le pouvoir politique, afin de le sensibiliser dûment aux problèmes du travail et de l’inciter à favoriser la mise en œuvre des droits des travailleurs. Toutefois, les syndicats n’ont pas le caractère de « partis politiques » qui luttent pour le pouvoir et ne doivent pas non plus être soumis aux décisions des partis politiques ou entretenir avec eux des liens trop étroits : « Si telle est leur situation, ils perdent facilement le contact avec ce qui est leur rôle spécifique, celui de défendre les justes droits des travailleurs dans le cadre du bien commun de toute la société, et ils deviennent, au contraire, un instrument pour d’autres buts672 ».

b) : Nouvelles formes de solidarité

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Le contexte socio-économique contemporain, caractérisé par des processus de mondialisation économique et financière toujours plus rapides, pousse les syndicats à se rénover. Aujourd’hui les syndicats sont appelés à agir sous de nouvelles formes673, en amplifiant leur rayon d’action de solidarité de façon à ce que soient protégés, non seulement les catégories traditionnelles de travailleurs, mais aussi les travailleurs aux contrats atypiques ou à durée déterminée ; les travailleurs dont l’emploi est mis en danger par les fusions d’entreprises qui surviennent toujours plus fréquemment, notamment au niveau international ; ceux qui n’ont pas d’emploi, les immigrés, les travailleurs saisonniers, ceux qui, par manque de recyclage professionnel, ont été expulsés du marché du travail et ne peuvent plus y rentrer sans des cours appropriés de requalification.

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Face aux changements intervenus dans le monde du travail, la solidarité pourra être retrouvée et peut-être même avoir de meilleurs fondements que par le passé si l’on œuvre pour une redécouverte de la valeur subjective du travail : « Aussi faut-il continuer à s’interroger sur le sujet du travail et sur les conditions dans lesquelles il vit ». Voilà pourquoi « il faut toujours qu’il y ait de nouveaux mouvements de solidarité des travailleurs et de solidarité avec les travailleurs674 ».

En poursuivant « de nouvelles formes de solidarité »675, les associations de travailleurs doivent s’orienter vers l’assomption de plus grandes responsabilités, non seulement dans le cadre des mécanismes traditionnels de la redistribution, mais aussi à l’égard de la production de la richesse et de la création de conditions sociales, politiques et culturelles qui permettent à tous ceux qui peuvent et désirent travailler d’exercer leur droit au travail, dans le plein respect de leur dignité de travailleurs. Le dépassement graduel du modèle d’organisation basé sur le travail salarié dans la grande entreprise rend opportune en outre la mise à jour des normes et des systèmes de sécurité sociale qui ont servi à protéger les travailleurs jusqu’à présent, tout en préservant leurs droits fondamentaux.

VII. : LES « RES NOVÆ » DU MONDE DU TRAVAIL

a) : Une phase de transition historique

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Une des impulsions les plus significatives apportées à l’actuel changement de l’organisation du travail provient du phénomène de la mondialisation, qui permet d’expérimenter de nouvelles formes de production, avec le transfert des installations dans des aires géographiques différentes de celles où sont prises les décisions stratégiques et éloignées du marché de la consommation. Deux facteurs donnent une impulsion à ce phénomène : la vitesse de communication extraordinaire, sans limites d’espace ni de temps, et la relative facilité de transporter des marchandises et des personnes d’une partie à l’autre de la planète. Ceci comporte une conséquence fondamentale sur les processus de production : la propriété est toujours plus éloignée, souvent indifférente aux effets sociaux des choix effectués. Par ailleurs, s’il est vrai que la mondialisation, a priori, n’est ni bonne ni mauvaise en soi, mais qu’elle dépend de l’usage que l’homme en fait676, on doit affirmer qu’une mondialisation des tutelles, des droits minimums essentiels et de l’équité est nécessaire.

311

Une des caractéristiques les plus importantes de la nouvelle organisation du travail est la fragmentation physique du cycle de production, encouragée pour obtenir une meilleure efficacité et de meilleurs profits. Dans cette perspective, les coordonnées traditionnelles espace-temps, à l’intérieur desquelles se situait le cycle de production, subissent une transformation sans précédent, qui détermine un changement dans la structure même du travail. Tout ceci a des conséquences importantes dans la vie des individus et des communautés, soumis à des changements radicaux à la fois sur le plan des conditions matérielles, sur le plan culturel et sur le plan des valeurs. Ce phénomène touche des millions de personnes, aux niveaux global et local, indépendamment de la profession qu’elles exercent, de leur condition sociale et de leur préparation culturelle. La réorganisation du temps, sa régularisation et les changements actuels dans l’usage de l’espace — comparables, par leur importance, à la première révolution industrielle, dans la mesure où ils touchent tous les secteurs de production, sur tous les continents, quel que soit leur niveau de développement — doivent donc être considérés comme un défi décisif, notamment au niveau éthique et culturel, dans le domaine de la définition d’un système renouvelé de protection du travail.

312

La mondialisation de l’économie, avec la libéralisation des marchés, l’accentuation de la concurrence et l’augmentation d’entreprises spécialisées dans la fourniture de produits et de services, requiert une plus grande flexibilité sur le marché du travail et dans l’organisation et la gestion des processus de production. Dans l’évaluation de cette matière délicate, il semble opportun d’accorder une plus grande attention — au plan moral, culturel et de la programmation — à l’orientation de l’action sociale et politique sur les thèmes liés à l’identité et aux contenus du nouveau travail, sur un marché et dans une économie eux-mêmes nouveaux. De fait, les mutations du marché du travail sont souvent un effet du changement du travail lui-même et non pas sa cause.

313

Le travail, surtout à l’intérieur des systèmes économiques des pays les plus développés, traverse une phase qui marque le passage d’une économie de type industriel à une économie essentiellement centrée sur les services et sur l’innovation technologique. Il arrive que les services et les activités caractérisées par un fort contenu informatif croissent plus rapidement que les secteurs traditionnels, primaire et secondaire, avec des conséquences de vaste portée dans l’organisation de la production et des échanges, dans le contenu et dans la forme des prestations de travail et dans les systèmes de protection sociale.

314

Grâce aux innovations technologiques, le monde du travail s’enrichit de professions nouvelles, tandis que d’autres disparaissent. Dans l’actuelle phase de transition, en effet, on assiste à un passage continuel de travailleurs du secteur de l’industrie à celui des services. Tandis que le modèle économique et social lié à la grande entreprise et au travail d’une classe ouvrière homogène perd du terrain, on constate une amélioration des perspectives d’emploi dans le tertiaire et, en particulier, une augmentation des activités dans le secteur des services rendus aux personnes et des prestations à temps partiel, intérimaires et « atypiques », à savoir des formes de travail qui n’entrent pas dans le cadre du travail salarié ni du travail autonome.

La transition actuelle marque le passage du travail salarié à durée indéterminée, conçu comme une place fixe, à un parcours de travail caractérisé par une pluralité d’activités ; d’un monde du travail compact, défini et reconnu, à un univers de travaux, diversifié, fluide, riche de promesses, mais aussi chargé d’interrogations préoccupantes, spécialement face à l’incertitude croissante quant aux perspectives d’emplois, aux phénomènes persistants de chômage structurel, à l’inadaptation des systèmes actuels de sécurité sociale. Les exigences de la concurrence, de l’innovation technologique et de la complexité des flux financiers doivent être harmonisées avec la défense du travailleur et de ses droits.

315

L’insécurité et la précarité ne concernent pas seulement la condition de travail des personnes vivant dans les pays les plus développés, mais aussi et surtout les réalités économiquement moins avancées de la planète, les pays en voie de développement et les pays aux économies en transition. Ces derniers, en plus des problèmes liés au changement des modèles économiques et productifs, doivent affronter quotidiennement les difficiles exigences dérivant de la mondialisation actuelle. La situation apparaît particulièrement dramatique pour le monde du travail, touché par des changements culturels et structurels vastes et radicaux, dans des contextes souvent privés de supports législatifs, formatifs et d’assistance sociale.

La décentralisation de la production, qui assigne aux petites entreprises de multiples tâches, précédemment concentrées dans les grandes unités de production, renforce les petites et moyennes entreprises et leur imprime un nouvel élan. À côté de l’artisanat traditionnel, on voit ainsi émerger de nouvelles entreprises caractérisées par de petites unités de production dans les secteurs modernes ou dans des activités décentralisées par rapport aux grandes entreprises. De nombreuses activités qui, hier, exigeaient un travail salarié sont réalisées aujourd’hui sous de nouvelles formes qui favorisent le travail indépendant et se caractérisent par un élément plus important de risque et de responsabilité.

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Le travail dans les petites et moyennes entreprises, le travail artisanal et le travail indépendant peuvent constituer une occasion de rendre la vie de travail plus humaine, à la fois grâce à la possibilité d’établir des relations interpersonnelles positives dans des communautés de petites dimensions et aux opportunités offertes par un plus grand esprit d’initiative et d’entreprise ; mais nombreux sont les cas, dans ces secteurs, de traitements injustes, de travail mal payé et surtout précaire.

Dans les pays en voie de développement, en outre, durant ces dernières années, on a vu se répandre le phénomène de l’expansion d’activités économiques « informelles » ou « souterraines » qui représente un signal de croissance économique prometteuse, mais qui soulève aussi des problèmes éthiques et juridiques. L’augmentation significative des emplois provoquée par ces activités est due, en effet, à l’absence de spécialisation d’une grande partie des travailleurs locaux et au développement désordonné des secteurs économiques formels. Un nombre élevé de personnes est ainsi contraint de travailler dans des conditions très difficiles et dans un contexte privé de règles protégeant la dignité du travailleur. Les niveaux de productivité, de revenu et de vie sont extrêmement bas et se révèlent souvent insuffisants à satisfaire le niveau de subsistance des travailleurs et de leurs familles.

b) : Doctrine sociale et « res novæ »

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Face aux imposantes « res novæ » du monde du travail, la doctrine sociale de l’Église recommande, avant tout, d’éviter l’erreur d’estimer que les changements actuels surviennent de façon déterministe. Le facteur décisif et « l’arbitre » de cette phase complexe de changement sont encore une fois l’homme, qui doit rester le véritable acteur de son travail. Il peut et doit prendre en charge de façon créative et responsable les innovations et les réorganisations actuelles, afin que celles-ci profitent à la croissance de la personne, de la famille, des sociétés et de la famille humaine tout entière677. De manière éclairante pour tous, la doctrine sociale de l’Église enseigne à accorder la juste priorité à la dimension subjective du travail, car le travail humain « procède immédiatement des personnes créées à l’image de Dieu, et appelées à prolonger, les unes avec et pour les autres, l’œuvre de la création en dominant la terre678 ».

318

Les interprétations de type mécaniste et économiste de l’activité productive, bien que prédominantes et en tout cas influentes, sont dépassées par l’analyse scientifique même des problèmes liés au travail. Ces conceptions se révèlent aujourd’hui plus qu’hier tout à fait inadéquates pour interpréter les faits, qui démontrent chaque jour davantage la valeur du travail en tant qu’activité libre et créative de l’homme. Les situations concrètes doivent aussi inciter à dépasser sans hésitation des horizons théoriques et des critères opérationnels restreints et insuffisants par rapport aux dynamiques mises en œuvre, intrinsèquement incapables de définir la vaste gamme des besoins concrets et pressants des hommes, qui s’étend bien au-delà des catégories purement économiques. L’Église le sait bien et elle enseigne depuis toujours que l’homme, contrairement à tout autre être vivant, a des besoins qui ne sont certainement pas limités uniquement à l’« avoir679 », car sa nature et sa vocation entretiennent une relation inséparable avec le Transcendant. La personne humaine affronte l’aventure de la transformation des choses par son travail pour satisfaire des nécessités et des besoins avant tout matériels, mais elle le fait en suivant une impulsion qui la pousse toujours au-delà des résultats obtenus, à la recherche de ce qui peut correspondre plus profondément à ses exigences intérieures irrépressibles.

319

Les formes historiques à travers lesquelles s’exprime le travail humain varient mais ses exigences permanentes, qui se résument dans le respect des droits inaliénables des travailleurs, ne doivent pas changer. Face au risque de voir ces droits niés, de nouvelles formes de solidarité doivent être imaginées et construites, en tenant compte de l’interdépendance qui lie entre eux les travailleurs. Plus les changements sont profonds, plus l’effort de l’intelligence et de la volonté doit être ferme pour protéger la dignité du travail, en renforçant, aux différents niveaux, les institutions intéressées. Cette perspective permet d’orienter au mieux les transformations actuelles dans la direction, si nécessaire, de la complémentarité entre la dimension économique locale et globale, entre économie « ancienne » et « nouvelle », entre l’innovation technologique et l’exigence de sauvegarder le travail humain, et entre la croissance économique et la compatibilité environnementale du développement.

320

À la solution des problématiques vastes et complexes du travail, qui en certaines régions revêtent des dimensions dramatiques, les scientifiques et les hommes de culture sont appelés à offrir leur contribution spécifique, si importante pour le choix de justes solutions. C’est une responsabilité qui leur demande de mettre en évidence les occasions et les risques qui se profilent dans les changements et, surtout, de suggérer des lignes d’action pour guider le changement dans le sens le plus favorable au développement de toute la famille humaine. Il leur revient le grave devoir de lire et d’interpréter les phénomènes sociaux avec intelligence et amour de la vérité, sans préoccupations dictées par des intérêts de groupe ou personnels. De fait, leur contribution, précisément parce qu’elle est de nature théorique, devient une référence essentielle pour l’action concrète des politiques économiques680.

321

Les scénarios actuels de profonde transformation du travail humain rendent encore plus urgent un développement authentiquement global et solidaire, en mesure de toucher toutes les régions du monde, y compris les moins favorisées. Pour ces dernières, la mise en œuvre d’un processus de développement solidaire de vaste portée non seulement constitue une possibilité concrète de créer de nouveaux emplois, mais se présente aussi comme une véritable condition de survie pour des peuples entiers : « Il faut globaliser la solidarité681 ».

322

Les déséquilibres économiques et sociaux dans le monde du travail doivent être affrontés en rétablissant la juste hiérarchie des valeurs et en mettant à la première place la dignité de la personne qui travaille : « Les nouvelles réalités, qui touchent avec force le processus de production, tel que la globalisation de la finance, de l’économie, des commerces et du travail, ne doivent violer la dignité et la centralité de la personne humaine, ni la liberté et la démocratie des peuples. La solidarité, la participation et la possibilité de gouverner ces changements radicaux constituent certainement, si ce n’est la solution, du moins la garantie éthique nécessaire afin que les personnes et les peuples ne deviennent pas des instruments, mais les acteurs de leur avenir. Tout cela peut être réalisé et, puisqu’on peut le faire, devient un devoir682 ».

Une considération attentive de la nouvelle situation du travail apparaît toujours plus nécessaire dans le contexte actuel de la mondialisation, dans une perspective qui mette en valeur la propension naturelle des hommes à établir des relations. À ce propos, il faut affirmer que l’universalité est une dimension de l’homme, non des choses. La technique pourra être la cause instrumentale de la mondialisation, mais sa cause dernière est l’universalité de la famille humaine. Le travail possède donc aussi une dimension universelle, dans la mesure où il est fondé sur le caractère relationnel de l’homme. Les techniques, en particulier électroniques, ont permis de dilater cet aspect relationnel du travail à l’ensemble de la planète, en imprimant à la mondialisation un rythme particulièrement accéléré. Le fondement ultime de ce dynamisme est l’homme qui travaille, à savoir toujours l’élément subjectif et non pas objectif. Le travail mondialisé dérive donc lui aussi du fondement anthropologique de la dimension relationnelle intrinsèque du travail. Les aspects négatifs de la mondialisation du travail ne doivent pas mortifier les possibilités qui se sont ouvertes pour tous de donner forme à un humanisme du travail au niveau planétaire, à une solidarité du monde du travail à ce même niveau, afin que, en travaillant dans un tel contexte dilaté et interconnecté, l’homme comprenne toujours plus sa vocation unitaire et solidaire.

Notes

  1. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 6 : AAS 73 (1981) 591.

  2. Jean-Paul II, Encycl. Redemptor hominis, 1 : AAS 71 (1979) 257.

  3. Jean-Paul II, Encycl. Redemptor hominis, 8 : AAS 71 (1979) 270.

  4. Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, 2427 ; Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 27 : AAS 73 (1981) 644-647.

  5. Cf. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur les Actes, in Acta Apostolorum Homiliæ, 35, 3 : PG 60, 258.

  6. Cf. Saint Basile le Grand, Regulæ fusius tractatæ, 42 : PG 31, 1023-1027 ; Saint Athanase d’Alexandrie, Vita S. Antonii, c. 3 : PG 26, 846.

  7. Cf. Saint Ambroise, De obitu Valentiniani consolatio, 62 : PL 16, 1438.

  8. Cf. Saint Irénée de Lyon, Adversus hæreses, 5, 32, 2 : PG 7, 1210-1211.

  9. Cf. Théodoret de Cyr, De Providentia, Orationes 5-7 : PG 83, 625-686.

  10. Jean-Paul II, Discours durant la visite pastorale à Pomezia, Italie (13 septembre 1979), 3 : L’Osservatore Romano, éd. française, 25 septembre 1979, p. 2.

  11. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 2 : AAS 73 (1981) 580-583.

  12. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 1 : AAS 73 (1981) 579.

  13. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 3 : AAS 73 (1981) 584.

  14. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 6 : AAS 73 (1981) 589-590.

  15. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 6 : AAS 73 (1981) 590.

  16. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 6 : AAS 73 (1981) 592 ; cf. Catéchisme de l’Église Catholique, 2428.

  17. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 31 : AAS 83 (1991) 832.

  18. Pie XI, Encycl. Quadragesimo anno : AAS 23 (1931) 200.

  19. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 16 : AAS 73 (1981) 619.

  20. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 4 : AAS 73 (1981) 586.

  21. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 12 : AAS 73 (1981) 606.

  22. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 12 : AAS 73 (1981) 608.

  23. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 13 : AAS 73 (1981) 608-612.

  24. Cf. Pie XI, Encycl. Quadragesimo anno : AAS 23 (1931) 194-198.

  25. Léon XIII, Encycl. Rerum novarum : Acta Leonis XIII, 11 (1892) 109.

  26. Pie XI, Encycl. Quadragesimo anno : AAS 23 (1931) 195.

  27. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 32 : AAS 83 (1991) 833.

  28. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 43 : AAS 83 (1991) 847.

  29. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 11 : AAS 73 (1981) 604.

  30. Cf. Jean-Paul II, Discours à l’Académie Pontificale des Sciences Sociales (6 mars 1999), 2 : AAS 91 (1999) 889.

  31. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 41 : AAS 83 (1991) 844.

  32. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 14 : AAS 73 (1981) 616.

  33. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 9 : AAS 58 (1966) 1031-1032.

  34. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 14 : AAS 73 (1981) 613.

  35. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 43 : AAS 83 (1991) 847.

  36. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 32 : AAS 83 (1991) 832-833.

  37. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19 : AAS 73 (1981) 625-629 ; Id., Encycl. Centesimus annus, 9 : AAS 83 (1991) 804.

  38. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 67 : AAS 58 (1966) 1088-1089.

  39. Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, 2184.

  40. Catéchisme de l’Église Catholique, 2185.

  41. Catéchisme de l’Église Catholique, 2186.

  42. Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, 2187.

  43. Cf. Jean-Paul II, Lettre apost. Dies Domini, 26 : AAS 90 (1998) 729 : « La célébration du dimanche, en même temps »premier« et »huitième« jour, projette le chrétien vers le but qui est la vie éternelle ».

  44. Cf. Léon XIII, Encycl. Rerum novarum : Acta Leonis XIII, 11 (1892) 110.

  45. Catéchisme de l’Église Catholique, 2188.

  46. Catéchisme de l’Église Catholique, 2187.

  47. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 26 : AAS 58 (1966) 1046-1047 ; Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 9, 18 : AAS 73 (1981) 598- 600, 622-625 ; Id., Discours à l’Académie Pontificale des Sciences Sociales (25 avril 1997), 3 : AAS 90 (1998) 139-140 ; Id., Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1999, 8 : AAS 91 (1998) 382-383.

  48. Cf. Léon XIII, Encycl. Rerum novarum : Acta Leonis XIII, 11 (1892) 128.

  49. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 10 : AAS 73 (1981) 600-602.

  50. Cf. Léon XIII, Encycl. Rerum novarum : Acta Leonis XIII, 11 (1892) 103 ; Jean- Paul II, Encycl. Laborem exercens, 14 : AAS 73 (1981) 612-616 ; Id., Encycl. Centesimus annus, 31 : AAS 83 (1991) 831-832.

  51. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 16 : AAS 73 (1981) 618-620.

  52. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 18 : AAS 73 (1981) 623.

  53. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 43 : AAS 83 (1991) 848 ; cf. Catéchisme de l’Église Catholique, 2433.

  54. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 17 : AAS 73 (1981) 620-622.

  55. Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, 2436.

  56. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 66 : AAS 58 (1966) 1087-1088.

  57. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 12 : AAS 73 (1981) 605-608.

  58. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 48 : AAS 83 (1991) 853.

  59. Paul VI, Discours à l’Organisation Internationale du Travail (10 juin 1969), 21 : AAS 61 (1969) 500 ; cf. Jean-Paul II, Discours à l’Organisation Internationale du Travail (15 juin 1982), 13 : AAS 74 (1982) 1004-1005.

  60. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 16 : AAS 83 (1991) 813.

  61. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 10 : AAS 73 (1981) 600.

  62. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 10 : AAS 73 (1981) 600-602 ; Id., Exhort. apost. Familiaris consortio, 23 : AAS 74 (1982) 107-109.

  63. Cf. Saint-Siège, Charte des droits de la famille, art. 10, Typographie Polyglotte Vaticane, Cité du Vatican 1983, p. 14.

  64. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19 : AAS 73 (1981) 628.

  65. Cf. Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1996, 5 : AAS 88 (1996) 106-107.

  66. Léon XIII, Encycl. Rerum novarum : Acta Leonis XIII, 11 (1892) 129.

  67. Cf. Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 2001, 13 : AAS 93 (2001) 241 ; Conseil Pontifical « Cor Unum » — Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en Déplacement, Les réfugiés, un défi à la solidarité, 6, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 1992, p. 8.

  68. Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, 2241.

  69. Cf. Saint-Siège, Charte des droits de la famille, art. 12, Typographie Polyglotte Vaticane, Cité du Vatican 1983, p. 15 ; Jean-Paul II, Exhort. apost. Familiaris consortio, 77 : AAS 74 (1982) 175-178.

  70. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 66 : AAS 58 (1966) 1087-1088 ; Jean-Paul II, Message pour la Journée Mondiale de la Paix 1993, 3 : AAS 85 (1993) 431-433.

  71. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 21 : AAS 73 (1981) 634.

  72. Cf. Paul VI, Encycl. Populorum Progressio, 23 : AAS 59 (1967) 268-269.

  73. Conseil Pontifical « Justice et Paix », Pour une meilleure répartition de la terre. Le défi de la réforme agraire, 13, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 1997, p. 17.

  74. Cf. Conseil Pontifical « Justice et Paix », Pour une meilleure répartition de la terre. Le défi de la réforme agraire, 35, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 1997, pp. 32-33.

  75. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19 : AAS 73 (1981) 625-629.

  76. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19 : AAS 73 (1981) 625-629.

  77. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19 : AAS 73 (1981) 629.

  78. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, 15 : AAS 83 (1991) 812.

  79. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 18 : AAS 73 (1981) 622-625.

  80. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19 : AAS 73 (1981) 625-629.

  81. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19 : AAS 73 (1981) 625-629.

  82. Cf. Léon XIII, Encycl. Rerum novarum : Acta Leonis XIII, 11 (1892) 135 ; Pie XI, Encycl. Quadragesimo anno : AAS 23 (1931) 186 ; Pie XII, Encycl. Sertum lætitiæ : AAS 31 (1939) 643 ; Jean XXIII, Encycl. Pacem in terris : AAS 55 (1963) 262-263 ; Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 68 : AAS 58 (1966) 1089-1090 ; Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20 : AAS 73 (1981) 629-632 ; Id., Encycl. Centesimus annus, 7 : AAS 83 (1991) 801-802.

  83. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 19 : AAS 73 (1981) 625-629.

  84. Catéchisme de l’Église Catholique, 2434 ; cf. Pie XI, Encycl. Quadragesimo anno : AAS 23 (1931) 198-202 : « Le juste salaire » est le titre du chapitre 4 de la IIème Partie.

  85. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 67 : AAS 58 (1966) 1088-1089.

  86. Léon XIII, Encycl. Rerum novarum : Acta Leonis XIII, 11 (1892) 131.

  87. Catéchisme de l’Église Catholique, 2435.

  88. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 68 : AAS 58 (1966) 1089-1090 ; Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20 : AAS 73 (1981) 629-632 ; Catéchisme de l’Église Catholique, 2430.

  89. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20 : AAS 73 (1981) 632.

  90. Catéchisme de l’Église Catholique, 2435.

  91. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20 : AAS 73 (1981) 629.

  92. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20 : AAS 73 (1981) 630.

  93. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20 : AAS 73 (1981) 630.

  94. Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, 2430.

  95. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 68 : AAS 58 (1966) 1090.

  96. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20 : AAS 73 (1981) 631.

  97. Cf. Jean-Paul II, Discours à la Conférence internationale pour les représentants syndicaux (2 décembre 1996), 4 : Insegnamenti di Giovanni Paolo II, 19 (1996) 865.

  98. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 8 : AAS 73 (1981) 597.

  99. Jean-Paul II, Message aux participants au Symposium international sur le Travail (14 septembre 2001), 4 : L’Osservatore Romano, éd. française, 25 septembre 2001, p. 9.

  100. Cf. Jean-Paul II, Discours à l’Académie Pontificale des Sciences Sociales (27 avril 2001), 2 : AAS 93 (2001) 599.

  101. Cf. Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens, 10 : AAS 73 (1981) 600-602.

  102. Catéchisme de l’Église Catholique, 2427.

  103. Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Const. past. Gaudium et spes, 35 : AAS 58 (1966) 1053 ; Paul VI, Encycl. Populorum progressio, 19 : AAS 59 (1967) 266-267 ; Jean- Paul II, Encycl. Laborem exercens, 20 : AAS 73 (1981) 629-632 ; Id., Encycl. Sollicitudo rei socialis, 28 : AAS 80 (1988) 548-550.

  104. Cf. Jean-Paul II, Message aux participants au Symposium international sur le Travail (14 septembre 2001), 5 : L’Osservatore Romano, éd. française, 25 septembre 2001, p. 9.

  105. Jean-Paul II, Discours à la Rencontre jubilaire avec le monde du travail (1er mai 2000), 2 : L’Osservatore Romano, éd. française, 9 mai 2000, p. 5.

  106. Jean-Paul II, Homélie lors de la messe pour le Jubilé des travailleurs (1er mai 2000), 3 : L’Osservatore Romano, éd. française, 9 mai 2000, p. 4.