Tome 3 · Les Moyens de sanctification · Leçon 6
La Présence réelle
Plan de la leçon 7 parties
Présence réelle. Existence réelle, et non symbolique, de la personne de Jésus-Christ, sous les apparences du pain et du vin consacrés.
NOTA. Puisque l'Eucharistie est un sacrement qui contient la personne du Christ, il va de soi que la première chose à établir, en ce qui concerne ce sacrement, c'est la réalité ou le fait de cette présence ; après quoi, il convient de rechercher le mode de la Présence réelle, autrement dit, la manière dont elle se fait.
Transsubstantiation (de deux mots latins « trans » au-delà, et « substantia » substance). D'après son étymologie, ce mot signifie le changement de la substance du pain et du vin en la substance du. corps et du sang de Jésus-Christ.
Ne pas confondre le mot « transsubstantiation » : — i. avec le mot consubstantiation (latin « cum » avec « substantia » substance) ou existence de deux substances réunies ensemble ; — 2. ni avec le mot impanation (latin « in » dans « pane » pain) ou fusion de la substance du Christ avec la substance du pain.
Substance (V. N° 38). Ce qui subsiste dans un être, qui reste toujours le même dans cet être, malgré la multiplicité des phénomènes qui peuvent l'affecter. Ainsi l'enfant devient homme, puis vieillard ; les trois sont fort différents. Cependant, tous les trois ont conscience d'être, malgré les changements, le même individu, la même personnalité. Le fond de l'être qui est resté identique dans les trois états, est ce qu'on appelle la substance.
Accident. Ce qui n'existe que dans et par la substance, comme la couleur, le goût...Les sens ne nous révèlent que les accidents : la substance est connue seulement par les phénomènes qui la manifestent.
Espèces. Le mot « espèces » (du latin « species » ce qui paraît) est ici synonyme des deux mots accidents et apparences. Les espèces du pain et du vin = les apparences du pain et du vin. L'expression « les Saintes Espèces » sert à désigner la Sainte Eucharistie.
I. L'Eucharistie.
1° Son excellence.
Dans son énumération des Sacrements, le Concile de Trente met l'Eucharistie au troisième rang. La raison en est sans doute que ce sacrement suppose l'initiation chrétienne, qu'il ne peut être reçu que parceux qui ont été baptisés et vivent déjà de la vie de la grâce. Il l'en est pas moins vrai que l'Eucharistie dépasse de beaucoup tous les autres sacrements, par son excellence et son incomparable dignité, vu qu'elle contient non seulement la grâce, mais l’auteur de la grâce.
2° Les deux aspects de l'Eucharistie.
L'Eucharistie se présente à nous sous un double aspect. Elle est : sacrement et sacrifice.
A. En tant que SACREMENT, l'Eucharistie est : — a) la présence réelle de Jésus-Christ sous un signe extérieur ; et — b) l’union de Jésus-Christ, ainsi caché sous de faibles et chétives apparences, avec l'âme chrétienne : union intime à laquelle nous donnons le nom de communion.
B. En tant que SACRIFICE, l'Eucharistie est l'unique et sublime sacrifice du culte catholique. Jésus-Christ a voulu que l'acte par excellence des religions antiques, à savoir le sacrifice, fût remplacé à jamais par un autre d'idéale grandeur, et il a créé le sacrifice de la Messe.
3° Division du sujet.
D'où une triple division. Nous traiterons dans les trois leçons qui suivent : A. De la Présence réelle. — B. De l'Eucharistie considérée comme sacrement et de la communion. — C. De l’Eucharistie considérée comme sacrifice ou du sacrifice de la Messe.
II. Le dogme de la Présence réelle.
1° Erreurs.
A. AVANT LE PROTESTANTISME, les principaux adversaires de la présence réelle furent : — a) les docètes (IIe siècle) qui, n'admettant pas la nature humaine du Christ, niaient, par le fait, l'existence de sa chair dans l'Eucharistie ;
— b) Bérenger de Tours (XIe siècle), pour qui l'Eucharistie n'était qu'un symbole du Christ. Condamné par plusieurs conciles, il rétracta son erreur ; — c) les Albigeois et, selon toute vraisemblance, Wicleff.
B. LES SACRAMENTAIRES. — Les théologiens catholiques appellent de ce nom tous les protestants de la réforme qui ont erré sur le dogme de la présence réelle.
- Les uns, ZWINGLI, OECOLAMPADE de Bâle, traduisant les paroles : « Ceci est mon corps », par : « Ceci représente mon corps, est la figure de mon corps », soutinrent que l'Eucharistie n'était qu'un symbole destiné à ranimer dans le cœur des fidèles la foi au Christ.—.
- D'autres, comme CALVIN, tinrent le milieu entre les luthériens qui admettaient la présence réelle et les zwingliens. Ils voulurent bien concéder un certain mode de présence réelle, mais ils n'admirent pas la présence corporelle. Pour eux, l'esprit du Christ se donne au communiant et lui communique, s'il a la foi, sa vertu et sa force, à peu près comme le soleil envoie la chaleur et la vie à la terre qu'il réchauffe de ses rayons. —.
- Les anglicans considèrent l'Eucharistie comme une espèce de manducation spirituelle du corps du Christ parle moyen de la foi.
Les anglicans considèrent l'Eucharistie comme une espèce de manducation spirituelle du corps du Christ parle moyen de la foi.
2° Le dogme catholique.
Le Concile de Trente a défini que : « dans le sacrement de l'Eucharistie sont contenus vraiment réellement et substantiellement le corps et le sang avec l'âme et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par conséquent, le Christ tout entier. » Sess. XIII, chap. I, can. 1.
Cette définition affirme deux choses : — a) la réalité de la présence de Notre-Seigneur. Il est, en effet, dans l'Eucharistie « vraiment », non point en figure et en symbole ; « réellement » et non en raison de notre foi ou de notre imagination ; « substantiellement » dans sa propre substance, et non pas d'une présence simplement virtuelle, c'est-à-dire par les effets qu'il y produit ; — b) la présence de toute la personne du Christ. L'Eucharistie contient le Christ tout entier, c'est-à-dire son corps et son sang a ce même corps qui, né de la Vierge Marie, est assis à la droite du Père », ainsi que son âme et sa divinité, comme nous l'expliquerons plus loin.
Le dogme, ainsi défini, s'appuie sur les témoignages de l'Écriture Sainte et de- la Tradition.
A. ÉCRITURE SAINTE. — a) Promesse de l’Eucharistie. — Saint Jean (VI, 26-70) nous rapporte un long discours où Notre-Seigneur annonce formellement l'institution du Sacrement de l'Eucharistie. Ce discours, qu'il importe de lire en entier si l'on veut s'en faire une idée exacte, peut se diviser en trois parties principales. — 1er point. Notre-Seigneur, s'adressant à la foule qui se presse autour de lui, à Capharnaüm, le lendemain du miracle de la multiplication des pains, lui parle à peu près en ces termes : « Vous me cherchez à cause du pain que je vous ai donné, cherchez plutôt le pain de vie, le pain du ciel. Tâchez d'acquérir, non la nourriture périssable, mais la nourriture qui subsiste en la vie éternelle » (VI, 27). Mais où trouver cette nourriture, ce pain de vie ? À cette question qui devait jaillir naturellement de l'âme des auditeurs, Jésus s'empresse de répondre qu'il est lui-même de pain de vie, descendu du ciel.
2e point, Comme cette prétention de venir du ciel, alors que tous savent son origine galiléenne et connaissent ses parents, suscite les murmures, Jésus, bien loin de se reprendre, insiste davantage ; et après avoir établi une comparaison entre la manne et le pain céleste qu'il fait entrevoir, il identifie ce pain avec sa chair et son sang : « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel ; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai pour la vie du monde, c'est ma chair. » Nouvel étonnement des Juifs, nouveaux murmures ; ils se demandent entre eux comment cet homme pourra leur donner sa chair à manger ». (VI, 52). Jésus réitère son affirmation : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous » (VI, 53).
3e point. Jésus développe sa pensée. Après avoir affirmé qu'il est le pain de vie, que ce pain de vie c'est sa chair, il ajoute : « Ma chair est une vraie nourriture et mon sang est un vrai breuvage » (VI, 55). — Des paroles aussi claires n'admettent pas le sens métaphorique que lui attribuent les protestants. Il suffit, d'ailleurs, de savoir dans quel sens les auditeurs les comprirent. S'ils avaient interprété les paroles du Christ dans le sens figuré, ils n'auraient pas murmuré, et beaucoup de disciples ne se seraient pas retirés, trouvant ce langage trop dur et cette promesse trop étrange ; D'autre part, si Notre-Seigneur eût voulu parler au sens figuré, il n'aurait pas manqué de redresser la méprise de ses auditeurs. Loin de le faire, il répète jusqu'à cinq fois « qu'il faut manger sa chair et boire son sang, si l'on veut avoir la vie » (Jean, VI, 53, 58). Il est vrai que l'expression « manger la chair » a dans les langues sémitiques une double signification : elle a le sens naturel, ou elle veut dire faire injure à quelqu'un, l'accuser, le calomnier ; mais le second sens est inadmissible, car il serait ridicule de prétendre que Jésus fasse une obligation de le calomnier. Le premier sens doit donc être retenu : c'est sa chair qu'il promet, c'est l'Eucharistie dont il fait entrevoir à ses auditeurs la prochaine institution.
b) Institution de l’Eucharistie. — La veille de sa mort, Jésus-Christ réalisa la promesse qu'il avait faite après le miracle de la multiplication des pains. Lors de la dernière Cène, le Jeudi Saint, Jésus « prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : Prenez et mangez : « Ceci est mon corps qui sera livré pour vous ». Ayant pris la coupe et ayant rendu grâces, il la leur donna en disant : « Buvez-en tous car ceci est mon sang, celui de l'alliance, celui qui est répandu pour un grand nombre en rémission des péchés. »
Telles sont les paroles de l'institution, rapportées avec de légères variantes par trois évangélistes et saint Paul. Rien n'autorise à leur donner un sens figuré : ni le texte, ni les circonstances du discours.
1. Le texte. Jésus dit : « Ceci est mon corps ; ceci est mon sang », et non « Ceci signifie mon corps, signifie mon sang ». Le pain et le vin ne sont, d'ailleurs, pas des signes appropriés pour représenter le corps et le sang ; jamais il ne viendra à l'idée de personne de prendre du pain et du vin et de dire : ce pain et ce vin représentent ma personne, mon corps et mon sang ; prenez-les en souvenir de moi. Luther était si convaincu de la chose qu'il ne put s'empêcher d'écrire : « J'ai souvent sué beaucoup pour prouver qu'il n'y a dans l'Eucharistie que du pain et du vin , mais il n'y a pas moyen d'en sortir, le texte de l'Évangile est trop clair. »
2. Les circonstances de personnes et de temps. — 1) de personnes. Les Apôtres, à qui Jésus s'adressait, étaient gens simples, incapables de saisir les nuances et les subtilités du langage métaphorique. Prétendre que Jésus fit usage d'artifices littéraires, incompréhensibles à ses auditeurs, revient à dire qu'il voulait les tromper, en faire des dupes, alors que, par le passé et dans toutes les circonstances du même genre, il avait toujours expliqué à ses Apôtres les paraboles dont ils ne comprenaient pas ou dont ils comprenaient mal le sens (Voir Jean, IV, 32-34 ; VIII, 21-23 ; Marc., XVI, 11 ; XIX, 24, 26). — 2) Circonstance de temps. Jésus est à la vue de sa mort. Il le sait, il annonce même que l'un d'entre eux le trahir. C'est son testament qu'il veut dicter aux siens ; l'Eucharistie est l'héritage le plus précieux qu'il désire leur laisser. Comment supposer qu’il traduise sa dernière volonté dans une langue ambiguë et susceptible de fausses interprétations ? Si un père, sur son lit de mort, dit à son fils : « Ceci est la maison que je te laisse », qui pourrait soutenir qu'il ne veut parler que de l'image de sa maison ? Inutile d'insister davantage ; les paroles de Notre-Seigneur sont trop nettes pour qu'elles puissent signifier autre chose que la présence réelle de son corps et de son sang et de toute sa personne dans l'Eucharistie.
c) Témoignage de saint Paul, — Après avoir rappelé comment Notre. Seigneur institua l'Eucharistie, saint Paul, voulant corriger les abus qui s'étaient glissés dans les assemblées chrétiennes à Corinthe ne craint pas de leur dire que : « Celui qui mange le pain ou boit le calice du seigneur d'une manière indigne, commet une faute contre le corps et le sang du Seigneur » (I Cor., XI, 27). Cette parole n'a de sens que si le pain et le vin eucharistique sont devenus le corps et le sang du Christ, et non un vague symbole qui rappelle son souvenir.
B. TRADITION. — a) Témoignage des Pères de l’Église. — lissait facile de détacher des écrits des Pères, de nombreux passages qui attestent leur foi à la Présence réelle dans l'Eucharistie. En voici du moins quelques-uns pris parmi les principaux.
Au Ier siècle, saint IGNACE (mort en 107), disciple de saint Jean, combat l'erreur des docètes qui « s'abstiennent de l'Eucharistie, parce qu'ils ne reconnaissent pas qu elle est la chair de notre Sauveur. »
Au IIe siècle, saint JUSTIN (mort 165) écrit dans sa première Apologie adressée l'empereur Antonin : « Nous ne prenons pas ces choses comme un pain ordinaire, ni comme un breuvage vulgaire ; mais de même que, par la parole de Dieu, Jésus-Christ, notre Sauveur a été fait chair et sang pour notre salut, ainsi nous avons appris que cet aliment qui nourrit notre chair et notre sang, est la chair et le sang de ce Jésus incarné, après qu'il est devenu Eucharistie par la prière qui renferme ses paroles (les paroles de Jésus). » Saint Justin était le directeur de l'école catéchétique de Rome, il représente donc la croyance de l'Église romaine.
Au IIIe siècle, TERTULLIEN (mort vers 240) dit que : « la chair se nourriture du corps et du sang du Christ, afin que l'âme soit engraissée de Dieu ». Origène (mort en 254), comparant la manne à l'Eucharistie, dit que la première n'était que la figure de la seconde et que la chair du Christ est une vraie nourriture.
Au IVe siècle, saint CYRILLE de Jérusalem (mort en 386) s'exprime avec non moins de netteté. « Sous l'apparence du pain, il nous donne son sang ; de la sorte, nous devenons des Porte-Christ, c'est-à-dire que nous portons le Christ en nous, puisque nous recevons en nos membres son corps et son sang. »
Au Ve siècle, saint JEAN CHRYSOSTOME (mort en 407) dit au peuple d'Antioche : « II y en a qui disent : « J'aurais voulu voir Jésus-Christ, considérer ses traits, toucher ses vêtements. »... Il vous est accordé bien plus, puisqu'il vous permet de le voir lui-même, et non seulement de le voir, mais de le manger, de le toucher et de le recevoir au-dedans de vous-mêmes... Nous tous qui participons à ce corps et qui buvons ce sang, n'oublions pas que c'est Celui-là même que les Anges adorent au ciel que nous mangeons »
Ces témoignages suffisent pour attester que, dès les premiers siècles du christianisme, la Présence réelle était déjà un dogme incontesté.
b) Témoignage tiré des Liturgies. — Les textes liturgiques, en d'autres termes, les formules et les cérémonies employées dans l'administration de ce sacrement, sont certainement un des meilleurs témoins de la croyance de l'Église sur ce sujet. Or, toutes les liturgies antiques, latines ou grecques, orthodoxes ou schismatiques, emploient des formules et des prières qui excluent entièrement le sens métaphorique. Ainsi dans la liturgie des Constitutions Apostoliques, qui représente l’ordre de la Messe à Antioche au IIIe siècle, l’évêque appelle le pain consacré qu’il distribue aux assistants : « Le corps du Christ. » Il dit après la communion : « Ayant reçu le précieux corps et le précieux sang du Christ, rendons grâces à Celui qui a daigné nous admettre à la participation de ses saints mystères. » Nous retrouvons des paroles analogues dans les liturgies de saint Chrysostome et de saint Ambroise.
c) Témoignage tiré de la pratique de l’Église primitive. — 1. Aux premiers siècles de l'Église, la discipline de l’arcane ou loi du secret défendait aux fidèles de révéler aux païens les mystères de la-foi, et en particulier, celui de l'Eucharistie ; les catéchumènes eux-mêmes devaient passer par une longue initiation avant d'en être instruits. L'Église voulait par là éviter les calomnies des païens qui, ne comprenant point le mystère, accusaient les chrétiens de manger la chair d'un enfant et de boire son sang. Cette discipline serait bien incompréhensible si l'Église n'avait pas cru à la Présence réelle du Christ dans l'Eucharistie ; il lui eût été si facile, en effet, de confondre ses adversaires en leur répondant que le pain eucharistique n'était nullement le corps du Christ, mais seulement le symbole ou la figure.
2. Les fidèles devaient adorer l'Eucharistie avant de la recevoir, témoin cette parole de saint AUGUSTIN : « Personne ne mange cette chair sans l'avoir auparavant adorée. » Les premiers chrétiens l'entouraient des plus grands honneurs et Tarcisius préférait mourir que de la livrer à des mains profanes. Tout cela ne s'expliquerait pas en dehors de la foi à la Présence réelle.
d) Preuve tirée de la croyance générale et constante de l’Église. — Argument dit de prescription. — Avant l'hérésie protestante, la croyance de l'Église au dogme de la Présence réelle avait été générale. Malgré leur schisme, les Grecs continuaient de partager la foi de l'Église catholique. Or, il est bien évident que si le dogme avait été introduit un certain jour par l'Église latine, les Grecs auraient trouvé là une excellente occasion de l'accuser d'innovation et de changement. Cette croyance commune indique bien que le dogme a toujours été admis et nous vient des Apôtres.
III. Le mode de la Présence réelle.
Étant donnée la vérité de la Présence réelle, il s'agit de savoir quel en est le mode. En d'autres termes, trois questions se posent sur ce point : 1° Comment Jésus-Christ se rend-il présent dans l'Eucharistie ? 2° De quelle façon est-il présent ? 3° Combien de temps dure cette présence ? La Présence réelle est-elle permanente ? Nous répondrons à ces questions dans les trois paragraphes suivants.
IV. Comment se fait la Présence réelle.
Le Concile de Trente a défini que la Présence réelle se fait par transsubstantiation, c'est-à-dire que Jésus-Christ devient présent dans la Sainte Eucharistie par la conversion de toute la substance du pain en son corps et de toute la substance du vin en son sans, conversion qui ne laisse subsister que les apparences du pain et du vin (sess. XIII, can. 2).
Cette définition établit deux choses : 1° Le fait de la transsubstantiation, et 2° le comment de la transsubstantiation.
1° Le fait de la transsubstantiation.
Le concile affirme qu'il y a « conversion de toute la substance du pain au corps, et de toute la substance du vin au sang de Jésus-Christ ».
2° Le comment de la transsubstantiation.
La substance du pain et du vin est détruite par la consécration ; il ne reste plus ni pain ni vin, il n'en reste que les apparences. Donc : — a) point de consubstantiation ou présence simultanée des deux substances ; — b) ni d’impanation ou union hypostatique du corps du Christ avec la substance du pain et du vin comme l’ont soutenu LUTHER et ses partisans. Jésus n'a pas dit, en effet : dans ceci, dans ce pain ou avec ce pain, est mon corps, mais : « Ceci est mon corps » signifiant par là que ce qu'il tenait en main était son corps et non autre chose. Sans doute, si l'on ne considère que ce que nos yeux peuvent voir, rien n'est changé et il n'y a aucune différence entre le pain et le vin avant et après la consécration ; c'est apparemment le même pain et le même vin ; c'est la même étendue, le même poids, la même couleur et le même goût. Les sens qui sont incapables de saisir autre chose que les phénomènes extérieurs, ne perçoivent pas le changement. Et pourtant la substance, c'est-à-dire cet être insaisissable qui est au fond des choses et que l'observation ne découvre pas, a disparu pour faire place à une autre substance. Aux apparences ou, comme disent les théologiens, aux accidents du pain et du vin correspond désormais une réalité nouvelle : le corps et le sang de Jésus-Christ et non plus la substance du pain et du vin. Mais cette réalité, seule la foi nous la révèle.
V. Comment Notre-Seigneur est dans l'Eucharistie.
Le Concile de Trente a défini que Jésus-Christ est présent tout entier sous chaque espèce et sous chaque parcelle des espèces, après leur séparation (sess. XIII, can. 3).
Cette définition, qui visait l'erreur de LUTHER, et, en général, des utraquistes qui affirmaient la nécessité de la communion sous les deux espèces, établit : 1° la présence du Christ tout entier sous chaque espèce ; 2° sa présence sous chaque parcelle des espèces, quand elles ont été séparées.
1° La présence du Christ tout entier sous chaque espèce.
a) Les paroles de la consécration changent le pain au corps et le vin au sang de Jésus-Christ. Mais comme le Christ ressuscité est désormais vivant et immortel, son sang ne peut plus être séparé de son corps, et là où est son corps, là aussi est son âme. — b) D'autre part, comme sa nature humaine et sa nature divine sont inséparables en raison de leur union hypostatique, la présence de son corps ou de son sang implique la présence de sa divinité : c'est donc le Christ tout entier, homme et Dieu, qui est présent sous chaque espèce.
2° La présence du Christ tout entier sous chaque parcelle des espèces.
Il n'y est pas présent, cela s'entend bien, à la manière des substances matérielles, qui, composées de parties juxtaposées, exigent une place distincte dans 1'espn.ee et supposant par conséquent une certaine étendue ; le mode d'être du corps eucharistique peut être comparé, malgré les différences qui les caractérisent, à celui d'une substance spirituelle, comme l'âme dans le corps, et qui consiste à être tout entier dans le lien et dans chacune des parties.
Tout ce qui tombe sous nos sens doit donc être attribué aux accidents du pain et du vin, — vu que les accidents seuls sont observables, — et non au corps du Christ lui-même. Par conséquent, si on divise l'hostie, le corps du Christ n'est pas divisé ; il demeure, tout entier dans chacune des fractions. Il ne subit aucun des accidents dont les espèces sacramentelles peuvent être l'objet : si donc l'on jetait une hostie dans la boue, si on la profanait par d'indignes outrages, les criminels qui accompliraient de telles infamies, pécheraient gravement, mais le corps du Christ ne souffrirait aucune atteinte ni aucune souillure.
Remarque. — Même avant la séparation des parcelles, chacune d'elles contient tout le corps et tout le sang de Jésus-Christ. Néanmoins le concile, voulant se placer au seul point de vue pratique, a seulement défini qu'après la séparation chaque parcelle contient le Christ tout entier.
VI. La permanence de la Présence réelle.
Il a été défini par le Concile de Trente que Jésus-Christ est dans le sacrement de l'Eucharistie, non seulement pendant l’usage, lorsqu'on le reçoit, mais qu'il y est, avant et après l'usage, et aussi longtemps que les espèces elles-mêmes subsistent (sess. XIII, can. 4).
Cette définition condamnait l'erreur des luthériens dont les uns (BUCER) soutenaient que le Christ n'est présent que pendant l'usage, et les autres (CHEMNITZ) admettaient sa présence depuis la consécration jusqu'à la communion, mais non après.
La définition du concile établissait deux choses : 1° la permanence de la Présence réelle, et 2° les conditions de cette permanence.
1° La permanence du Christ sous les espèces.
Lorsque Notre-Seigneur a dit ces paroles : « Prenez et mangez, ceci est mon corps », le pain fut changé aussitôt en son corps, et sa présence sous les espèces persévéra jusqu'à la communion des Apôtres ; autrement, il faudrait soutenir cette chose étrange que le pain serait devenu le corps du Christ au moment des paroles de la consécration, puis retransformé en pain, et enfin changé de nouveau en son corps à l'instant de la communion : hypothèse ridicule et inadmissible.
La permanence de la Présence réelle a toujours fait partie d'ailleurs de la foi chrétienne. Dès les premiers siècles, l'on conservait déjà l'Eucharistie dans les églises et on la portait aux malades. Au temps des persécutions, les fidèles l'emportaient dans leurs maisons pour pouvoir se communier eux-mêmes.
2° Les conditions de la permanence.
La Présence réelle dure aussi longtemps que subsistent les espèces du pain et du vin. Si par conséquent les espèces venaient à s'altérer, à se décomposer, Jésus-Christ ne resterait pas présent. La raison en est que, pour l'Eucharistie, comme pour les autres sacrements, le signe sensible est une condition nécessaire. D'où il résulte que, si le signe n'est plus celui qui a été fixé par l'institution même, il n'y a plus la matière voulue pour constituer le sacrement.
368. — VII Conséquences de la permanence de la Présence réelle.
La permanence de la Présence réelle entraîne avec elle trois conséquences : 1° le devoir de culte ; 2° le devoir de la visite au Saint Sacrement ; 3° le port de l'Eucharistie aux malades.
1° Devoir de culte.
D'après le Concile de Trente, « on doit dans la sainte Eucharistie, adorer le Christ, fils unique de Dieu, d'un culte de latrie, l'honorer par une solennité extérieure, le porter on processions, et l’exposer publiquement aux adorations du peuple. » (Sess. XIII, can. 6.)
Par ces paroles, le concile établit deux choses : — a) le droit du Christ dans l'Eucharistie au culte de latrie. Il a droit à ce culte dans l'Eucharistie,. parce qu'il est le fils unique de Dieu ; — b) les formes de ce culte. Il faut honorer le Christ par des solennités extérieures. En conséquence, l'Église a institué : — 1. la fête du corps du Christ, appelée aussi Fête du Saint-Sacrement et Fête-Dieu ; — 2. les processions en son honneur ; — 3. l’exposition du Saint Sacrement ; — 4. l’Adoration perpétuelle, qui a pour but d'honorer, à tout instant du jour, le Dieu caché de l'Eucharistie, et de réparer les outrages qui lui sont faits.
2° Devoir de la visite au Saint-Sacrement.
Après le culte solennel et public dont il vient d'être parié, les convenances et la piété demandent que nous rendions au Saint Sacrement un culte privé et tout intime, que nous allions lui porter souvent l'hommage de nos cœurs, et que nous nous approchions de lui comme d'un ami qui ne demande qu'à entendre notre voix, écouter nos requêtes et exaucer nos désirs.
3° Port de l'Eucharistie aux malades.
Si Jésus a voulu rester parmi nous pour recevoir nos adorations et se faire le confident de nos âmes, à plus forte raison, est-il là pour aller à ceux qui ne peuvent pas venir à luiet à ceux qui ont plus besoin de ses consolations parce qu'ils souffrent. Aussi le Concile de Nicée ordonnait déjà d'accorder à ceux qui vont mourir, la grâce de la communion, afin de ne pas les priver du dernier et du plus nécessaire des viatiques. L'Église a toujours persévéré dans cette coutume et l'a favorisée par de nombreuses prescriptions.
VIII. Le Mystère de la Présence réelle devant la raison.
Les rationalistes, qui rejettent le dogme de la Présence réelle comme contraire à la raison, lui font de nombreuses objections. Les deux principales sont tirées : — a) de la présence simultanée du corps du Christ dans le ciel et dans les hosties consacrées, et — b) des rapports de la substance avec ses accidents.
1ere Objection. — Il est absurde, disent-ils, de prétendre que le même corps puisse être présent à plusieurs endroits en même temps. Le corps de Jésus-Christ ne peut donc se trouver à la fois au ciel et sous les espèces eucharistiques.
Réponse. — Il est évident qu'un corps matériel, étendu, circonscrit et limité par l'espace, ne peut se trouver à plusieurs endroits ;mais le mode de la présence sacramentelle de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques est absolument différent du mode ordinaire de présence naturelle aux corps. Le corps glorieux de Notre-Seigneur devient présent sous les espèces sans se déplacer, sans changer d'endroit, par le fait de la transsubstantiation du pain et du vin ; il devient présent à la manière de la substance, non à la manière de l'étendue, et sans occuper aucun espace. Sans doute, ce mode de présence est mystérieux et n'est pas à la portée de notre intelligence, mais celle-ci ne peut affirmer que la coexistence du corps du Christ dans le ciel et sous les espèces eucharistiques soit une absurdité.
2e Objection. — La substance, objectent encore les rationalistes, ne peut être séparée de ses accidents. Supprimer la substance, c'est supprimer du même coup les accidents qui en dépendent. Donc la transsubstantiation est une impossibilité.
Réponse. — Pour affirmer que la séparabilité de la substance et des accidents est une chose impossible, il faudrait connaître à fond leur nature intime. Or, de l'avis des plus grands savants, il y a au moins un des deux termes dont la connaissance nous échappe : personne ne peut dire au juste ce qu'est la substance. « Notre science, a dit Newton, se borne à voir des figures et des couleurs, à toucher des surfaces, à flairer des odeurs ; mais quant à dire ce qu'il y a d'intime dans la substance, nous ne le pouvons pas. » Mais si nous ignorons l'essence intime de la substance, nous n'avons pas le droit de soutenir que l’inséparabilité est une de ses propriétés.
Bien plus, les apparences sont plutôt en faveur de la séparabilité. Si nous prenons, par exemple, un homme de quarante ans, nous ne retrouvons rien dans son extérieur qui rappelle l'enfant de cinq ans. Tout paraît changé en lui ; son corps n'a gardé aucune des molécules qui le composaient dans ce lointain passé, et cependant cet homme a toujours conscience d'être la même personnalité. La nature a donc fait un travail que nous ne comprenons pas ; elle a détaché en quelque sorte les qualités extérieures de la substance humaine, tout en gardant la substance elle-même, intacte et immuable. Pourquoi Dieu ne pourrait-il pas faire aussi bien et plus que la nature ? Pourquoi ne pourrait-il pas séparer la substance des accidents ? Et, d'autre part, s'il est vrai, comme l'a prétendu LEIBNIZ, que la substance est une force, pourquoi Dieu ne pourrait-il pas se substituer à la force qui soutient les accidents du pain et du vin ?
Que les rationalistes proclament que le dogme de la Présence réelle est incompréhensible, qu'il est au-dessus de la raison, soit, nous sommes de leur avis, et nous n'ayons pas, plus qu'eux, l'intelligence des mystères : mai : : qu'ils aillent plus loin et déclarent que le dogme est contradictoire, c'est une chose qu'il leur est impossible de démontrer.
1° Que notre premier acte devant l’Eucharistie soit un acte de foi. Aucun mystère ne paraît au premier abord plus déconcertant pour notre raison. Un Dieu, qui se cache sous un peu de pain : quel prodige ! Mais il n'y a pas de merveilles qui dépassent la sagesse et la puissance de Dieu : sa sagesse pour les concevoir et sa puissance pour les accomplir.
2° Après l'acte de foi l’acte de confiance. « Ne pouvons-nous pas tout en Celui qui nous fortifie ? » (Philip., IV, 13).
3° Puis, la charité. L'Eucharistie est vraiment le grand mystère de l'amour. Rester toujours auprès de ceux qui vous sont chers, se sacrifier pour eux, s'unir à eux, tel est le triple vœu de tout amour. Ce qui est pour l'homme un rêve, stérile et impuissant, Dieu pouvait le réaliser et l'a réalisé.
4° L'humilité. Quelle leçon d'humilité Notre-Seigneur nous donne dans l'Eucharistie, dans ce sacrement où il s'anéantit et s'abaisse plus que dans son Incarnation et sur la Croix, puisqu'il cache, sous les apparences du pain et du vin, non seulement sa divinité mais encore son humanité !
« In cruce latebat sola Deitas
Sed hic latet simul et humanitas » (S. Thomas).
5° Rendre de fréquentes visites au Saint Sacrement et prendre part aux processions, etc.
LECTURES. — 1° Le miracle de la multiplication des pains et la promesse de l'Eucharistie (Jean, VI). 2° L'institution de l'Eucharistie (Mat., XXVI, 26-28 ; Marc, XIV, 22-24 ; Luc, XXII, 19, 20 ; I Cor., XI, 23-25).
QUESTIONNAIRE. — I. 1° Quelle est l'excellence de l'Eucharistie ? 2° Quels en sont les deux aspects ? 3° Gomment peut-on diviser le sujet ?
II. 1° Quels furent les adversaires de la Présence réelle ? 2° Qu'entendez-vous par « sacramentaires » ? 3° Quelles sont les preuves de la Présence réelle ? 4° Connaissez-vous le discours par lequel Notre-Seigneur promit l'institution de l'Eucharistie ? 5° Quelles sont les paroles de l'institution ? 6° La foi à la Présence réelle est-elle conforme à la Tradition ?
III. Quelles sont les questions qui se posent à propos du mode de la Présence réelle ?
IV. 1° Gomment se fait la Présence réelle ? 2° Qu'est-ce que la transsubstantiation ? 3° La transsubstantiation exclut-elle la consubstantiation et l’impanation ?
V. 1° Gomment Jésus-Christ est-il présent dans l'Eucharistie ? 2° Est-il tout entier sous chaque espèce et même sous chaque parcelle ? 3° Qu'arrive-t-il si on divise l'hostie ? 4° Jésus-Christ est-il impassible sous le voile des espèces ?
VI. 1° Qu'entendez-vous par permanence de la Présence réelle ? 2° Quelles sont les conditions de cette permanence ?
VII. 1° Quelles sont les conséquences de la permanence de la Présence réelle ? 2° Quel culte devons-nous rendre à Jésus-Christ dans l'Eucharistie ? 3° Quelles sont les formes de ce culte ? 4° Comment lui rendons-nous le culte privé ? 5° Peut-on porter l'Eucharistie aux malades ?
VIII. 1° Quelles sont les deux objections que font les rationalistes au dogme de la Présence réelle ? 2° Que peut-on répondre ?
- Dieu le Père et Dieu le Saint-Esprit sont-ils avec Dieu le Fils dans l'Eucharistie ?.
- Jésus-Christ est-il présent dans une parcelle qu'on ne pourrait voir qu'au microscope ?.
- Notre-Seigneur est-il aussi réellement présent dans l'hostie qu'il était dans l'étable de Bethléem ou bien sur la croix ? Y est-il de la même manière ?.
- Quelle différence y a-t-il entre l'Eucharistie et les images de Notre-Seigneur ?.
