SIMPLICIUS : 3 mars 468-10 mars 483

14 entrées · DH 330–343

Grâce et prédestination

330


Votre correction est le salut de tous et votre décision un remède. C'est pourquoi j'estime un souverain remède de me disculper en accusant mes erreurs passées et de revenir à l'innocence par une confession salutaire. Dès lors, selon les récents statuts du vénérable concile, je condamne avec vous cette opinion qui dit que le travail de l'obéissance humaine n'a pas à être uni à la grâce divine ;

331


qui dit qu'après la chute du premier homme le libre arbitre de sa volonté a été totalement détruit ;

332


qui dit que le Christ notre Seigneur et Sauveur n'a pas subi la mort pour le salut de tous ;

333


qui dit que la prescience de Dieu pousse violemment l'homme à la mort ou que ceux qui sont perdus le sont par la volonté de Dieu ;

334


qui dit qu'après avoir légitimement reçu le baptême meurt en Adam quiconque a péché ;

335


qui dit que les uns sont assignés à la mort, les autres prédestinés à la vie ;

336


qui dit que d'Adam jusqu'au Christ aucun des gentils n'a été sauvé par la première grâce de Dieu, c'est-à-dire par la loi de nature, en vue de la venue du Christ, du fait que chez tous le libre arbitre a été perdu dans le premier père ;

337


qui dit que les patriarches et les prophètes ou les plus grands des saints, même avant le temps de la Rédemption, ont vécu dans les demeures du paradis ;

338


qui dit qu'il n'y a pas de feu ni d'enfer.

339


Tout cela, je le condamne comme impie et comme totalement sacrilège. Je soutiens la grâce de Dieu en ce sens que je maintiens uni l'effort de l'homme et l'action de la grâce et que je déclare que la liberté de la volonté humaine n'est pas détruite, mais atténuée et affaiblie, que celui qui est sauvé peut être en danger, et que celui qui périt aurait pu être sauvé.

340


De même le Christ, notre Dieu et Sauveur, pour ce qui est de l'abondance de sa bonté, a payé pour tous la rançon de la mort, et il veut aussi que nul ne périsse, lui qui est le Sauveur de tous les hommes, surtout des croyants, riche à l'égard de tous ceux qui l'invoquent Rm 10,12. Et parce que en ces choses si importantes on doit satisfaire à la conscience, je me souviens avoir dit auparavant que le Christ n'est venu que pour ceux dont il savait à l'avance qu'ils croiraient (référence est faite à Mt 20,28 Mt 26,28 He 9,27 . Mais maintenant, en raison de l'autorité des saints témoignages qui se trouvent en abondance dans le domaine des saintes Ecritures et qui sont dévoilés de par la doctrine des anciens, je confesse volontiers que le Christ est venu également pour ceux qui sont perdus, car ils se sont perdus contre sa volonté. Et il ne convient pas que la richesse de la bonté infinie et les bienfaits divins soient limités à ceux-là seulement qui manifestement sont sauvés. Car si nous disons que le Christ n'a apporté de remèdes qu'à ceux qui sont sauvés, nous donnerons l'impression d'absoudre ceux qui ne sont pas sauvés, lesquels, on le sait, doivent être punis pour avoir méprisé la Rédemption.

341


J'affirme également qu'au cours des temps et de l'ordonnance des siècles, les uns ont été sauvés par la Loi de la grâce, d'autres par la Loi de Moïse, d'autres par la Loi naturelle que Dieu a inscrite dans les coeurs de tous (voir Rm 2,15) dans l'espérance de la venue du Christ, mais que depuis le commencement du monde personne n'a été libéré de l'enchaînement originel, sinon par l'intercession du sang sacré.

342


Je confesse également que les feux éternels et les flammes de l'enfer sont préparés pour les péchés mortels ; car les fautes humaines qui demeurent jusqu'à la fin sont suivies à juste titre du jugement divin qu'encourent justement ceux qui n'ont pas cru cela de tout leur coeur,
Priez pour moi, saints seigneurs et pères apostoliques. Moi, le presbytre Lucidus, j'ai souscrit cette lettre de ma main, et ce qui y est assuré, je l'affirme, et ce qui est condamné, je le condamne.


L'autorité des évêques romains et des conciles oecuméniques

343


(Par.3, Chap.2) Puisque la doctrine de nos prédécesseurs de sainte mémoire, contre laquelle il n'est pas permis de disputer, existe, et que quiconque pense de façon juste n'a donc pas besoin d'être enseigné par de nouvelles explications, mais que tout est clair et parfait par quoi quelqu'un qui a été séduit par des hérétiques pourra être instruit, ou par quoi quelqu'un qui doit être planté dans la vigne du Seigneur pourra être enseigné, implore la foi du prince très clément et fais qu'il rejette le propos de tenir un synode...(6(3)) Je demande donc, frère très cher, que l'on résiste de toutes les manières aux tentatives de gens scélérats de tenir un synode ; on n'en a jamais convoqué que lorsque dans des esprits faussés a surgi quelque chose de nouveau ou que quelque chose de douteux est apparu dans l'explication des dogmes : pour qu'à ceux qui en traitent en vue du bien commun, s'il existe une obscurité, l'autorité de la délibération des prêtres vienne apporter la lumière, comme a contraint de le faire l'impiété d'Arius d'abord, puis celle de Nestorius et enfin celle de Dioscore et d'Eutychès. Et il faut inculquer qu'il est exécrable - ce dont veuille nous préserver la miséricorde du Christ notre Dieu et Sauveur - de réhabiliter des condamnés contre les jugements des prêtres du Seigneur du monde entier et des deux princes régnants...