...De même que les quatre livres du saint Evangile, je confesse que je reçois et vénère les quatre conciles : j'embrasse en effet avec une entière dévotion et je garde avec un plein assentiment celui de Nicée où est détruite la doctrine perverse d'Arius ; celui de Constantinople également où est réfutée l'erreur d'Eunome et de Macedonius, de même le premier d'Ephèse où est jugée l'impiété de Nestorius et celui de Chalcédoine où est condamnée l'erreur d'Eutychès et de Dioscore ; car sur eux s'élève, comme sur une pierre quadrangulaire, l'édifice de la sainte foi, sur eux s'appuie l'édifice de toute vie et de toute action ; et quiconque ne tient pas leur solidité, même s'il est considéré comme une pierre, gît cependant en dehors de l'édifice.
Je vénère de même le cinquième concile où est condamnée la lettre dite d'Ibas comme pleine d'erreurs, où Théodore (de Mopsueste) qui sépare la personne du Médiateur de Dieu et des hommes en deux hypostases est convaincu d'être tombé dans le crime de l'impiété, et où sont rejetés également les écrits de Théodoret qui sont le fait d'une entreprise folle, et par lesquels est blâmée la foi du bienheureux Cyrille. Toutes les personnes que les vénérables conciles susdits rejettent, je les rejette, ceux qu'ils vénèrent, je les reconnais ; car puisqu'ils sont fondés sur un consensus universel, c'est lui-même et non pas ceux-là que détruit quiconque a l'audace soit de délier ceux qu'ils lient, soit de lier ceux qu'ils délient. Si donc quelqu'un pense autrement, qu'il soit anathème.
GREGOIRE Ier LE GRAND : 3 septembre 590-12 ma
L'autorité des conciles oecuméniques.
La simonie
...J'ai appris que dans les régions des Gaules et de la Germanie nul ne parvient à l'ordre sacré sans accorder un cadeau approprié. S'il en est ainsi, je le dis en pleurant, et je le proclame dans les gémissements : si l'ordre sacerdotal s'est effondré du dedans, il ne pourra pas tenir longtemps au-dehors. Nous savons en effet de par l'Evangile ce que notre Rédempteur a fait lui-même : lorsqu'il est entré dans le Temple, il a renversé les sièges des vendeurs de colombes Mt 21,12. Vendre des colombes signifie en effet percevoir un avantage temporel du Saint-Esprit que le Dieu tout-puissant confère aux hommes comme consubstantiel à lui par l'imposition des mains. Ce qui résulte de ce mal, comme je l'ai dit, est déjà indiqué ; car ceux qui ont l'audace de vendre des colombes dans le Temple de Dieu, leurs sièges sont tombés selon le jugement de Dieu.
Cette erreur en effet s'amplifie et se propage chez les subordonnés. Car celui qui est conduit à l'honneur (l'ordre) sacré en échange d'un paiement est déjà corrompu à la racine même de sa promotion, et il est davantage disposé à vendre à d'autres ce qu'il a acheté. Et où est alors ce qui est écrit : "Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement" Mt 10,8 ?
Et puisque l'hérésie simoniaque a surgi comme la première hérésie contre la sainte Eglise, pourquoi ne considère-t-on pas, pourquoi ne voit-on pas que si on ordonne quelqu'un contre un paiement, on fait, en le promouvant, qu'il devient hérétique ?
La science du Christ (contre les Agnoètes)
Pour ce qui concerne ... le passage de l'Ecriture selon lequel " ni le Fils ni les anges ne connaissent le jour et l'heure " (voir Mc 13,32 , votre Sainteté pense très justement qu'il n'est pas à rapporter à ce même Fils considéré comme tête, mais considéré en son corps que nous sommes... A ce sujet Augustin fait usage en beaucoup d'endroits de cette signification.
Il dit autre chose également, qu'on peut entendre de ce même Fils, à savoir que le Dieu tout-puissant parle parfois de façon humaine, par exemple lorsqu'il dit à Abraham : " Maintenant je sais que tu crains Dieu " (Gn 22,12 non pas que Dieu ait alors appris qu'il était craint, mais parce que, par lui, Abraham a reconnu alors qu'il craignait Dieu. Comme nous parlons d'un jour heureux, non pas parce que le jour lui-même est heureux, mais parce qu'il nous rend heureux, de même le Fils tout-puissant dit qu'il ignore le jour que lui- même fait ignorer, non qu'il l'ignore, mai parce qu'il ne permet absolument pas qu'on le connaisse.
D'où on dit aussi que seul le Père sait, parce que le Fils, qui lui est consubstantiel, de par sa nature, par laquelle il est au-dessus des anges, a le pouvoir de savoir ce que les anges ignorent. D'où on peut comprendre ceci plus subtilement en disant que le Fils unique incarné, fait pour nous homme parfait, a connu le jour et l'heure du jugement dans la nature humaine et ne l'a pourtant pas connu de par la nature humaine. Ce qu'il a donc connu en elle, il ne l'a pas connu par elle, car c'est par la puissance de sa divinité que le Dieu fait homme a connu le jour et l'heure du jugement...
C'est pourquoi la science qu'il n'avait pas de par la nature humaine, qui le faisait créature avec les anges, il a refusé de l'avoir avec les anges qui sont des créatures. Le Dieu homme connaît donc le jour et l'heure du jugement, mais précisément parce que Dieu est homme.
La chose est des plus claires, car quiconque n'est pas nestorien ne peut nullement être agnoète. En effet, celui qui confesse que la Sagesse de Dieu elle-même s'est incarnée, comment va-t-il pouvoir dire qu'il y a quelque chose qu'ignore la Sagesse de Dieu ? Il est écrit : " Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu. Tout a été fait par lui " Jn 1,1-3. Si c'est " tout " c'est sans aucun doute aussi le jour et l'heure du jugement. Qui donc est assez fou pour oser dire que le Verbe du Père a fait ce qu'il ignorait ? Il est écrit encore : Jésus sachant que le Père avait tout remis entre ses mains Jn 13,3. Si c'est " tout " c'est manifestement aussi le jour et l'heure du jugement. Qui donc est assez sot pour dire que le Fils a reçu dans ses mains ce qu'il ne connaît pas ?
S'agissant du passage dans lequel il dit aux femmes à propos de Lazare : " Où l'avez-vous déposé ? " Jn 11,34, nous avons pensé exactement ce que vous avez pensé, à savoir que s'ils disent que le Seigneur ne savait pas où Lazare était enseveli et qu'il a demandé pour cette raison, ils sont contraints sans aucun doute de reconnaître que le Seigneur ne savait pas en quels lieux s'étaient cachés Adam et Eve après leur péché lorsqu'au paradis il dit : " Adam, où es-tu ? " Gn 3,9, ou lorsqu'il fait reproche à Caïn en disant : " Où est Abel ton frère ? " Gn 4,9. S'il ne le savait pas, pourquoi a-t-il ajouté aussitôt : " Le sang de ton frère crie de la terre vers moi " ?
Le droit des fidèles de vénérer les images des saints
Il Nous a été rapporté... que tu aurais brisé des images des saints, en avançant cette excuse qu'elles ne doivent pas être adorées. Nous louons pleinement, certes, que tu aies interdit qu'elles soient adorées ; mais nous blâmons que tu les aies brisées...Une chose en effet est d'adorer une image, autre chose est d'apprendre, par ce que l'image raconte, ce qui doit être adoré. Car ce que sont les Ecritures pour ceux qui savent lire, cela l'image le réalise pour les simples qui la regardent, puisque les ignorants voient en effet ce à quoi ils doivent s'attacher, et qu'y lisent ceux qui ne connaissent pas les lettres ; c'est pourquoi, pour les peuples principalement, l'image tient la place de la lecture...
Si quelqu'un veut faire des images, ne l'interdis aucunement ; mais adorer les images, évite-le de toutes les manières. Que ta fraternité au contraire exhorte instamment à ce que la vision de ce qui s'est passé leur fasse ressentir l'ardeur du repentir, et qu'ils se prosternent humblement dans l'adoration de la seule Trinité toute-puissante et sainte.
Baptême et ordres sacrés des hérétiques.
Nous avons appris de l'enseignement ancien des Pères que tous ceux qui ont été baptisé dans l'hérésie au nom de la Trinité, lorsqu'ils reviennent à la sainte Eglise, doivent être rappelés dans le sein de la mère Eglise soit par l'onction du chrême, soit par l'imposition de la main, soit par la simple profession de la foi. C'est pourquoi l'Occident régénère les ariens par l'imposition de la main, l'Orient par l'onction du saint chrême en vue de l'entrée dans l'Eglise catholique. Mais les monophysites et d'autres, elle les reçoit par la seule profession vraie de la foi, parce que le saint baptême qu'ils ont obtenu chez les hérétiques reçoit alors en eux les forces de la purification lorsque les uns ont reçu l'Esprit Saint par l'imposition de la main, et que les autres ont été unis au sein de l'Eglise sainte et universelle par la profession de la vraie foi.
Quant aux hérétiques qui n'ont pas été baptisés au nom de la Trinité, comme par exemple les bonosiens et les cataphrygiens, parce que les uns ne croient pas au Christ Seigneur, et que les autres croient faussement que le Saint-Esprit est un homme dépravé du nom de Montan, on les baptise lorsqu'ils viennent à la sainte Eglise parce que ce qu'ils ont reçu, lorsqu'ils étaient dans l'erreur, sans le nom de la Sainte Trinité, n'était pas un baptême. Et on ne peut pas non plus appeler cela un baptême réitéré, puisque, comme il a été dit, le premier n'était pas donné au nom de la Trinité...
Votre Sainteté doit les (les nestoriens) recevoir sans aucune hésitation dans sa communauté en gardant leurs ordres, afin que...en ne suscitant pas par votre mansuétude, d'opposition ou de difficulté au sujet de leurs ordres, vous les arrachiez à la gueule de l'antique ennemi.
Le moment de l'union hypostatique.
Or la chair n'a pas été d'abord conçue dans le sein de la Vierge, et ensuite la divinité est venue dans la chair ; mais aussitôt que le Verbe est venu dans le sein, le Verbe s'est fait chair en gardant la vertu de sa propre nature. ... Et il n'a pas non plus été d'abord conçu et ensuite oint ; mais être conçu de l'Esprit Saint de la chair de la Vierge était la même chose qu'être oint par le Saint-Esprit.
La tolérance à l'égard des convictions religieuses différentes
Ceux qui, avec une intention droite, désirent amener des gens étrangers à la religion chrétienne, à la foi juste, doivent s'y efforcer par des paroles de bonté et non pas par des paroles dures, en sorte que l'inimitié ne repousse pas au loin ceux dont l'esprit aurait pu être mis en mouvement par l'indication d'une raison claire. Car tous ceux qui agissent autrement, et qui sous ce couvert veulent les éloigner de la pratique habituelle de leur rite, il s'avère qu'ils travaillent à leur propre cause plus qu'à celle de Dieu. Des juifs en effet qui habitent Naples se sont plaints auprès de Nous en disant que certains s'efforçaient de façon irraisonnée de les empêcher d'accomplir certaines célébrations de leurs fêtes, en sorte qu'il ne leur soit plus permis d'accomplir les célébrations de leurs fêtes comme il leur était permis depuis longtemps, ainsi qu'à leurs parents, de les observer ou de les accomplir. S'il en est vraiment ainsi, ces gens semblent mettre leurs efforts dans une entreprise vaine. Car quelle utilité y a-t-il à cela dès lors que, même si on le leur interdit au rebours d'un long usage, ils n'y trouvent aucun profit pour la foi et la conversion ? Ou pourquoi établissons-nous des règles pour les juifs quant à la manière dont ils doivent accomplir leurs cérémonies, si nous ne pouvons pas les gagner par là ?
Il faut donc faire en sorte qu'encouragés plutôt par la raison et la douceur, ils veuillent nous suivre et non pas nous fuir, pour que, leur expliquant par les Ecritures ce que nous disons, nous puissions avec l'aide de Dieu les convertir au sein de la mère Eglise. C'est pourquoi, que ta fraternité les enflamme à la conversion par des monitions, autant qu'elle le peut avec l'aide de Dieu, et qu'elle ne permette pas à nouveau qu'ils soient inquiétés à cause de leurs célébrations ; qu'ils aient au contraire une entière liberté d'observer et de célébrer leurs festivités et leurs fêtes, comme ils l'on fait jusqu'ici.
