1. Le bienheureux Pierre et ses successeurs, vicaires de Jésus Christ, et l'Eglise elle-même ont reçu de Dieu la puissance sur les choses spirituelles et qui regardent le salut éternel, et non pas sur les choses civiles et temporelles, le Seigneur disant : "Mon Royaume n'est pas de ce monde" Jn 18,36 et encore "Donnez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu" Lc 20,25 ; et c'est pourquoi les paroles de l'Apôtre se tiennent fermement : "Que toute âme soit soumise aux puissances supérieures, car il n'y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu ; et celles qui existent ont été ordonnées par Dieu ; c'est pourquoi celui qui s'oppose à la puissance, s'oppose à Dieu" Rm 13,1 s.
Les rois et les souverains ne sont soumis à aucune puissance ecclésiastique par l'ordre de Dieu dans les choses temporelles ; ils ne peuvent pas être déposés directement ou indirectement par l'autorité des clés de l'Eglise ; leurs sujets ne peuvent être dispensés de la soumission et de l'obéissance et relevés du serment de fidélité ; et cette doctrine, nécessaire pour la tranquillité publique et non moins nécessaire à l'Eglise qu'à l'Etat, doit être inviolablement suivie comme conforme à la Parole de Dieu, à la tradition des Pères, et aux exemples des saints.
ALEXANDRE VIII : 6 octobre 1689 - 1er févrie
Articles gallicans concernant les droits du pape
2. La plénitude de puissance que le Siège apostolique et les successeurs de Pierre, vicaires du Christ, ont sur les choses spirituelles est telle qu'en même temps sont en vigueur et demeurent immuables les décrets du saint concile oecuménique de Constance, dans la quatrième et la cinquième session, sur l'autorité des conciles généraux, approuvés par le Siège apostolique, confirmés par la pratique des pontifes romains eux-mêmes et de l'Eglise tout entière, et toujours observés religieusement par l'Eglise gallicane ; mais ne sont pas approuvés par l'Eglise gallicane ceux qui mettent en cause la force de ces décrets, comme si leur autorité était douteuse et qu'ils étaient moins approuvés, ou qui restreignent les affirmations du concile au seul temps de schisme.
3. C'est pourquoi l'exercice de la puissance apostolique doit être réglé suivant les canons établis par l'Esprit de Dieu et conservés par la révérence du monde entier ; valent aussi les règles, les moeurs et les constitutions reçues par le royaume et l'Eglise gallicane, et les bornes posées par les Pères demeurent inébranlables ; et il est même de la grandeur du Siège apostolique que les lois et les coutumes qui ont été confirmées par le consentement d'un Siège si important et les Eglises possèdent la stabilité qui leur revient.
4. De même dans les questions concernant la foi le pape a la part principale, et ses décrets valent pour toutes et chacune des Eglises ; son jugement cependant n'est pas irréformable, à moins que le consentement de l'Eglise n'intervienne.
(Sentence judiciaire de la bulle :) Toutes et chacune des choses qui ont été décidées et faites par ladite Assemblée du clergé gallican qui s'est tenue en 1682, tant touchant l'extension du droit régalien que touchant la déclaration sur la puissance ecclésiastique et les quatre propositions qu'elle contient, avec tous et chacun des mandements, arrêtés, confirmations, déclarations, lettres, édits, décrets faits ou publiés par des personnes quelconques, soit ecclésiastiques, soit laïques, quelle que soit leur qualité, et quelle que soit leur autorité ou leur pouvoir, et qui exigeraient aussi une mention particulière,... par la teneur des présentes Nous déclarons toutes ces choses de plein droit nulles et non avenues, invalides et vaines, pleinement et entièrement dénuées de force et d'effet dès leur principe, et qu'elles le sont encore et qu'elles le seront à perpétuité ; et que personne n'est tenu de les observer, ou quelqu'une d'entre elles, fussent-elles munies du sceau du serment.
Erreurs sur le bien moral et sur le péché philosophique
1. La bonté objective consiste dans la conformité de l'objet avec la nature rationnelle ; la bonté formelle en revanche consiste dans la conformité de l'acte avec la règle des moeurs. Pour cela il suffit que l'acte moral tende à la fin dernière de manière interprétative, et cette fin, l'homme n'est pas tenu de l'aimer ni au début, ni au cours de sa vie morale.
2. Le péché philosophique ou moral est un acte humain qui disconvient à la nature humaine et à la droite raison le péché théologique en revanche est une transgression libre de la Loi divine. Quelque grave qu'il soit, ce péché philosophique est, dans celui qui ne connaît pas Dieu ou qui ne pense pas actuellement à Dieu, un péché grave, mais il n'est pas une offense à Dieu ni un péché mortel faisant perdre l'amitié de Dieu, et il ne mérite pas la peine éternelle.
(Censure : ) Propos. 1 : hérétique. - 2 : scandaleuse, téméraire, offensante pour les oreilles pies, erronée.
Erreurs des jansénistes
1. Dans l'état de la nature déchue, pour qu'il y ait péché mortel (formel) et démérite, il suffit de cette liberté par laquelle le péché a été volontaire et libre dans sa cause : le péché d'Adam.
2. Même s'il y avait ignorance invincible du droit naturel, dans l'état de nature déchue elle n'excuse pas du péché formel (matériel) celui qui agit en vertu d'elle.
3. Il n'est pas permis de suivre une opinion (probable), ou la plus probable entre celles qui sont probables.
4. Le Christ s'est offert lui-même en sacrifice à Dieu pour nous, non pas pour les seuls élus, mais pour tous les fidèles et eux seuls.
5. Les païens, les juifs, les hérétiques, et d'autres semblables, ne reçoivent aucune influence de Jésus Christ ; et on peut en conclure justement que la volonté est en eux nue et désarmée, sans aucune grâce suffisante.
6. Pour l'état qui est le nôtre, la grâce suffisante n'est pas tant utile que pernicieuse, en sorte que c'est à juste titre que nous pouvons prier : De la grâce suffisante, délivre nous Seigneur.
7. Toute action humaine délibérée est amour de Dieu ou amour du monde ; si elle est amour de Dieu, elle est charité du Père ; si elle est amour du monde, elle est concupiscence de la chair, c'est-à-dire mauvaise.
8. L'infidèle pèche nécessairement en toutes ses oeuvres.
9. Celui-là pèche vraiment qui ne hait le péché qu'en raison de sa turpitude et de sa disconvenance par rapport a la nature, sans considérer d'aucune manière l'offense à Dieu.
10. L'intention par laquelle quelqu'un déteste le mal et ne poursuit le bien que pour obtenir la gloire céleste, n'est ni droite, ni agréable à Dieu.
11. Tout ce qui ne provient pas de la foi chrétienne surnaturelle qui agit par amour est péché.
12. Lorsque dans les grands pécheurs tout amour fait défaut, la foi aussi fait défaut ; et même s'ils semblent croire, ce n'est pas une foi divine mais humaine.
13. Quiconque aime Dieu, même en vue de la récompense éternelle, si la charité lui fait défaut, le vice ne lui fait pas défaut, si souvent qu'il puisse agir en vue de la béatitude.
14. La crainte de l'enfer n'est pas surnaturelle.
15. L'attrition qu'on conçoit par la crainte de l'enfer et des peines, sans l'amour de Dieu pour lui-même, n'est pas un mouvement bon et surnaturel.
16. L'ordonnance qui place la satisfaction avant l'absolution n'a pas été introduite par la discipline ou l'institution de l'Eglise, mais vient de la Loi et de la prescription du Christ lui-même, la nature de la chose le dictant ainsi en quelque sorte.
17. Par cette pratique d'absoudre aussitôt, l'ordonnance de la pénitence a été inversée.
18. La coutume moderne relative à l'administration de la pénitence, même si elle est soutenue par l'autorité de nombreux hommes et confirmée par une longue durée de temps, pour autant n'est pas tenue par l'Eglise comme un usage mais comme un abus.
19. L'homme doit faire pénitence toute sa vie pour le péché originel.
20. Les confessions faites aux religieux sont la plupart ou sacrilèges, ou invalides.
21. Un paroissien peut soupçonner que les religieux mendiants, qui vivent d'aumônes ordinaires, pour obtenir ou gagner un bien temporel, imposent une peine trop légère ou mal proportionnée.
22. Il faut considérer comme impies ceux qui prétendent avoir droit à la communion avant d'avoir fait une pénitence proportionnée à leurs péchés.
23. De même il faut éloigner de la sainte communion ceux que n'habite pas encore un amour de Dieu très pur et sans mélange.
24. L'offrande que la Vierge Marie a faite au Temple, le jour de la purification, de deux colombes, l'une pour l'holocauste et l'autre pour les péchés, atteste suffisamment qu'elle avait besoin de purification, et que le fils qui avait présenté était entaché des taches de la mère, selon les paroles de la Loi.
25. Il n'est pas permis à un chrétien de placer dans un temple chrétien une image de Dieu le Père (assis).
26. La louange adressée à Marie comme Marie est vaine.
27. Il fut un temps où un baptême conféré sous cette forme : "Au nom du Père, etc.", en omettant "Je te baptise", était valide.
28. Un baptême est valide lorsqu'il a été conféré par un ministre qui observe tout le rite extérieur et la forme, mais qui intérieurement, dans son coeur et à part soi, décide : je n'ai pas l'intention de faire ce que fait l'Eglise.
29. C'est une affirmation futile et réfutée de nombreuses fois, que celle de l'autorité du pape au-dessus du concile oecuménique et de l'infaillibilité dans les questions de foi.
30. Lorsque quelqu'un a trouve' une doctrine clairement établie chez Augustin, il faut absolument la soutenir et l'enseigner, sans avoir égard à aucune bulle du pape.
31. La bulle In eminenti d'Urbain VIII a été obtenue par ruse.
(Censure : condamnées et prohibées comme étant) selon le cas, téméraires, scandaleuses, malsonnantes, proches de l'hérésie, sentant l'hérésie, erronées, schismatiques et hérétiques.
