INNOCENT III : 8 janvier 1198-16 juillet 1216

34 entrées · DH 766–799

La forme sacramentelle du mariage.

766


Tu nous as demandé si un muet et un sourd peuvent contracter un mariage. A cela Nous répondons ainsi à ta fraternité : étant donné que ce qui est édicté au sujet d'un mariage qui doit être contracté est de l'ordre de la prohibition, de sorte que quiconque à qui il n'est pas prohibé peut donc y être admis, et qu'il suffit pour le mariage du seul consentement de ceux dont l'union est en cause, il apparaît que si une telle personne veut contracter un mariage, cela le peut ni ne doit lui être refusé, car ce qu'elle ne peut pas déclarer par des mots, elle peut le faire par des signes.

Le double pouvoir suprême sur terre

767


De même que Dieu, le créateur de l'univers, a fixé deux grands luminaires au firmament du ciel, le plus grand pour qu'il préside au jour, le plus petit pour qu'il préside à la nuit, de même il a établi au firmament de l'Eglise universelle qui est appelée " ciel " deux grandes dignités ; une plus grande pour que, comme pour le jour, elle préside aux âmes, et une lus petite pour que, comme pour les nuits, elle préside aux corps, et ce sont l'autorité pontificale et le pouvoir royal. En outre : de même que la lune reçoit la lumière du soleil, et qu'en vérité elle est plus petite que lui aussi bien quant à sa grandeur que quant à sa qualité, et aussi bien quant à sa situation que quant à son effet, de même aussi le pouvoir royal reçoit de l'autorité pontificale la splendeur de sa dignité ; plus il s'attache à la regarder, plus il est paré d'une grande lumière, et plus il en éloigne son regard, plus il perd de sa splendeur.

Le lien du mariage et le privilège Paulin

768


Ta fraternité Nous a fait savoir par sa lettre que l'un des conjoints passant à l'hérésie, celui qui est abandonné souhaite s'engager dans un deuxième mariage et procréer des enfants ; et tu as pensé devoir Nous demander par ta lettre si cela peut se faire à bon droit.
Pour répondre à ta question, et sur le conseil commun de nos frères, nous distinguons entre deux cas, même si l'un de nos prédécesseurs (Célestin III) semble avoir pensé autrement : celui de deux infidèles dont l'un se convertit à la foi catholique, et celui de deux fidèles dont l'un tombe dans l'hérésie ou chute dans l'erreur des infidèles. En effet si l'un des conjoints non croyants se convertit à la foi catholique tandis que l'autre ne veut d'aucune manière cohabiter avec lui, du moins pas sans blasphémer le nom de Dieu ou pour l'inciter au péché mortel, celui qui est abandonné s'engagera dans un second mariage s'il le veut ; et c'est en fonction de ce cas que nous comprenons ce que dit l'Apôtre : " Si le non-croyant veut se séparer, qu'il se sépare : le frère en effet ou la soeur ne sont soumis à aucune obligation dans ce cas " 1Co 7,15 ; et de même le canon qui dit : " L'injure faite au créateur brise le lien du mariage de celui qui est abandonné ".

769


Mais si l'un des conjoints croyants tombe dans l'hérésie ou passe à l'erreur du paganisme, nous ne pensons pas que dans ce cas celui qui est abandonné peut s'engager dans de secondes noces aussi longtemps que l'autre vit, même si manifestement dans ce cas une injure plus grande est faite au créateur. Car même s'il existe incontestablement un vrai mariage entre deux non- croyants, il n'est cependant pas scellé ; mais entre croyants il est incontestablement vrai et scellé : car le sacrement de la foi (baptême) une fois conféré n'est jamais perdu, et il scelle le sacrement du mariage en sorte qu'il perdure dans les conjoints aussi longtemps que demeure le premier.

La nécessité du magistère de l'Eglise pour l'interprétation de l'Ecriture

770


Notre vénérable frère, l'évêque de Metz, Nous a fait savoir par sa lettre qu'aussi bien dans le diocèse que dans la ville de Metz un nombre assez important de laïcs et de femmes, attirés en quelque sorte par le désir des Ecritures, s'est fait traduire en langue française les évangiles, les épîtres de Paul, le Psautier, les Moralia sur Job et plusieurs autres livres ;... (il en est résulté) que dans des rencontres secrètes des laïcs et des femmes osent éructer entre eux et se prêcher mutuellement, et ils méprisent également la compagnie de ceux qui ne se mêlent pas à de telles choses... Certains d'entre eux méprisent aussi la simplicité de leurs prêtres, et lorsque la parole du salut leur est proposée par ces derniers, ils murmurent en cachette qu'ils possèdent mieux dans leurs écrits et qu'ils sont capables de l'exprimer de façon plus judicieuse.
Même si le désir de comprendre les Ecritures divines et le souci d'exhorter en conformité avec elles ne doit pas être blâmé mais bien au contraire recommandé, ces gens méritent néanmoins d'être blâmés de ce qu'ils tiennent leurs conventicules secrets, qu'ils s'arrogent la fonction de prêcher, qu'ils raillent la simplicité des prêtres et qu'ils dédaignent la compagnie de ceux qui ne s'attachent pas à de telles pratiques. Dieu en effet... hait à ce point les oeuvres des ténèbres qu'il a commandé et dit ( aux apôtres) : " Ce que je vous dis dans l'ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l'oreille proclamez-le sur les toits ", Mt 10,27 ; par là il fait savoir clairement que la prédication de l'Evangile doit être proposée non pas dans des conventicules secrets, comme le font les hérétiques, mais publiquement dans l'Eglise, conformément à l'usage catholique. ...

771


Mais les mystères cachés de la foi ne doivent pas être exposés partout à tous, parce qu'ils ne peuvent pas être compris par tous, mais à ceux-là seulement qui peuvent les saisir par une intelligence croyante ; c'est pourquoi l'apôtre dit aux simples : " Comme à de petits enfants en Christ, c'est du lait que je vous ai fait boire, non de la nourriture solide " 1Co 3,2 ...
Telle est en effet la profondeur de la sainte Ecriture que non seulement les gens simples et non cultivés, mais même ceux qui sont sages et doctes ne sont pas pleinement capables d'en scruter le sens. C'est pourquoi l'Ecriture dit : " Car beaucoup de ceux qui cherchent ont défailli dans leur recherche ". Ps 64,7 Aussi est-ce à juste titre qu'il a été établi jadis dans la Loi divine qu'un animal qui a touché la Montagne (du Sinaï) doit être lapidé He 12,20 Ex 19,12 ss., afin qu'en effet aucun homme simple ou inculte n'ait la présomption de toucher à la sublimité de la sainte Ecriture ou de la prêcher à d'autres. Il est écrit en effet : " Ne cherche pas ce qui est trop haut pour toi " Si 3,22. C'est pourquoi l'Apôtre dit : " Ne recherchez pas plus que ce qu'il faut rechercher, mais recherchez la sobriété " Rm 12,3.
De même en effet que le corps compte de nombreux membres, mais que tous les membres n'ont pas la même activité, de même l'Eglise compte de nombreux états, mais tous n'ont pas la même charge, car selon l'Apôtre " Le Seigneur a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, mais d'autres comme docteurs, etc. " Ep 4,11. Or l'état de docteur est en quelque sorte le principal dans l'Eglise et c'est pourquoi nul ne doit s'arroger de façon indistincte la charge de la prédication.


Tolérance à l'égard de ceux dont la foi est autre.

772


Bien que l'incrédulité des juifs doive être réprouvée de multiples manières, cependant, parce que par eux notre foi se trouve confirmée en vérité, ils ne doivent pas être lourdement opprimés par les fidèles... De même qu'il ne doit pas être permis aux juifs, dans leurs synagogues, de présumer quelque chose qui aille au-delà de ce qui est permis par la Loi, de même ils ne doivent pas subir de préjudice en ce qui leur est permis.
Aussi, même s'ils préfèrent demeurer dans leur endurcissement plutôt que de connaître les prédictions des prophètes et les mystères de la Loi, et de parvenir à la connaissance de la foi chrétienne, puisqu'ils demandent l'aide de notre défense, poussés par la mansuétude de la piété chrétienne, Nous suivons la trace de nos prédécesseurs d'heureuse mémoire, Calixte (II), Eugène (III), Alexandre (III), Clément (III) et Célestin (III). Nous accueillons leur requête, et leur accordons le bouclier de notre protection.

773


Nous ordonnons en effet qu'aucun chrétien ne doit les contraindre par la force à venir au baptême à leur corps défendant ou contre leur volonté ; mais si l'un d'entre eux vient librement chercher refuge auprès de la foi chrétienne, après que sa volonté aura été éprouvée, qu'il devienne chrétien sans aucune vexation. Car on ne croit pas qu'a la foi véritable de la chrétienté quelqu'un dont on sait que ce n'est pas de façon spontanée, mais contre son gré, qu'il vient au baptême des chrétiens De même aucun chrétien ne doit se permettre de léser leur personne sans scrupule en dehors d'un jugement du seigneur du lieu, ou d'enlever leurs biens par la force, ou de modifier les bons usages qui étaient les leurs jusque-là dans la région qu'ils habitent. En outre, que personne, d'aucune façon, ne les trouble à coups de bâton ou de pierres lors de la célébration de leurs fêtes, et que personne ne cherche à exiger d'eux des services qui ne sont pas dus, ou à les y obliger, à l'exception de ceux qu'ils avaient eux-mêmes coutume de rendre dans le passé. De plus, pour parer à la dépravation et à l'appétit du gain d'hommes mauvais, Nous décrétons que personne ne doit avoir l'audace de violer un cimetière juif, ou de le mépriser, ou encore de déterrer des corps déjà inhumés pour trouver de l'argent, ... (sont excommuniés ceux qui violent ce décret). Cependant Nous voulons que ceux-là seulement bénéficient de cette protection qui ne se permettent pas de se livrer à des machinations en vue de subvertir la foi chrétienne.

La prééminence du Siège romain

774


La primauté du Siège apostolique, qui a été établie non pas par un homme mais par Dieu, et de façon plus juste encore par le Dieu homme, est confirmée en vérité par de nombreux témoignages aussi bien des évangiles que des apôtres, d'où ont procédé par la suite les dispositions canoniques qui affirment de façon unanime que la très sainte Eglise consacrée dans le bienheureux Pierre, le prince des apôtres, a la prééminence sur les autres comme leur maîtresse et leur mère. C'est lui en effet... qui a mérité d'entendre : " Tu es Pierre... Je te donnerai les clés du Royaume des cieux " Mt 16,18 s.
En effet, bien que le premier fondement de l'Eglise et le principal soit le Fils unique de Dieu Jésus Christ, selon ce que dit l'Apôtre : " Car un fondement a été posé, en dehors duquel aucun autre ne peut être posé, et qui est le Christ Jésus " 1Co 3,11, Pierre n'en est pas moins le second fondement de l'Eglise et qui vient au deuxième rang et s'il n'est pas non plus le premier dans le temps, par son autorité, il n'en a pas moins la prééminence parmi les autres dont l'apôtre Paul dit : "Vous n'êtes plus des étrangers, ni des émigrés, vous êtes concitoyens des saints et de la famille de Dieu, édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes " Ep 2,20...
Sa primauté, la Vérité elle-même l'a exprimée également par elle-même lorsqu'elle a dit : " Tu seras appelé Cephas " Jn 1,42 : même si cela est traduit par " Pierre ", il n'en est pas moins présenté comme la " tête " de sorte que, de même que la tête a la prééminence parmi les autres membres du corps, puisque aussi bien c'est en elle que vit la plénitude des sens, de même aussi Pierre excelle parmi les apôtres par l'éminence de sa dignité, et ses successeurs parmi tous ceux qui président aux Eglises, tandis que les autres sont appelés à avoir part à la sollicitude en sorte que rien n'est perdu par eux de la plénitude de leur pouvoir. C'est à lui que le Seigneur a confié le souci de paître ses brebis par une parole répétée par trois fois, de sorte qu'est considéré comme étranger au troupeau du Seigneur celui qui ne veut pas l'avoir aussi pour pasteur en ses successeurs. Il n'a pas distingué en effet entre telles brebis et telles autres, mais il a dit simplement : " Pais mes brebis " Jn 21,17, afin qu'on comprenne qu'absolument toutes lui ont été confiées.
Jn 21,7 est expliqué de façon allégorique) : Etant donné que la mer désigne le monde Ps 104,25... par le fait qu'il s'est jeté à la mer, Pierre a manifesté le privilège du pouvoir singulier du pontife, par lequel il avait assumé le gouvernement de l'univers entier, tandis que les autres apôtres étaient comme contenus dans un navire, puisqu'à aucun d'entre eux l'univers entier n'avait été confié, mais qu'à chacun était assignées des provinces particulières, ou plutôt des Eglises déterminées.
...(Une preuve allégorique analogue est tirée de Mt 14,28-31 par le fait que Pierre a marché sur les eaux de la mer, il a montré qu'il a reçu le pouvoir sur tous les peuples.

775


Qu'il ait prié pour lui, le Seigneur le reconnaît lorsqu'il dit au moment de la Passion : " J'ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas. Et toi. quand tu seras converti, fortifie tes frères " Lc 22,32 ; par là il signifiait manifestement que jamais ses successeurs ne dévieraient de la foi catholique, mais que bien plutôt ils y rappelleraient d'autres et aussi qu'ils confirmeraient les hésitants, et il lui accorda le pouvoir d'en confirmer d'autres par le fait qu'il impose aux autres la nécessité d'obéir. ...
Il lui a dit également... comme tu l'as lu : " Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aussi aux cieux ",Mt 16,19. Mais si tu trouves que cela a été dit en même temps à tous les apôtres, cela ne l'a pas été aux autres sans lui : mais tu reconnaîtras qu'à lui a été donné par le Seigneur, sans les autres, le pouvoir de lier et de délier, en sorte que ce que le autres ne peuvent pas sans lui, lui-même, du fait du privilège qui lui a été transmis par le Seigneur et de la plénitude du pouvoir qui lui a été accordée, il le peut sans les autres. ...
(Pierre) vit le ciel ouvert et descendre un vase, comme un grand linge qu'on fait descendre du ciel vers la terre. tenu aux quatre coins, et qui contenait tous les quadrupèdes et les serpents de la terre et tous les oiseaux du ciel Ac 10,9-12 ... Et une voix lui dit pour la première fois : " Ce que Dieu a rendu pur, ne l'appelle pas immonde. " Par là est manifestement indiqué que Pierre fut établi à la tête de tous les peuples, puisque ce vase signifie l'univers, et tout ce qui y est contenu, la totalité des nations, des juifs aussi bien que des païens. ...

La forme sacramentelle du mariage.

776


Nous voulons que pour les mariages qui à l'avenir seront contractés, tu observes ceci : si, après qu'est intervenu entre personnes légitimes un consentement 'de praesenti' - lequel dans de tels cas suffit, conformément aux déterminations canoniques ; et si lui seul fait défaut, même dans le cas où cela a été réalisé par l'union charnelle, tout le reste est en vain -, des personnes unies de façon légitime contractent ensuite de facto avec d'autres, ce qui auparavant a été fait selon le droit ne peut pas être rendu caduc.

Les mariages des païens et le privilège paulin.

777


Si des païens qui épousent des femmes apparentées à eux au deuxième, troisième, ou à un autre degré, en étant apparentées ainsi, doivent demeurer ensemble après leur conversion, ou s'ils doivent être séparés : telle est la question au sujet de laquelle tu demandes à être informé par un écrit apostolique.
A ce sujet Nous donnons à ta fraternité la réponse suivante : étant donné que le sacrement du mariage existe pour les fidèles et les non- croyants, comme le montre l'Apôtre lorsqu'il dit : " Si un frère a une femme non croyante et qu'elle consent à vivre avec lui, qu'il ne la répudie pas " 1Co 7,12 ; et puisque dans les degrés de parenté précités le mariage a été contracté de façon licite par des non-croyants qui ne sont pas tenus par les déterminations canoniques (que nous importe, selon le même Apôtre, " de juger ceux qui sont au- dehors ? " 1Co 5,12 : pour cette raison, et pour favoriser surtout la religion et la foi chrétiennes que les hommes pourraient facilement être dissuadés d'embrasser par les femmes, si celles-ci craignaient d'être répudiées, des fidèles engagés dans les liens du mariage de cette façon pourront demeurer licitement et librement unis, puisque le sacrement du baptême ne dissout pas les mariages mais enlève les péchés.

778


Mais parce que des païens répartissent l'affection conjugale entre plusieurs femmes en même temps, ce n'est pas sans raison qu'on se demande si, après la conversion, ils peuvent les garder toutes, ou laquelle d'entre elles. Mais cela semble être contraire et hostile à la foi chrétienne, puisque dès le commencement une seule côte a été changée en une seule femme, et que l'Ecriture divine atteste que " pour cette raison l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et ils seront une seule chair " Ep 5,3 Gn 2,24 Mt 19,5 ; elle ne dit pas " trois ou plusieurs " mais " deux " ; et elle ne dit pas non plus : " il s'attachera à des femmes ", mais " à la femme ". Et il n'a jamais été permis à quiconque d'avoir en même temps plusieurs femmes si cela ne lui a pas été concédé par une révélation divine, considérée parfois comme une coutume, parfois même comme un droit, et par laquelle de même que Jacob a été disculpé de sa tromperie, les Israélites du vol et Samson du meurtre, de même aussi les patriarches et d'autres hommes justes qui, comme on peut le lire, avaient plusieurs femmes, sont disculpés de l'adultère.
Mais cette conception est également manifestée comme pleinement véridique par le témoignage de la Vérité qui atteste dans l'Evangile : " Si quelqu'un répudie sa femme, sauf en cas de fornication, et en épouse une autre, il est adultère " Mt 19,9 ; cf. Mc 10,11). Si donc, lorsque la femme a été répudiée, le droit empêche d'en épouser une autre, à plus forte raison si elle a été gardée ; par quoi il apparaît clairement que pour les deux sexes - car ils ne sont pas considérés différemment - la pluralité en matière de mariage doit être réprouvée.

779


Mais si quelqu'un a répudié sa femme légitime selon son rite, puisque la Vérité a réprouvé une telle répudiation dans l'Evangile, il ne pourra jamais licitement en avoir une autre du vivant de celle-ci, même s'il se convertit à la foi en Christ, à moins que celle-ci, après la conversion, refuse de cohabiter avec lui, ou si elle y consent, mais non sans blasphémer le créateur ou l'inciter au péché mortel ; dans ce cas celle qui demanderait le rétablissement dans ses droits, et même s'il était établi qu'il y a eu spoliation injuste, se verrait refuser ce rétablissement : car selon l'Apôtre le frère ou la soeur ne sont soumis à aucune obligation dans ce cas 1Co 7,15.
Mais si quelqu'un est converti à la foi et que celle-ci le suit en s'étant convertie elle aussi, avant qu'il ait pris une épouse légitime pour les raisons susdites, il doit être contraint à la reprendre. Il est vrai que selon la vérité de l'Evangile celui qui épouse une femme répudiée commet l'adultère Mt 19,9, mais celui qui a répudié ne peut pas reprocher la fornication à celle qui a été répudiée parce que, après la répudiation, elle en a épousé un autre, à moins qu'elle ait forniqué ailleurs.

L'effet du baptême, en particulier le caractère.

780


... Ils affirment en effet que le baptême est conféré aux petits enfants de façon inutile. ... Nous répondons que le baptême a succédé à la circoncision. ... C'est pourquoi, de même que l'âme du circoncis n'était pas retranchée de son peuple Gn 17,14, de même celui qui sera né à nouveau de l'eau et de l'Esprit Saint, obtiendra d'entrer dans le Royaume des cieux Jn 3,5.
Bien que la faute originelle fût remise par le mystère de la circoncision, et que le péril de la condamnation fût écarté, on ne parvenait pas cependant au Royaume des cieux qui demeurait fermé à tous jusqu'à la mort du Christ ; mais par le sacrement du baptême rougi par le sang du Christ, la faute est remise et l'on parvient également au Royaume des cieux dont le sang du Christ a ouvert miséricordieusement la porte à ses fidèles. On ne peut admettre en effet que tous les petits enfants, dont tant meurent chaque jour, périssent sans que le Dieu de miséricorde, qui veut que personne ne périsse, leur ait procuré à eux aussi un moyen de salut...
Ce que disent les adversaires, à savoir que la foi ou la charité ou les autres vertus ne sont pas infusées aux petits enfants puisqu'ils ne donnent pas leur consentement, n'est pas concédé par la plupart en un sens absolu... ; d'autres affirment que par la vertu du baptême la faute leur est remise, mais que la grâce ne leur est pas conférée ; quelques-uns cependant disent que le péché leur est pardonné et que les vertus leur sont infusées, qu'ils les ont cependant comme une disposition 904 mais qu'ils n'en ont pas l'usage jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à l'âge adulte...
Nous disons : il faut distinguer qu'il y a un double péché : à savoir le péché originel et le péché actuel, l'originel qu'on contracte sans consentement et l'actuel qui est commis avec consentement. L'originel donc, qui est contracté sans consentement, est remis sans consentement en vertu du sacrement ; mais l'actuel, qui est contracté avec consentement, n'est nullement remis sans consentement... La peine du péché originel est la privation de la vision de Dieu, mais la peine du péché actuel est le supplice de la géhenne éternelle....

781


Il est contraire à la religion chrétienne que quelqu'un qui le refuse de façon permanente et qui s'y oppose de façon constante soit contraint à accepter et à observer le christianisme. C'est pourquoi d'autres distinguent, non sans raison, entre volonté contraire et volonté contraire, et entre contraint et contraint, car celui qui, amené par force, grâce à des moyens de terreur et des supplices, reçoit le sacrement du baptême pour éviter ces dommages, tout de même que celui qui accède au baptême de mauvaise foi reçoit l'empreinte du caractère chrétien et, en tant que voulant sous condition, et bien que ne voulant pas absolument, il doit être obligé à observer la foi chrétienne....
Mais celui qui n'a jamais consenti, et qui a toujours été opposé, ne reçoit ni la réalité ni le caractère du sacrement, parce que contredire expressément est plus que ne pas consentir du tout ; de même n'encourt la marque d'aucune culpabilité celui qui, bien qu'il y contredise de façon constante et s'y oppose, est contraint par la violence de sacrifier aux idoles.
Quant à ceux qui dorment et à ceux qui n'ont pas l'usage de la raison, si avant de perdre la raison ou s'être endormi ils persistent à s'opposer, comme il est visible que pour eux la décision de s'opposer est durable, même s'ils ont été baptisés dans cet état, ils ne reçoivent pas le caractère du sacrement ; il en irait autrement si auparavant ils avaient été catéchumènes et s'ils avaient l'intention d'être baptisés ; c'est pourquoi l'Eglise a coutume de les baptiser en cas de nécessité. Alors l'acte sacramentel imprime le caractère, puisqu'il ne rencontre pas l'obstacle posé par la résistance d'une volonté contraire.

La forme sacramentelle de l'eucharistie.

782


Tu as demandé en effet qui, s'agissant de la forme des paroles que le Christ lui-même a exprimées lorsqu'il a transsubstantié le pain et le vin en son corps et son sang, a ajouté ce mot dans le canon de la messe qu'utilise l'ensemble de Eglise, et qu'aucun des évangélistes n'a exprimé, comme on peut le lire. ... Dans le canon de la messe ce mot, à savoir " mystère de la foi ", se trouve en effet inséré dans ces paroles. ...
Certes nous voyons bien des choses, des paroles ainsi que des actes du Seigneur, qui ont été omises par les évangélistes et que, comme on peut lire, les apôtres ont complétées oralement ou exprimées par leur action. ...
Or dans ce mot qui a incité ta fraternité à poser la question, à savoir " mystère de la foi ", certains ont pensé pouvoir trouver un appui pour une erreur, en disant que dans le sacrement de l'autel ce n'est pas vraiment la vérité du corps et du sang du Christ qui est présente, mais seulement une image, une apparence et une figure, et cela parce que l'Ecriture indique parfois que ce qui est reçu sur l'autel est un sacrement, un mystère et un exemple. Mais ceux- là sont pris dans les lacets de l'erreur parce qu'ils ne comprennent pas comme il convient l'autorité de l'Ecriture et qu'ils ne reçoivent pas avec respect les sacrements de Dieu puisqu'ils ignorent aussi bien les Ecritures et la puissance de Dieu Mt 22,29...
On dit cependant " mystère de la foi " parce ce que autre chose y est cru que ce qui est vu et qu'autre chose est vu que ce qui est cru. On voit en effet les espèces du pain et du vin, et l'on croit la vérité de la chair et du sang du Christ, ainsi que la vertu de l'unité et de la charité.

Les éléments de l'eucharistie.

783


Il faut cependant distinguer soigneusement trois choses qui sont différentes dans ce sacrement, à savoir la forme visible, la vérité du corps et la vertu spirituelle. La forme est celle du pain et du vin, la vérité celle de la chair et du sang, la vertu celle de l'unité et de la charité. Le premier est " sacrement et non réalité ", le deuxième est " sacrement et réalité ", le troisième est " réalité et non sacrement ". Mais le premier est sacrement d'une double réalité ; le deuxième est sacrement de l'un et réalité de l'autre ; le troisième est la réalité d'un double sacrement. Nous croyons donc que la forme des paroles telle qu'elle se trouve dans le canon, les apôtres l'ont reçue du Christ, et leurs successeurs de ceux-ci...

L'eau mêlée au vin lors du sacrifice de la messe.

784


Tu as demandé également si l'eau en même temps que le vin est changée en sang. A ce sujet les opinions varient parmi les scolastiques. Certains en effet pensent que, puisque du côté du Christ ont coulé les deux sacrements principaux, celui de la Rédemption dans le sang et celui de la régénération dans l'eau, le vin et l'eau qui sont mêlés dans le calice sont changés dans ces deux-là par la vertu divine... D'autres en revanche tiennent que l'eau est transsubstantiée en sang avec le vin, puisque mêlée au vin elle devient vin... En outre on peut dire que l'eau ne devient pas vin, mais qu'elle reste entourée par les accidents du vin antérieur...
Mais il est impie de penser ce que certains ont eu la présomption de penser, à savoir que l'eau est changée en glaire...
Cependant parmi les opinions mentionnées ci-dessus, celle-là est considérée comme plus probable, qui affirme que l'eau est changée en sang avec le vin 798 .

Le ministre de la confirmation.

785


Par chrismation du front on désigne l'imposition des mains qui porte également le nom de confirmation, parce que par elle l'Esprit Saint est donné en vue de la croissance et de la force. C'est pourquoi si le simple prêtre, ou presbytre, peut procéder à d'autres onctions, celle-ci ne doit être conférée que par le grand prêtre, c'est-à-dire l'évêque, car c'est des seuls apôtres, dont les évêques sont les vicaires, qu'il est dit qu'ils donnent l'Esprit Saint par l'imposition des mains Ac 8,14-25.

La dissolution d'un mariage valide par la profession religieuse

786


Nous ne voulons pas dévier subitement dans cette affaire des traces de nos prédécesseurs qui, ayant été consultés, ont répondu qu'avant la consommation d'un mariage par l'union charnelle, il est permis à l'autre conjoint - même sans le consulter - d'entrer en religion, de sorte que celui qui reste peut ensuite s'unir à un autre de façon légitime : c'est pourquoi nous te conseillons d'observer cela même.

La matière du baptême

787


Tu as demandé s'il faut considérer comme des chrétiens des enfants qui, s'étant trouvés à l'article de la mort et par manque d'eau et en l'absence d'un prêtre, ont été frottés d'aspersions de salive sur la tête et la poitrine et entre les épaules de par la naïveté de certains, en guise de baptême. Nous répondons que puisque dans le baptême deux choses sont toujours requises, à savoir " la parole et l'élément " selon ce que la Vérité dit au sujet de la parole : " Allez dans le monde entier, baptisez toutes les nations au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit " Mc 16,15 Mt 28,19, et selon ce que la même dit au sujet de l'élément : " Celui qui n'est pas rené d'eau et d'Esprit Saint n'entrera pas dans le Royaume des cieux " Jn 3,5, tu ne dois pas douter qu'ils n'ont pas un vrai baptême, non seulement ceux chez qui sont omises les deux choses, mais également ceux chez qui est omise l'une d'elles.

Le ministre du baptême et le baptême de désir.

788


Tu m'as très sagement fait savoir par ta lettre qu'un juif qui s'est trouvé à l'article de la mort, et parce qu'il vivait parmi des juifs seulement, s'est plongé lui-même dans l'eau en disant : " Je me baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ". Or tu me demandes si ce juif, qui persévère dans la foi chrétienne, doit être baptisé.
Quant à nous, nous répondons ainsi à ta fraternité : étant donné qu'il doit y avoir distinction entre celui qui baptise et celui qui est baptisé, comme le montrent à l'évidence les paroles du Seigneur disant aux apôtres : " Baptisez toutes les nations au nom du Père et du Fils et de l'Esprit Saint " Mt 28,19 le juif dont il est question doit être baptisé à nouveau par un autre, pour qu'il apparaisse qu'autre est celui qui est baptisé, autre celui qui baptise...
Cependant s'il était décédé aussitôt, il aurait rejoint immédiatement la patrie en raison de sa foi au sacrement, même si ce n'avait pas été en raison du sacrement de la foi.

Célébration simulée de la messe.

789


Vous nous avez demandé en effet ce qui nous semble d'un presbytre imprudent qui, parce qu'il sait se trouver en état de péché mortel et conscient de sa faute, hésite à célébrer les solennités de la messe que pour une raison donnée il ne peut pas omettre... ayant accompli toutes les autres cérémonies, feint de célébrer la messe et, ayant supprimé les paroles par lesquelles est réalisé le corps du Christ, consomme seulement du pain et du vin...
Etant donné donc que doivent être rejetés les faux remèdes qui sont plus graves que les vrais périls : bien que celui qui se considère indigne parce qu'il est conscient de sa faute, doit s'abstenir avec révérence de ce sacrement et pèche donc gravement s'il s'en approche sans révérence, il n'est pas douteux que semble commettre une faute plus grave encore celui qui ose ainsi le simuler de façon trompeuse ; car le premier, qui évite la faute en la commettant, tombe entre les mains de la seule miséricorde de Dieu, tandis que le deuxième, qui commet la faute en l'évitant, se rend coupable non seulement envers Dieu dont il ne craint pas de se moquer, mais également envers le peuple qu'il trompe.

La profession de foi prescrite aux Vaudois.

790


Que tous les croyants sachent que moi, Durant de Osca... et tous nos frères, nous croyons de notre coeur, nous reconnaissons par la foi, nous confessons de notre bouche et nous affirmons par ces mots simples :
Le Père et le Fils et l'Esprit Saint sont trois personnes, un seul Dieu, et toute la Trinité est coessentielle, consubstantielle, coéternelle et toute- puissante, et chacune des personnes dans la Trinité est pleinement Dieu, comme il est contenu dans le " Je crois en Dieu " 30 150 75 .
Nous croyons également de notre coeur et confessons de notre bouche que le Père et le Fils et l'Esprit Saint, un seul Dieu dont nous parlons, a créé, a fait, gouverne et ordonne toutes choses corporelles et spirituelles, visibles et invisibles.
Nous croyons que l'auteur du Nouveau et de l'Ancien Testament est un seul et même : Dieu qui, comme il est dit, demeurant dans la Trinité, a créé toutes choses de rien ; et que Jean Baptiste a été envoyé par lui, saint et juste, et rempli de l'Esprit Saint dans le sein de sa mère.

791


Nous croyons de notre coeur et nous confessons de notre bouche que l'Incarnation ne s'est pas faite dans le Père ni dans l'Esprit Saint, mais dans le Fils seulement ; de sorte que celui qui était en divinité le Fils de Dieu le Père, était, en humanité, le Fils de l'homme, vrai homme de la mère, ayant une vraie chair des entrailles de la mère et une âme humaine raisonnable ; en même temps des deux natures, c'est-à-dire Dieu et homme, une seule personne, un seul Fils, un seul Christ, un seul Dieu avec le Père et l'Esprit Saint, auteur de tout et qui dirige tout, né de la Vierge Marie d'une vraie naissance de chair ; il a mangé et bu, il a dormi, et fatigué après la route, il s'est reposé ; il a souffert d'une vraie Passion de sa chair, est mort de la vraie mort de son corps, et est ressuscité de la vraie Résurrection de sa chair et d'un vrai retour de l'âme au corps ; dans cette chair, après avoir mangé et bu, il est monté au ciel, siège à la droite du Père, et il viendra en elle pour juger les vivants et les morts.

792


Nous croyons de notre coeur et confessons de notre bouche une seule Eglise, non celle des hérétiques, mais la sainte Eglise romaine, catholique, apostolique, en dehors de laquelle nous croyons que personne n'est sauvé.

793


De même nous ne rejetons d'aucune manière les sacrements qui sont célébrés en elle, et auxquels l'Esprit Saint coopère par sa vertu inestimable et invisible, même s'ils sont administrés par un prêtre pécheur, du moment que l'Eglise le reconnaît ; et nous ne méprisons pas non plus les actes ecclésiaux et les bénédictions accomplies par lui, mais nous les acceptons d'un coeur bienveillant comme s'ils venaient du plus juste des hommes, car la malice d'un évêque ou d'un prêtre ne nuit ni au baptême d'un enfant, ni à la consécration de l'eucharistie, ni aux autres offices ecclésiastiques célébrés pour leurs sujets.

794


Nous approuvons donc le baptême des enfants, et s'ils sont morts après le baptême, avant d'avoir commis des péchés, nous confessons et croyons qu'ils sont sauvés ; et nous croyons que dans le baptême tous les péchés sont remis, aussi bien le péché originel qui a été contracté que ceux qui ont été commis volontairement.
Nous estimons que la confirmation faite par l'évêque, c'est-à- dire l'imposition des mains, est sainte et doit être reçue avec vénération.

795


Nous croyons fermement et inébranlablement d'un coeur sincère, et nous affirmons simplement par nos paroles pleines de foi, que le sacrifice, c'est-à- dire le pain et le vin, est, après la consécration, le vrai corps et le vrai sang de notre Seigneur Jésus Christ, et que rien de plus n'y est accompli par un bon prêtre et rien de moins par un mauvais prêtre, car cela n'est pas réalisé par le mérite de celui qui consacre, mais par la parole du Créateur et la vertu de l'Esprit Saint. C'est pourquoi nous croyons et confessons fermement que personne si honnête, si religieux, si saint, et si prudent qu'il soit, ne peut ni ne doit consacrer l'eucharistie ni réaliser le sacrifice de l'autel, à moins d'être prêtre et ordonné régulièrement par un évêque visible et tangible. Pour cet office, trois choses sont nécessaires, nous le croyons : une personne déterminée, c'est-à-dire un prêtre établi particulièrement pour cet office par l'évêque, comme nous l'avons dit ; ces paroles solennelles qui sont exprimées par les saints Pères dans le canon ; et l'intention de foi de celui qui les profère ; c'est pourquoi nous croyons et confessons fermement que quiconque, sans l'ordination par l'évêque comme nous l'avons dit, croit et prétend pouvoir réaliser le sacrifice de l'eucharistie, est un hérétique ; il participe et a part à la perdition de Coré et de ses complices Nb 16, et il doit être séparé de la sainte Eglise romaine.
Nous croyons qu'aux pécheurs qui se repentent vraiment le pardon est accordé par Dieu, et c'est avec grande joie que nous sommes en communion avec eux.
Nous vénérons l'onction des infirmes avec de l'huile.
Nous ne nions pas que des mariages charnels doivent être contractés, selon l'Apôtre 1Co 7, et nous défendons absolument de rompre ceux qui l'ont été régulièrement. Nous croyons et confessons qu'un homme peut aussi être sauvé avec sa femme, et nous ne condamnons pas non plus les secondes et d'autres noces.
Nous ne réprouvons d'aucune manière la consommation de viandes. Nous ne condamnons pas le serment, bien plus, nous croyons d'un coeur sincère qu'il est permis de jurer selon la vérité, le jugement et la justice. (addition de 1210 : Au sujet du pouvoir séculier, nous affirmons qu'il peut, sans péché mortel, exercer un jugement portant effusion de sang, pourvu que, pour exercer la vindicte, il ne procède pas par la haine mais par un jugement, ni avec imprudence mais avec modération.).

796


Nous croyons que la prédication est très nécessaire et louable, cependant nous croyons qu'elle doit s'effectuer en vertu de l'autorité ou avec la permission du souverain pontife ou des prélats. Mais dans tous les lieux où demeurent des hérétiques manifestes qui renient et blasphèment Dieu et la foi de l'Eglise romaine, nous croyons que nous devons, selon la volonté de Dieu, les confondre par la dispute et l'exhortation, et nous opposer à eux avec la Parole du Seigneur, le front haut et jusqu'à la mort, comme à des adversaires du Christ et de l'Eglise.
Les ordinations ecclésiastiques et tout ce qui est lu ou chanté selon ce qui a été établi, nous l'approuvons avec humilité et nous le vénérons dans la foi.

797


Nous croyons que le diable n'est pas devenu mauvais de par sa condition, mais par son libre arbitre.
Nous croyons de tout coeur et nous confessons de vive voix la résurrection de cette chair qui est nôtre et non pas celle d'un autre.
Nous croyons et affirmons fermement qu'il y aura aussi un jugement par Jésus Christ et que chacun, selon ce qu'il aura fait dans cette chair, recevra des peines ou des récompenses.
Nous croyons que les aumônes, le sacrifice et d'autres bienfaits peuvent bénéficier aux défunts.
Ceux qui restent dans le monde et possèdent des biens, nous professons et croyons qu'ils seront sauvés s'ils donnent des aumônes et d'autres bienfaits de ce qu'ils possèdent, et s'ils observent les commandements de Dieu. Nous croyons que selon le précepte du Seigneur, les dîmes, les prémices et les offrandes doivent être acquittées aux clercs.


L'eau mêlée au vin de messe.

798


Tu dis avoir lu dans une de nos lettres décrétales 784 qu'il était impie de penser ce que certains ont eu la présomption de dire, à savoir que dans le sacrement de l'eucharistie l'eau est changée en glaire ; ils affirment en effet faussement que ce n'est pas de l'eau qui est sortie du côté du Christ, mais une humeur aqueuse. Mais même si tu avances que cela a été pensé par des hommes importants et dignes de foi, dont tu as suivi jusqu'ici l'opinion en paroles et par écrit, les raisons qui font que Nous pensons le contraire te contraindront néanmoins de donner ton assentiment à notre conception....
En effet si cela n'avait pas été de l'eau mais de la glaire qui a coulé du côté du Sauveur, celui qui a vu et qui a rendu témoignage à la vérité Jn 19,3 ss. n'aurait certainement pas dit " de l'eau " mais " de la glaire "...
Il reste donc que cette eau, quelle qu'elle ait été, naturelle ou miraculeuse, créée de façon nouvelle par la vertu divine ou tirée des composantes de quelque partie, était sans aucun doute de l'eau véritable.

Les jugements de Dieu

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Même si chez les juges séculiers sont pratiqués des jugements populaires, comme celui de l'eau froide, du fer ardent ou du duel, l'Eglise cependant n'accepte pas des jugements de cette sorte, car il est écrit dans la Loi divine : " Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu " Dt 6,16 Mt 4,7.