Catéchisme de l'Église Catholique Catéchisme de l'Église Catholique

Chapitre 2

Dieu à la rencontre de l’homme

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Par la raison naturelle, l’homme§36 peut connaître Dieu avec certitude à partir de ses œuvres. Mais il existe un autre ordre de connaissance que l’homme ne peut nullement atteindre par ses propres forces, celui de la Révélation divine a. Par une décision tout à fait libre, Dieu se révèle et se donne à l’homme. Il le fait en révélant son mystère, son dessein bienveillant§1066 qu’Il a formé de toute éternité dans le Christ en faveur de tous les hommes. Il révèle pleinement son dessein en envoyant son Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, et l’Esprit Saint.

Article 1 — La révélation de Dieu

I. Dieu révèle son « dessein bienveillant »

51
« Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté§2823 grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine§1996 » a.
52
Dieu qui « habite une lumière inaccessible » 1 veut communiquer sa propre vie divine aux hommes librement créés par Lui, pour en faire, dans son Fils unique, des fils adoptifs 2. En se révélant Lui-même, Dieu veut rendre les hommes capables de Lui répondre, de Le connaître et de L’aimer bien au-delà de tout ce dont ils seraient capables d’eux-mêmes.
53
Le dessein divin de la Révélation se réalise à la fois « par des actions et par des paroles, intimement liées entre elles et s’éclairant mutuellement » a. Il comporte une « pédagogie divine§1950 » particulière : Dieu se communique graduellement à l’homme, Il le prépare par étapes à accueillir la Révélation surnaturelle qu’Il fait de lui-même et qui va culminer dans la Personne et la mission du Verbe incarné, Jésus-Christ§1953.
Saint Irénée de Lyon parle à maintes reprises de cette pédagogie divine sous l’image de l’accoutumance mutuelle entre Dieu et l’homme : « Le Verbe de Dieu a habité dans l’homme et s’est fait Fils de l’homme pour accoutumer l’homme à saisir Dieu et accoutumer Dieu à habiter dans l’homme, selon le bon plaisir du Père » a.

II. Les étapes de la Révélation

Dès l’origine, Dieu se fait connaître

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« Dieu§32 qui a créé§374 et conserve toutes choses par le Verbe, donne aux hommes dans les choses créées un témoignage incessant sur Lui-même ; voulant de plus ouvrir la voie d’un salut supérieur, Il se manifesta aussi Lui-même, dès l’origine, à nos premiers parents » a Il les a invités à une communion intime avec Lui-même en les revêtant d’une grâce et d’une justice resplendissantes.
55
Cette Révélation n’a pas été interrompue par le péché§397§761 de nos premiers parents. Dieu§410, en effet, « après leur chute leur promit une rédemption, leur rendit courage en les faisant espérer le salut ; sans arrêt, Il montra sa sollicitude pour le genre humain, afin de donner la vie éternelle à tous ceux qui par la constance dans le bien cherchent le salut » a.
Comme il avait perdu ton amitié en se détournant de Toi, tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de la mort. [...] Tu as multiplié les alliances avec eux a.

L’alliance avec Noé

56
Une fois l’unité du genre humain morcelée par le péché, Dieu§401 cherche tout d’abord à sauver l’humanité en passant par chacune de ses parties. L’alliance avec Noé§1219 d’après le déluge 1 exprime le principe de l’Économie divine envers les « nations », c’est-à-dire envers les hommes regroupés « d’après leurs pays, chacun selon sa langue, et selon leurs clans » 23.
57
Cet ordre à la fois cosmique, social et religieux de la pluralité des nations 1 est destiné à limiter l’orgueil d’une humanité déchue qui, unanime dans sa perversité 2, voudrait faire par elle-même son unité à la manière de Babel 3. Mais, à cause du péché 4, le polythéisme ainsi que l’idolâtrie de la nation et de son chef menacent sans cesse d’une perversion païenne cette économie provisoire.
58
L’alliance avec Noé§2569 est en vigueur tant que dure le temps§674 des nations 1, jusqu’à la proclamation universelle de l’Évangile. La Bible vénère quelques grandes figures des « nations », tels qu’ « Abel le juste », le roi-prêtre Melchisédech 2, figure du Christ 3 ou les justes « Noé, Daniel et Job » 4. Ainsi, l’Écriture exprime quelle hauteur de sainteté peuvent atteindre ceux qui vivent selon l’alliance de Noé dans l’attente que le Christ « rassemble dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés » 5

Dieu élit Abraham

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Pour rassembler l’humanité dispersée, Dieu§2570 élit Abram en l’appelant « hors de son pays§145, de sa parenté et de sa maison » 1, pour faire de lui Abraham, c’est-à-dire « le père d’une multitude de nations » 2 : « En toi seront bénies toutes les nations de la terre » 34.
60
Le peuple§762 issu d’Abraham sera le dépositaire de la promesse faite aux patriarches, le peuple de l’élection 1, appelé à préparer§781 le rassemblement, un jour, de tous les enfants de Dieu§760 dans l’unité de l’Église 23 ; il sera la racine sur laquelle seront greffés les païens devenus croyants 45.
61
Les patriarches et les prophètes et d’autres personnages de l’Ancien Testament ont été et seront toujours vénérés comme saints dans toutes les traditions liturgiques de l’Église.

Dieu forme son peuple Israël

62
Après§2060 les patriarches, Dieu§1961 forma Israël comme son peuple en le sauvant de l’esclavage de l’Égypte. Il conclut avec lui l’Alliance§2574 du Sinaï et lui donna, par Moïse, sa Loi, pour qu’il Le reconnaisse et Le serve comme le seul Dieu vivant et vrai, Père provident et juste juge, et qu’il attende le Sauveur promis a.
63
Israël est le Peuple§204 sacerdotal de Dieu 1, celui qui « porte le nom du Seigneur » 2. C’est le peuple de ceux « à qui Dieu a parlé en premier » a, le peuple§839 des « frères aînés » dans la foi d’Abraham b.§2801
64
Par les prophètes, Dieu§1965 forme son peuple dans l’espérance§711 du salut, dans l’attente d’une Alliance nouvelle§489 et éternelle destinée à tous les hommes 1, et qui sera inscrite dans les cœurs 23. Les prophètes annoncent une rédemption radicale du Peuple de Dieu, la purification de toutes ses infidélités 4, un salut qui inclura toutes les nations 56. Ce seront surtout les pauvres et les humbles du Seigneur 7 qui porteront cette espérance. Les femmes saintes comme Sara, Rébecca, Rachel, Miryam, Débora, Anne, Judith et Esther, ont conservé vivante l’espérance du salut d’Israël. La figure la plus pure en est Marie 8.

III. Le Christ Jésus – « Médiateur et Plénitude de toute la Révélation » (DV 2)

Dieu a tout dit en son Verbe

65
« Après avoir, à bien des reprises et de bien des manières, parlé par les prophètes, Dieu en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par son Fils » 1. Le Christ, le Fils de Dieu§102 fait homme§516, est la Parole unique, parfaite et indépassable du Père. En Lui Il dit tout, et il n’y aura pas d’autre parole que celle-là. Saint Jean de la Croix§2717, après tant d’autres, l’exprime de façon lumineuse, en commentant He 1, 1-2 :
Dès lors qu’Il nous a donné son Fils, qui est sa Parole, Dieu n’a pas d’autre parole à nous donner. Il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole et il n’a rien de plus à dire ; car ce qu’Il disait par parties aux prophètes, Il l’a dit tout entier dans son Fils, en nous donnant ce tout qu’est son Fils. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l’interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose ou quelque nouveauté 1.

Il n’y aura plus d’autre Révélation

66
« L’Économie chrétienne, étant l’Alliance Nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n’est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ » a. Cependant, même si la Révélation est achevée, elle n’est pas complètement explicitée ; il restera à la foi§94 chrétienne d’en saisir graduellement toute la portée au cours des siècles.
67
Au fil des siècles il y a eu des révélations dites « privées », dont certaines ont été reconnues par l’autorité de l’Église§84. Elles n’appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n’est pas d’ « améliorer » ou de « compléter » la Révélation définitive du Christ, mais d’aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l’histoire. Guidé par le Magistère§93 de l’Église, le sens des fidèles sait discerner et accueillir ce qui dans ces révélations constitue un appel authentique du Christ ou de ses saints à l’Église.

Article 2 — La transmission de la révélation divine

74
Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance§851 de la vérité » 1, c’est-à-dire du Christ Jésus 2. Il faut donc que le Christ soit annoncé à tous les peuples et à tous les hommes et qu’ainsi la Révélation parvienne jusqu’aux extrémités du monde :
Cette Révélation donnée pour le salut de toutes les nations, Dieu, avec la même bienveillance, prit des dispositions pour qu’elle demeurât toujours en son intégrité et qu’elle fût transmise à toutes les générations 1.

I. La Tradition apostolique

75
« Le Christ§171 Seigneur en qui s’achève toute la Révélation du Dieu très haut, ayant accompli Lui-même et proclamé de sa propre bouche l’Évangile d’abord promis par les prophètes, ordonna à ses apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale en leur communiquant les dons divins » a.

La prédication apostolique...

76
La transmission de l’Évangile, selon l’ordre du Seigneur, s’est faite de deux manières :
Oralement « par les apôtres, qui, dans la prédication orale, dans les exemples et les institutions transmirent, soit ce qu’ils avaient appris de la bouche du Christ en vivant avec Lui et en Le voyant agir, soit ce qu’ils tenaient des suggestions du Saint-Esprit » ;
Par écrit « par ces apôtres et par des hommes de leur entourage, qui, sous l’inspiration du même Esprit Saint, consignèrent par écrit le message de salut » a.

... continuée dans la succession apostolique

77
« Pour que l’Évangile fût toujours gardé intact et vivant dans l’Église, les apôtres§861 laissèrent comme successeurs les évêques, auxquels ils ‘transmirent leur propre charge d’enseignement’ » a. En effet, « la prédication apostolique, qui se trouve spécialement exprimée dans les livres inspirés, devait être conservée par une succession ininterrompue jusqu’à la consommation des temps » b.
78
Cette transmission vivante, accomplie dans l’Esprit Saint, est appelée la Tradition§174§2651 en tant que distincte de la Sainte Écriture, quoique étroitement liée à elle. Par elle, « l’Église perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit » a. « L’enseignement des saints Pères atteste la présence vivifiante de cette Tradition, dont les richesses passent dans la pratique et la vie de l’Église qui croit et qui prie§1124 » b.
79
Ainsi, la communication que le Père a faite de Lui-même par son Verbe dans l’Esprit Saint, demeure présente et agissante dans l’Église : « Dieu qui parla jadis ne cesse de converser avec l’Épouse de son Fils bien-aimé, et l’Esprit Saint, par qui la voix vivante de l’Évangile retentit dans l’Église et par elle dans le monde, introduit les croyants dans la vérité tout entière et fait que la parole du Christ habite en eux avec abondance » a.

II. Le rapport entre la Tradition et l’Écriture Sainte

Une source commune...

80
« Elles sont reliées et communiquent étroitement entre elles. Car toutes deux jaillissent d’une source divine identique, ne forment pour ainsi dire qu’un tout et tendent à une même fin » a. L’une et l’autre rendent présent et fécond dans l’Église le mystère du Christ qui a promis de demeurer avec les siens « pour toujours, jusqu’à la fin du monde » 1.

... deux modes distincts de transmission

81
« La Sainte Écriture est la parole de Dieu§113 en tant que, sous l’inspiration de l’Esprit divin, elle est consignée par écrit. »
« Quant à la sainte Tradition, elle porte la parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit Saint aux apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l’Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l’exposent et la répandent avec fidélité » a.
82
Il en résulte que l’Église à laquelle est confiée la transmission et l’interprétation de la Révélation, « ne tire pas de la seule Écriture Sainte sa certitude sur tous les points de la Révélation. C’est pourquoi l’une et l’autre doivent être reçues et vénérées avec égal sentiment d’amour et de respect » a.

Tradition apostolique et traditions ecclésiales

83
La Tradition§1202 dont nous parlons ici vient des apôtres et transmet ce que ceux-ci ont reçu de l’enseignement et de l’exemple de Jésus et ce qu’ils ont appris par l’Esprit§2041 Saint§2684. En effet, la première génération de chrétiens n’avait pas encore un Nouveau Testament écrit, et le Nouveau Testament lui-même atteste le processus de la Tradition vivante.

III. L’interprétation de l’héritage de la foi

L’héritage de la foi confié à la totalité de l’Église

84
« L’héritage sacré » 12 de la foi (depositum fidei), contenu dans la Sainte Tradition et dans l’Écriture Sainte a été confié par les apôtres§857 à l’ensemble de l’Église§871§2033. « En s’attachant à lui le peuple saint tout entier uni à ses pasteurs reste assidûment fidèle à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières, si bien que, dans le maintien, la pratique et la confession de la foi transmise, s’établit, entre pasteurs et fidèles, une singulière unité d’esprit » (DV 10).

Le Magistère de l’Église

85
« La charge d’interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise, a été confiée au seul Magistère vivant de l’Église§2032-2040 dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus-Christ§888-892 » a, c’est-à-dire aux évêques en communion avec le successeur de Pierre, l’évêque de Rome.
86
« Pourtant, ce Magistère n’est pas au-dessus de la parole de Dieu, mais il la sert, n’enseignant que ce qui fut transmis, puisque par mandat de Dieu, avec l’assistance de l’Esprit Saint§688, il écoute cette Parole avec amour, la garde saintement et l’expose aussi avec fidélité, et puise en cet unique dépôt de la foi tout ce qu’il propose à croire comme étant révélé par Dieu » a.
87
Les fidèles§2037, se souvenant de la parole du Christ§1548 à ses apôtres : « Qui vous écoute, m’écoute » 1a, reçoivent avec docilité les enseignements et directives que leurs pasteurs leur donnent sous différentes formes.

Les dogmes de la foi

88
Le Magistère de l’Église§2032-2040 engage pleinement l’autorité§888-892 reçue du Christ quand il définit des dogmes, c’est-à-dire quand il propose, sous une forme obligeant le peuple chrétien à une adhésion irrévocable de foi, des vérités contenues dans la Révélation divine ou bien quand il propose de manière définitive des vérités ayant avec celles-là un lien nécessaire.
89
Il existe un lien organique entre notre vie§2625 spirituelle et les dogmes. Les dogmes sont des lumières sur le chemin de notre foi, ils l’éclairent et le rendent sûr. Inversement, si notre vie est droite, notre intelligence et notre cœur seront ouverts pour accueillir la lumière des dogmes de la foi 1.
90
Les liens mutuels et la cohérence des dogmes peuvent être trouvés dans l’ensemble de la Révélation§114 du mystère du Christ§158 ab. Il faut, en effet, se rappeler que « la diversité de leurs rapports avec les fondements de la foi chrétienne§234 marque un ordre ou une ‘hiérarchie’ des vérités de la doctrine catholique » c.

Le sens surnaturel de la foi

91
Tous les fidèles ont part à la compréhension et à la transmission de la vérité révélée. Ils ont reçu l’onction de l’Esprit Saint§737 qui les instruit 12 et les conduit vers la vérité toute entière 3.
92
« L’ensemble des fidèles [...] ne peut se tromper dans la foi et manifeste cette qualité par le moyen du sens surnaturel de la foi qui est celui du peuple§785 tout entier, lorsque, ‘des évêques jusqu’au dernier des fidèles laïcs’, il apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel » a.
93
« Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, et sous la conduite du Magistère§889 sacré, [...] le Peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes, il y pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en œuvre » a.

La croissance dans l’intelligence de la foi

94
Grâce à l’assistance du Saint-Esprit§2038, l’intelligence§2518 tant des réalités que des paroles de l’héritage de la foi§66 peut croître dans la vie de l’Église :
– « Par la contemplation et l’étude des croyants§2651 qui les méditent en leur cœur » a ; c’est en particulier « la recherche théologique qui approfondit la connaissance de la vérité révélée » bc1d.
– « Par l’intelligence intérieure que les croyants éprouvent des choses spirituelles » e ; « les divines paroles et celui qui les lit grandissent ensemble » f.
– « Par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de la vérité » g.
95
« Il est donc clair que la Sainte Tradition, la Sainte Écriture et le Magistère de l’Église, par une très sage disposition de Dieu, sont tellement reliés et solidaires entre eux qu’aucune de ces réalités ne subsiste sans les autres, et que toutes ensemble, chacune à sa façon, sous l’action du seul Esprit Saint, contribuent efficacement au salut des âmes » a.

Article 3 — La sainte écriture

I. Le Christ – Parole unique de l’Écriture Sainte

101
Dans la condescendance de sa bonté, Dieu, pour se révéler aux hommes, leur parle en paroles humaines : « En effet, les paroles de Dieu, exprimées en langues humaines, ont pris la ressemblance du langage humain, de même que le Verbe du Père éternel, ayant assumé l’infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes » a.
102
À travers toutes les paroles§426-429 de l’Écriture Sainte, Dieu ne dit§65 qu’une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier 1 :§2763
Rappelez-vous que c’est une même Parole de Dieu qui s’étend dans toutes les Écritures, que c’est un même Verbe qui résonne dans la bouche de tous les écrivains sacrés, lui qui, étant au commencement Dieu auprès de Dieu, n’y a pas besoin de syllabes parce qu’il n’y est pas soumis au temps 1.
103
Pour cette raison, l’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle vénère aussi le Corps du Seigneur§1378. Elle ne cesse de présenter aux fidèles le Pain de vie§1100 pris sur la Table de la Parole de Dieu et du Corps du Christ a.§1184
104
Dans l’Écriture Sainte, l’Église trouve sans cesse sa nourriture et sa force a, car en elle, elle n’accueille pas seulement une parole humaine, mais ce qu’elle est réellement : la Parole de Dieu 1. « Dans les Saints livres, en effet, le Père qui est aux Cieux vient avec tendresse au-devant de ses fils et entre en conversation avec eux » b.

II. Inspiration et vérité de la Sainte Écriture

105
Dieu est l’Auteur de l’Écriture Sainte. « La vérité divinement révélée, que contiennent et présentent les livres de la Sainte Écriture, y a été consignée sous l’inspiration de l’Esprit Saint ».
« Notre Sainte Mère l’Église, de par sa foi apostolique, juge sacrés et canoniques tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, puisque, rédigés sous l’inspiration de l’Esprit Saint ils ont Dieu pour auteur et qu’ils ont été transmis comme tels à l’Église elle-même » a.
106
Dieu a inspiré les auteurs humains des livres sacrés. « En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il eut recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement » a.
107
Les livres inspirés enseignent la vérité. « Dès lors§702, puisque toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l’Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée pour notre salut dans les Lettres sacrées » a.
108
Cependant, la foi chrétienne n’est pas une « religion du Livre ». Le christianisme est la religion de la « Parole » de Dieu, « non d’un verbe écrit et muet, mais du Verbe incarné et vivant » a. Pour qu’elles ne restent pas lettre morte, il faut que le Christ, Parole éternelle du Dieu vivant, par l’Esprit Saint nous « ouvre l’esprit à l’intelligence des Écritures » 1.

III. L’Esprit Saint, interprète de l’Écriture

109
Dans l’Écriture Sainte, Dieu parle à l’homme à la manière des hommes. Pour bien interpréter l’Écriture, il faut donc être attentif à ce que les auteurs humains ont vraiment voulu affirmer et à ce que Dieu a bien voulu nous manifester par leurs paroles a.
110
Pour découvrir l’intention des auteurs sacrés, il faut tenir compte des conditions de leur temps et de leur culture, des « genres littéraires » en usage à cette époque, des manières de sentir, de parler et de raconter courantes en ce temps-là. « Car c’est de façon bien différente que la vérité se propose et s’exprime en des textes diversement historiques, en des textes, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d’autres genres d’expression » a.
111
Mais puisque l’Écriture Sainte est inspirée, il y a un autre principe de l’interprétation juste, non moins important que le précédent, et sans lequel l’Écriture demeurerait lettre morte : « La Sainte Écriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit qui la fit rédiger » a.
Le Concile Vatican II indique trois critères pour une interprétation de l’Écriture conforme à l’Esprit qui l’a inspirée b :
112
1. Porter une grande attention « au contenu et à l’unité de toute l’Écriture ». En effet, aussi différents que soient les livres qui la composent, l’Écriture est une en raison de l’unité§128 du dessein de Dieu§368, dont le Christ Jésus est le centre et le cœur, ouvert depuis sa Pâque 12.
Le cœur 12 du Christ désigne la Sainte Écriture qui fait connaître le cœur du Christ. Ce cœur était fermé avant la passion car l’Écriture était obscure. Mais l’Écriture a été ouverte après la passion, car ceux qui désormais en ont l’intelligence considèrent et discernent de quelle manière les prophéties doivent être interprétées 3.
113
2. Lire ensuite l’Écriture dans « la Tradition vivante de toute l’Église ». Selon un adage des Pères, la Sainte Écriture se lit bien plus dans le cœur de l’Église que dans les moyens matériels de son expression ab. En effet, l’Église porte dans sa Tradition la mémoire vivante de la Parole de Dieu, et c’est l’Esprit Saint§81 qui lui donne l’interprétation spirituelle de l’Écriture c.
114
3. Être attentif « à l’analogie de la foi » 1. Par « analogie de la foi§90 » nous entendons la cohésion des vérités de la foi entre elles et dans le projet total de la Révélation.

Les sens de l’Écriture

115
Selon une ancienne tradition, on peut distinguer deux sens de l’Écriture : le sens littéral et le sens spirituel, ce dernier étant subdivisé en sens allégorique, moral et anagogique. La concordance profonde des quatre sens assure toute sa richesse à la lecture vivante de l’Écriture dans l’Église :
116
Le sens littéral. C’est le sens signifié par les paroles de l’Écriture et découvert par l’exégèse qui suit les règles de la juste interprétation « Tous les sens de la Sainte Écriture trouvent leur appui dans le sens littéral » a.§110-114
117
Le sens spirituel. Grâce à l’unité du dessein de Dieu, non seulement le texte de l’Écriture, mais aussi les réalités§1101 et les événements dont il parle peuvent être des signes.
118
Un distique médiéval résume la signification des quatre sens : Le sens littéral enseigne les événements, l’allégorie ce qu’il faut croire, le sens moral ce qu’il faut faire, l’anagogie vers quoi il faut tendre a.
119
« Il appartient aux exégètes de s’efforcer, suivant ces règles, de pénétrer et d’exposer plus profondément le sens de la Sainte Écriture§113, afin que, par leurs études en quelque sorte préparatoires, mûrisse le jugement§94 de l’Église. Car tout ce qui concerne la manière d’interpréter l’Écriture est finalement soumis au jugement de l’Église, qui exerce le ministère et le mandat divinement reçus de garder la parole de Dieu et de l’interpréter » a :
Je ne croirais pas à l’Évangile, si l’autorité de l’Église catholique ne m’y poussait a.

IV. Le Canon des Écritures

120
C’est la Tradition apostolique qui a fait discerner à l’Église quels écrits devaient être comptés dans la liste des§117 Livres Saints a. Cette liste intégrale est appelée « Canon » des Écritures. Elle comporte pour l’Ancien Testament 46 (45, si l’on compte Jr et Lm ensemble) écrits et 27 pour le Nouveau b12 :

L’Ancien Testament

121
L’Ancien Testament est une partie inamissible de l’Écriture Sainte. Ses livres sont divinement inspirés et conservent§1093 une valeur permanente a car l’Ancienne Alliance n’a jamais été révoquée.
122
En effet, « l’Économie de l’Ancien Testament avait pour principale raison d’être de préparer l’avènement du Christ Sauveur du monde§702§763 ». « Bien qu’ils contiennent de l’imparfait et du provisoire », les livres de l’Ancien Testament témoignent de toute la divine pédagogie de l’amour salvifique§708 de Dieu : « En eux se trouvent de sublimes enseignements sur Dieu, une bienfaisante sagesse sur la vie humaine, d’admirables trésors de prière ; en eux§2568 enfin se tient caché le mystère de notre salut » a.
123
Les chrétiens vénèrent l’Ancien Testament comme vraie Parole de Dieu. L’Église a toujours vigoureusement repoussé l’idée de rejeter l’Ancien Testament sous prétexte que le Nouveau l’aurait rendu caduc (Marcionisme).

Le Nouveau Testament

124
« La Parole de Dieu qui est une force divine pour le salut de tout croyant, se présente dans les écrits du Nouveau Testament et sa puissance s’y manifeste de façon singulière » a. Ces écrits nous livrent la vérité définitive de la Révélation divine. Leur objet central est Jésus-Christ, le Fils de Dieu incarné, ses actes, ses enseignements, sa passion et sa glorification ainsi que les débuts de son Église sous l’action de l’Esprit Saint b.
125
Les Évangiles sont le cœur de toutes les Écritures « en tant qu’ils constituent le témoignage par excellence sur la vie§515 et sur l’enseignement du Verbe incarné, notre Sauveur » a.
126
Dans la formation des Évangiles§76 on peut distinguer trois étapes :
127
L’Évangile quadriforme occupe dans l’Église une place unique, témoins la vénération dont l’entoure la liturgie§1154 et l’attrait incomparable qu’il a exercé de tout§2705 temps sur les saints :
Il n’y a aucune doctrine qui soit meilleure, plus précieuse et plus splendide que le texte de l’Évangile. Voyez et retenez ce que notre Seigneur et Maître, le Christ, a enseigné par ses paroles et réalisé par ses actes a.
C’est par-dessus tout l’Évangile qui m’entretient pendant mes oraisons ; en lui je trouve tout ce qui est nécessaire à ma pauvre âme. J’y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux b.

L’unité de l’Ancien et du Nouveau Testament

128
L’Église, déjà aux temps apostoliques 1234, et puis constamment dans sa Tradition, a éclairé l’unité du plan divin dans les deux Testaments grâce à la typologie. Celle-ci discerne dans les œuvres§1094 de Dieu dans l’Ancienne Alliance des préfigurations de ce que Dieu a accompli dans la plénitude§489 des temps, en la personne de son Fils incarné.
129
Les chrétiens lisent donc l’Ancien Testament à la lumière§2055 du Christ§651 mort et ressuscité. Cette lecture typologique manifeste le contenu inépuisable de l’Ancien Testament. Elle ne doit pas faire oublier qu’il garde sa valeur propre de Révélation que Notre Seigneur§1968 lui-même a réaffirmée 1. Par ailleurs, le Nouveau Testament demande d’être lu aussi à la lumière de l’Ancien. La catéchèse chrétienne primitive y aura constamment recours 23. Selon un vieil adage, le Nouveau Testament est caché dans l’Ancien, alors que l’Ancien est dévoilé dans le Nouveau : « Le Nouveau se cache dans l’Ancien et dans le Nouveau l’Ancien se dévoile » ab.
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La typologie signifie le dynamisme vers l’accomplissement du plan divin quand « Dieu sera tout en tous » 1. Aussi la vocation des patriarches et l’Exode de l’Égypte, par exemple, ne perdent pas leur valeur propre dans le plan de Dieu, du fait qu’ils en sont en même temps des étapes intermédiaires.

V. La Sainte Écriture dans la vie de l’Église

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« La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu’elles constituent, pour l’Église, son point d’appui et sa vigueur et, pour les enfants de l’Église, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle » a. Il faut « que l’accès à la Sainte Écriture soit largement ouvert aux chrétiens » b.
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« Que l’étude§94 de la Sainte Écriture soit donc pour la sacrée théologie comme son âme. Que le ministère de la Parole, qui comprend la prédication pastorale, la catéchèse, et toute l’instruction chrétienne, où l’homélie liturgique doit avoir une place de choix, trouve, lui aussi, dans cette même Parole de l’Écriture, une saine nourriture et une saine vigueur » a.
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L’Église§1792 « exhorte instamment et spécialement tous les chrétiens [...] à acquérir, par la lecture fréquente des divines Écritures, ‘la science éminente de Jésus§2653-Christ’ 1. ‘En effet, ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ’ a » b.