Introduction
1 Dieu a voulu faire, en Jésus Christ, alliance avec l'humanité. Etre croyant, pour les chrétiens, c'est accueillir cette alliance destinée à tous les hommes. L'Eglise en est dépositaire, pour la faire connaître et appeler à y entrer.
Au coeur de cette mission, nous portons, comme évêques, une responsabilité particulière : celle de veiller à ce que la foi en Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, telle qu'elle est aujourd'hui professée et vécue par les communautés chrétiennes, soit conforme à la foi que les apôtres du Christ ont les premiers professée et vécue, jusqu'au martyre. Pour cela nous avons nous-mêmes à recevoir et à transmettre l'Evangile. "Dans l'exercice de leur charge d'enseigner, que les évêques annoncent aux hommes l'Evangile du Christ cette charge l'emporte sur les autres si importantes soient-elles et, dans la force de l'Esprit, qu'ils les appellent à la foi ou les confirment dans la foi vivante ; qu'ils leur proposent le mystère intégral du Christ, c'est-à-dire ces vérités qu'on ne peut ignorer sans ignorer le Christ lui-même, et qu'ils leur montrent de même la voie divinement révélée pour rendre gloire à Dieu et par là même obtenir le salut éternel." (CD 12).
2 Le présent catéchisme s'inscrit dans la mission de l'Eglise et dans l'exercice de notre responsabilité d'évêques. Il est d'abord destiné aux adultes catholiques de notre pays, et plus particulièrement encore aux catéchistes, qui concourent à la transmission de la Bonne Nouvelle et contribuent à l'éveil de la foi des enfants et des jeunes. Mais ce livre n'est pas réservé à un groupe déterminé et peut intéresser tous ceux et toutes celles qui désirent s'informer de ce que croient les catholiques.
3 L'Eglise qui naît à la Pentecôte du don de l'Esprit Saint est une Eglise dont le message est d'emblée annoncé dans la multiplicité des langues, puis exprimé, au long de l'histoire, dans la diversité des cultures. A cause de cela, l'Eglise a éprouvé et éprouve le besoin de redire toujours sa foi, reprenant, en des langues et en des cultures différentes, ce qu'elle a fidèlement tenu et professé au cours des siècles.
Cette tâche a été et demeure marquée d'une double exigence. Notre foi, c'est celle que nous recevons des apôtres. Elle ne se réduit pas aux colorations que peuvent lui donner les terrains sur lesquels elle se développe. Dire la foi, et la dire aujourd'hui, c'est la dire en totale fidélité à ce qu'ont proclamé les apôtres. En même temps, la Bonne Nouvelle est destinée à être " entendue " d'hommes et de femmes dont les conditions de vie, la mentalité, les attentes ne cessent d'évoluer. Dire la foi aujourd'hui, c'est s'adresser à des hommes et des femmes bien concrets, que Dieu se propose de rejoindre dans la réalité de leur humanité.
4 Or, nous savons suffisamment combien le paysage humain dans lequel nous vivons a pu se transformer, et continue encore de se modifier. La profondeur des mutations culturelles qui se sont produites en notre siècle (pensons seulement à l'informatique, au développement des médias, à la prolongation généralisée des études... ) fait apparaître plus nécessaire, ou plus souhaitable encore, une présentation renouvelée, en même temps que fidèle, de la foi de toujours.
Il ne faudrait d'ailleurs pas penser que le croyant n'a pas toujours eu à relever, d'une manière ou d'une autre, certains défis. La vraie foi n'est jamais le simple produit de la nature ou de la culture. Elle est don de Dieu et libre réponse du croyant à la Parole que Dieu lui adresse. Elle suppose toujours la conversion. Le croyant rencontre normalement la tentation, et d'abord celle du manque de foi, dont il est arrivé à Jésus de faire reproche à ses disciples.
5 Quelle que soit l'évaluation que l'on peut faire des mutations qui caractérisent notre époque, nous avons la responsabilité d'appeler nos contemporains à la foi en leur proposant l'Evangile. "Aux transformations profondes et complexes d'ordre culturel, politique, éthique et spirituel qui ont fini par donner au tissu social européen une configuration nouvelle, doit correspondre une nouvelle qualité d'évangélisation" (Jean Paul II au symposium des évêques européens, 2 janvier 1986). L'Esprit Saint suscite en nous le désir d'annoncer l'Evangile, et les hommes, dès leur plus jeune âge, ont droit à cette annonce. Nous-mêmes qui sommes chrétiens, nous avons à réentendre les appels de Dieu et ses promesses.
6 "Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur" (GS 1). Baptisés et croyants, c'est en étant nous-mêmes habités et traversés par les questions que porte avec lui le monde moderne que nous voulons dire à ce même monde le message de l'amour de Dieu. Nous n'avons pas à fuir ses questions et ses préoccupations, car nous savons que notre foi est capable de les affronter. Nous savons aussi que les lumières de cette foi intéressent la recherche commune des hommes et des femmes en quête de plus de vérité et de bonheur. Car la Révélation, en laquelle Dieu communique son propre mystère, est porteuse d'une nouvelle compréhension de l'homme, surtout quand il s'interroge sur lui-même. "L'Eglise sait parfaitement que son message est en accord avec le fond secret du coeur humain quand elle défend la dignité de la vocation de l'homme, et rend ainsi l'espoir à ceux qui n'osent plus croire à la grandeur de leur destin. Ce message, loin de diminuer l'homme, sert à son progrès en répandant lumière, vie et liberté et, en dehors de lui, rien ne peut combler le coeur humain. Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre coeur ne connaît aucun répit jusqu'à ce qu'il trouve son repos en toi." (GS 21).
En rendant compte par ce catéchisme de la foi qu'elle reçoit des apôtres, et qu'elle professe, l'Eglise a donc la conviction de répondre à l'attente profonde de tous ceux qui s'interrogent sur le sens du monde et sur celui de leur propre vie.
7 Notre ministère d'évêques nous met en contact avec ces nombreux chrétiens qui vivent heureusement sous la lumière de l'Evangile, ravivée par le concile Vatican II, et qui sont témoins de l'actualité de la Bonne Nouvelle. Ils le sont de bien des manières, dans une très grande diversité de situations sociales et culturelles, parfois laborieusement, avec l'impression d'aller à contre-courant, souvent aussi avec sérénité et confiance, au sein de véritables communautés où l'on s'encourage mutuellement à croire et à témoigner.
Mais les chrétiens pratiquants ne sont pas les seuls à s'intéresser à ce que représente l'Eglise en notre histoire et en notre société. Ils ne sont pas les seuls à aimer, à regarder, à visiter nos églises et nos cathédrales. La plupart des Français portent les noms des nombreux saints qui ont vécu chez nous au cours des siècles. Ce sont là des signes quand on explore la mémoire de notre peuple, comme d'ailleurs celle des peuples voisins, on y rencontre la foi chrétienne. Cette foi est souvent comme un feu qui couve sous la cendre.
Ce catéchisme voudrait permettre aux catholiques de mieux connaître les richesses variées de leur foi, les repères solides qu'elle propose. Ils continueront ainsi avec encore plus d'assurance et de joie la marche entreprise, en formant une Eglise de croyants et de témoins.
Plus largement, cet ouvrage voudrait aussi rendre compte, à tous ceux et à toutes celles qui le désirent, de "l'espérance qui est en nous" (cf. 1P 3,15).
8 Depuis longtemps nous sommes ceux sur qui tu n'exerces plus ta souveraineté, ceux sur qui ton nom n'est plus appelé. Ah ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais... Is 63,19
9 Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Par lui, tout s'est fait, et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée. Il était dans le monde, lui par qui le monde s'était fait, mais le monde ne l'a pas reconnu. Il est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçu. Mais tous ceux qui l'ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Dieu, personne ne l'a jamais vu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c'est lui qui a conduit à le connaître. Jn 1,1-5 Jn 1,10-12 Jn 1,18
10 Nous voudrions faire connaître la joie de croire en chrétien et la liberté que donne cette foi.
Aujourd'hui, il est vrai, la foi est mise au défi, d'abord par l'indifférence de beaucoup. Et pourtant la foi chrétienne continue de manifester dans la pratique de l'Église, en toutes ses dimensions, de la prière liturgique à l'attention aux exclus et aux petits, même si témoignage porté se montre, en plus d'un cas, inférieur à la parole angélique dont il se réclame.
Avant d'entreprendre cette traversée au long cours que représente un exposé de la foi catholique, il convient de relever ces petits mots situés au début et à la fin de la formulation de base qui en donnée dans le Credo : "Je crois... Amen !" Ces mots relient semble de ce qui est proclamé et qualifient très précisément la nature de cette proclamation, devant Dieu et devant les hommes : une parole tout ensemble d'adhésion et de reconnaissance.
11 Plusieurs tâches ici nous attendent. Montrer d'abord comment l'acte de croire est un acte humain tout à fait fondamental. Puis nous orienter à travers les démarches qui tantôt se tournent vers Dieu, tantôt le refusent. Quand les hommes disent "Dieu", que disent-ils donc ? La question est si vitale qu'elle ne souffre pas d'ambiguïtés. Dieu ne se laisse pas confondre avec l'idole, qui aliène l'homme.
Nous aurons alors à esquisser ce qui sera ensuite développé tout au long de l'exposé : comment, dans la Révélation (c'est-à-dire l'Ancien et le Nouveau Testament : l'histoire d'Israël, elle-même accomplie et ouverte par l'événement décisif de la vie, de la mort, de la résurrection de Jésus Christ), c'est Dieu lui-même qui se fait connaître et reconnaître, et invite à vivre de son Esprit, pour le salut du monde. Par cette Révélation l'homme est ressaisi et libéré en tout son être, dans son coeur et dans son intelligence. En même temps, elle le dépasse infiniment et le transforme.
Nous aurons à indiquer enfin ce que cela change de croire en chrétien. Dans ce but, nous regarderons avec courage et sérénité les difficultés rencontrées pour vivre la foi dans le monde d'aujourd'hui.
