Parents et enfants
560 La famille revêt un certain caractère sacré. Un lien existe entre la "piété" envers Dieu, "le Père, qui est la source de toute paternité au ciel et sur la terre" (Ep 3,15), et la "piété" filiale. La vie est reçue de Dieu, Créateur, et des parents, procréateurs. Tout homme doit manifester à ses parents reconnaissance, respect, amour. Il les entoure de prévenance et de soins dans leurs vieux jours. Ne pas les honorer, c'est se déshonorer soi-même.
Les manifestations de l'honneur rendu aux parents varient avec l'âge et les cultures. L'obéissance plus docile chez les enfants se mue en dialogue chez les jeunes adultes. Sans cette mutation il n'y a pas de véritable éducation à la liberté.
Devenus parents à leur tour, les enfants permettront à leurs parents de jouer leur rôle de grands-parents. Ces relations peuvent être difficiles, mais respect et charité doivent être un souci constant pour éviter en particulier que les grands-parents soient laissés pour compte ou réduits ici ou là au rôle de "gardes d'enfants".
Aujourd'hui la famille tend à se restreindre au couple parental avec ses enfants. Tout y conduit : l'habitat, la voiture et le décalage de mentalité des générations, accentué dans les temps de crise.
561 Les parents, pour leur part, ont également des devoirs envers leurs enfants. Ils leur prodiguent affection et soins. Ils veillent à leur éducation. Les enfants ont besoin des exigences de leurs parents autant que de leur tendresse. Ce serait les desservir que d'obéir à leurs caprices au nom d'un amour mal éclairé.
Premiers éducateurs de leurs enfants, les parents leur proposent le meilleur d'eux-mêmes, donc leur foi. Respectueux de la vocation propre de leurs enfants, ils devront parfois renoncer aux rêves qu'ils formaient pour eux. Ils auront même souvent à accompagner des comportements d'enfants prodigues, sans s'en faire les complices. L'équilibre est difficile à trouver parfois entre les justes exigences de l'éducation et la nécessaire acceptation des distances et des espaces de liberté, quand les enfants grandissent. Cela peut être particulièrement difficile dans le domaine de la foi. Les enfants, de leur côté, apprendront à ne pas idéaliser leurs parents et à les aimer pour eux-mêmes, tels qu'ils sont.
Famille : matrice et berceau
562 La famille est la matrice de la personne et le berceau de la société. Dans une famille stable, basée sur l'amour des conjoints, sur la fidélité et sur une fécondité sans égoïsme, mais aussi sur l'hospitalité et le sens de la responsabilité sociale, l'enfant a le maximum de chances de grandir d'une manière à peu près équilibrée.
S'il est réellement aimé, il peut plus facilement s'aimer lui-même et aimer les autres. Dans la famille, surtout s'il a des frères et soeurs, il se situe à sa place, non point comme le centre de tout, mais comme un parmi les autres, qu'il apprend à reconnaître comme des frères. Alors il trouvera plus facilement sa place dans la communauté humaine en respectant les droits des autres. Porté par une famille, il peut découvrir son histoire, l'histoire des siens, l'histoire des hommes, la tradition familiale et nationale, sans s'y laisser enfermer. Aimé pour lui-même, il trouve près de ses parents une aide pour se structurer comme personne, se fortifier, construire des projets, joignant ainsi harmonieusement tradition et créativité.
Les conflits sont inévitables mais, dans cet environnement familial fait d'amour et d'exigence, l'enfant apprendra à les surmonter sans trop de difficultés. Dans ce climat, il apprendra aussi la gratuité et le pardon nécessaires à toute vie sociale.
563 La famille ne se suffit pas à elle-même. Selon la loi de la vie et de l'Évangile, elle refuse de se replier sur elle-même. A elle seule, elle ne peut assurer le bonheur des enfants. Devenus adultes, les enfants la quittent : "L'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme" ([Gn 2,24). Le départ des enfants est souvent un sacrifice pour les parents. Mais la famille s'accomplit dans l'acceptation de ce départ. Ce qu'elle réalise aussi en acceptant les vocations religieuses et sacerdotales qui naissent en son sein.
C'est pourquoi tout ce qui tend à désintégrer le mariage et la famille dessert le bien commun d'une société. Les atteintes à la famille sont multiples : concubinage, divorce, avortement, mentalité contraceptive, etc. Ces différentes attitudes n'ont pas toutes la même portée morale, mais elle atteignent toutes gravement la communauté familiale et, partant, l'équilibre et le bien commun de la société tout entière.
La société civile et les pouvoirs publics ont le devoir de mener une politique familiale positive. Ils gagneraient à s'inspirer des indications rappelées dans la "Charte des droits de la famille" par le pape Jean-Paul II pour défendre les droits inviolables de celle-ci, les droits des personnes et les conditions de leur épanouissement (cf. FC 46).
Église à la maison
564 La famille chrétienne est le lieu où les valeurs évangéliques naissent, comme naturellement. L'enfant y est accueilli inconditionnellement. Sa faiblesse désarme les "grands" et devient ainsi une force. La famille est le lieu de l'amour, de la fidélité et du pardon.
Ressaisie par la grâce du Christ, dans le sacrement du mariage, sacrement de l'Alliance, la famille est transfigurée, au point de devenir une cellule d'Église, "comme une Église domestique" ([LG 11) ou "un sanctuaire de l'Église à la maison" (AA 11).
Mais si l'Évangile valorise la famille en la faisant reposer sur un sacrement, il la relativise en refusant d'en faire une fin en soi. Le Christ invite en effet ses disciples à quitter maisons, frères, soeurs, père, mère, enfants ou terre, à cause de son nom (cf. Mt 19,29). Il y a quelque chose de plus important que le lien familial : le lien établi directement par le Seigneur avec chacun d'entre nous.
Familles blessées
565 Les familles qui vivent sans trop de difficultés témoignent de la grandeur de l'amour humain. Mais elles doivent le faire humblement en sachant en rendre grâce à Dieu : tant de personnes souhaiteraient une telle harmonie. Quelles que soient les causes et les responsabilités, beaucoup, en effet, appartiennent aujourd'hui à des familles blessées ou divisées. Le plus souvent ces personnes gardent dans leur détresse un ferme attachement à certaines valeurs essentielles, comme l'amour de leurs enfants et la solidarité. Elles ne doivent pas se sentir exclues de l'Église même si, dans certains cas, elles ne peuvent s'approcher des sacrements. Leur situation doit susciter, notamment chez leurs proches, une véritable entraide. On n'oubliera pas non plus l'état violent imposé à beaucoup de familles d'immigrés chez qui les valeurs familiale ! s so nt importantes. Aussi appellent-elles à l'action pour résoudre ou du moins alléger les problèmes posés, par exemple, par la séparation professionnelle des conjoints.
