Si donc nous voulons considérer la Largeur de l'Ecriture Sainte, de prime abord l’Ecriture Sainte se présente à nous divisée en deux testaments, l’ancien et le nouveau.
L’Ancien Testament présente de multiples livres les livres légaux, historiques, sapientiaux et prophétiques. Les premiers sont au nombre de cinq, les deuxièmes au nombre de dix, les troisièmes au nombre de cinq et les quatrièmes au nombre de six, ce qui fait en tout vingt-six.
Le Nouveau Testament possède semblablement des livres correspondant à ces quatre formes. Aux légaux correspondent les Evangiles, aux historiques les Actes des Apôtres, aux sapientiaux les Epîtres des Apôtres et surtout de Paul, aux prophétiques l’Apocalypse. Ainsi y a-t-il une admirable conformité entre l’Ancien et le Nouveau Testament non seulement quant au contenu des sens, mais aussi quant à quadruple forme des parties. En figure et signification de ceci, Ezéchiel a vu les roues des quatre visages et les roues au milieu l’une de l’autre, car l’Ancien est dans le Nouveau et inversement. Dans les livres légaux et les évangiles est la face du lion, à cause de l’éminence de l’autorité ; dans les livres historiques, la face du boeuf, à cause des exemples de puissance ; dans les livres sapientiaux la face de l’homme, à cause de la sage prudence ; dans les livres prophétiques la face de l’aigle, à cause de l’intelligence perspicace.
La sainte Ecriture Sainte est à juste titre divisée en Ancien et Nouveau Testament et non en théorique et pratique, comme la philosophie. Car, puisque l’Ecriture Sainte est fondée en propre sur la connaissance de foi qui est vertu et fondement des moeurs et de la justice et de toute vie droite, la connaissance des choses ou des données de la foi ne peut en elle être séparée de la connaissance des moeurs. Il en est autrement de la philosophie qui traite non seule ment de la vérité des moeurs, mais aussi du vrai considéré dans la pure spéculation. Donc, parce que l’Ecriture Sainte est connaissance poussant au bien et détournant du mal et ceci par crainte et amour, elle est divisée en deux testaments dont « toute la différence est la crainte et l’amour ».
Or, on peut être poussé au bien et détourné du mal de quatre manières différentes, par les préceptes de la toute-puissante majesté, par les enseignements de la vérité très sage, par les exemples et les bienfaits de la bonté sans faille ou par toutes ces choses rassemblées. Donc, dans le Nouveau comme dans l’Ancien Testament, nous sont donnés sous quatre formes les livres contenait l'Ecriture Sainte, en conformité des quatre prémisses. Les livres légaux nous entraînent par les préceptes de la toute-puissante majesté, les livres historiques par les exemples de la bonté sans faille, les livres sapientiaux par les enseignements de la vérité providentielle, les livres prophétiques par le rassemblement de toutes ces formes, ainsi qu’il y apparaît. Ils sont donc comme les mémoriaux de toute la sagesse et de toute la doctrine de la loi.
L’Ecriture Sainte est donc semblable à un large fleuve qui s’accroît sans cesse de l’apport d’eaux nombreuses au fur et à mesure qu’il coule. Il y eut d’abord dans l’Ecriture Sainte les livres légaux, puis survint l’eau de la sagesse des livres historiques, ensuite la doctrine du très sage Salomon, puis la doctrine des saints Prophètes. Enfin, la doctrine évangélique a été révélée, proférée par la bouche corporelle du Christ, consignée par les Evangélistes, divulguée par les Apôtres. Il faut y ajouter les enseignements que l’Esprit Saint en venant sur eux nous a, par eux, enseignés, de sorte qu’ainsi conduits vers la vérité tout entière, par l’Esprit Saint selon la promesse divine, ils donnent à l’Eglise du Christ la doctrine de toute vérité salutaire et répandent en parachevant l'Ecriture Sainte, la connaissance de la vérité.
