Résumé de la matière
Dieu a fait tous les anges bons se situant cependant entre lui, souverain bien, et le bien relatif qui est celui de la créature : de sorte que s’ils se tournent à aimer ce qui est au-dessus d’eux, ils s’élèvent à l’état de grâce et de gloire. Si, par contre, ils se tournent vers le bien relatif qui est au-dessous d’eux, ils se ruent vers le mal de la faute et de la peine, car il n’y a as de honte du péché sans la parure de la justice.
Lucifer, premier entre les anges, présumant d’un bien personnel, a désiré une puissance personnelle en voulant surpasser les autres. Il tombe donc avec tous ceux qui pensaient comme lui. En tombant, il est devenu impénitent, obstiné, aveuglé, exclu de la contemplation de Dieu, désordonné dans l’agir, cher chant de toutes ses forces à faire tomber l’homme par de multiples tentations.
Explication
Le premier principe étant souverainement bon, ne fait rien qui ne soit bon, parce que du bien ne procède que le bien. Cependant, ce qui est créé par lui, par ce fait, lui est inférieur et donc ne peut être le souverain bien. L’ange fut donc créé bon par Dieu, mais pas souverainement bon. Il pouvait cependant achever sa perfection en tendant par amour vers le souverain bien.
Et parce que, par le libre-arbitre de sa volonté, il pouvait tendre vers le souverain bien ou se tourner vers un bien personnel, Lucifer, excité par la considération de sa beauté et de sa grandeur, à s’aimer lui-même et à aimer son bien personnel, présuma de sa grandeur, désira une puissance propre qu’il n’avait pas. Par là, en présumant ainsi, il se constitua à lui-même son principe en se glorifiant lui-même ; et en désirant ainsi, il se Constitua à lui-même son souverain bien, en se reposant sur lui-même. Comme il n’était ni le souverain principe, ni le souverain bien, il fallait que par Cette ascension désordonnée, il tombât et, pour la même raison, tous ceux qui pensaient comme lui.
Et parce qu’il n’y a pas de honte du péché sans la parure de la justice, aussitôt donc, en tombant dans le péché et avec lui, ses semblables, il perdit sa place souveraine, l’empyrée, descendant au plus bas, dans l’air obscur, dans l’enfer, de sorte que sa chute dans le péché étant l’oeuvre de son libre-arbitre, sa chute dans la peine fut l’oeuvre du juge ment divin. Et parce qu’il possédait l’immutabilité après le choix, il devint immédiatement obstiné dans le mal, et par là, aveuglé et ne voyant plus le vrai, désordonné dans son action et affaibli dans sa puissance. Sa volonté impie et son action détournée de Dieu, se tournèrent vers la haine et l’envie de l’homme. La perspicacité de sa raison, privée de la vraie lumière, se tourna vers les tromperies par les divinations et les impostures. Son office personnel éloigné du vrai service se tourna vers les tentations. Sa virtuosité amoindrie et rapetissée s’est tournée, autant qu’il est permis, vers les merveilles qu’il opère par des transmutations secrètes sur les créatures corporelles. Or, parce que toutes ces choses sont désordonnées par la volonté que l’orgueil a dépravée, il les convertit toutes à exciter sa superbe, cherchant à être révéré et admiré par les hommes à l’instar de Dieu. De là vient qu’il fait mal toutes choses Cependant Dieu juste le permet maintenant pour le châtiment des méchants et la gloire des bons, ainsi qu’il apparaîtra au jugement dernier.
