Résumé de la matière
  ;Voici, selon les documents des saints docteurs, l’expression catholique de cette foi : quand on parle des personnes divines,
— il y a deux modes de prédication, soit quant à la substance, soit quant à la relation ; trois modes de supposition on vise l’essence, ou la personne, ou la notion ;
— quatre modes de désignation de la substance, par le nom d’essence, par le nom de substance, par le nom de personne, et par le nom d’hypostase ;
— cinq modes de parler, quis (la personne), qui (le suppôt), quae (la notion), quod (la substance) et quid (la quiddité).
— trois modes de différenciation : différence dans la façon d’exister (c’est-à-dire selon l’origine), différence dans la situation (relative ou non), différence dans la connaissance que nous en avons.
Explication
Le premier principe est parfait en même temps que très simple. Tout ce qui implique une perfection doit être affirmé de lui proprement et vraiment. Mais on ne peut affirmer à son sujet quoi que ce soit qui comporte quelqu’imperfection, à moins que cette affirmation ne concerne la nature humaine assumée (par le Verbe), ou qu’on ne veuille parler dans un sens métaphorique.
Il y a dix catégories, la substance, la quantité, la relation, la qualité, l’action, la passion, le lieu, le temps, la situation et l’avoir Les cinq dernières, parce qu’elles concernent en propre les choses corporelles ou sujettes au changement, ne peu vent être attribuées à Dieu sinon par transposition et par manière de figure. Mais les cinq premières sont attribuées à Dieu en ce qu’elles signifient sa perfection sans cependant contrarier sa simplicité divine. C’est pourquoi ces catégories sont identiquement ce dont elles sont affirmées ; et ainsi, par comparaison avec le sujet en qui elles sont, on dit qu’elles passent dans la substance en s’identifiant avec elle, sauf cependant la relation. Celle-ci en effet a deux termes de comparaison, le sujet en qui elle se trouve et le terme auquel elle se rapporte. Elle passe, en effet, dans la substance pour ne pas y introduire de composition, et néanmoins de meure pour fonder la distinction. C’est pourquoi (selon Boèce) « l’unité réside dans la substance, et la Trinité trouve son nombre dans la relation ».
En conséquence, il ne reste ici que deux modes différents de prédication, dont on peut donner la règle Suivante :
— ce qui est affirmé selon la substance est affirmé par le fait même de toutes les personnes, une, à une, ensemble ou isolément.
— ce qui est affirmé selon la relation n’est pas affirmé des trois personnes, et i on l’affirme de plus d’une, pluralement, c’est en tant qu’elles sont relatives, distinctes, semblables, égales, à cause de leur relation intrinsèque.
— Quant au nom de Trinité, il comprend à la fois les deux modes de prédication, selon la substance et selon la relation
Et parce qu’il peut y avoir plusieurs relations dans une seule personne comme il y a plu sieurs personnes dans une seule nature, la distinction des notions n’implique pas la diversification de la personne dont on parie, pas plus que la distinction des personnes n’entraîne la multiplication de la nature. Et c’est pourquoi ne convient pas à l’essence ce qui convient à la notion ou à la personne, ni inversement. En conséquence de quoi, il y a trois façons de « supposer » dont on a coutume de donner la règle suivante :
— Si l’on suppose l’essence, on ne suppose pas en même temps la notion ni la personne ;
— si l’on suppose la notion, on ne suppose pas en même temps l’essence ni la personne ;
— si l’on suppose la personne, on ne suppose pas en même temps l’essence ni la notion ; comme le montrent les exemples.
  ;Tandis que l’essence demeure unique, on trouve une vraie distinction dans les suppôts de la substance. Il faut donc qu’ici la substance soit désignée de plusieurs façons, soit en tant qu’elle est communicable, soit en tant qu’incommunicable.
En tant qu’elle est communicable, on la désigne dans l’abstrait par le nom d’essence, et dans le concret par le nom de substance ; en tant qu’in communicable, soit par le nom d’hypostase, si elle est susceptible de distinction, soit par le nom de personne, si elle est effectivement distincte. Ou bien, en d’autres termes, si elle est distincte de quelque façon, c’est l’hypostase, si elle est claire ment et parfaitement distincte, c’est la personne. Voici des exemples tirés de la créature : humanité, homme, un certain homme, Pierre. Le premier mot dit l’essence, le deuxième la substance, le troisième l’hypostase, le quatrième la personne.
Dans la personne qui est distinguée, on ne considère pas seulement celui qui est distingué, mais aussi ce par quoi il est distinct. C’est la propriété ou notion. Il y a donc nécessairement cinq manières de parler ou de s’enquérir des personnes divines : quis pour la personne, qui pour l’hypostase parce qu’elle est, sans plus de précision, le suppôt de la substance, quae pour la notion, quod pour la substance, quid ou quo pour l’essence.
Tous ces modes s’enracinent dans l’unité de l’essence divine, car tout ce qui est en Dieu est Dieu lui-même seul et un Ces modes ne posent donc ici de différence ni selon l’essence, ni selon l’être.
C’est pourquoi il y a en Dieu que trois manières de se différencier, selon les modes d’être ou d’émaner, ainsi une personne diffère-t-elle d’une personne ; selon les modes d’être en relation, ainsi la personne diffère de l’essence car une personne se réfère à une autre, elle en est donc distinguée, mais l’essence ne se réfère pas à une autre, il n’y a donc pas lieu à distinction ; enfin selon les modes dont nous pensons Dieu, ainsi une propriété substantielle diffère d’une autre, par exemple la bonté et la sagesse.
La première différence est la plus grande qui puisse être trouvée en Dieu, c’est celle qu’il y a entre les suppôts, au point que l’un ne peut être nommé pour l’autre. La deuxième différence est plus petite car elle est entre les attributs, bien que l’un d’eux puisse être affirmé d’un autre, comme la personne peut l’être de l’essence, quelque chose cependant est affirmé de l’un qui ne l’est pas de l’autre, par exemple : la personne est distincte et relative à une autre personne, l’essence non.
La troisième différence, celle qui est dans les connotés, est la plus petite. Car même si l’on peut employer l’un pour l’autre et réciproquement, et dire la même chose de l’un et de l’autre, cependant la même chose n’est pas connotée de part et d’autre et tout te qui est signifié par deux connotés ne peut pas être compris à la lumière d’un seul.
Du premier mode de différenciation sort la pluralité des personnes ; du deuxième mode, la pluralité des affirmations concernant la substance et les relations ; du troisième mode, la pluralité des propriétés essentielles et des notions, soit de toute éternité, soit dans le temps, soit proprement, soit métaphoriquement, soit communément, soit par appropriation Les exemples en sont manifestes. Si l’on comprend ceci, alors apparaît ce qu’il faut penser et comment il faut parler de la souveraine Trinité des personnes divines.
