Tome 3 · Les Moyens de sanctification · Leçon 2
La prière
Plan de la leçon 7 parties
- I. La Prière. Définition. Espèces
- II. Nécessité de la Prière. Objections. Temps où le précepte de la prière est obligatoire
- III. Efficacité de la prière. Conditions requises
- IV. Objet et Sujet de la Prière
- V. Les deux principales Formules de Prière
- VI. Analyse de l'Oraison dominicale
- VII. Analyse de la Salutation angélique
Prière, a) Entendue dans un sens large, la prière est généralement définie : une élévation de notre âme Vers Dieu pour l'adorer, le remercier, lui demander pardon et implorer ses grâces. — b) Dans un sens restreint, le mot prière (latin « precari » supplier, demander avec instance) signifie la demande d'une grâce. Dans la leçon, le mot est entendu dans les deux sens. Mais les objections des adversaires portent sur la prière, prise dans son sens restreint (N° 328).
Oraison dominicale. — A. Le mot oraison (latin « oratio » discours, prière) a gardé les deux sens du mot latin. Il signifie : — a) discours : « Les oraisons funèbres » de Bossuet ; — b) prière ou invocation adressée à Dieu ou aux saints. B. Dominicale (lat. « dominus » Seigneur). Prière enseignée par Notre-Seigneur à ses disciples. Elle est connue encore sous les noms de Pater et Notre Père, du premier mot par lequel elle commence en latin ou en français.
Salutation angélique. — A. Salutation : acte de déférence par lequel on aborde une personne.
B. Angélique. Prière ainsi appelée, parce qu'elle débute par les paroles de l'ange Gabriel à Marie lorsqu'il lui annonça le mystère de l'Incarnation. On l'appelle aussi « Ave Maria » et « Je vous salue Marie » du premier mot de la prière.
I. La Prière. Définition. Espèces.
1° Définition.
La prière est une élévation de notre âme vers Dieu pour lui rendre nos hommages, et pour lui demander les choses dont noua avons besoin.
Ainsi entendue, la prière poursuit un double but : — a) Elle remplit un devoir de culte. Rendre nos hommages à Dieu, c'est l'adorer, c'est le remercier de ses bienfaits, et c'est en même temps implorer notre pardon pour les fautes que nous avons commises. — b) Le second but concerne les intérêts de notre âme : par la prière, nous demandons à Dieu ce qui nous est nécessaire pour faire notre salut. Bien que ce second objectif de la prière paraisse indépendant du premier, il s'y rattache cependant par un lien qu'il n'est pas difficile d'apercevoir. En effet, solliciter de Dieu une grâce, n'est-ce pas reconnaître, d'un côté, sa puissance et, de l'autre, notre faiblesse ? La prière, considérée à ce point de vue, est donc un acte de soumission et de dépendance, et partant, un acte d'adoration.
2° Espèces.
La prière est : — a) mentale, quand elle est faite au fond du cœur et qu'elle n'est pas exprimée par des paroles. Cette forme de prière s'appelle aussi oraison mentale et méditation ; elle est un acte de l'intelligence et de la volonté. L'intelligence réfléchit sur les choses de Dieu, sur les vérités de la foi ; elle pense aux grâces dont l'âme a besoin et aux moyens de les obtenir. La volonté fait des applications pieuses et prend de saintes résolutions ; — b ) vocale, quand les pensées de l'esprit et les dispositions intérieures de l'âme se traduisent par des paroles. La prière vocale se subdivise en : — 1. prière privée, si nous la faisons en notre propre nom, soit que nous priions seuls ou même en commun, par exemple, en famille ; et — 2. en prière publique, quand elle est faite, au nom et par l'autorité de l'Église, par un ministre délégué à cet effet : ainsi la célébration de la Messe, la récitation du bréviaire sont des prières publiques.
II. Nécessité de la Prière. Objections. Temps où le précepte de la prière est obligatoire.
1° Nécessité de la prière.
D'après la doctrine catholique, la prière est nécessaire à tous les adultes, de nécessité de précepte, et même de nécessité de moyen, du moins d'après les lois ordinaires de la Providence. — a) Si nous envisageons la prière au sens large et comme acte d'adoration, la chose est évidente : le précepte : « Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu », est formel. — b) Si nous considérons la prière, en tant que demande des choses dont nous avons besoin, le précepte découle : — 1. de l’enseignement et de l'exemple de Notre-Seigneur ; — 1) de son enseignement : « Demandez et vous recevrez » (Mat., VII, 7). « Veillez et priez, afin que vous n'entriez pas en tentation » (Mat., XXVI, 41). Ces paroles indiquent bien que la prière est le seul moyen efficace d'obtenir la grâce et de vaincre les tentations ; — 2) de son exemple. Notre-Seigneur ne s'est pas contenté de formuler le précepte de la prière ; il a voulu donner l'exemple : il a prié pour ses amis, pour les Apôtres ; il a même .prié pour ses ennemis : « Mon Père pardonnez-leur, dit-il sûr la croix en regardant ses bourreaux, car ils ne savent ce qu'ils font » (Luc, XXIII, 34) ; — 2. le précepte découle encore de l'enseignement des Apôtres et des Pères de l'Église. Les Apôtres ordonnent aux fidèles d'être « assidus à la prière » (Rom., XII, 12). Les Pères de l'Église ont suivi la même doctrine et ils attribuent la victoire sur les tentations à l'influence de la prière persévérante. — 3. La raison admet comme une chose naturelle que celui qui a besoin d'une grâce se tourne vers celui qui peut la lui accorder et la sollicite de sa bonté, plein de foi, de confiance et d'humilité.
2° Objections.
La prière, en tant que demande, a deux classes d'adversaires : les quiétistes et les rationalistes. — A, Les QUIÉTISTES prétendent que la prière est un acte imparfait, qu'elle est en contradiction avec le pur amour de Dieu, auquel les âmes doivent tendre, la perfection consistant à se désintéresser de son salut et à se conformer à la volonté divine, quelle qu'elle soit. — B. Les RATIONALISTES allèguent deux raisons principales pour combattre la prière : — a) Ils objectent tout d'abord que Dieu est immuable, qu'il régit l'univers par des lois générales, et que dès lors, il est insensé de lui demander de bouleverser ses plans, de défaire son œuvre, en un mot, de violer les lois de la nature pour obéir aux caprices de notre volonté mobile. — b) A supposer même que Dieu veuille changer ses plans, — si la chose était possible et ne répugnait pas à sa sagesse infinie, — la prière serait toujours superflue. Ne connaît-il pas nos besoins aussi bien que nous ? S'il juge qu'il convient de nous accorder les faveurs que nous sollicitons, pourquoi ne pas laisser à sa bonté le mérite d'être spontanée ?
Réponse. — A. Aux QUIÉTISTES qui ne sont pas des adversaires de notre religion, il est facile de répondre qu'un acte commandé par Notre-Seigneur, et dont les Pères de l'Église ont été unanimes à proclamer l'utilité, ne saurait être un acte imparfait. D'ailleurs, par la prière, nous ne demandons pas à Dieu de se conformer à notre volonté, mais nous nous conformons à la sienne en lui demandant les grâces qu'il veut que nous obtenions par ce moyen.
B. Aux RATIONALISTES, la doctrine catholique répond : — a) que le but de la prière n'est pas de changer les décrets éternels de Dieu qui sont immuables, mais tout simplement d'obtenir, grâce à la prière que Dieu a prévue de toute éternité, les biens spirituels que nous demandons et même les biens temporels lorsqu'ils peuvent servir à notre salut. — b) II ne faut pas alléguer non plus que la prière est inutile parce que Dieu connaît nos besoins, car nous ne prions pas pour informer Dieu, mais pour obtenir, par notre humilité, et notre confiance, les biens que nous demandons.
3° Le temps où le précepte de la prière est obligatoire.
Notre-Seigneur recommande de « prier toujours et sans se lasser » (Luc, XVIII, 1). Saint Paul dit que noua devons être « assidus à la prière » (Rom., XII, 12), « qu'il faut prier sans cesse » (I Thess., V, 17). De ces exhortations instantes, nous pouvons conclure que la prière fréquente nous est recommandée comme un devoir. Mais quand s'impose-t-elle comme une obligation grave il est difficile de le déterminer.— a) Sans aucun doute, il faut prier dans les tentations : « Priez, dit Notre-Seigneur à ses disciples, pour ne pas entrer en tentation » (Mat., XXVI, 41). — b) II y a, en outre, — sinon obligation stricte, — au moins grande utilité à prier tous les jours, matin et soir ; le matin, afin de demander les grâces nécessaires pour la journée ; le soir, pour remercier Dieu des bienfaits reçus et implorer le pardon des fautes commises. — b) II convient encore de prier quand on doit recevoir un sacrement et à plus forte raison, quand on est en danger de mort.
Nota. — Il importe peu d'ailleurs que la prière soit vocale ou mentale, qu'elle s'exprime en longues formules ou qu'elle soit une simple oraison jaculatoire, c'est-à-dire un élan rapide de notre âme vers Dieu, ou une contemplation muette des perfections divines. Ce qui est essentiel c'est qu'elle sorte du fond du cœur, car la prière vocale ne vaut que par la prière mentale ; autrement, elle ne serait qu'un vain son qui frappe l'air, une formule vide et sans valeur.
III. Efficacité de la prière. Conditions requises.
La prière a un triple effet. Elle est : —
- méritoire, c'est-à-dire qu'elle peut obtenir la grâce sanctifiante et son augmentation, du moment que l'on pose les conditions requises pour le mérite (N° 324) ; — .
- satisfactoire. Comme la prière est avant tout un acte d'humilité, elle a la vertu d'expier pour nos fautes ; — .
- impétratoire, en tant qu'elle a la vertu de nous obtenir les grâces actuelles que nous demandons. Il va de soi cependant qu'à ce point de vue, la prière, considérée en soi, ne peut avoir une efficacité absolue, puisque Dieu reste toujours libre de ses dons ; mais elle a du moins une efficacité morale. Sur quoi repose cette efficacité et quelles en sont les conditions, c'est ce que nous allons voir.
impétratoire, en tant qu'elle a la vertu de nous obtenir les grâces actuelles que nous demandons. Il va de soi cependant qu'à ce point de vue, la prière, considérée en soi, ne peut avoir une efficacité absolue, puisque Dieu reste toujours libre de ses dons ; mais elle a du moins une efficacité morale. Sur quoi repose cette efficacité et quelles en sont les conditions, c'est ce que nous allons voir.
1° Efficacité de la prière.
L'efficacité de la prière nous est démontrée : A. PAR LA SAINTE ÉCRITURE. Elle repose sur les paroles de Notre-Seigneur : « Demandez et vous recevrez... Qui de vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre1 ? Ou, s'il lui demande un poisson, lui donnera un serpent ? Si donc vous, tout méchants que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il ce qui est bon à ceux qui le prient ! » (Mat., VII, 7-11). Ailleurs, il promet d'exaucer toutes les prières faites en son nom : « Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, je le ferai afin que le Père soit glorifié dans son Fils » (Jean, XIV, 13). Conformément à ces promesses, Notre-Seigneur nous montre, sous forme de parabole, le publicain justifié par son humble prière (Luc, XVIII, 14). Au bon larron qui se tourne vers lui avec confiance il promet le ciel (Luc, XXIII, 43).
B. PAR LA TRADITION. — : Les Pères de l'Église parlent souvent des effets de la prière. Plusieurs même, comme Tertullien et saint Grégoire de Nysse, ont écrit des traités complets sur ce sujet, « La prière, dit saint Augustin, est la force de l'homme. » Saint Bernard déclare qu'il n'y a rien de plus puissant qu'un homme qui prie.
2° Conditions requises.
Pour être complètement efficace, la prière requiert : l'état de grâce, l'attention, l'humilité, la confiance et la persévérance.
A. L'ÉTAT DE GRÂCE. — La première condition pour obtenir une chose de quelqu'un, c'est d'être son ami. Or, l'on ne peut être l'ami de Dieu que si l'on est en état de grâce. Cela ne veut pas dire que les prières des pécheurs ne puissent être, elles aussi, exaucées, comme nous l'avons vu par l'exemple du publicain et du bon larron, mais elles ne le sont que grâce à la pure miséricorde divine.
B. L'ATTENTION. — Ce serait une dérision de demander à Dieu d'écouter une prière à laquelle nous ne prêtons pas nous-mêmes attention. Il pourrait alors nous adresser ce reproche qui a été fait airs Pharisiens : « Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi » (Mat., XV, 8). Quand nous prions, il faut donc que notre esprit pense aux choses que notre bouche exprime, il faut que nous apportions : — a) l'attention extérieure par laquelle nous bannissons toute action incompatible avec la prière. Toutefois, on ne saurait accuser d'irrévérence celui qui, priant au milieu de son travail, a forcément de nombreuses distractions ; — b) l'attention intérieure par laquelle nous éloignons de notre pensée toute préoccupation étrangère. Les distractions volontaires, consenties sans raison suffisante, sont des péchés véniels, même dans les prières qui ne sont pas de précepte. Elles ne suppriment pas cependant toute la valeur de la prière et n'empêchent pas que Dieu puisse, quand même, l'exaucer. Les distractions involontaires, aussi fréquentes qu'elles puissent être, ne constituent aucun péché.
C. L'HUMILITÉ. — l'humilité est une des conditions essentielles de la prière, car « Dieu résiste aux orgueilleux et il donne sa grâce aux humbles » (Jacques, IV, 6). La parabole qui nous montre l'humble prière du publicain exaucée, tandis que celle du pharisien superbe est repoussée, a pour but de nous donner cet enseignement. Or, nous prions avec humilité, lorsque nous sommes conscients de notre néant, lorsque nous proclamons devant notre Créateur, que nous lui devons tout, que nous tenons tout de sa miséricorde, et non de nos propres mérites.
D. LA CONFIANCE. — Manquer de confiance serait faire injure à Dieu ; ce serait une insulte à sa bonté et à ses promesses. Aussi Notre-Seigneur insiste-t-il souvent sur cette qualité. « Mon fils, dit-il au paralytique, aie confiance, tes péchés te sont remis » (Mat, IX, 2). Il faut donc « aller avec confiance au trône de la grâce » (Héb., IV, 16) ; il faut demander avec foi et sans hésiter ; car celui qui hésite est semblable au flot de la mer, agité et ballotté par le vent (Jacques, I, 6).
E. LA PERSÉVÉRANCE. — Pour que nous comprenions mieux notre misère et notre indignité, Dieu diffère à nous accorder ses grâces. Notre prière doit, par conséquent, être persévérante et inaccessible au découragement. Nous devons imiter le solliciteur importun qui se présente la nuit chez son ami, et qui finit, après plusieurs refus, par obtenir les trois pains qu'il demande (Luc, XI, 5-8). La foi de la Cananéenne qui implore de Notre-Seigneur la guérison de sa fille, n'est exaucée qu'après de persévérantes instances (Mat., XV, 21-28).
IV. Objet et Sujet de la Prière.
1° Objet.
Quels biens pouvons-nous demander dans nos prières ? — a) Nous pouvons demander tous les biens spirituels qui concernent le salut de notre âme. Toutefois, même sur ce terrain, il convient d'observer l'ordre voulu par la Providence. Il ne faut donc pas solliciter des grâces qui auraient pour but de supprimer toute difficulté et toute tentation, puisque Dieu nous les envoie justement pour nous éprouver et nous donner des occasions de mérite. Nous ne devons pas non plus, du moins d'une manière absolue, implorer des grâces spéciales comme le don des miracles ou des prophéties : ces sortes de grâces risqueraient de compromettre les intérêts de notre âme en fournissant un aliment à notre orgueil.
b) Les biens temporels ne peuvent être demandés que conditionnellement, c'est-à-dire en tant que Dieu les juge utiles à notre salut. Sans nul doute, nous avons le droit de demander la santé, la fortune, le succès dans nos entreprises, l'éloignement d'un malheur qui nous menace. Mais il ne faut pas oublier que tous ces avantages ne sont que des biens relatifs et que Dieu ne s'est pas engagé à nous les octroyer toujours. S'il avait fait une telle promesse, l'amour des biens temporels serait pour beaucoup l'unique mobile de leurs supplications. Or, il peut arriver que les biens de la terre nous soient plus nuisibles qu'utiles : il est bon alors que Dieu nous les refuse. Dans ce cas surtout, si notre prière est humble, nous saurons bénir la main qui nous frappe et ne pas maugréer contre les desseins de la Providence.
Il n'est pas permis de demander des choses indifférentes au salut, comme la chance au jeu, et, à plus forte raison, est-il défendu de solliciter des choses mauvaises, par exemple, de nous venger de notre prochain, car ce serait demander à Dieu de participer à une mauvaise action.
2° Sujet.
Pour qui devons-nous prier ? — Nous devons prier : —
- pour nous-mêmes ; cela va de soi : « Charité bien ordonnée commence par soi-même » ; —.
- pour notre prochain : pour l'Église, nos parents, nos supérieurs, nos bienfaiteurs, nos amis. Nous devons même prier pour nos ennemis ; la charité ne permet pas d'excepter personne : « Priez, dit Notre-Seigneur, pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent » (Mat., V, 44) ; —.
- pour les défunts, non pas pour les élus, ni les damnés, mais pour les âmes du Purgatoire.
pour les défunts, non pas pour les élus, ni les damnés, mais pour les âmes du Purgatoire.
Quelle est l'efficacité de la prière que nous faisons pour les autres ? Qu'elle ne reste jamais sans fruit, cela est certain, mais elle n'obtient toute sa valeur que si ceux pour qui nous prions sont dans les dispositions requises pour que la prière soit efficace.
V. Les deux principales Formules de Prière.
Parmi les prières que nous avons coutume d'adresser à Dieu, deux tiennent le premier rang : l'Oraison dominicale et la Salutation angélique.
1° L'Oraison dominicale.
Enseignée par Notre-Seigneur, l'Oraison dominicale est la prière par excellence, la plus agréable à Dieu et la plus efficace. Maintes fois, le Sauveur avait critiqué la manière de prier des Pharisiens ; il leur reprochait surtout deux grands défauts : l'ostentation et le verbiage. Aussi, avant d'apprendre à ses Apôtres cette formule incomparable de prière, réclame-t-il d'eux l'humilité et la concision : « Lorsque vous priez, ne faites pas comme les hypocrites, qui aiment à prier debout dans les synagogues, et au coin des rues, afin d'être vus des hommes... Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre (la chambre désigne ici « le cœur » qui doit rester fermé aux choses du dehors) et, ayant fermé ta porte, prie ton Père, dans le secret... Dans vos prières, ne multipliée pas les paroles, comme font les païens, qui s'imaginent être exaucés à force de paroles. Ne leur ressemblez pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. Vous prierez donc ainsi : Notre Père qui êtes aux cieux... etc. (Mat., VI, 5-13).
Excellente par son origine, l'Oraison dominicale n'est pas moins parfaite par son contenu, car elle renferme tout ce que nous pouvons désirer, et dans l'ordre où nous pouvons le désirer (V. N° suivant).
2° La Salutation angélique.
Cette prière est la meilleure que nous puissions adresser à la Sainte Vierge. Elle est composée de trois parties : —
- du salut que l'ange Gabriel adressa à Marie quand il lui annonça le mystère de l'Incarnation : « Je vous salue, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes » (Luc, I, 28) ; —.
- des paroles prononcées par Elisabeth le jour de la Visitation : « et le fruit de vos entrailles est béni » (Luc, I, 42), — .
- et d'une invocation ajoutée par l'Église :« Sainte Marie, mère de Dieu » , etc.
et d'une invocation ajoutée par l'Église :« Sainte Marie, mère de Dieu » , etc.
Nous allons dire quelques mots de ces deux prières.
VI. Analyse de l'Oraison dominicale.
Cette prière est composée d'un préambule et de sept demandes.
1° Le préambule.
II contient quelques mots très brefs et pleins de mystère pour exciter notre confiance filiale : « Notre Père, qui êtes aux cieux. —
- Père, Dieu l'est dans l'ordre de la nature et dans celui de la grâce. Il nous a donné la vie naturelle et la vie surnaturelle. —.
- Notre Père et non pas mon Père. Grande leçon d'égalité et de fraternité nulle part ailleurs, cette formule ne peut mieux se justifier. Nous sommes tous frères, puisque nous avons le même Père. Il n'y a qu'un seul Créateur, un seul Rédempteur ; nous participons tous aux mêmes grâces et aux mêmes sacrements. Mais si nous sommes frères et égaux devant Dieu, nous ne pouvons nous désintéresser les uns des autres ; notre destinée est commune et notre prière n'a pas le droit d'être égoïste. —.
- « Qui êtes aux cieux. » Dieu est partout, mais le ciel représente pour nous le séjour de sa gloire et notre future patrie. Il importe donc que nous tournions notre regard de ce côté et que la vue du ciel où nous avons un Père plein ne bonté et de miséricorde, soutienne notre espérance.
« Qui êtes aux cieux. » Dieu est partout, mais le ciel représente pour nous le séjour de sa gloire et notre future patrie. Il importe donc que nous tournions notre regard de ce côté et que la vue du ciel où nous avons un Père plein ne bonté et de miséricorde, soutienne notre espérance.
2° Les sept demandes.
Nous avons vu que la charité a un double objet : Dieu et le prochain. C'est bien cet ordre que suivent les sept demandes du Pater. Les trois premières sont, en effet, pour Dieu ; les autres dernières pour le prochain.
A. LES TROIS PREMIÈRES DEMANDES. — Relativement à Dieu, nous demandons :
- que son nom soit sanctifié. Le nom de Dieu se id ici avec la personne de Dieu. Que le nom de Dieu, que Dieu lui s soit sanctifié, — non pas qu'il devienne plus saint,—car sa sainteté i infinie et incapable d'accroissement, mais qu'il soit honoré par tous I hommes. Que tous le traitent avec le respect qui lui est dû ; qu'ils se gardent de profaner un nom aussi grand par le serment en vain, par l'imprécation et le blasphème ; —.
- que son règne arrive. Que la foi au Christ fasse chaque jour de nouvelles conquêtes. Que Dieu soit reconnu de ceux qui le connaissent mal, comme les païens, et de ceux qui le nient et le combattent, comme les athées. Que le royaume de Dieu soit peuplé de nombreux sujets et de sujets fidèles ; — .
- que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Si nous voulons que Dieu règne dans nos cœurs, il faut observer ses lois ; il faut nous soumettre à la volonté divine, non seulement dans le bonheur, — la chose est facile, — mais même dans l'adversité. Pas de plainte amère, pas de murmure dans les revers et le malheur ! Que la volonté de Dieu soit faite ici-bas, comme elle l'est dans le ciel par les Anges et les saints, avec autant d'amour et de fidélité.
que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Si nous voulons que Dieu règne dans nos cœurs, il faut observer ses lois ; il faut nous soumettre à la volonté divine, non seulement dans le bonheur, — la chose est facile, — mais même dans l'adversité. Pas de plainte amère, pas de murmure dans les revers et le malheur ! Que la volonté de Dieu soit faite ici-bas, comme elle l'est dans le ciel par les Anges et les saints, avec autant d'amour et de fidélité
B. LES QUATRE DERNIÈRES DEMANDES. — Relativement au prochain, c'est-à-dire à nos intérêts et à ceux des autres, nous demandons à Dieu :
- qu'il nous donne notre pain quotidien : — 1. d'abord le pain qui est l’aliment de notre corps. Nous demandons du pain, non pas pour toute notre vie, mais pour un jour seulement. Dieu doit être touché de la modicité de nos désirs. Nous demandons peu, car le luxe et l'abondance des uns pourraient causer la misère et le dénuement des autres. Il est, d'ailleurs, excellent que notre cœur ne s'attache pas à la richesse et que notre corps pratique la vertu de tempérance ; — 2. le pain de notre âme, c'est-à-dire la grâce qui éclaire notre intelligence et fortifie notre volonté, et l'Eucharistie, le « pain vivant, descendu du ciel », (Jean, VI, 41) que le Christ a bien voulu nous donner pour assouvir les besoins de notre cœur. — .
- Cinquième demande : « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » Dieu est notre Père commun, et nous sommes tous frères, avons-nous dit plus haut. Or, des frères s'aiment et se pardonnent leurs torts réciproques. Si nous ne pardonnions pas aux autres, de quel droit pourrions-nous demander à Dieu qu 'i nous pardonne ? La miséricorde de Dieu ne doit-elle pas se mesurer à notre miséricorde envers autrui ? Puisque le pardon des injures est pour nous une question de vie ou de mort éternelle, nous devons donc pardonner à tous nos ennemis : à nos ennemis personnels, aux ennemis de notre foi, de nos idées et de nos sentiments. — .
- Sixième demande : « Ne nous laissez pas succomber à la tentation. » La tentation nous vient du démon, du monde ou de nos propres penchants. Il ne faut pas la considérer comme un mal, puisque Dieu la permet et qu'elle peut être pour nous un excellent moyen d'exercer notre force de résistance et d'éprouver notre vertu. Aussi ne demandons-nous pas à Dieu d'écarter de nous la tentation, mais seulement de ne pas nous y laisser succomber. — .
- Septième demande : « Mais délivrez-nous du mal. » Nous demandons à Dieu qu'il nous garde de tous les maux qui seraient sans profit pour notre âme, qu'il nous épargne les maux corporels, mais qu'il nous délivre surtout du souverain mal qui est le péché. Le dernier mot : « Ainsi soit-il » résume en quelque sorte toute la prière et formule le souhait que nos demandes soient exaucées.
Septième demande : « Mais délivrez-nous du mal. » Nous demandons à Dieu qu'il nous garde de tous les maux qui seraient sans profit pour notre âme, qu'il nous épargne les maux corporels, mais qu'il nous délivre surtout du souverain mal qui est le péché. Le dernier mot : « Ainsi soit-il » résume en quelque sorte toute la prière et formule le souhait que nos demandes soient exaucées.
VII. Analyse de la Salutation angélique.
1. — « Je vous salue, Marie. » Le salut par lequel débute notre prière, témoigne de notre respect envers Marie et de la joie que nous éprouvons de parler à une Mère aussi tendre et aussi bonne.
2. — « Pleine de grâce. » L'homme ne vaut que par le degré de grâce que Dieu lui communique, et par sa participation à la vie divine. Marie a eu plus de grâce qu'aucune créature Elle n'a pas été souillée comme nous, par le péché origine], son âme a été comme inondée des grâces divines et des dons du Saint-Esprit.
3. — « Le Seigneur est avec vous. » Dans toute la force du terme, Marie est bien le temple de la divinité ; l'adorable Trinité a les rapports les plus étroits avec elle.
4. — « Vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Les femmes les plus célèbres de l'Ancien Testament, Judith, Esther, etc., qui furent le salut de leur peuple, ne peuvent être comparées à Marie. La Sainte Vierge surpasse on grandeur toutes les créatures du passé et celles de l'avenir.
5. — « Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. » C'est parce qu'elle est la mère de Jésus qui est béni dans tous les siècles, que Marie a droit à notre culte et que nous allons à elle avec confiance.
6. — « Sainte Marie, mère de Dieu. » Cette invocation par laquelle débute la seconde partie de la prière, est un rappel des titres de Marie : sa sainteté (elle est pleine de grâces), et sa dignité de mère de Dieu (le Seigneur est avec vous). Nous voulons ainsi la disposer en notre faveur et exciter notre dévotion.
7. — « Priez pour nous pécheurs. » Nous demandons à Marie de compatir à nos misères et d'écouter notre supplication. Marie est notre mère. Une mère n'est jamais insensible à la prière d'un fils malheureux, alors même qu'il serait coupable et malheureux par sa faute.
8. — « Maintenant. » Nous avons sans cesse besoin de soutien dans les combats de la vie ; mais surtout « à l'heure de notre mort », car l'heure plus redoutable pour nous est sans contredit la dernière, puisqu'elle est Celle qui doit fixer à jamais notre sort éternel. A aucun moment donc, l’assistance de Marie ne peut nous être plus précieuse.
1° La prière doit tenir une large place dans notre vie chrétienne. « Elle est à l'âme, dit le P. Faber, ce que la respiration est au corps », ce qui revient à dire, qu'elle est une condition indispensable de la vie de l'âme. Elle est la seule sauvegarde de l'innocence et de la vertu.
2° Priez beaucoup, mais plus encore, priez bien. « Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, avec l'intention de satisfaire vos passions » (Jacques, IV, 3). Nous n'obtenons pas, parce que, d'après la parole de saint Augustin, nous demandons de mauvaises choses ou que nous demandons mal, ou que nous demandons dans de mauvais dispositions ». « Petimus mala, petimus male, petimus mali. »
3° Réciter souvent le « Notre Père ». Cette prière bien faite vaut les plus longues formules.
4° Le Chapelet et le Rosaire qui se compose de trois Chapelets, sont d'excellentes pratiques de piété, vu qu'ils contiennent les trois meilleures prières : le Credo, le Pater et l'Ave Maria.
LECTURES. 1° Efficacité de la prière. Les Apôtres dans le Cénacle « persévéraient dans la prière » et ils reçurent l'Esprit-Saint le jour de la Pentecôte (Actes, II, 4). Saint Pierre est délivré par un ange de sa prison à la suite de la prière de 1'Église (Actes, XII, 5-9). Délivrance de Paul et de Silas, grâce à leurs prières (Actes, XVI, 25).
2° Qualités de la prière. Humilité, la Parabole du pharisien et du publicain (Luc, XVIII, 10-14). La foi et l'humilité du Centurion (Mat., VII, 5-13). La foi du lépreux (Mat,, VII, 2). La foi de l'aveugle de Jéricho (Marc, X, 46-52).
3° La prière de Notre-Seigneur pour ses ennemis (Luc, XXIII, 34). La prière de saint Etienne pour ses bourreaux (Actes, VII, 60).
QUESTIONNAIRE. — I. 1° Qu'est-ce que la prière ? 2° Quelles sont les différentes sortes de prières ?
II. 1° La prière est-elle nécessaire ? 2° Quelles sont les erreurs sur ce point ? 3° Quelles raisons allègue-t-on pour combattre la prière ? 4° Quelle est la doctrine de l'Église ? 5° Sur quoi se base-t-elle ? 6° Que répond-elle aux objections des adversaires ? 7° Quand le précepte de la prière est-il obligatoire ?
III. 1° Quels Dont les trois effets de la prière ? 2e Quelles sont les preuves de l'efficacité de la prière ? 3° Quelles sont les conditions requises pour que la prière soit efficace ? 4° Les prières pour les pécheurs sont-elles efficaces ?
IV. 1° Quel est l'objet de la prière ? 2° Les biens spirituels sont-ils le seul objet » 3° Comment pouvons-nous demander les biens temporels ? Quel est le sujet de la prière ?
V. Quelles sont les deux principales formules de prière ? 2° Pourquoi Notre-Seigneur a-t-il enseigné une formule de prière à ses Apôtres ? 3° De quelles paroles se compose la Salutation angélique ?
VI. 1° De quoi se compose l'Oraison dominicale ? 2° Que signifie le préambule ? 3° Comment se divisent les sept demandes ? 4° Donnez-en une brève explication.
VII. Donnez une brève explication de la Salutation angélique.
- Dire pourquoi nous n'obtenons pas par nos prières tout, ce que nous demandons.
- La prière a-t-elle la même valeur, qu'elle soit faite à genoux, assis, ou debout ?.
- Montrer que le Pater est la meilleure prière et qu'elle contient tout ce que nous pouvons souhaiter de mieux pour Dieu et pour nous.
- Quelle demande du Pater les missionnaires qui vont dans les pays infidèles veulent-ils réaliser ?.
- A quel moment de sa vie Notre-Seigneur a-t-il adresse spécialement à Dieu la troisième demande du Pater ?.
