Tome 2 · La Morale · Leçon 18

La Perfection chrétienne

Plan de la leçon 6 parties
  1. I. La Perfection chrétienne. Définition. Moyens
    1. Définition
    2. Moyens
  2. II. Les Conseils évangéliques
  3. III. Raison d'être des conseils évangéliques
  4. IV. Pratique des Conseils évangéliques. Ordres religieux et Congrégations religieuses
    1. Dans le monde
    2. Dans l'état religieux
  5. V. Les autres Moyens de Perfection
  6. VI. Les huit Béatitudes évangéliques
Mots

Perfection. (latin « perficere », faire complètement, achever).

Développement

1. Dans son sens absolu, la perfection est une qualité portée au plus haut degré possible : il ne peut en être question que pour Dieu (V. Fasc. I, N° 35). - 2. Dans son sens restreint, c'est le plus haut degré d'amour de Dieu possible à une créature (N° 307).

État de perfection. L'état de perfection ne doit pas être confondu avec la perfection elle-même. On dit qu'une personne est parfaite quand elle aime Dieu autant qu'il est possible de l'aimer ici-bas. On dit, au contraire, qu'elle est dans un état de perfection lorsqu'elle appartient à un Ordre religieux dans lequel elle s'est obligée par vœux à pratiquer tout ce qui est de perfection.

Conseil. Tel qu'il est ici entendu, ce mot s'oppose au commandement. Tandis que le commandement est une règle de conduite obligatoire, le conseil est une direction morale facultative.

Béatitude. - 1. Bonheur suprême ; félicité souveraine et sans mélange d'inquiétude. - 2. La Béatitude évangélique est un moyen qui a été proposé par Notre-Seigneur pour arriver au bonheur suprême.

I. La Perfection chrétienne. Définition. Moyens.

Comme nous l'avons dit (N°164), la Morale catholique a pour objet des préceptes et des conseils. Les préceptes qui sont formulés dans les dix Commandements de Dieu et les six Commandements de l'Église, s'imposent à toute vie chrétienne. Ils peuvent se résumer en deux points l'amour de Dieu et l'amour du prochain (Mat., XXII, 36, 40), et ils ont pour but d'écarter tout ce qui est contraire à ce double amour.

Or, tandis que beaucoup de chrétiens n'ont d'autre objectif que l'accomplissement de ces devoirs strictement obligatoires, il y a aussi des âmes à qui ce minimum paraît insuffisant et qui recherchent une autre voie par où elles puissent s'élever plus haut dans l'amour de Dieu : ces âmes aspirent à ce qu'on appelle la Perfection chrétienne.

Définition.

- La Perfection chrétienne c'est donc le plus haut degré de charité ou amour de Dieu auquel une âme puisse atteindre. Pour que la charité soit parfaite, il faut que Dieu seul règne complètement dans notre âme, il faut que l'amour divin serve de règle à toutes nos pensées, à tous nos désirs et à toutes nos actions. Vouloir ce que Dieu veut, comme il le veut, et parce qu'il le veut, telle est la meilleure formule qui exprime cet amour.

Moyens.

- Il faut entendre par moyens de perfection tout ce qui peut conduire à la perfection de l'amour divin en supprimant ce qui lui fait obstacle : le péché mortel d'abord, puis l'attachement aux biens de ce monde dont la recherche immodérée conduit fatalement au péché.

a) Le moyen général d'atteindre la perfection, c'est sans doute l'imitation de Jésus-Christ, car il est à la fois le Maître infaillible qui nous en a tracé les règles et le divin Modèle qui a voulu nous servir d'exemple.

b) Les moyens particuliers sont nombreux. Toutefois, des enseignements de l'Évangile, les théologiens en ont déduit trois principaux qu'on a appelés pour cette raison Conseils évangéliques, à savoir la pauvreté volontaire, la chasteté perpétuelle et l'obéissance parfaite.

II. Les Conseils évangéliques.

1 Le Conseil évangélique, considéré en général et en tant que distinct du Précepte, est toute direction morale recommandée aux chrétiens par l'Évangile comme moyen de tendre plus efficacement à la perfection et d'obtenir une plus grande récompense céleste. Le Conseil n'est pas, à vrai dire, la perfection ; mais il en est l'instrument.

2 Dans un sens plus restreint, le nom de Conseil évangélique est réservé, comme il a été dit au paragraphe précédent, à la pratique de la pauvreté volontaire, de la chasteté perpétuelle et de la parfaite obéissance.

A. Pauvreté volontaire. - Le conseil a été donné par Notre-Seigneur, comme moyen de perfection, au jeune homme riche qui était venu le trouver pour savoir ce qu'il fallait faire « pour entrer dans la vie éternelle ». Le Christ voulant s'unir par des liens plus étroits ce jeune homme qui avait été jusque-là irréprochable sur la pratique des Commandements de Dieu, lui conseilla la pauvreté volontaire : « Si tu veux être parfait, lui dit-il, va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens et suis-moi. » (Mat., XIX, 21). Et pour montrer combien il attachait d'importance à ce conseil, il ajoutait un peu plus loin : « Quiconque aura quitté à cause de mon nom, ses frères ou ses sueurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres ou ses maisons, recevra le centuple et possédera la vie éternelle. » (Mat, XIX, 29).

Il convient de noter que la pauvreté qui est ici conseillée, n'est pas la simple pauvreté affective mais la pauvreté réelle, l'abandon effectif des, biens temporels.

B. Chasteté perpétuelle. - La continence perpétuelle ou virginité est la renonciation non seulement aux plaisirs défendus de la chair, mais même au mariage. Ce moyen de perfection a été enseigné par Notre-Seigneur, quand, après avoir proclamé l'indissolubilité du mariage, il présenta la continence comme un état plus parfait, et plus apte à mériter le royaume des cieux. (Mat., XIX, 12). Toutefois, il est bon de remarquer que ce conseil, donné d'une manière générale, ne s'applique pas à tous indistinctement, car il peut se faire qu'il ne soit pas avantageux à certaines personnes, en raison de leur faiblesse.

C. Obéissance parfaite. - L'obéissance, qui a pour but de soumettre notre volonté propre à celle de Dieu et de ses représentants, découla : - a) des paroles de Notre-Seigneur : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu’il porte sa croix et me suive » (Marc, VIII, 34) ; et - b) de l'exemple donné par le Sauveur dont la vie tout entière, de la Crèche au Calvaire, nous offre le plus admirable modèle de renoncement, de sacrifice et d'immolation volontaire pour l'humanité coupable, si bien que saint Paul a pu écrire « qu'il s'est abaissé, se, faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix ». (Phil., II, 8).

III. Raison d'être des conseils évangéliques.

Pour comprendre la raison d'être des Conseils évangéliques, il faut se rappeler que, par le péché originel transmis à toute la postérité d'Adam, l'homme a perdu la maîtrise absolue de la volonté sur les sens. Malgré la grâce sanctifiante, la concupiscence reste en nous avec toute son intensité et nous pousse au péché. Il s'agit donc de lutter contre cet entraînement des sens et de remplacer ces penchants mauvais par des inclinations contraires, par des habitudes du bien que nous appelons vertus morales acquises.

Ainsi le cœur de l'homme se trouve placé entre deux amours ou deux biens de nature opposé, entre l'amour de Dieu qui est sa véritable fin et sa suprême béatitude, et l'amour des biens de ce monde. S'il veut obtenir les uns, il faut qu'il sacrifie les autres. Or, les biens de ce monde dont les hommes convoitent la possession, sont principalement : les richesses, les plaisirs des sens et les honneurs. Pour lutter contre ce triple danger que saint Jean appelle la concupiscence des yeux, la concupiscence de la chair et l'orgueil de la vie (I Jean, II, 16), il faut pratiquer les trois Conseils évangéliques, c'est-à-dire :

A. La pauvreté volontaire. - Le détachement des richesses est la première condition de la charité : et cela se comprend bien. Par la même, en effet, que l'on possède les choses de la terre, le cœur se prend d'amour pour elles. Les richesses s'emparent de l'esprit : elles lui donnent des jouissances et des joies qui le distraient du service divin. Elles sont donc un obstacle à l'amour de Dieu : c'est pourquoi Notre-Seigneur déclare que « le riche entrera difficilement dans le royaume des cieux ». (Mat., XIX, 23). D'où le conseil de la pauvreté volontaire, qui sacrifie la fortune par l'aumône et qui s'en détache entièrement l'esprit et le cœur.

B. La chasteté perpétuelle. - La raison d'être de ce conseil nous est indiquée par ces paroles de saint Paul : « Celui qui n'est pas marié a souci des choses du Seigneur, il cherche à plaire au Seigneur ; celui qui est marié a souci des choses du monde, il cherche à plaire à sa femme et il est partagé. » (I Cor., VII, 32, 33). Ainsi, d'après saint Paul, le célibat doit être préféré au mariage, parce qu'il permet de diriger plus facilement les pensées et les affections vers Dieu, l'usage du mariage partageant le cœur et le détournant, au moins en partie, du service de Dieu.

C. L'obéissance parfaite. - Rien ne répugne davantage à notre nature que de renoncer à notre volonté propre. Aussi l'homme ne peut-il rien faire de plus agréable à Dieu que de soumettre sa volonté à celle d'un supérieur qu'il considère comme l'intermédiaire de la volonté divine. L'obéissance parfaite est donc le meilleur moyen de vaincre notre orgueil et de nous attacher à Dieu.

IV. Pratique des Conseils évangéliques. Ordres religieux et Congrégations religieuses.

Les Conseils évangéliques peuvent être pratiqués soit dans le monde, soit dans l'état religieux.

Dans le monde.

-Les Conseils évangéliques s'adressent, en effet, à tous les hommes. Quelque situation qu'on occupe dans la vie, rien n'empêche qu'on aspire au plus haut degré de l'amour de Dieu et qu'on prenne les moyens qui vous y conduisent. Il n'est donc pas nécessaire d'être dans un état de perfection (N°306) pour être parfait. Il y a des chrétiens dans le monde qui pratiquent les vertus les plus éminentes, qui soumettent leur volonté à des règles auxquelles ils ne sont pas astreints, comme il y a des religieux qui sont dans l'état de perfection sans être parfaits et sans observer les obligations qu'ils se sont volontairement imposées.

Dans l'état religieux.

A. DÉFINITION. - L'état religieux est l'état de vie en commun, dans lequel on se propose d'observer non seulement les préceptes qui s'imposent à tous les fidèles mais encore les Conseils évangéliques en faisant les trois vœux d'obéissance, de chasteté et de pauvreté (can. 487).

L'état religieux peut, par conséquent, être comparé à une école où l'on s'efforce par divers moyens de parvenir à la perfection de charité. C'est pourquoi celui qui embrasse l'état religieux n'est pas tenu d'avoir la charité parfaite ; il est obligé seulement d'y tendre et de faire tous ses efforts pour l'acquérir. Du reste, le chemin montant de la perfection ne peut être gravi en une fois, et les auteurs ascétiques y distinguent trois degrés auxquels ils ont donné les noms de : vie purgative, vie illuminative et vie unitive.

  1. Le premier degré est celui des commençants : le travail qui s'impose au début du chemin de la perfection, c'est la lutte contre les mauvaises habitudes imparfaitement corrigées et contre les passions encore rebelles, et l'arme employée c'est la mortification des sens et de l'esprit. Ce premier travail est un travail de purification et de réforme : d'où le nom de vie purgative. -.
  2. Au second degré de la vie spirituelle, la volonté, ayant vaincu les obstacles qui barraient le chemin, se tourne plus facilement vers Dieu, et, guidée par les lumières de la foi, elle pratique avec joie les vertus inspirées par la charité divine : c'est alors la vie illuminative.
  3. Le troisième degré est celui des âmes parfaites qui, grâce à l'oraison et à la contemplation qui est ici-bas comme le prélude de la vision béatifique, vivent dans une complète union avec Dieu, rejetant toute affection qui n'est pas entièrement pour lui et adorant sa volonté sainte en tout, même et surtout dans les épreuves : et c'est alors la vie unitive..

Le troisième degré est celui des âmes parfaites qui, grâce à l'oraison et à la contemplation qui est ici-bas comme le prélude de la vision béatifique, vivent dans une complète union avec Dieu, rejetant toute affection qui n'est pas entièrement pour lui et adorant sa volonté sainte en tout, même et surtout dans les épreuves : et c'est alors la vie unitive.

B. FORMES. - L'état religieux peut être embrassé soit dans les Ordres religieux soit dans les Congrégations religieuses.

a) ORDRES RELIGIEUX. - Les Ordres religieux sont des associations d'hommes ou de femmes dans lesquelles on s'engage, par vœux solennels, à pratiquer les trois Conseils évangéliques et à mener un genre de vie déterminé par une règle spéciale approuvée par l'Église.

Deux conditions sont donc requises pour constituer un Ordre religieux : - 1. les vœux solennels, qui engagent pour toute la vie et dont le Pape seul peut relever ; et - 2. une règle spéciale, approuvée par le Pape, qui fixe le sens et l'étendue des vœux et détermine le genre de vie et d'apostolat propres à chaque Ordre. C'est cette règle spéciale qui permet de partager les Ordres religieux en trois catégories : 1) les Ordres contemplatifs, comme les Chartreux, les Carmélites, qui consacrent une grande partie de leur temps à la méditation, à la prière et aux exercices ascétiques ; 2) les Ordres actifs comme les Frères de Saint-Jean de Dieu, qui se livrent aux oeuvres de charité (soin des malades, visite des pauvres, instruction de la jeunesse) ; 3) les Ordres mixtes, comme les Franciscains, les Dominicains, qui mènent une vie à la fois contemplative et active,

b) CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES. - Les congrégations religieuses sont des associations dans lesquelles on ne fait que des vœux simples, soit perpétuels, soit temporaires (can. 488, 211).

 C. LEUR DROIT À L'EXISTENCE. - Que l'Église ait le droit de créer des Communautés religieuses, la chose paraît incontestable, tant au point de vue du droit naturel qu'au point de vue du droit divin. - a) Au point de vue du droit -naturel. « La liberté d'association, dit Mgr Gibier, est un droit naturel. Toutes les fois qu'une association n'a rien de contraire à l'ordre social, elle a le droit d'exister et personne ne peut l'en empêcher... Les hommes s'assemblent dans un but scientifique, commercial, financier. Pourquoi ne pourrait-on pas s'assembler pour pratiquer ensemble la perfection ? » - b) Au point de vue du droit divin. L'Église représente Notre-Seigneur sur la terre. Elle a donc pour mission de favoriser tout ce qui peut développer la charité. Or, tel est le cas des Ordres religieux où chacun, par la prière, par la mortification et par la pratique des Conseils évangéliques, travaille à l'envi à sa sanctification individuelle.

 D. LEUR UTILITÉ. - Le monde conteste l'utilité des Ordres religieux ; du moins il fait une distinction entre les Ordres actifs qui se consacrent à l'instruction de la jeunesse et au soin des malades, et les Ordres contemplatifs adonnés surtout à la prière et aux exercices ascétiques. S'il consent à ne pas condamner les premiers, il proclame l'inutilité absolue des seconds.

Cette opinion injuste dérive de la méconnaissance du rôle que les Ordres contemplatifs jouent dans le monde. Les religieux qui se livrent exclusivement à la prière, à la méditation et aux oeuvres de pénitence et d'expiation, adorent Dieu pour la société, aussi bien que pour eux-mêmes, et satisfont à la justice divine pour les fautes de l'humanité coupable. Leur vie, toute de renoncement et de sacrifice, outre qu'elle a une valeur particulièrement méritoire aux yeux de Dieu, peut être pour le monde une leçon de la plus grande utilité et de la plus salutaire influence.

V. Les autres Moyens de Perfection.

En dehors des Conseils évangéliques qui s'adressent plus spécialement aux Ordres religieux, il y a encore d'autres moyens de perfection, et l'on peut même dire que chaque état de vie a les siens.

Toutefois, si l'on fait abstraction des différences d'état et de condition, il est permis de signaler comme principaux moyens de perfection, propres à toute vie chrétienne :

  1. l'usage fréquent de la prière et des sacrements : la vertu et la perfection sont, en effet, bien plus l’œuvre de Dieu que celle de l'homme ; -.
  2. la pratique de l'oraison : il est bon de méditer souvent sur les vérités de la Foi, sur nos fins dernières, sur l'amour de Dieu et sur les moyens de l'augmenter dans notre âme ; -.
  3. la sanctification de la journée par l'offrande à Dieu de toutes nos actions : travail, repas, délassements ; par la soumission de notre volonté à la volonté divine, en acceptant avec une courageuse résignation les peines et les épreuves envoyées ou permises par la Providence et en sachant même aller au-devant des privations et des sacrifices ; -.
  4. l'examen de conscience, qui repasse les fautes, et renouvelle souvent la résolution d'éviter le péché et de progresser dans la vertu..

l'examen de conscience, qui repasse les fautes, et renouvelle souvent la résolution d'éviter le péché et de progresser dans la vertu.

VI. Les huit Béatitudes évangéliques.

On donne le nom de Béatitudes aux huit moyens que Notre-Seigneur a énumérés dans son Discours sur la Montagne et qui doivent permettre à l'homme d'arriver au bonheur. Les voici telles que saint Mathieu nous les rapporte.

1. « Bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux. 2. Bienheureux ceux qui sont doux, car ils posséderont la terre. - 3. Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. - 4. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. - 5. Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. - 6. Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. - 7. Bienheureux les pacifiques, car ils seront appelés enfants de Dieu. - 8. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le royaume des cieux est à eux. (Mat., V, 3-11).

Ainsi Notre-Seigneur propose le moyen d'obtenir la récompense, en même temps qu'il indique la nature de cette récompense : - 1. Aux pauvres en esprit, à ceux qui détachent leur cœur des richesses il promet ce que les hommes cupides convoitent si avidement : la vraie richesse, le royaume des cieux. - 2 Aux doux, il promet ce que les ambitieux aspirent à obtenir par la violence et la force brutale, la possession de la terre par la conquête des âmes : - 3. Aux affligés, à ceux qui savent rester grands devant la souffrance et le malheur, appartiendra ce après quoi les voluptueux soupirent : le seul et unique bonheur, c’est-à-dire la consolation divine. - 4, Les justes, ceux qui accomplissent fidèlement la loi évangélique, seront rassasiés par l'abondance des vrais biens : la grâce en ce monde et la gloire en l'autre. - 5. Les miséricordieux, qui savent compatir à la misère d'autrui, trouveront un Dieu qui leur sera miséricordieux, dans la même mesure où ils l'auront été aux autres. - 6. Aux cœurs purs, à ceux qui n'ont pas l'âme souillée par les passions et par le vice sera octroyé le bonheur de voir Dieu face à l'ace : la vision béatifique. - 7 Les pacifiques qui traitent leurs semblables en frères et jamais en ennemis, seront élevés à la dignité « d'enfants de Dieu » ; ils seront les fils du Dieu de Paix. - 8. Les persécutés, qui auront subi des tourments pour la défense de la Foi, de la justice et de l'Église, obtiendront le royaume des cieux comme récompense et comme compensation. La huitième béatitude propose donc la même récompense  que la première : le royaume des cieux. Tel est, en effet, le suprême, bonheur de l'homme et le but vers lequel doit, s’orienter toute sa vie. 

Aux pauvres ? Pourquoi serait-il défendu de renoncer au droit de se marier pour pouvoir mieux se consacrer au service de Dieu et du prochain ? L'égoïsme doit-il être préféré au dévouement et à la charité ? Mais c'est surtout le vœu d'obéissance que les adversaires de la religion ne comprennent pas, pour la bonne raison qu'ils s'en font généralement une idée fausse. Ils se figurent que l'obéissance consiste dans l'abdication totale de la volonté et dans la soumission d'un individu aux caprices d'un autre. Ils oublient que les Supérieurs sont liés eux-mêmes par la Règle et que, s'ils commandent c'est conformément à cette Règle et toujours selon les principes de la loi divine et de la loi morale.

Conclusion pratique

Quel que soit l'état de vie auquel Dieu nous ait, appelés, nous devons nous rappeler toujours que le terme de notre activité doit être la vie éternelle. Sans doute, chaque condition entraîne ses obligations particulières, et, les devoirs d'état ne sont pas les mêmes pour le père de famille que pour le célibataire, pour le patron que pour l'ouvrier, pour le religieux que pour le laïc, mais il n’en  est, pas moins vrai que, dans tout état, de vie, pourvu qu'il soit honnête, le salut est possible. L'histoire de l'Église ne nous témoigne t-elle pas qu'il y a eu des saints dans toutes les conditions, parmi les riches Pauvres, les savants et les ignorants, sur les trônes comme dans les masures, dans les siècles les Plus corrompus comme aux âges les plus vertueux ? Le point qui importe, c'est donc, que « chacun demeure dans la vocation ou dans l'état où il a été appelé », - maître ou esclave, dans l'état de virginité ou dans celui du mariage, - et qu'il y « persévère selon Dieu, » (l, Cor., VII, 219, 24).

Lectures

1 Conseils de Notre-Seigneur pour atteindre la perfection.

A. Vigilance sur soi-même. (Mat., XXIV, 42, 44 ; XXV, 13, XXVI, 41 ; Marc XIII, 33, 35 ; XIV, 38

B. Renoncement à soi-même et à ses inclinaisons. (Mat, X, 38, 39 ; XVI, 24, 27 ; Marc, VIII, 34, 39 ; Luc XIV, 27) Renoncement à tous biens temporels (Mat, XIX, 21, 27 ; VIII, 20, 22 ; Marc X, 28 ; Luc, IX, 57, 62)

2 Conseils de l'apôtre saint Paul. Mortification des inclinations qui s'opposent au règne de Jésus-Christ. (Rom., VI, VIII, XII ; Gal., V ; Col., III ; II Cor., IV ; Tit., II, 12.) Vie d'union constante avec Jésus-Christ pris pour règle de nos pensées, de nos, affections et de nos actions (Col., III, 3, 17 , l Cor, X, 31 ; Gal., VI, 14) et inspirant toute notre vie de son amour et de l'amour du prochain. (Rom., VIII, 35 ; XI ; I Cor, XII).

Questionnaire

I. 1 Que faut-il entendre par perfection chrétienne ? 2 Qu'entendez-vous par moyens de perfection ? 3 Quel est le moyen général d'atteindre la perfection ? 4 Y a-t-il beaucoup de moyens particuliers ? 5 Quels sont les trois principaux ?

II. 1 Qu'est-ce que le conseil évangélique ? 2 Qu'est-ce que la pauvreté volontaire ? 3 Quand et à qui Notre-Seigneur a-t-il donné ce conseil ? 4 Qu'est-ce que la chasteté perpétuelle ? 5 Ce conseil donné par Notre-Seigneur s'applique-t-il à tous indistinctement ? 6 Qu'est-ce que l'obéissance parfaite ? 7 Comment Notre-Seigneur nous a-t-il donné ce conseil ?

III. 1 Quelle est la raison d'être des conseils évangéliques ? 2 Montrez comment la pauvreté volontaire, la chasteté perpétuelle et l'obéissance parfaite sont des moyens de perfection.

IV. 1 Les conseils évangéliques peuvent-ils être pratiqués ? Dans le monde. 2 Qu'est-ce que l'état religieux ? 3 N'y a-t-il pas des degrés dans la voie de la perfection ? 4 Sous quelles formes peut-on embrasser l'état religieux ? 5 Qu'est-ce qu'un Ordre religieux ? 6 Quelles sont les deux conditions requises pour constituer un Ordre religieux ? 7 Qu'est-ce qu'une congrégation religieuse ? 8 Peut-on contester à l'Église le droit de fonder des communautés religieuses ? 9 Quelle est leur utilité ? 10 Doit-on faire une distinction entre celles qui sont dans la vie active et celles qui mènent une vie contemplative ?

V. Quels sont les autres moyens de perfection propres à toute vie chrétienne ?

VI. 1 Qu'est-ce que la béatitude en général ? 2 Qu'est-ce que les Béatitudes évangéliques ? 3 Dans quel but Notre-Seigneur nous les a-t-il indiquées dans son Discours sur la Montagne ?

Devoirs

-1 Notre-Seigneur a dit : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. » (Mat., V, 48.) Faut-il voir dans ces paroles un ordre ou une simple invitation à la perfection ? 2 La perfection est-elle possible en dehors des conseils évangéliques ? 3 La perfection consiste-t-elle dans les austérités et les pénitences corporelles ou dans l'accomplissement scrupuleux des exercices de piété et des règles auxquelles on est astreint ? 4 Si ce ne sont là que des moyens, dire en quoi consiste la perfection chrétienne.