Tome 2 · La Morale · Leçon 17
La Charité
Plan de la leçon 14 parties
- I. La Charité. Nature. Objet. Motif
- II. L'Amour de Dieu. Charité parfaite et Charité imparfaite
- III. Qualités. Marques. Excellence de la charité
- IV. Nécessité de la charité
- V. Péchés contre l'Amour de Dieu
- VI. Amour de soi. Ce que doit être cet amour
- VII. L'Amour du Prochain. Le Précepte. Le motif
- VIII. Commandement nouveau. Qui est le prochain ? L’Amour des ennemis
- IX. Comment aimer le prochain ? Les oeuvres de charité
- X. La Correction fraternelle
- XI. L'aumône. Le devoir des riches. Objection socialiste
- XII. La mesure de l'aumône
- XIII. Les formes de l'aumône. Oeuvres sociales
- XIV. Les péchés opposés à l'amour du prochain
Charité. (du latin « caritas », « carus », cher).
- Étymologiquement, ce mot signifie l'amour qui est inspiré par une grande estime de l'objet aimé. -.
- Dans cette leçon, il désigne la troisième vertu théologale. -.
- Le mot charité est pris souvent aussi comme synonyme d'aumône. Demander la charité = demander l'aumône..
Le mot charité est pris souvent aussi comme synonyme d'aumône. Demander la charité = demander l'aumône.
Prochain. Par rapport à chaque individu, le prochain c'est l'ensemble de tous les autres hommes.
I. La Charité. Nature. Objet. Motif.
1° Définition.
- La charité est une vertu surnaturelle, par laquelle nous aimons Dieu pour lui-même par dessus toute chose, et le prochain comme nous-mêmes pour l'amour de Dieu. Cette définition nous indique la nature, l'objet et le motif de la charité.
2° Nature.
- La charité est une vertu surnaturelle. Elle est surnaturelle :
- par son principe (la grâce), -.
- par son objet (Dieu et le prochain, en tant qu’œuvre de Dieu), et -.
- par son motif (la bonté de Dieu)..
par son motif (la bonté de Dieu).
En tant que vertu théologale et telle qu'elle vient d'être définie, la charité s'appelle habituelle ; lorsqu'elle se traduit par des actes, c'est la charité actuelle.
3° Objet.
- La charité a un double objet. - a) L'objet principal c'est Dieu, aimé pour Lui-même. - b) L'objet secondaire c'est le prochain, aimé pour l'amour de Dieu. Et par prochain il faut entendre toute créature capable d'aimer Dieu, donc nous-mêmes et nos semblables : ce qui exclut les damnés mais non les infidèles qui peuvent se convertir.
Les deux objets de la charité sont tellement liés entre eux qu'on ne saurait aimer Dieu sans aimer son prochain, suivant la parole de saint Jean : « Si quelqu'un dit : « J'aime Dieu » et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur ; comment celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? Et nous avons reçu de lui ce commandement :« Que celui qui aime Dieu aime son frère. » (I Jean, IV, 20, 21).
4° Motif.
- a) Le motif qui nous détermine à aimer Dieu, c'est sa perfection infinie considérée en général, et ses attributs, notamment sa bonté, considérés en particulier. - b) Le motif qui nous pousse à aimer le prochain c'est qu'il est une créature de Dieu, en qui se trouve comme un reflet des perfections divines. Nous allons d'ailleurs revenir sur ces motifs, en traitant des deux objets de la charité (Nos 293 et 298).
ARTICLE PREMIER. - LE PREMIER OBJET DE LA CHARITÉ
II. L'Amour de Dieu. Charité parfaite et Charité imparfaite.
Les divers motifs d'aimer Dieu. - Nous pouvons aimer Dieu de deux façons et pour deux motifs différents. - 1. Ou bien nous l'aimons pour Lui-même et en ne considérant que ses perfections et, tout particulièrement, sa bonté et sa miséricorde infinies : c'est, le seul véritable amour, appelé charité parfaite. - 2. Ou bien nous l'aimons parce qu'il est infiniment bon pour nous, qu'il nous a comblés de ses bienfaits et que nous espérons obtenir de lui la béatitude du ciel. Cet amour imparfait n'est pas la véritable charité ; tout au plus peut-on lui donner le nom de charité imparfaite.
1° La charité parfaite.
- La charité parfaite comporte deux sentiments : la bienveillance et l'amitié.
A. LA BIENVEILLANCE. - La bienveillance est une disposition de l'âme qui nous porte à considérer non pas notre bien propre, mais celui de l'objet aimé. C'est ce sentiment de bienveillance, pur et désintéressé, qui fait que nous aimons Dieu véritablement, que nous avons la charité parfaite.
La bienveillance se manifeste de triple façon :
- par la joie que l'on ressent du bonheur de l'être aimé. Aimer quelqu'un, c'est partager son bonheur ; ainsi, les élus sont plus heureux de la gloire de Dieu que de leur propre béatitude ; -.
- par le désir d'augmenter le bonheur et les perfections de l'objet aimé ; et -.
- par le zèle dans son service. Il ne suffit pas, en effet, de se réjouir du bonheur de celui qu'on aime, ni même de lui souhaiter plus de bonheur encore et plus de perfections. L'amour se traduit mieux par les oeuvres que par les sentiments et les paroles. Le zèle pousse à travailler effectivement à ce bonheur. Il est vrai que les perfections de Dieu, étant infinies, ne sont pas susceptibles d'accroissement. Mais il y a la gloire extrinsèque de Dieu, celle qui lui vient de ses créatures et particulièrement de l'homme. Par la charité, nous éloignons tout ce qui lui fait obstacle, et nous nous efforçons de la promouvoir tant en nous que chez les autres. Le zèle pour la gloire de Dieu donne naissance à deux autres sentiments :- 1. à la crainte de l'offenser et - 2. à la tristesse que nous concevons de nos fautes et de celles du prochain..
par le zèle dans son service. Il ne suffit pas, en effet, de se réjouir du bonheur de celui qu'on aime, ni même de lui souhaiter plus de bonheur encore et plus de perfections. L'amour se traduit mieux par les oeuvres que par les sentiments et les paroles. Le zèle pousse à travailler effectivement à ce bonheur. Il est vrai que les perfections de Dieu, étant infinies, ne sont pas susceptibles d'accroissement. Mais il y a la gloire extrinsèque de Dieu, celle qui lui vient de ses créatures et particulièrement de l'homme. Par la charité, nous éloignons tout ce qui lui fait obstacle, et nous nous efforçons de la promouvoir tant en nous que chez les autres. Le zèle pour la gloire de Dieu donne naissance à deux autres sentiments :- 1. à la crainte de l'offenser et - 2. à la tristesse que nous concevons de nos fautes et de celles du prochain.
B. L'AMITIÉ. - Tout amour de bienveillance n'est pas amitié : nous pouvons aimer sans être aimés en retour. L'amitié suppose réciprocité et communication de biens. Or, dans la charité nous trouvons ces doux éléments :- a) L'amour est mutuel. Notre-Seigneur ne dit-il pas ? « Si quelqu'un m'aime, mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure » (Jean, XIV, 23). - b) Il y a aussi dans une certaine mesure communication de biens. De la part de Dieu, la chose est évidente. Nous avons tout reçu de Lui : la vie naturelle et la vie surnaturelle. De notre part, nous pouvons, comme il a été dit plus haut, travailler à la gloire extrinsèque de Dieu.
2° La charité imparfaite.
- L'amour qui consiste à rechercher dans l'objet aimé ce qui nous est agréable ou utile, qui fait passer notre intérêt personnel en premier lieu, n'est en réalité qu'un amour de soi : cet amour égoïste et intéressé, appelé par les théologiens « amour de convoitise ou de concupiscence » n'est pas le véritable amour, car Dieu veut être aimé pour lui-même ; il n'est qu'un commencement de l'amour de Dieu. Toutefois cette sorte de charité, bien qu'imparfaite, ne doit pas être condamnée comme mauvaise, car il ne faut pas oublier que notre nature est telle qu'elle tient irrésistiblement au bonheur et qu'elle est incapable de s'en désintéresser longtemps : il ne faut pas demander à l'homme plus qu'il ne peut donner. Au surplus, les sentiments de reconnaissance et d'espérance que fait naître en nous la vue des bienfaits que nous avons reçus ou que nous espérons recevoir de la part de Dieu, peuvent nous servir d'acheminement vers la charité parfaite et nous amener à envisager la bonté de Dieu en soi et non plus seulement par rapport à nous.
La charité, dont nous allons parler, est la charité parfaite : seule elle est une vertu théologale.
III. Qualités. Marques. Excellence de la charité.
1° Qualités.
– « Par la charité nous aimons Dieu pour Lui-même par-dessus toute chose », a-t-il été dit dans la définition.
Notre amour de Dieu doit donc être souverain, effectif et progressif. –
a) souverain. L'amour de Dieu peut être envisagé d'une façon absolue et d'une façon relative. Si on le considère d'une façon absolue, aucun degré n'est prescrit dans la Sainte Écriture, sauf celui qui exclut le péché mortel. Si on le considère d'une façon relative, c'est-à-dire si nous le mettons en parallèle avec nos autres affections, il doit venir au premier rang. « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, dit Notre-Seigneur n'est pas digne de moi. » (Mat., X, 37). Si, par conséquent, cet amour est en conflit avec un autre bien, il doit avoir la préférence : nous devons tout sacrifier plutôt que de le perdre. Mais il va de soi qu'il peut coexister avec l'amour sensible des créatures : ce dernier n'est défendu que s'il est de nature à nous ravir l'amitié de Dieu.
b) L'amour de Dieu doit être effectif, c'est-à-dire se traduire par des oeuvres beaucoup plus que par des paroles.
c) L'amour de Dieu doit être progressif. Il importe de ne pas se contenter d'un minimum et de monter par degrés jusqu'à la perfection. Dans cette ascension vers Dieu on distingue trois degrés : la charité des débutants, la charité des progressants et la charité des parfaits (voir No310, 20).
2° Marques.
- De ce qui précède il est facile de déduire les marques de la charité. Nous savons que nous aimons Dieu :
- lorsque nous observons ses préceptes et ceux de l'Église, « car c'est aimer Dieu que de garder ses commandements ». (I Jean, V, 3). « Si vous m'aimez, gardez mes commandements » (Jean, XIV, 15) ; -.
- lorsque nous sommes disposés à tout perdre plutôt que de l'offenser mortellement, selon la parole de l'Apôtre : « Qui nous séparera de l'amour du Christ ? Sera-ce la tribulation, ou l'angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou l'épée ? » (Rom., VIII, 35) ;-.
- lorsque nous agissons toujours en vue de lui plaire..
lorsque nous agissons toujours en vue de lui plaire.
3° Excellence.
- 1. Considérée en elle-même, la charité est le fondement de toutes les vertus : c'est elle qui les suscite et les surnaturalise ; aussi saint Paul a-t-il pu dire d'elle qu'elle était « la plénitude de la loi ». (Rom., XIII, 10). - 2. Si on la compare aux deux autres vertus théologales, elle est « la plus grande des trois », car elle seule « ne passera jamais ». (I Cor., XIII, 8, 13). Au ciel, la foi est, en effet, remplacée par la vision de Dieu et l'espérance par la possession du souverain Bien ; au contraire, l'amour de Dieu aura, là seulement, son complet épanouissement. - 3. Si on la considère dans ses effets, la charité parfaite a la vertu de remettre les péchés mortels par elle-même et en dehors du sacrement de pénitence, encore que celui-ci soit toujours requis dans les circonstances ordinaires (Nos 295 et 401, Fasc. III).
IV. Nécessité de la charité.
Il faut distinguer, comme pour la foi et entre l’espérance et l'acte de charité.
1° La vertu de charité ou charité habituelle.
, est nécessaire de nécessité de moyen aux enfants et aux adultes. Le salut n'est possible, en effet, que par la grâce sanctifiante. Or la grâce sanctifiante implique toujours l'infusion des trois vertus théologales.
2° L'acte de charité ou charité actuelle.
, est nécessaire aux adultes de nécessité de précepte. Le commandement d'aimer Dieu, implicitement contenu dans le premier précepte du Décalogue, a été confirmé par Notre-Seigneur qui nous le donne comme le premier et le plus grand de nos devoirs. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est le premier et le plus grand commandement. » (Mat., XXII, 37, 38).
a) L'acte de charité, commandé par le précepte de Notre-Seigneur, n'est pas nécessaire de nécessité de moyen pour la justification, quand on reçoit les sacrements de Baptême et de Pénitence. Il suffit, dans ces cas, pour être justifié, d'avoir la contrition imparfaite ou attrition qui ne requiert pas l'acte de charité parfaite. - b) Si on ne peut recevoir ces sacrements et qu'on est en état de péché mortel, l'acte de charité parfaite est nécessaire. D'où il suit que pour les infidèles il est toujours une condition indispensable au salut tandis que pour les fidèles il n'est exigé que dans les cas où il leur est impossible de recevoir les sacrements ci-dessus mentionnés.
3° Le temps où le précepte oblige.
- Il faut faire des actes de charité :
- à l'éveil de la raison ; -.
- très souvent dans la vie, certains théologiens disent, une fois par semaine ; d'autres une fois par mois ou par an ;-.
- à l'article de la mort ; -.
- dans les tentations contre la charité ;-.
- quand, étant en état de péché mortel et devant recevoir ou administrer un sacrement, on n'a pas les moyens de se confesser pour obtenir le pardon de sa faute (V. Fasc. III, N° 376)..
quand, étant en état de péché mortel et devant recevoir ou administrer un sacrement, on n'a pas les moyens de se confesser pour obtenir le pardon de sa faute (V. Fasc. III, N° 376).
Pour satisfaire au précepte, il n'est pas nécessaire de formuler des actes de charité ; d'autres prières suffisent : réciter, par exemple, le « Notre Père » où l'on demande que le nom de Dieu soit sanctifié et que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel, est, par le fait, un acte d'amour de Dieu.
V. Péchés contre l'Amour de Dieu.
Les péchés opposés à l'amour de Dieu sont :
- tous les péchés mortels. Ce n'est pas aimer quelqu'un que de lui désobéir ; -.
- la paresse spirituelle, qui conduit à l'oubli de Dieu et à l'omission des devoirs religieux ; -.
- la haine de Dieu. Ceux qui s'indignent contre Dieu parce qu'il a défendu telle action, parce qu'il punit les pécheurs ou qu'il envoie l'adversité ; et surtout ceux qui souhaitent qu'il n'existe pas, qui travaillent à détruire l'idée et le culte de Dieu dans le monde, pèchent gravement contre la charité..
la haine de Dieu. Ceux qui s'indignent contre Dieu parce qu'il a défendu telle action, parce qu'il punit les pécheurs ou qu'il envoie l'adversité ; et surtout ceux qui souhaitent qu'il n'existe pas, qui travaillent à détruire l'idée et le culte de Dieu dans le monde, pèchent gravement contre la charité.
ARTICLE II. - LE SECOND OBJET DE LA CHARITÉ AMOUR DU PROCHAIN
VI. Amour de soi. Ce que doit être cet amour.
L'amour de Dieu comprend implicitement l'amour de ses oeuvres et, outre toutes, de celles en qui brille son image, c'est-à-dire des hommes. Nous devons donc nous aimer nous-mêmes et aimer le prochain.
1° Amour de soi.
- Notre-Seigneur n'a pas formulé de précepte explicite à ce sujet, jugeant bien que l'homme n'en avait pas besoin pour s'aimer lui-même et qu'il aurait plutôt une tendance à tomber dans l'excès opposé. Cependant, l'on peut voir un précepte implicite dans ces mots : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
L'homme doit s'aimer d'une manière surnaturelle. - a) Il doit aimer son âme qui a été créée à la ressemblance de Dieu, qui a été rachetée du sang du Christ, et qui est prédestinée à la gloire. Or, le meilleur moyen d'aimer son âme, c'est de travailler à son salut : car « que sort à un homme de gagner le monde entier s'il vient à perdre son âme ? » (Mat., XVI, 26). C'est surtout en ce sens qu'il est vrai de dire que « charité bien ordonnée commence par soi-même ». - b) Il doit aimer son corps, parce qu'il est l'instrument de l'âme et qu'il est le temple du Saint-Esprit :« Ne savez-vous pas, dit saint Paul, que vous êtes un temple de Dieu ? » (I Cor., III, 16).
Péchés contre l'amour de soi. - On pèche : - a) par excès, si l'on pousse l'amour de soi jusqu'à l'égoïsme et qu'on néglige le bien de Dieu et du prochain ; - b) par défaut, quand on aime les biens temporels plus que les biens spirituels et quand on s'enlève la vie du corps par le suicide.
2° Amour du prochain.
(Voir numéro suivant).
VII. L'Amour du Prochain. Le Précepte. Le motif.
1° Le Précepte.
- Le précepte de l'amour du prochain est fondé sur la loi naturelle et sur le commandement de Notre-Seigneur.
A. LOI NATURELLE. - Tous les hommes, en tant que descendants d'Adam, sont du même sang ; ils doivent donc se traiter en frères : d'où ce principe général de la loi naturelle : « Fais aux autres ce que tu veux qu'on te fasse à toi-même. » (N°163). Il n'est donc pas étonnant que les peuples de l'antiquité l'aient connu et observé dans une certaine mesure : ainsi les Grecs et les Romains pratiquaient largement l'hospitalité.
B. COMMANDEMENT DE NOTRE-SEIGNEUR. - Déjà, sous l'Ancien Testament, la loi mosaïque prescrivait formellement l'amour du prochain. Elle ne se bornait pas à dire : « Tu ne haïras point ton frère dans ton cœur », elle ajoutait : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (Lév., XIX, 17, 18).
Notre-Seigneur promulgua de nouveau le précepte et, pour montrer l'importance qu'il y attachait, il mit l'amour du prochain sur le même pied que l'amour de Dieu. A un docteur de la Loi qui lui demandait un jour quel était le plus grand commandement de la Loi, il répondit par ces mots : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit, c'est là le premier et le plus grand commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. A ces deux commandements se rattachent toute la Loi et les Prophètes. » (Mat., XXII, 37, 39). - Une autre fois il donna ce précepte comme le signe auquel on reconnaîtrait ses disciples : « Je vous donne un commandement nouveau : que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés : C'est à cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples. » (Jean, XII, 34, 35).
2° Motif.
- Nous devons aimer le prochain pour l'amour de Dieu : c'est ce motif qui fait la charité chrétienne, car si nous l'aimions pour un motif naturel, par exemple, pour ses dons extérieurs, pour ses qualités de cœur et la sympathie qu'il nous inspire, notre amour serait un amour naturel, il ne serait plus une vertu théologale.
Aimer le prochain pour l'amour de Dieu, c'est donc l'aimer : - 1. parce que telle est la volonté de Dieu, qui nous a été manifestée par le commandement du Christ, et - 2. parce qu'il est le fils du même Père qui est aux cieux (Malachie, II, 10) ; parce qu'il participe à sa bonté au même titre que nous, parce qu'il a été racheté du même sang, que nous sommes tous frères dans le Christ et appelés au même héritage, qui est le ciel.
VIII. Commandement nouveau. Qui est le prochain ? L’Amour des ennemis.
1° Commandement nouveau.
– Avant la loi chrétienne, le devoir d'aimer son prochain était donc prescrit déjà par la loi naturelle et par la loi mosaïque. Comment Notre-Seigneur a-t-il pu dire qu'il apportait un commandement nouveau ? c'est ce que nous allons voir, ou déterminant ce qu'il faut entendre par le mot « prochain ».
2° Qui est le prochain ?.
- Pour les Juifs, comme pour tous les peuples anciens, le prochain, ce n'étaient ni les esclaves qu'on traitait comme des êtres inférieurs, ni les ennemis qu'on exterminait ou qu'on réduisait en servitude (Deut., XX, 13, 18).
Pour Notre-Seigneur, le prochain ce sont tous les hommes : « Vous avez appris, dit le Christ dans son Discours sur la Montagne, qu'il a été dit : « Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. » Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent : afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et les bons, et descendre sa pluie sur les justes et les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains n'en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens mêmes n'en font-ils pas autant ? Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Mat., V, 43-48). Ainsi l'amour du prochain doit embrasser non seulement les seuls concitoyens d'un même pays ou les membres d'une même caste, mais aussi les étrangers et les ennemis. « Il n'y a pas de distinction entre le Juif et le Gentil, dit à son tour saint Paul, parce que le même Christ est le Seigneur de tous. » (Rom., X, 12).
L'amour de tous les hommes, même des ennemis, telle est donc la grande nouveauté qui sépare le monde chrétien du monde antique.
DANS QUEL ORDRE NOUS DEVONS AIMER LE PROCHAIN. - Nous devons aimer tous les hommes, d'après le « Commandement nouveau de Notre-Seigneur ». Mais il est clair que nos devoirs varient avec les catégories de personnes. Il est assez juste que les parents, les amis, les bienfaiteurs, les compatriotes prennent la première place dans notre affection et passent avant les étrangers : ce sentiment était trop naturel pour que Notre-Seigneur eût besoin de le recommander. Nous ne parlerons donc pas ici des devoirs de l'amitié ; nous nous bornerons à indiquer les devoirs qu'implique l'amour des ennemis.
3° Amour des ennemis.
- Par ennemis il faut entendre ceux qui nous ont offensés, qui nous poursuivent de leur haine et pour qui nous éprouvons une profonde antipathie. Comment devons-nous les aimer ? Il ne saurait être question évidemment de l'amour sensible, car la sympathie ne dépend pas de notre volonté. Le devoir de la charité ne nous oblige qu'à un amour surnaturel qui consiste à voir dans tous les hommes des frères du Christ, quoique quelquefois indignes, à leur souhaiter du bien et à travailler à leur salut. Ce précepte a un côté négatif et un côté positif.
A. DU COTÉ NÉGATIF, il nous défend la haine et le désir de vengeance : - l, la haine. Il nous est permis de détester les doctrines pernicieuses, les mauvaises actions et les vices du prochain ; mais notre antipathie doit s'arrêter là et ne pas atteindre la personne elle-même. - 2. Le désir de vengeance. Si nous avons été lésés dans nos biens, dans notre honneur et notre réputation, nous avons le droit de nous défendre et de recourir aux tribunaux pour en obtenir réparation, par amour sincère de la justice, sans nous laisser guider par un motif de vengeance ou de haine. Nous avons le droit, en général, de désirer que les criminels soient punis par l'autorité légitime. A un autre point de vue, nous pouvons même leur souhaiter les maux temporels comme moyens de les convertir ; mais il nous est défendu de les maudire et de faire des voeux pour qu'ils se damnent.
B. DU COTÉ POSITIF, le précepte de l'amour des ennemis nous commande le pardon des injures et le désir de la réconciliation : - 1, le pardon des injures. Notre-Seigneur nous en a donné à la fois le précepte et l'exemple. « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés », nous fait-il dire dans le Pater, pour nous apprendre que notre propre pardon est subordonné à celui que nous accordons à nos ennemis. « On se servira pour vous rendre, a-t-il dit ailleurs, de la même mesure avec laquelle vous aurez mesuré. » (Luc, VI, 38). Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous par donnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne pardonnera pas non plus vos offenses. (Mat., VI, 14, 15). Il est à peine besoin d'ajouter que Jésus a conformé sa conduite à sa doctrine. Même aux heures cruelles de sa Passion, il n'a pas maudit ses ennemis ; il a pardonné à ses bourreaux et il a versé son sang pour tous les hommes sans excepter ceux qui le poursuivent de leur mépris. A la suite de Notre-Seigneur, nous devons donc donner à nos ennemis toutes les marques d'amitié et de bienveillance que nous dictent les circonstances. Il est des cas où les refuser serait un signe de haine et de vengeance. Nous devons, par exemple, rendre le salut à un ennemi qui nous salue le premier ; notre abstention serait prise en effet pour de la rancune et de l'inimitié. Il ne faut pas exclure nos ennemis des aumônes communes, des services que, par notre métier et notre profession, nous pouvons leur rendre, et pas davantage, de nos prières. - 2. Le désir de la réconciliation. Non seulement il faut pardonner ; la charité demande que nous ayons le désir de nous réconcilier. Nous ne pouvons rien faire d'agréable à Dieu, pas même prier, si nous gardons la haine dans le cœur. « Lorsque tu présentes ton offrande à l'autel, dit Notre-Seigneur, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'autel et va d'abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande. » (Mat., V, 24). Toutefois, si nous avons été offensés, nous ne sommes pas tenus à faire les premières avances : il suffit que nous pardonnions du fond du cœur et que nous soyons prêts à la réconciliation. (Exemples de réconciliation : Jacob et Esaü (Gen., XXXIII, 8-17) ; Saül et David (I Samuel, XXVI, I7-25).
IX. Comment aimer le prochain ? Les oeuvres de charité.
Tous les hommes, même nos ennemis, ont droit à notre amour. Mais comment traduire cet amour ? L’Apôtre Saint JEAN nous donne la réponse. « petits enfants, n'aimons pas de parole et de langue, mais en action et en vérité. » (I. Jean, III, 18).
Notre amour du prochain sera sincère, effectif et universel, si, à l'exemple du bon Samaritain (Luc, X, 25-37), nous venons en aide à tous nos semblables, qui sont dans le malheur et le besoin, sans nous laisser arrêter par des considérations de personne, du race ou de religion. Autrement dit, nous devons vouloir et faire au prochain tout le bien que nous souhaitons qu'on nous fasse à nous-mêmes. Or, comme l'homme est composé d'une âme et d'un corps, il s'ensuit que notre charité, ou miséricorde, doit s’exercer sur un double terrain : spirituel et corporel, et corporel.
1° Œuvres de miséricorde spirituelle.
- On en compte généralement sept principales, à savoir : - 1. instruire les enfants et les adultes ignorants des vérités de la religion ; - 2. donner de bons conseils et de bons exemples ; - 3. consoler les affligés ; - 4. reprendre les pécheurs par la correction fraternelle (N°301) ;- 5. pardonner les injures ; - 6. supporter patiemment les défauts du prochain ; - 7. prier pour les vivants et pour les morts.
2° Œuvres de miséricorde corporelle.
- On en compte également sept principales :- 1. faire l'aumône aux nécessiteux (N°302) ; - 2. exercer l'hospitalité ;- 3. donner à manger à ceux qui ont faim et à boire à ceux qui ont soif ;- 4. donner des vêtements à ceux qui n'en ont pas ; - 5. visiter les malades et les prisonniers ; - 6. racheter les captifs ; et - 7. ensevelir les morts.
Jésus attache une telle importance à l'accomplissement de ces oeuvres de miséricorde que, au jugement dernier, il regardera comme fait à lui-même tout le bien que nous aurons fait au prochain : « Alors le Roi dira à ceux qui sont à sa droite : « Venez, les bénis de mon Père : prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger et vous m'avez recueilli ; nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité ; en prison, et vous êtes venu à moi. Les justes lui répondront : Seigneur, quand vous avons-nous vu avoir faim, et vous avons-nous donné à manger ; avoir soif, et vous avons-nous donné à boire ? Quand vous avons-nous vu étranger, et vous avons-nous recueilli ; nu, et vous avons-nous vêtu ? Quand vous avons-nous vu malade ou en prison, et sommes-nous venus à vous ? Et le Roi leur répondra : « En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » (Mat., XXV, 34-40).
X. La Correction fraternelle.
La correction fraternelle est un avertissement charitable donné au prochain, dans le but de le corriger de ses fautes ou de le détourner du mal. Ce devoir incombe généralement aux supérieurs, aux parents et aux amis et, dans des cas beaucoup plus rares, aux inférieurs.
1° Le devoir de la correction fraternelle.
- Le précepte de la correction fraternelle est :- a) de droit naturel. Nous devons aider le prochain dans ses besoins spirituels plus encore que dans ses nécessités corporelles ; - b) de droit divin. Jésus-Christ a dit à ses disciples : « Si ton frère a péché contre toi, va, et reprends-le. » (Mat., XVIII, 15 ; Luc, XVII, 3).
2° Conditions requises pour que la correction soit un devoir.
- Pour que la correction fraternelle soit un devoir, il faut :
- qu'il y ait certitude de la faute commise et que cette dernière soit une faute grave ; -.
- qu'il y ait espoir fondé de succès ; -.
- que la correction puisse se faire sans grave inconvénient. C'est pour cette raison que les inférieurs y sont tenus très rarement et que les scrupuleux ne doivent jamais la faire parce qu'ils exagéreraient leur obligation..
que la correction puisse se faire sans grave inconvénient. C'est pour cette raison que les inférieurs y sont tenus très rarement et que les scrupuleux ne doivent jamais la faire parce qu'ils exagéreraient leur obligation.
3° Comment on doit faire la correction.
- Lorsque le devoir de la correction fraternelle s'impose, il faut d'abord reprendre le prochain dans l'intimité, puis, s'il n'écoute pas, il faut le reprendre en présence ou plutôt par l'intermédiaire d'une ou de plusieurs personnes prudentes, et enfin s'il persévère dans sa faute, il faut déférer le cas au supérieur.
Voici des circonstances où l'on peut et, quelquefois, l'on doit déférer immédiatement le cas au supérieur :
- si le délit tombe dans le domaine public, car le coupable n'a plus de droit à sa réputation ;-.
- si le bien public veut qu'on ait recours aussitôt au supérieur ;-.
- quand on a de bonnes raisons de croire que la correction secrète ne produira aucun résultat ; -.
- si l'inférieur a renoncé à ses droits et s'est soumis à une règle, comme dans certains ordres religieux..
si l'inférieur a renoncé à ses droits et s'est soumis à une règle, comme dans certains ordres religieux.
XI. L'aumône. Le devoir des riches. Objection socialiste.
1° Préliminaires.
- 1. Pris dans son sens général, le mot aumône désigne toute couvre de miséricorde spirituelle ou corporelle, accomplie par charité chrétienne. Dans son sens restreint, et comme il est employé ici, le mot s'entend de tout secours matériel, par lequel nous venons en aide au prochain, lorsqu'il est dans la misère : secours qui peut être en argent, en biens de toute nature et même en travail.
2° .
Comme nous allons établir plus loin que l'aumône est un devoir rigoureux, il convient, pour qu'il n'y ait pas de confusion dans notre esprit, de rappeler ici la distinction déjà faite (N° 157) entre les devoirs de justice et les devoirs de charité et de déterminer les rapports entre la justice et la charité.
JUSTICE ET CHARITÉ. - a) La justice ordonne de rendre à chacun ce qui lui est dû et spécialement de ne lui faire aucun tort. La charité va plus loin : elle commande de lui faire du bien. Les devoirs de justice sont plutôt négatifs et se traduisent dans cette formule : « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît à vous-mêmes. » Les devoirs de charité sont, au contraire, positifs et tiennent dans cette formule : « Faites à autrui ce que vous voudriez qu'on vous fît à vous-mêmes. »
b) Les devoirs de justice supposent chez les autres un droit correspondant, en d'autres termes, on peut en exiger l'exécution par la force ; les devoirs de charité ne correspondent à aucun droit, du moins à aucun droit inscrit dans les lois humaines et ne sont pas dès lors exigibles. Ainsi payer ses dettes est un devoir de justice, un devoir strict, tandis que faire l'aumône est un devoir de charité, un devoir large.
c) La justice précède donc la charité. Avant de faire du bien à son semblable, il faut commencer par ne pas lui faire du tort : il faut payer ses dettes avant de faire l'aumône. Mais, par ailleurs, la charité doit compléter la justice : un industriel n'a pas le droit de profiter de la misère d'un ouvrier pour le faire travailler à vil prix, alors môme que les lois existantes ne lui imposeraient aucune obligation.
d) Au reste, il ne faut pas exagérer la distinction entre la justice et la charité, car l'histoire nous démontre que beaucoup de devoirs de justice ont été d'abord des devoirs de charité. Dans l'antiquité, par exemple, ce n'était un devoir de justice de respecter la vie des autres qu'entre gens de la même tribu ; il était permis de tuer les étrangers : les épargner n'était, par conséquent, qu'un devoir de bienveillance. Le précepte de la charité universelle date seulement de Notre-Seigneur, comme nous l'avons déjà dit (N°298), et comme nous allons le voir à propos de l'aumône.
2° L’aumône. Le devoir des riches.
- Le devoir de l'aumône, imposé aux riches par la charité chrétienne, a son fondement dans l' Écriture Sainte, la Tradition et la raison.
A. ÉCRITURE SAINTE. - a) Dans l'Ancien Testament, la loi mosaïque recommande la bienfaisance à l'égard des pauvres, le prêt sans intérêt s'il s'agit de prêter à un autre Juif (Deut., XXIIII, 20) et même une certaine bienveillance envers les étrangers (Lév., XIX, 33). -- b) Dans le Nouveau Testament, Notre-Seigneur a élargi l'idée de bienfaisance, en l'imposant comme un précepte universel et obligatoire : « Vendez ce que vous avez et faites l'aumône » (Luc, XII, 33), a-t-il dit à ses disciples. Dans la parabole du mauvais riche, il montre ce dernier condamné à l'enfer uniquement pour avoir repoussé le pauvre Lazare et ne lui avoir pas accordé les miettes de sa table. (Luc, XVI, 19-26). Dans son grand discours apocalyptique, il déclare que le ciel n'appartiendra qu'à ceux qui auront exercé les oeuvres de miséricorde. (Mat., XXV, 34-40, voir ce texte N° 300).
B. TRADITION. - L'enseignement du Maître a toujours été suivi dans l'Église.
1. Il a été mis en pratique par les Apôtres. Saint Paul parle très souvent de la charité chrétienne dans ses Épîtres et la place au sommet des vertus chrétiennes. (I Cor., XIII, 2-13 ; I Tim., VI, 17-19). Non seulement il en parle, il en fait sa règle de conduite ; il organise des collectes (I Cor., XVI ; II Cor., VIII, IX) et porte lui-même des secours aux indigents. Le même esprit de charité anime les premiers chrétiens : « La multitude des fidèles n'avait qu'un cœur et une âme ; nul n'appelait sien ce qu'il possédait, mais tout était commun entre eux » (Actes, IV, 32). Les chefs de l'Église instituent l'ordre des diacres pour la distribution quotidienne des aumônes.
2. Les Pères de l'Église, notamment saint BASILE et saint JEAN CHRYSOSTOME rappellent souvent, parfois dans un langage véhément, le devoir qui incombe aux riches de donner leur superflu aux pauvres.
3. A notre époque, le grand devoir de la charité a été proclamé de nouveau par LÉON XIII et par PIE XI. « Dès qu'on a suffisamment donné à la nécessité et au décorum, écrit LÉON XIII dans son Encyclique Rerum Novarum (1891), c'est un devoir de verser le superflu dans le sein des pauvres. C'est un devoir non pas de stricte justice, sauf les cas d'extrême nécessité, mais de charité chrétienne ; un devoir, par conséquent, dont on ne peut poursuivre l'accomplissement parles voies de la justice humaine. Mais, au-dessus des jugements de l'homme et de ses lois, il y a la loi et le jugement de Jésus-Christ notre Dieu, qui nous persuade de toutes les manières de faire habituellement l'aumône. » « L'homme, dit à son tour PIE XI, n'est pas autorisé à disposer, au gré de son caprice, de ses revenus disponibles, c'est-à-dire des revenus qui ne sont pas indispensables à l'entretien d'une existence convenable et digne de son rang. Bien au contraire, un très grave précepte enjoint aux riches de pratiquer l'aumône, d'exercer la bienfaisance et la magnificence » en consacrant par exemple leurs ressources au développement d' « une industrie, source abondante de travail rémunérateur » (Encyclique Quadragesimo anno, 1931).
C. RAISON. - En ne considérant les choses que du seul point de vue humain, la société n'est-elle pas une vaste famille dont tous les membres sont solidaires ? Ils ont donc le devoir de s'entraider mutuellement. Il faut, dans les dures circonstances où le pauvre ne peut gagner sa vie, que le riche pourvoie à sa subsistance et à celle de sa famille.
3° Objection socialiste.
- Les socialistes prétendent que l'aumône doit être supprimée comme injurieuse à la dignité humaine : ils proclament, d'un côté, le droit des pauvres à l'assistance et, de l'autre, le devoir de l'État de les secourir par le prélèvement de taxes sur les riches.
Réponse. - Convenons d'abord, avec les socialistes, que l'État a le devoir de soulager la misère et même de la prévenir. Qu'il le fasse en recourant au prélèvement de taxes sur la fortune, fort bien encore, puisqu'aussi bien il ne peut trouver l'argent que chez les riches. Mais il y a une condition, c'est qu'il reste dans de justes limites et qu'il respecte le droit de propriété.
Par ailleurs, l'assistance légale, érigée en système, est loin d'être sans inconvénients : elle diminue l'effort et encourage à l'imprévoyance.
Au surplus, l'assistance légale offense la dignité humaine, tout aussi bien que l'aumône ; elle n'humilie pas moins le pauvre, puisque, pour obtenir des secours, il faut les solliciter et qu'on ne peut les solliciter sans faire profession de pauvreté. D'autre part, l'assistance légale laissera toujours dans la détresse les pauvres honteux, les malades qui ne peuvent pas ou ne veulent pas aller à l'hôpital. Seule l'aumône individuelle peut atteindre cette catégorie d'indigents qui, quoi qu'en disent les socialistes, se trouveraient beaucoup plus humiliés s'ils devaient avoir recours à l'assistance publique.
Ajoutons enfin que la charité chrétienne est autre chose qu'un secours matériel. Elle est le don de soi, un courant de sympathie, une communion des coeurs. Par-dessus le corps elle veut toujours atteindre l'âme en parlant au malheureux d'espérance et en lui montrant le ciel.
XII. La mesure de l'aumône.
Le devoir de la charité une fois établi, l'on peut se demander quelle doit être la mesure de l'aumône.
1° Règle générale.
- L'on peut poser en règle générale que l'aumône doit être proportionnée aux moyens de celui qui possède et à la nécessité de celui qui sollicite :
a) AUX MOYENS DE CELUI QUI POSSÈDE. Il va de soi que, plus on a de superflu, plus on doit faire d'aumônes. Mais autant le principe est simple, autant les applications sont difficiles. Il s'agit en effet de déterminer d'abord ce qui constitue le superflu, puis la part qu'il convient de prélever sur ce superflu. Parmi les biens que l'homme peut posséder, les uns sont nécessaires à sa vie, c'est-à-dire à tout ce qu'il lui faut pour se nourrir, s'habiller et se loger ; les autres sont nécessaires à sa condition, c'est-à-dire aux frais exigés par le rang qu'il occupe dans la société. Le superflu c'est tout ce qui n'est nécessaire ni à la vie ni à la condition. La part que l'on doit prélever sur ce superflu varie naturellement avec les circonstances. Nous donnerons quelques règles plus loin ;
b) A LA NÉCESSITÉ DE CELUI QUI SOLLICITE. Or la nécessité peut être : - 1. extrême : tel est le cas du pauvre qui va succomber s'il ne reçoit promptement quelque secours ; - 2. pressante : telle est la situation d'un homme qui, faute de ressources, est en danger de tomber malade ou de déchoir de sa condition ; - 3. commune : tels sont les mendiants et les chômeurs qui ne gagnent point par le travail les choses nécessaires à la vie.
Ces distinctions établies, nous pouvons faire les applications suivantes :
2° Applications particulières.
A. Quand le prochain est dans une nécessité extrême, nous sommes obligés, à défaut d'autres, de l'aider non seulement de nos biens superflus, mais aussi, dans une certaine mesure, des biens nécessaires à notre condition ; nous ne sommes pas tenus cependant à employer des moyens extraordinaires, comme par exemple, en cas de maladie, de payer les dépenses exigées par un voyage dans un pays de meilleur climat ou par une opération chirurgicale : ce sont là des moyens auxquels on n'est pas tenu pour soi-même.
B. Quand le prochain est dans une nécessité pressante, nous devons l'aider de notre superflu, et quelquefois aussi d'une partie des biens utiles à notre condition, en proportion de la nécessité dans laquelle il se trouve. Cette règle qui interdit, dans ces circonstances, le luxe, et en général, toute dépense vaine et frivole, trouve surtout son application dans les calamités publiques, quand le pays souffre de la disette, ou qu'il est ravagé par un fléau quelconque : guerre, inondations, etc.
C. Quand le pauvre n'est que dans une nécessité commune, nous devons le soutenir de notre superflu. Cette règle n'exige pas que nous secourions tous les pauvres indistinctement, sans pouvoir choisir le destinataire de nos libéralités, ni que nous donnions tout notre superflu. Il est permis d'en réserver une partie à des oeuvres utiles à la religion ou à la société. Il est permis aussi d'augmenter son patrimoine et d'améliorer sa situation.
XIII. Les formes de l'aumône. Oeuvres sociales.
L'aumône a deux formes : elle est occasionnelle ou permanente.
1° Aumône occasionnelle.
-C'est celle que « le riche donne à un malheureux qu'il rencontre ou avec qui il est en relations, soit qu'il réponde à la sollicitation de ce pauvre, soit qu'il agisse par un sentiment de charité spontanée »
2° Aumône permanente.
- Elle consiste dans les institutions de bienfaisance qui ont pour but de venir en aide aux pauvres, aux orphelins, aux vieillards, aux malades, aux incurables, etc. Sous cette forme, l'aumône prend le nom d'assistance. Si elle est due à l'initiative d'une ou de plusieurs personnes charitables, c'est l'assistance privée. Si elle est organisée par l'État et a pour ressources des taxes imposées aux particuliers, c'est l'assistance publique ou légale : assistance aux vieillards, infirmes et incurables ; secours aux indigents permanents ou momentanés, comme les chômeurs ; assistance médicale ; assistance des enfants trouvés ; assistance judiciaire à ceux qui, faute de ressources, ne pourraient faire défendre leurs droits en justice, aide aux familles nombreuses, etc.
3° Œuvres sociales.
- Il y a, de nos jours, de nombreuses œuvres sociales, qui jouissent de la protection des lois, et ont pour but d'améliorer le sort soit des individus soit des groupements d'individus. Les principales sont : les syndicats professionnels, les coopératives, les mutualités, les caisses d'épargne, la caisse nationale des retraites pour la vieillesse, les assurances sociales et les habitations à bon marché.
1. LES SYNDICATS PROFESSIONNELS sont des associations de membres d'une même profession qui se proposent de défendre leurs intérêts communs. Tels sont, par exemple : 1) les syndicats agricoles, composés des cultivateurs d'une même commune, d'un même canton, d'un même département qui s'unissent pour acheter en gros au plus bas prix et pour vendre leurs produits agricoles au taux le plus élevé ; 2) les syndicats industriels composés des producteurs qui visent aux moyens de réduire la concurrence et d'enrayer la surproduction, d'où naît l'avilissement des prix ; 3) les syndicats corporatifs, soit de patrons, soit d'ouvriers, soit mixtes, ces derniers composés de patrons et d'ouvriers cherchant à concilier leurs intérêts opposés et à arbitrer leurs conflits. Les syndicats, quels qu'ils soient, peuvent rendre de grands services aux syndiqués, en particulier, et à la société en général, pourvu qu'ils restent dans le domaine professionnel et ne se laissent pas égarer par la politique.
2° LES COOPÉRATIVES sont des associations de producteurs ou de consommateurs qui se proposent de vendre ou d'acheter directement pour supprimer les frais d'intermédiaires : ce qui a un résultat avantageux pour les uns comme pour les autres, vu que les frais occasionnés par les intermédiaires peuvent être répartis entre les producteurs et les consommateurs. A côté des coopératives de vente et des coopératives d'achat, il faut signaler les coopératives de crédit, qui ont pour but de constituer une caisse commune pour venir en aide aux sociétaires en leur consentant des prêts d'argent moyennant une légère rétribution.
3° LES MUTUALITÉS 0U SOCIETES DE SECOURS MUTUELS sont des associations dont les membres versent une certaine somme annuelle, en vue de s'assurer des secours dans les cas d'accident, de maladie, d'infirmité, de vieillesse.
4° LES CAISSES D'ÉPARGNE sont des établissements destinés à favoriser l'épargne en recevant en dépôt de petites sommes d'argent, remboursables à première vue et en leur assurant un modique intérêt.
5° LA CAISSE NATIONALE DES RETRAITES POUR LA VIEILLESSE, gérée, sous la protection de l'État, par la Caisse des dépôts et consignations, assure à ses déposants, à un certain âge, une pension ou rente viagère proportionnée au montant et à la date des versements.
6° LES ASSURANCES SOCIALES, appelées aussi ASSURANCES OUVRIÈRES, ont pour but de protéger les travailleurs et leurs familles contre tous les risques éventuels : accidents du travail, invalidité, maladie, chômage. Sont affiliés obligatoirement aux assurances sociales tous les salariés, hommes et femmes dont le salaire annuel ne dépasse pas 18.000 francs. En régime normal, les assurances sociales garantissent aux invalides et aux vieillards d'au moins soixante ans une pension qui ne peut être inférieure à 40% de leur salaire moyen. Les ressources nécessaires à cet effet sont fournies, en dehors de la contribution de l'État, par des versements annuels, répartis par moitié entre l'employeur et le salarié.
7° LES HABITATIONS À BON MARCHÉ. Les lois Ribot (12 août 1906) et Loucheur (13 juillet 1928) favorisent les constructions de maisons, dites habitations à bon marché, en accordant aux familles ouvrières ou peu fortunées des prêts hypothécaires à faible intérêt.
Toutes ces oeuvres sociales, qui tendent à améliorer la condition des ouvriers et des pauvres, si elles savent s'inspirer d'idées surnaturelles et poursuivre, à côté du but matériel, un but religieux et moral, rentrent dans la vertu de charité.
XIV. Les péchés opposés à l'amour du prochain.
Les péchés principaux opposés à l'amour du prochain sont : - 1 la haine (N° 299) ; 2 l'envie et la jalousie (N° 269) ; - 3 la discorde, qui est une dissension produite par une opposition de sentiments et de volontés. Elle n'est pas toujours une faute grave. Dans les matières libres, l'on a le droit de différer d'opinion, pourvu qu'on ne mette pas d'opiniâtreté ni d'aigreur à soutenir sa manière de voir ; mais il y a souvent à craindre que la discorde ne dégénère en paroles offensantes, en querelles et en rixes ; - 4 la sédition, qui est une discorde de plus grande étendue et qui met aux prises les diverses parties d'une même cité ou d'une même société. Elle est le principe des guerres civiles et des luttes fratricides. Toutefois, s'opposer à un pouvoir tyrannique par des moyens constitutionnels ou simplement légitimes, n'est pas séditieux en soi, et il est permis parfois de résister à une autorité qui opprime les consciences ; - 5 le scandale, péché grave contre l'amour que nous devons porter à l'âme du prochain et dont il a été question à la 7me Leçon ( f N° 215).
1° Amour de Dieu. - 1. Faire souvent des actes de charité. Nous aimons ce qui est beau, ce qui est bon, et ce qui est bien. Puisque Dieu a toutes ces perfections à un degré infini, nous devons l'aimer par-dessus tout. - 2. Après un péché mortel, si on ne peut se confesser aussitôt, faire au moins un acte de charité parfaite qui, jointe à la contrition, efface le péché.
2 ° Amour du prochain.
1. Dans le monde contemporain, si divisé par les haines, les jalousies, les rivalités, nous ne nous montrerons des chrétiens dignes de ce nom que si nous pratiquons de toute notre âme le grand devoir de la charité, à l'exemple des premiers chrétiens de qui l'on disait : « Voyez comme ils s'aiment ! » Dès notre jeunesse, nous devons donc nous entraîner aux oeuvres de miséricorde, qui nous permettront de jouer plus tard le rôle social que l'Église et la patrie attendent de nous.
2. Entre toutes ces oeuvres, la plus facile à notre âge c'est l'aumône. Nous devons donner généreusement, en proportion de nos ressources, cela va de soi : « Si tu as beaucoup de bien, donne largement ; si tu as peu, aie soin de partager même ce peu de bon cœur » (Tobie, IV, 9), car « Dieu aime celui qui donne avec joie ». (II Cor., IX, 7). Mais si nous voulons que notre aumône soit méritoire et faite selon l'esprit de Notre-Seigneur, il faut que nous donnions avec humilité, discrétion et désintéressement, c'est-à-dire sans attendre la reconnaissance de ceux à qui nous donnons. « Quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite, afin que ton aumône soit dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Mat., VI, 3, 4).
3. Souvenons-nous, par ailleurs, que l'aumône, faite surnaturellement, c'est-à-dire uniquement en vue d'accomplir la volonté de DIEU, obtient, la remise des peines dues aux péchés déjà pardonnés. « L'aumône efface les péchés et fait trouver la miséricorde et la Vie Eternelle. »(Tobie, XII, 9).
4. Relire souvent cet hymne admirable de Saint PAUL à la charité chrétienne, laquelle dépasse tous les dons et sans laquelle toutes nos autres vertus ne seraient rien : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit. Quand j'aurais le don de prophétie, que je connaîtrais tous les mystères et que je posséderais toute science ; quand j'aurais même toute la foi, jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien.
« La charité est parfaite, elle est bonne ; la charité n'est pas curieuse, la charité n'est point inconsidérée, elle ne s'enfle point d'orgueil ; elle ne fait rien d'inconvenant, elle ne cherche point son intérêt, elle ne s'irrite point, elle ne tient pas compte du mal ; elle ne prend pas plaisir à l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité ; elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout. » (I Cor., XIII, 1-7).
1 La pécheresse justifiée par son amour pour Jésus-Christ. (Luc, VII).
2 Charité de Tobie. (Tobie, II).
3 Le Sermon sur la montagne. (Mat., V-VII ; Luc, VI, 20-49).
4 Parabole du bon Samaritain. (Luc, X, 30, 37).
I. 1 Qu'est-ce que la charité ? 2 Quelle en est la nature ? 3 Quel est son objet ? 4 Quel est son motif ?
II. 1 Quels sont les divers motifs d'aimer Dieu ? 2 Quels sentiments comporte la charité parfaite ? 3 Comment se manifeste la bienveillance ? 4 Et l'amitié ? 5 Que pensez-vous de la charité imparfaite ?
III. 1 Quelles sont les qualités de la charité parfaite ? 2 Quelles en sont les marques ? 3 Quelle en est l'excellence ?
IV. 1 La vertu de charité est-elle nécessaire ? 2 L'acte de charité est-il de précepte ? 3 Peut-on être justifié sans la charité parfaite ? 4 Le peut-on toujours ? 5 Quand faut-il faire des actes de charité ?
V. 1 Quels sont les péchés contre la charité ? 2 Quel est le plus grave ?
VI. 1 L'amour du prochain comprend-il l'amour de soi ? 2 Comment faut-il entendre l'amour de soi ? 3 Quels sont les péchés qui sont opposés à l'amour de soi ?
VII. 1 De quoi découle le précepte de l'amour du prochain ? 2 Pour quel motif devons-nous aimer le prochain ?
VIII. 1 En quoi le précepte de Notre-Seigneur était-il un commandement nouveau ? 2 Qui était le prochain pour les Juifs ? 3 Qui est-il pour Notre-Seigneur ? 4 Dans quel ordre devons-nous aimer le prochain ? 5 Comment devons-nous aimer nos ennemis ? 6 Que comprend ce précepte du côté négatif ? 7 Et du côté positif ?
IX. Quelles sont les couvres de charité dans l'ordre spirituel et dans l'ordre corporel ?
X. 1 Qu'est-ce que la correction fraternelle ? 2 Est-on toujours obligé de la faire ? 3 Quelles sont les conditions requises pour que la correction soit un devoir ? 4 Comment doit-on procéder pour la faire ?
XI. 1 Qu'est-ce que l'aumône ? 2 Quels sont les rapports de la justice et de la charité ? 3 Sur quoi est fondé le devoir de l'aumône ? 4 Qu'objectent les socialistes ? 5 Que peut-on leur répondre ?
XII. 1 Quelle doit être la mesure de l'aumône ? 2 Y a-t-il plusieurs degrés dans la nécessité du prochain et le superflu du riche ? 3 Donnez quelques règles pratiques qui déterminent la mesure de l'aumône.
XIII. 1 Quelles sont les formes de l'aumône ? 2 Qu'entendez-vous par assistance privée, assistance publique et assistance légale ? 3 Quelles sont les principales oeuvres sociales ? 4 Qu'est-ce que les syndicats professionnels ? 5 Et les coopératives ? 6 Les mutualités ? 7 Les caisses d'épargne ? 8 La caisse nationale des retraites pour la vieillesse ? 9 Qu'entendez-vous par assurances sociales ? 10 Qu'est-ce que les habitations à bon marché ?
XIV. Quels sont les péchés opposés à l'amour du prochain ?
- 1 Dire quelles sont les raisons que nous avons d'aimer Dieu. 2 Comment peut-on concilier l'amour de soi avec la charité parfaite ? 3 Quand on pèche mortellement, que préfère-t-on à Dieu ? 4 Pourquoi tous les hommes sont-ils notre prochain ? 5 Quels sont les pauvres les plus dignes d'intérêt, ceux à qui surtout doivent aller nos aumônes ? 6 Pourquoi la charité est-elle la plus grande des trois vertus théologales ?
