Tome 2 · La Morale · Leçon 12

La conscience

Plan de la leçon 7 parties
  1. I. La Conscience. Notion. Espèces
    1. Notion
    2. Son rôle dans la vie morale
    3. Espèces
  2. II. Règles pratiques dans les cas de conscience vraie et de conscience erronée
    1. Conscience vraie
    2. Conscience erronée
  3. III. Règles pratiques dans les cas de conscience certaine et de conscience douteuse. Éducation de la conscience
    1. Conscience certaine
    2. Conscience incertaine ou douteuse
    3. Education de la conscience
  4. IV. Le Péché. Définition. Espèces
    1. Définition
    2. Espèces
  5. V. Les Causes du péché
  6. VI. Le Péché mortel. Nature. Malice. Effet
    1. Nature
    2. Malice
    3. Effets
  7. VII. Le Péché véniel. Nature. Effets
    1. Nature
    2. Malice
    3. Effets
Mots

Conscience (latin conscientia, de « cum », avec et « scire », savoir). Étymologiquement, la conscience est la connaissance que nous avons d'un fait lorsqu'il se produit. La conscience est psychologique ou morale. - a) La conscience psychologique est la connaissance que nous avons de notre être, de nos facultés et de nos actes. - b) La conscience morale (Voir notion N° 257) est celle dont il s'agit dans cette leçon. 

Cas de conscience. Difficulté dans laquelle la conscience se trouve lorsqu'elle se demande si un devoir existe, quel il est, et, dans le conflit de deux devoirs, celui qu'il faut préférer. La casuistique est la partie de la morale qui a pour but de résoudre ces difficultés, ces problèmes moraux dont la solution embarrasse, et, par le fait, d'éclairer la conscience.

Scrupule (latin « scrupulus », petit caillou). Étymologiquement, le scrupule est comme le gravier qui entre dans la chaussure et gêne la marche.

Péché mortel. - Celui qui donne la mort à l'âme. L'âme a une double vie : la vie naturelle et la vie surnaturelle. Elle ne peut perdre la première, puisque l'âme est immortelle. Il s'agit donc ici de la seconde : le péché mortel donne la mort à l'âme, dans ce sens qu'il lui enlève la vie surnaturelle qu'elle avait reçue par la grâce sanctifiante.

Péché véniel (du latin « venia » pardon). Péché ainsi appelé, parce que, étant moins grave, il obtient plus facilement le pardon de Dieu.

Développement

ARTICLE 1er. - DE LA CONSCIENCE

I. La Conscience. Notion. Espèces.

Nous devons obéir aux Commandements de Dieu et de l'Église. Nous ne pouvons le faire que si auparavant nous en avons une connaissance exacte. Qui nous la donnera ? La conscience.

Notion.

- La conscience morale est la faculté que nous avons de reconnaître la loi morale et de l'appliquer aux circonstances, autrement dit, de juger de la moralité des actes, de discerner ce qui est bien de ce qui est mal.

Son rôle dans la vie morale.

  - La conscience précède l'action et la suit. Avant l'action, elle nous dit qu'elle est bonne ou mauvaise, selon qu'elle est conforme ou non à la loi morale. Après l'action, se trouvant en face du fait accompli, elle le juge et déclare qu'il est bien ou mal. Il peut arriver que les deux manières de juger diffèrent : dans ce cas, c'est le premier jugement, celui qui précède l'action, qui en fait la valeur morale. Par exemple, une personne a conscience de commettre un blasphème en prononçant certaines paroles. Plus tard, elle apprend que les paroles qu'elle a dites ne constituaient pas la matière d'un blasphème : cette connaissance nouvelle ne change en rien la nature de sa faute, et c'est la conscience qu'elle avait avant l'acte, qui donne la mesure de sa culpabilité.

Espèces.

  - La conscience peut être envisagée à un double point de vue : au point de vue objectif, c'est-à-dire par rapport à la vérité elle-même, et au point de vue subjectif, c'est-à-dire par rapport à chaque individu et au degré de vérité qu'il croit posséder.

A. AU POINT DE VUE OBJECTIF, la conscience est : - a) vraie ou droite, si son jugement est conforme à la vérité et qu'elle appelle bien ce qui est réellement bien, et mal ce qui est réellement mal ; quand elle condamne, par exemple, le blasphème, le mensonge, le vol, etc. ; - b) erronée ou fausse si elle nous représente comme bonne une action qui est mauvaise, ou réciproquement. Si celui qui agit ne soupçonne pas son erreur et que rien ne saurait l'en tirer, sa conscience est invinciblement erronée. Dans le cas contraire, sa conscience est vinciblement erronée. La conscience erronée peut se présenter sous un triple aspect. Elle est : - 1. large ou relâchée, quand elle estime permis ce qui ne l'est pas, quand elle est portée à diminuer le nombre des devoirs et à considérer des obligations graves comme peu importantes ; - 2. étroite, quand elle est trop sévère et augmente le nombre et l'importance de ses devoirs ;- 3. scrupuleuse quand, non seulement elle exagère le nombre et l'importance des devoirs, comme la conscience étroite, mais qu'elle revient sans cesse avec inquiétude sur les fautes ou les prétendues fautes du passé. Il ne faut pas confondre la conscience scrupuleuse avec la conscience timorée ou délicate qui, préoccupée de son salut et guidée par l'amour de Dieu, craint les fautes les plus légères.

B- AU POINT DE VUE SUBJECTIF, la conscience est :- a) certaine quand elle est convaincue d'être dans la vérité en jugeant qu'une action est prescrite, licite, ou défendue. La conscience certaine peut différer de la conscience vraie ; ainsi celui qui croit invinciblement qu'une action est licite lorsqu'elle ne l'est pas, a une conscience à la fois certaine et erronée ; - b) incertaine ou douteuse, quand elle ne perçoit pas clairement son devoir, quand elle se demande si une action est bonne ou mauvaise, quand elle hésite entre deux devoirs opposés : par exemple, le devoir de dire la vérité et celui de ne pas trahir un secret. La conscience douteuse s'appelle aussi conscience perplexe. A la conscience incertaine se rattache la conscience probable, qui s'appuie sur de sérieuses raisons pour croire qu'une action est morale, sans exclure cependant toute crainte d'erreur. Voici quelques principes qui peuvent servir de règles de conduite dans les différentes espèces de consciences.

II. Règles pratiques dans les cas de conscience vraie et de conscience erronée.

Conscience vraie.

- Il arrive que la conscience vraie n'entraîne pas toujours la certitude, de la part de celui qui doit agir : on peut être dans la vérité, et croire qu'on est dans l'erreur. D'où il suit que, dans la pratique, la conscience vraie n'est une règle de conduite que si elle est, en même temps, une conscience certaine.

Conscience erronée.

A. Une conscience invinciblement erronée équivaut à une conscience certaine : il faut donc lui obéir.

B. Une conscience vinciblement erronée ne peut pas, au contraire, servir de règle de conduite : il va de soi que l'erreur volontaire ne saurait être une excuse. Il convient donc de rectifier la conscience vinciblement erronée par l'étude, la consultation d'hommes compétents et par la prière.

  1. Si la conscience erronée est une conscience relâchée, on n'a pas le droit de la suivre, toutes les fois qu'on soupçonne qu'une chose est mauvaise. Le laxisme qui prétend qu'on peut suivre l'opinion favorable à la liberté contre la loi, alors même qu'elle n'est que légèrement probable, est une doctrine condamnée par l'Église, -.
  2. Si la conscience erronée est une conscience étroite, il faut la rectifier par les moyens indiqués plus haut. -.
  3. La conscience scrupuleuse est plus qu'une conscience erronée : le scrupule est une maladie qui cause le trouble et le désordre dans l'âme et peut même influer sur la santé du corps. Il importe donc ici de guérir la maladie bien plus que de supprimer l'erreur. Les trois principaux remèdes qu'indiquent les théologiens sont : - 1. une obéissance absolue à la direction du confesseur ; 2. la volonté énergique de chasser le scrupule, qu'il porte sur un point seulement ou sur plusieurs objets ; -3. la prière, doublée d'une grande confiance dans la bonté de Dieu..

La conscience scrupuleuse est plus qu'une conscience erronée : le scrupule est une maladie qui cause le trouble et le désordre dans l'âme et peut même influer sur la santé du corps. Il importe donc ici de guérir la maladie bien plus que de supprimer l'erreur. Les trois principaux remèdes qu'indiquent les théologiens sont : - 1. une obéissance absolue à la direction du confesseur ; 2. la volonté énergique de chasser le scrupule, qu'il porte sur un point seulement ou sur plusieurs objets ; -3. la prière, doublée d'une grande confiance dans la bonté de Dieu.

III. Règles pratiques dans les cas de conscience certaine et de conscience douteuse. Éducation de la conscience.

Conscience certaine.

- Il faut toujours suivre une conscience moralement certaine, qu'elle soit vraie ou invinciblement erronée. Nous disons moralement certaine, car, s'il fallait, pour agir, une certitude absolue, on ne pourrait presque jamais rien faire.

Conscience incertaine ou douteuse.

– On n'a pas le droit de suivre une conscience incertaine ou douteuse. Avant d'agir, il faut donc prendre tous les moyens de faire cesser le doute : le devoir est d'autant plus impérieux que le précepte est grave. Or les meilleurs moyens d'éclairer sa conscience sont : la prière, la consultation des personnes compétentes et l'application des principes généraux de la théologie morale, notamment des principes réflexes. On appelle principes réflexes des règles particulières qui s'appliquent indirectement aux cas à résoudre. Voici les principaux :- 1. Une loi douteuse n'oblige pas : on comprend, en effet qu'une loi incertaine ne peut créer une obligation certaine. - 2. Dans le doute, on doit se décider en faveur de celui qui possède, c'est-à-dire en faveur de la liberté ou de la loi. Par exemple si je doute d'avoir contracté une dette ou d'avoir fait un vœu, c'est ma liberté qui possède ; l'obligation n'étant pas certaine, je ne suis tenu à rien. Au contraire, si je suis certain d'avoir contracté cette dette et d'avoir fait ce vœu, c'est la loi qui possède, je dois acquitter la dette et exécuter le vœu. - 3. Dans le doute on doit présumer en faveur du supérieur. - 4. Un fait ne se présume pas, il doit être prouvé : on n'encourt donc pas une pénalité attachée à une faute si l'on n'est pas certain d'avoir commis cette faute. - 5. Un acte doit être tenu pour valide jusqu'à, preuve du contraire. Doute-t-on, par exemple, de la validité d'un vœu, d'une confession, d'un mariage, on doit conclure à la validité, jusqu'à ce que la nullité soit démontrée. Si, malgré l'application de ces principes, le doute persiste et que l'on doit agir, les moralistes ne sont pas d'accord sur la manière de trancher la difficulté. Les différents systèmes qu'ils proposent pour résoudre « les cas de conscience » et sortir du doute, s'appellent : le tutiorisme, le probabiliorisme, l'équiprobabilisme et le probabilisme.

A. LE TUTIORISME. - Ce système veut que dans le doute on choisisse toujours le parti le plus sûr, c'est-à-dire celui qui favorise la loi. Etes-vous presque certain, par exemple, que vous avez accompli un vœu, s'il vous reste le moindre doute, vous devez en remplir à nouveau les obligations. Le tutiorisme absolu (rigorisme), qui fut la doctrine des Jansénistes, a été condamné par le pape Alexandre VIII. Suivre le parti le plus sûr est donc un droit mais non un devoir, excepté cependant dans trois cas :

  1. quand il s'agit d'une vérité de foi nécessaire au salut ; -.
  2. ou de la validité d'un sacrement, sauf le cas où il est permis de présumer que l'Église supplée le défaut : ce qui arrive pour les sacrements de Pénitence et de Mariage dans les cas de grave nécessité ou d'utilité majeure. -.
  3. Il faut encore suivre l'opinion la plus sûre quand il s'agit de la vie ou des intérêts graves du prochain. Ainsi, un médecin doit toujours choisir, entre deux remèdes, celui qu'il juge le plus apte à guérir son malade ; un chasseur qui craint de tuer quelqu'un en tirant, n'a pas le droit de tirer..

Il faut encore suivre l'opinion la plus sûre quand il s'agit de la vie ou des intérêts graves du prochain. Ainsi, un médecin doit toujours choisir, entre deux remèdes, celui qu'il juge le plus apte à guérir son malade ; un chasseur qui craint de tuer quelqu'un en tirant, n'a pas le droit de tirer.

B. LE PROBABILIORISME. - Ce système qui tient le milieu entre le tutiorisme et le probabilisme, prétend éviter les écueils du rigorisme et du laxisme. Il s'appuie sur les trois principes suivants :

  1. Il est permis de suivre une opinion plus probable, quoique moins sûre. -.
  2. Quand deux opinions sont également probables, il faut suivre la plus sûre. -.
  3. Il n'est pas permis de suivre une opinion à la fois moins probable et moins sûre. (Prendre pour exemple dans les trois principes l'accomplissement douter d'un vœu)..

Il n'est pas permis de suivre une opinion à la fois moins probable et moins sûre. (Prendre pour exemple dans les trois principes l'accomplissement douter d'un vœu).

C. L'EQUIPROBABILISME. - Ce système, professé par Saint LIGUORI, admet, avec les probabilioristes, qu'on a toujours le droit de suivre une opinion plus probable, quoique moins sûre. Mais quand deux opinions en conflit sont également probables, l'on peut trancher la difficulté par le second principe réflexe (p. 172).

D. LE PROBABILISME. - D'après ce système, on a toujours le droit de suivre un parti sérieusement probable, alors même que le parti qui lui est opposé serait plus probable, exception faite toutefois pour les trois cas où l'on est obligé de suivre le parti le plus sûr (Voir plus haut : Le tutiorisme). Cette opinion qui favorise le plus la liberté, invoque le premier principe réflexe, à savoir qu'« une loi douteuse n'oblige pas ». Bien qu'il tende à ne pas multiplier le nombre des devoirs, le système probabiliste ne doit pas être confondu avec le laxisme : l'indulgence et la miséricorde sont souvent de meilleures voies que la sévérité excessive pour mener à Dieu. A part le rigorisme et le laxisme, condamnés tous deux par l'Église, on est donc libre de choisir entre les différents systèmes que nous venons d'exposer.

Education de la conscience.

- Du fait même que la conscience. est la règle de nos actions et qu'elle nous enseigne le chemin du devoir et, partant, celui du ciel, il importe au plus haut point de l'éduquer, afin d'obtenir une connaissance exacte de nos obligations. Or l'éducation de la conscience se fait à la fois : - 1 par des moyens naturels, tels que l'instruction religieuse, les bonnes lectures, les bons exemples des parents et des maîtres et la fréquentation de personnes sages et éclairées ; et - 2. par des moyens surnaturels, tels que la prière, l'examen de conscience, la confession fréquente et la pratique des vertus chrétiennes.

ARTICLE II. - DU PÉCHÉ

IV. Le Péché. Définition. Espèces.

Définition.

- Le péché est une désobéissance volontaire à la loi de Dieu. Deux conditions sont requises pour qu'il y ait péché : - a) Il faut qu'il y ait désobéissance. Un acte qui n'est pas défendu par Dieu, soit directement par la loi naturelle ou la loi divine positive, soit indirectement par les lois humaines, ne peut pas être un acte mauvais. - b) Il faut que la désobéissance soit volontaire : elle suppose donc, de la part de celui qui agit, l'advertance et la liberté, c'est-à-dire la connaissance du mal et le pouvoir de l'éviter : - 1. l'advertance. Celui qui ne s'apercevrait pas de la malice d'une action, ou ne s'en apercevrait qu'après coup, ne serait pas coupable : ainsi, manger de la viande un vendredi, parce qu'on oublie que c'est un vendredi, n'est pas un péché ; - 2. la liberté. Un acte n'est imputable que dans la mesure où il est libre : par conséquent, toute cause qui influe sur la liberté, qui la supprime entièrement ou la diminue, fait que la responsabilité est nulle ou atténuée (voir N°159 et 160).

Espèces.

A. Si l'on considère le PRINCIPE qui en est la cause, le péché est : - a) originel, ou - b) actuel. Le premier est celui que nous héritons de notre premier père. Le second est celui que nous commettons nous-mêmes. Il n'est question ici que du péché actuel. 

B. Si on envisage la MANIÈRE de le commettre, le péché actuel est : - a) un acte positif : pensées, désirs, paroles et oeuvres ; ou - b) une omission, qui consiste à ne pas accomplir une chose commandée, comme, par exemple, ne pas assister à la messe le dimanche. 

C. Au point de vue de l'ESPÈCE (distinction spécifique), les péchés actuels se distinguent entre eux suivant qu'ils sont opposés :

  1. soit à des préceptes différents (ex. : blasphème et homicide) ; -.
  2. soit à des vertus différentes (ex. : hérésie, péché contre la foi ; désespoir, péché contre l'espérance ; haine du prochain, péché contre la charité) ; -.
  3. soit au même précepte ou à la même vertu, mais de manière différente (ex. : mensonge et médisance, tous deux opposés au 8eme Commandement ; homicide et vol tous deux opposés à la vertu de justice ; présomption et désespoir opposés à la vertu d'espérance). .

soit au même précepte ou à la même vertu, mais de manière différente (ex. : mensonge et médisance, tous deux opposés au 8eme Commandement ; homicide et vol tous deux opposés à la vertu de justice ; présomption et désespoir opposés à la vertu d'espérance). 

D. Au point de vue du NOMBRE (distinction numérique), il y a lieu de distinguer entre les actes extérieurs et les actes intérieurs. - a) S'il s'agit d'actes extérieurs, il y a autant de péchés que d'actes contraires à des préceptes différents : ainsi tuer quelqu'un et le voler constituent deux péchés : un homicide et un vol. Mais tous les actes accomplis par une seule volonté continue, comme tous les actes qui précèdent et accompagnent l'accomplissement d'un vol, ne forment qu'un seul péché de vol. Inversement, il peut arriver qu'une seule action constitue plusieurs péchés : celui qui, dans une conversation, diffame plusieurs personnes, commet autant de péchés qu'il y a de personnes diffamées. - b) S'il s'agit d'actes intérieurs (pensées, désirs), il y a autant de péchés que le consentement de la volonté a été renouvelé après interruption ou rétractation de la pensée ou du désir mauvais. 

E. Au point de vue de la GRAVITÉ et par conséquent, des EFFETS, le péché actuel est :- a) mortel, ou - b) véniel.

V. Les Causes du péché.

La cause du péché c'est, comme nous venons de le dire, la volonté libre de l'homme. Mais la question qui se pose, est de savoir quelles sont les influences qui peuvent déterminer l'homme à mal faire. Les causes qui poussent la volonté à pécher, sont de deux sortes : elles sont intrinsèques ou extrinsèques. 

A. Les causes intrinsèques sont : les passions ou la concupiscence. Par suite du péché originel, l'esprit est dominé par la chair ; il n'y a plus équilibre entre les penchants qui inclinent vers les biens sensibles et les penchants qui poussent vers les biens spirituels. L'homme tend à accorder à ses sens une prépondérance qu'ils ne doivent pas avoir : c'est ce dérèglement qu'on appelle concupiscence. Les théologiens, s'appuyant sur l'enseignement de saint Jean (I Jean, II, 16), distinguent une triple concupiscence :

  1. la concupiscence de la chair : intempérance et luxure ; -.
  2. la concupiscence des yeux : curiosité, convoitise des richesses :-.
  3. l'orgueil de la vie : soif désordonnée des honneurs, de la gloire, etc. .

l'orgueil de la vie : soif désordonnée des honneurs, de la gloire, etc. 

B. Les causes extrinsèques sont :- a) le monde, qui, par ses maximes, ses séductions et ses mauvais exemples, est pour nous un agent de perversion ; et - b) le démon, qui agit sur nos sens, excite nos passions et peuple notre imagination de pensées malsaines.

La Tentation. - La concupiscence, le monde et le démon produisent en nous la tentation. La tentation, c'est donc la sollicitation au mal qui nous vient de ces causes. Il importe de bien établir la distinction entre la tentation et le péché. Il y a deux moments dans la tentation. Le premier est la suggestion mauvaise : pensée, imagination ; le second est la délectation qui naît de la pensée mauvaise : elle n'est pas coupable aussi longtemps qu'elle est indélibérée. Le péché est le troisième moment qui fait suite aux deux autres : il apparaît lorsque la volonté consent à la suggestion et à la délectation mauvaises. La tentation n'est donc pas un péché : elle affermit, au contraire, notre vertu, et augmente nos mérites si nous savons lui résister. Mais c'est une faute de s'y exposer sans raison suffisante.

VI. Le Péché mortel. Nature. Malice. Effet.

Nature.

- Le péché mortel est une désobéissance grave à la loi de Dieu. Trois conditions sont requises pour qu'il y ait péché mortel

  1. une matière grave, ou censée grave. L'on doit regarder comme matière grave : 1. toute injure à Dieu et à ses attributs divins : apostasie, blasphème, irréligion, etc. ; - 2. tout ce qui nuit gravement à la justice ou à la charité soit envers nous-mêmes, soit envers le prochain : suicide, homicide, vol, calomnie, haine du prochain ;- 3. toute infraction aux commandements que l'Église impose sens peine de faute grave, comme par exemple, ne pas assister à la Messe le dimanche, ne pas accomplir le devoir pascal ; -.
  2. une advertance entière à la malice de l'acte. Il faut que l'action soit perçue par nous comme une désobéissance grave à la loi ; -.
  3. un plein consentement de la volonté à l'acte jugé mauvais. Si l'une de ces trois conditions fait défaut, le péché n'est pas mortel..

un plein consentement de la volonté à l'acte jugé mauvais. Si l'une de ces trois conditions fait défaut, le péché n'est pas mortel.

Malice.

- Il y a dans tout péché mortel une triple malice. Il est, en effet :- 1. une désobéissance vis-à-vis du souverain législateur ; 2. une injustice, puisque le pécheur viole les droits du créateur sur sa créature, et - 3. une ingratitude. Dieu est le bienfaiteur de nos âmes et, après le péché originel, il a été notre Rédempteur au prix des plus atroces souffrances. Répondre à tant de faveurs par le mépris et préférer la créature au Souverain Bien, est une ingratitude sans nom.

Effets.

- a) La première conséquence du péché mortel, c'est de donner la mort à l'âme au point de vue surnaturel, - d'où son nom de péché mortel, - en lui faisant perdre la grâce sanctifiante et, de ce fait, le droit au ciel et les mérites acquis jusque-là : autant de choses qui ne peuvent être rendues au pécheur que s'il se repent et se réconcilie avec Dieu. Cette privation de grâce est ce qu'on appelle la souillure du péché qui nous sépare de Dieu et nous fait tomber sous l'esclavage du démon. b) La seconde conséquence, c'est l'obligation de subir une peine. A chacun selon ses oeuvres : au bien, la récompense ; au mal, le châtiment. Or, le châtiment du péché mortel est double. Le premier c'est le remords de la conscience qui torture le pécheur et lui remet sans cesse sa faute devant les yeux. Le second châtiment, c'est la punition infligée par Dieu lui-même. Dieu ne serait pas un sage législateur s'il n'attachait à ses lois une sanction proportionnée à la faute. Cette sanction, c'est la peine éternelle de l'Enfer, si le pécheur persévère dans son état de faute et s'il ne vient pas à résipiscence.

VII. Le Péché véniel. Nature. Effets.

Nature.

- Le péché véniel est aussi une désobéissance à la loi de Dieu, mais à laquelle il manque une des trois conditions qui constituent le péché mortel. Le péché est donc véniel si la matière est légère, ou si l'advertance n'est pas entière, ou si le consentement n'est pas parfait.

Malice.

- Les péchés véniels, aussi nombreux qu'ils soient, ne revêtent jamais la gravité d'un seul péché mortel. Ils n'en sont pas moins des offenses à Dieu et des actes qui lui déplaisent.

Effets.

- a) Sans doute le péché véniel n'enlève ni la grâce sanctifiante, ni le droit au ciel, ni les mérites acquis, mais il a pour effet de diminuer en nous la charité ou amour de Dieu et d'engendrer la tiédeur. Il nous rend donc moins forts contre la tentation et nous conduit sur la pente du péché mortel, soit que Dieu nous distribue plus parcimonieusement ses grâces actuelles, soit parce que le péché, même véniel, affaiblit notre bonne volonté. b) Bien qu'il ne souille pas l'âme d'une tache, il est une faute et mérite une peine : non pas la peine éternelle, mais une peine temporelle en rapport avec le délit et qui doit être subie ici-bas ou dans le Purgatoire.

Conclusion pratique

1 Rien n'importe plus que de se former une conscience délicate, exempte à la fois de scrupule et de relâchement, une conscience qui attribue à chaque action sa véritable valeur morale.

2 Le péché est le souverain mal. La souffrance, la maladie, la ruine, la mort ne sont que des malheurs relatifs. Le péché mortel est le seul mal absolu, parce qu'il ternit la beauté de notre âme, et peut nous jeter, d'un instant à l'autre, dans l'abîme de l'Enfer. Il faut donc l'éviter à tout prix, - Il faut aussi éviter le péché véniel avec grand soin, car « qui méprise les petites choses tombera bientôt ». (Ecclésiastique, XIX, 1). « Celui qui est fidèle dans les petites choses l'est aussi dans les grandes, dit Notre-Seigneur à ses disciples, et celui qui est infidèle dans les petites choses l'est aussi dans les grandes. »(Luc, XVI, 111).

Lectures

LECTURES. -1 Le péché mortel est puni par le déluge (Genèse, VI et VII) ; parle feu qui détruit Sodome et Gomorrhe (Gen., XIX). 2 Tobie exhorte son fils à fuir le péché et à observer les Commandements de Dieu (Tobie, IV).

Questionnaire

I. 1 Qu'est-ce que la conscience ? 2 A quel point de vue peut-on envisager la conscience ? 3 Qu'est-ce qu'une conscience vraie, erronée, invinciblement, vinciblement erronée, une conscience large, scrupuleuse, timorée ? 4 Qu'est-ce qu'une conscience certaine ? 5 Qu'est-ce qu'une conscience douteuse ?

II. 1 Quelles règles doit-on suivre dans les cas de conscience vraie, erronée, relâchée et scrupuleuse ?

III. 1 Faut-il toujours suivre une conscience certaine ? 2 Peut-on suivre une conscience incertaine ? 3 Que faut-il faire pour sortir de son doute ? 4 Qu'est-ce qu'un principe réflexe ? 5 Citez quelques principes réflexes. 6 Quels sont les différents systèmes que proposent les moralistes pour sortir de son doute ? 7 Quels sont les principes du tutiorisme, du probabiliorisme, de l'équiprobabilisme et du probabilisme ?

IV. 1 Qu'est-ce que le péché ? 2 Quelles sont les conditions requises pour qu'il y ait péché ? 3 Quelles sont les espèces de péchés ?

V.1 Quelles sont les causes intrinsèques du péché ? 2 Et les causes extrinsèques ? 

VI. 1 Qu'est-ce que le péché mortel ? 2 Quelles en sont les conditions ? 3 Quelle en est la malice ? 4 Quels en sont les effets ?

VII. 1 Quelle est la nature du péché véniel ? 2 Quelle en est la malice ? 3 Quels en sont les effets ?