Chapitre 27 — Section 6

Des avantages et des biens du mariage

Le premier c’est de faire comprendre aux Fidèles que dans un Mariage à conclure on doit considérer la vertu et la conformité de mœurs, plutôt que les richesses et la beauté : Rien n’est plus propre évidemment à entretenir la bonne harmonie entre le mari et la femme.
D’ailleurs si le Mariage pouvait se dissoudre par le divorce, les Epoux ne manqueraient presque jamais de raisons pour se séparer. L’antique ennemi de la paix et de la vertu leur en fournirait tous les jours de nouvelles. Mais quand ils viennent à réfléchir que même en cessant la vie commune, et tous les rapports de l’union conjugale, ils n’en restent pas moins enchaînés par les liens du Mariage, sans aucune espérance de pouvoir jamais se marier à d’autres, cette pensée les rend moins prompts à se diviser et à se fâcher l’un contre l’autre. Si même il arrive qu’ils se séparent, et qu’ils ne puissent supporter longtemps la privation du Mariage, ils se laissent réconcilier par des amis, et reprennent la vie commune.
Les Pasteurs ne doivent pas omettre ici l’exhortation si salutaire de Saint Augustin. Pour montrer aux Fidèles qu’ils ne devaient pas faire trop de difficultés pour se réconcilier avec leurs épouses, lorsqu’ils s’en étaient séparés pour cause d’infidélité, et qu’elles se repentaient de leur crime : 20« Pourquoi, disait-il, le mari fidèle ne recevrait-il pas une épouse que l’Eglise reçoit ? et pourquoi l’épouse ne pardonnerait-elle pas à son mari coupable, mais repentant, lui à qui Jésus-Christ même a pardonné ? » — Quand l’Ecriture21 appelle insensé celui qui garde une femme adultère, elle a en vue celle qui, après sa faute, refuse de se repentir et de sortir de sa honte et de son péché.
D’après tout ce que nous venons de dire il est bien évident que le Mariage des chrétiens est infiniment plus parfait et plus digne que celui des infidèles et même des Juifs.
Il y a de plus trois biens particuliers propres au Mariage, et dont il faut parler aux Fidèles ; c’est à savoir les enfants, la fidélité et le Sacrement, qui sont comme une compensation des peines et des ennuis dont parle l’Apôtre, quand il dit :22 « Les personnes mariées éprouveront des tribulations de toutes sortes. » De là encore il résulte que l’union de l’homme et de la femme qui serait condamnable à juste titre en dehors du Mariage, est permise et légitime entre les Epoux.
Le premier bien du Mariage, c’est la famille, c’est-à-dire les enfants nés d’une épouse légitime et véritable. L’Apôtre Saint Paul l’élève si haut qu’il va jusqu’à dire :23 « La femme sera sauvée par les enfants qu’elle mettra au monde. » Paroles qui doivent s’entendre, non pas seulement de la génération des enfants, mais encore de leur éducation et du soin de les former à la piété ; car il ajoute aussitôt « s’ils persévèrent dans la Foi. » D’ailleurs, l’Ecriture dit positivement :24 « Avez-vous des enfants ? sachez les instruire, et les plier au joug dés leur enfance. » L’Apôtre Saint Paul enseigne la même doctrine, et l’Histoire sainte nous montre dans le saint homme Job, dans Tobie, et dans plusieurs autres saints Patriarches, des exemples admirables de l’éducation que les parents doivent donner à leurs enfants, — Au reste, nous exposerons plus longuement, au quatrième Commandement de Dieu, les devoirs des parents et des enfants.
Le second bien du Mariage, c’est la Foi ; non pas cette vertu de Foi que nous recevons, et qui nous pénètre, en quelque sorte, dans le Baptême ; mais cette Foi mutuelle qui lie si étroitement le mari à l’épouse, et l’épouse au mari, qu’ils se donnent entièrement l’un à l’autre, avec la promesse de ne jamais violer la sainte alliance du Mariage. Cette conclusion se déduit aisément des paroles prononcées par notre premier père en recevant Eve pour son épouse, paroles que Notre-Seigneur a confirmées Lui-même dans l’Evangile, en les répétant:25 « L’homme, dit-il, abandonnera son père et sa mère, et il s’attachera à son épouse, et ils seront deux ne faisant qu’un. »
De même l’Apôtre déclare que26 « La femme ne s’appartient pas, mais qu’elle appartient à son mari ; et que l’homme ne s’appartient pas, mais qu’il appartient à sa femme. » C’est donc avec une parfaite justice que, dans la Loi ancienne, le Seigneur avait porté des peines si sévères contre les coupables qui violeraient la foi conjugale.
La fidélité du Mariage demande en outre que le mari et la femme s’aiment d’un amour particulier, tout chaste et tout pur, bien différent de l’amour déréglé,. mais d’un amour semblable à celui de Jésus-Christ pour son Eglise. C’est la règle que prescrit l’Apôtre quand il dit27 « Maris, aimez vos épouses comme Jésus-Christ a aimé son Eglise. » Or si Jésus-Christ a eu pour son Eglise un amour si grand et si étendu, ce n’est point assurément pour son propre avantage, mais uniquement pour le bien de son épouse.
Le troisième bien du Mariage, c’est le Sacrement, c’est-à-dire, le lien indissoluble qui unit les Epoux. Ainsi que nous le lisons dans l’Apôtre,28 « Le Seigneur a ordonné à l’épouse de ne point se séparer de son Epoux ; ou si elle vient à s’en séparer, de rester sans mari ou de se réconcilier avec le premier, et au mari de ne point renvoyer son épouse. » En effet, si le Mariage en tant que Sacrement représente l’Union de Jésus-Christ avec son Eglise, n’est-il pas nécessaire que comme Jésus-Christ n’abandonne jamais son Eglise, l’épouse ne puisse jamais non plus être séparée de son Epoux, au point de vue du lien conjugal.
Mais pour conserver plus aisément la paix dans cette sainte société, il y aura lieu de faire connaître les devoirs du mari et de la femme, tels qu’ils nous ont été transmis par Saint Paul, et par Saint Pierre le prince des Apôtres.