Tome 2 · La Morale · Leçon 16

L'Espérance. -Nature

Plan de la leçon 3 parties
  1. I. L'Espérance. Nature. Objet. Motif. Qualités
    1. Définition
    2. Nature de l'Espérance
    3. Objet de l'Espérance
    4. Motif
    5. Qualités
  2. II. Nécessité de l'Espérance
    1. La vertu infuse d'espérance
    2. L'acte d'espérance
    3. Objections des adversaires
  3. III. Les péchés contre l'Espérance. Leur gravité
    1. Péchés
    2. Gravité
Mots

Espérance, a) Dans son sens général, l'espérance c'est l'attente d'un bien que l'on désire. - b) Dans son sens restreint, et tel qu'il est employé dans cette leçon, ce mot désigne la seconde vertu théologale, (V. N° 288). En tant que vertu théologale, elle est souvent dénommée : l'Espérance chrétienne , pour la distinguer de l'espérance terrestre qui est une disposition de l'âme et non une vertu.

Nota. - l'espérance qui tient, une grande place dans la Sainte Écriture, est commune à l'ancienne et à la nouvelle Loi. Mais il convient de noter que, dans l'Ancien Testament, les Juifs attachent beaucoup plus d'importance aux biens temporels qu'à la béatitude éternelle ; toutefois, comme les biens temporels étaient promis par Dieu et servaient de soutien à la loi mosaïque, c'était un acte religieux que de les espérer. Dans le Nouveau Testament, les biens temporels s'effacent devant les biens spirituels : « Cherchez le royaume de Dieu, et tout le reste vous sera donné par surcroît. » (Luc, XII, 31). 

Désespoir.  Désespérer, c'est perdre toute confiance dans la bonté de Dieu et croire que le salut est désormais impossible.

Présomption. Opinion trop avantageuse qu'on a de soi-même et, par suite, confiance exagérée dans ses propres forces.

Développement

I. L'Espérance. Nature. Objet. Motif. Qualités.

Définition.

- L'espérance chrétienne est une vertu surnaturelle par laquelle nous avons la ferme confiance d'obtenir la béatitude éternelle et les moyens d'y parvenir : confiance qui est fondée sur la puissance, sur la bonté et sur la fidélité de Dieu à ses promesses. Étudions, d'après cette définition, la nature, l'objet, le motif et les qualités de l'espérance.

Nature de l'Espérance.

- L'espérance est une vertu surnaturelle. Elle est : - a) une vertu, c'est-à-dire une disposition de l'âme qui nous porte à faire des actes d'espérance malgré les obstacles que nous rencontrons : comme toute vertu, elle implique l'effort. Sans doute, l'espérance est un besoin naturel au cœur de l'homme ; il n'en est pas moins vrai que l'espérance chrétienne ne va pas sans difficulté, car le bonheur qu'elle poursuit est souvent en opposition avec les plaisirs de ce monde, et pour gagner les joies du ciel, il faut sacrifier d'abord celles d'ici-bas ; - b) vertu surnaturelle. Comme la foi, l'espérance est surnaturelle : - 1. par son principe (la grâce) ;- 2. par son objet (le ciel), et - 3, par son motif (les attributs de Dieu).

En tant que vertu théologale et telle qu'elle vient d'être définie, elle s'appelle espérance habituelle. Quand elle se traduit par des actes, c'est l'espérance actuelle.

Objet de l'Espérance.

- L'espérance nous donne la ferme confiance d'obtenir la béatitude éternelle et les moyens d'y parvenir. Ainsi, l'objet de l'espérance est double.

A. L'objet principal, c'est la possession de Dieu dans la béatitude du Ciel. L'objet de l'espérance est donc incomparable. L'homme ne peut goûter ici-bas que des joies imparfaites : les richesses, l'ambition, les honneurs, et même les plaisirs plus purs (le l'esprit et de l'amitié sont inaptes à satisfaire les insatiables désirs de son cœur. Dieu seul peut donner le bonheur absolu après lequel il soupire.

B. Le second objet de l'espérance chrétienne est la grâce. « La gloire est le but ; la grâce est le moyen. Nous attendons de Dieu la couronne ; nous attendons aussi de lui le secours qui nous la fera mériter : secours passager de la grâce actuelle ; secours permanent de la grâce habituelle qui met en nous un principe supérieur d'opération, une source jaillissante de vertus et de mérites . »

Les biens temporels peuvent-ils être aussi l'objet de l'espérance chrétienne » Ils ne sont pas, à vrai dire, le domaine propre de l'espérance ; mais ils peuvent être des moyens indirects de travailler à notre salut. Nous avons donc le droit de les demander et nous les demandons tous dans une certaine mesure, par ces paroles de l'Oraison dominicale : « Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. » Ils doivent cependant ne venir qu'au second plan et être subordonnés au bon plaisir de Dieu.

Motif.

- Le motif de l'espérance se trouve dans trois attributs de Dieu : sa puissance, sa bonté et sa fidélité.

  1. Sa puissance. On ne peut être libéral que si on est riche. Pour ouvrir à l'homme une perspective aussi merveilleuse que le bonheur du ciel, il faut la toute-puissance d'un Dieu. -.
  2. Sa bonté. La richesse est une condition de la libéralité, mais elle ne suffit pas, il faut y ajouter la bonté. « C'est le propre du bien d'aimer à se répandre, dit saint Denis, Bonun est sui diffusivum. » Voilà pourquoi Dieu a manifesté sa puissance dans les deux oeuvres de la Création et de la Rédemption, et voilà pourquoi il nous a élevés à l'ordre surnaturel par la grâce et prédestinés à la gloire éternelle. -.
  3. Fidélité de Dieu. Les biens que Dieu nous a promis, le Fils de Dieu fait homme nous les a mérités par la Rédemption. La justice de Dieu est engagée à tenir ses promesses, du moment que nous apportons la coopération qui est exigée de nous : « Efforcez-vous, dit saint Pierre, de rendre votre élection et votre vocation certaines par vos bonnes oeuvres. » (II Pierre, 1, 10). Si, guidés par la foi, nous accomplissons le bien, nous aurons le droit de dire, avec saint Paul : « J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi ; il ne me reste plus qu'à recevoir la couronne de justice que me donnera en ce jour-là le Seigneur, le juste Juge » (II Tim., IV, 7, 8), « la vie éternelle, promise dès les plus anciens temps par le Dieu qui ne ment point ». (Tite, I, 2)..

Fidélité de Dieu. Les biens que Dieu nous a promis, le Fils de Dieu fait homme nous les a mérités par la Rédemption. La justice de Dieu est engagée à tenir ses promesses, du moment que nous apportons la coopération qui est exigée de nous : « Efforcez-vous, dit saint Pierre, de rendre votre élection et votre vocation certaines par vos bonnes oeuvres. » (II Pierre, 1, 10). Si, guidés par la foi, nous accomplissons le bien, nous aurons le droit de dire, avec saint Paul : « J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi ; il ne me reste plus qu'à recevoir la couronne de justice que me donnera en ce jour-là le Seigneur, le juste Juge » (II Tim., IV, 7, 8), « la vie éternelle, promise dès les plus anciens temps par le Dieu qui ne ment point ». (Tite, I, 2).

Qualités.

- Par l'espérance nous avons la ferme confiance d'obtenir la béatitude éternelle et les moyens d'y parvenir. Notre espérance doit donc être : - a) ferme, c'est-à-dire certaine par rapport à Dieu, qui est incapable de trahir ses promesses, et cependant - b) mêlée de crainte par rapport à nous, car nous ne sommes pas sûrs de persévérer dans le bien et de mourir en état de grâce.

II. Nécessité de l'Espérance.

La vertu infuse d'espérance.

est nécessaire au même titre que la foi (voir N° 284).

L'acte d'espérance.

est de nécessité à la fois de moyen et de précepte pour les adultes. « Il faut croire, dit saint Paul, que Dieu existe et qu'il récompense ceux qui le cherchent. » (Héb., XI, 6).

Quand y a-t-il précepte de faire des actes d'espérance ? Il y a deux moments où le devoir s'impose certainement :

  1. à l'éveil de notre raison, et -.
  2. à l'article de la mort. En dehors de ces deux époques, il nous oblige encore -.
  3. dans les tentations contre cette vertu, -.
  4. au milieu des épreuves et des malheurs de la vie, et -.
  5. quelquefois dans l'année..

quelquefois dans l'année.

D'ailleurs, toute prière contient un acte implicite d'espérance. On prie parce qu'on a la confiance d'obtenir ; nous faisons donc, en réalité, autant d'actes d'espérance que nous adressons de prières au Seigneur.

Objections des adversaires.

- La nécessité de l'espérance chrétienne a été contestée par deux catégories d'adversaires : les quiétistes, d'une part ; les athées et les rationalistes, de l'autre.

A. Les QUIÉTISTES (MOLINOS, Mme GUYON, FÉNELON, « Maximes des saints »), jugeant que Dieu devait être aimé pour lui-même, prétendirent que l'amour de Dieu, pur et désintéressé, était la seule manière de nous rendre dignes du Souverain Bien.

Réponse. - Cette doctrine a été condamnée par INNOCENT XII, en 1699. Il n'en faut pas conclure que l'acte de pur amour par lequel une âme très avancée dans la voie de la perfection, oublie son propre intérêt pour se donner toute à Dieu, soit défendu. Ce qui a été condamné dans le quiétisme, c'est d'exiger le pur amour à l'état habituel et permanent et de rejeter comme mauvais tout acte d'espérance.

B. Les ATHÉES de tous les siècles qui ne croient pas à un bonheur futur, ne peuvent y mettre leur espérance. Les RATIONALISTES modernes (école de KANT, école évolutionniste) ne se contentent pas de rejeter l'espérance ; ils accusent la morale religieuse d'être une morale utilitaire et lui reprochent de rabaisser la vertu par l'appât de la récompense. (V. No158).

Réponse. - Ces reproches injustes proviennent d'une double ignorance : a) Ignorance de la doctrine chrétienne. Les moralistes catholiques n'enseignent nullement que la vertu doit être pratiquée uniquement en vue de la récompense. Ils reconnaissent au contraire, que le bien est bien, indépendamment des conséquences bonnes ou mauvaises qu'il entraîne, et que plus l'amour que nous portons à Dieu est désintéressé, plus il est parfait. D'autre part, comment prétendre que l'amour de soi, qui entre dans l'espérance, soit un amour illégitime quand il consiste tout simplement à vouloir pour nous-mêmes ce que Dieu veut pour nous ? - b) Ignorance de la nature humaine. L'homme est né pour le bonheur ; il en a un désir immense qu'aucune joie terrestre ne peut assouvir et qui renaît sans cesse, en dépit de toutes les désillusions de la vie. Dieu aurait-il mis en nous cette soif de bonheur pour nous tromper éternellement ? Le prétendre serait un blasphème. L'espérance est donc dans notre cœur parce que Dieu a voulu l'y mettre, et elle est d'ailleurs un des plus sûrs principes d'action. En nous montrant dans le lointain un bien infini, elle nous aide à lutter ; elle nous relève si nous sommes momentanément vaincus ; elle met dans nos âmes la patience et nous garde la confiance parmi les insuccès et les épreuves.

III. Les péchés contre l'Espérance. Leur gravité.

Péchés.

- On peut pécher contre l'espérance de deux manières : par désespoir ou défaut d'espérance et par présomption ou excès d'espérance.

A. LE DÉSESPOIR est la perte totale de l'espérance. Il y a désespoir quand on regarde le salut comme impossible : - a) soit parce qu'on se défie trop de ses forces. Le manque de foi ou confiance en Dieu, la paresse spirituelle, l'attache excessive aux biens et aux plaisirs de la terre portent souvent à douter de soi-même, à renoncer à l'effort et à s'endurcir dans ses mauvaises habitudes ; - b) soit parce qu'on se juge trop coupable et qu'on ne compte plus sur la miséricorde divine pour obtenir le pardon de ses fautes : c'est le péché de Caïn (Gen., IV, 13) et de Judas. (Mat., XXVII, 3, 5.)

Toutefois, il ne faut pas confondre le désespoir proprement dit : -1) avec l'abattement passager, qui accompagne les grandes épreuves et les grandes douleurs : celles-ci peuvent être, au contraire, des occasions de mérite lorsqu'on reprend vite courage et que l'on bénit la main de Dieu qui vous frappe ; - 2) ni avec la crainte excessive des peines de l'Enfer, pourvu qu'on ne perde pas confiance dans la bonté de Dieu.

Au désespoir on peut rattacher l'indifférence, qui se désintéresse des choses de la religion et, par conséquent, pèche par défaut à la fois contre l'espérance et contre la foi.

B. LA PRÉSOMPTION est l'exagération de l'espérance dans la question du salut. Il y a présomption quand on regarde le salut comme certain :- a) soit parce qu'on se fie trop à ses propres forces, comme saint Pierre au moment de la Passion. Le présomptueux oublie le vieil adage : « Qui veut la fin veut les moyens. » Plein d'une confiance exagérée en lui-même, convaincu qu'il pourra résister aux tentations et faire le bien sans le secours de la grâce, il néglige les moyens établis par Dieu pour l'obtenir, c'est-à-dire la prière et les sacrements ; - b) soit parce qu'on compte trop sur la miséricorde divine lorsqu'on s'est rendu coupable de fautes graves, qu'on continue de se livrer à ses passions et qu'on diffère toujours de se convertir, sous le fallacieux prétexte que Dieu est trop bon pour nous damner.

Gravité.

- Les péchés contre l'espérance sont graves en soi et dans leurs conséquences. Celui qui se croit réprouvé fait une grave injure à Dieu, vu qu'il doute de sa bonté et de sa miséricorde et, en s'abandonnant au désespoir, il ouvre la porte à toutes les défaillances morales, voire même au suicide (ex. : Judas). De son côté, le présomptueux, en s'autorisant de la miséricorde de Dieu pour faire le mal et y persévérer, offense la justice divine et oublie pour son malheur qu'on n'entre au ciel que par la voie étroite. (Mat., VII, 13).

Conclusion pratique

1. L'espérance doit être pour nous, dans les tentations et les souffrances de la vie, l'ancre à laquelle nous nous attachons fermement pour ne pas aller à la dérive.

2. Il y a deux routes sur lesquelles nous ne devons pas cheminer, ou si l'on veut, deux écueils à éviter : le désespoir et la présomption. Il faut avoir en Dieu une très grande confiance, non pas cependant au point d'être téméraire et de croire arriver à un but sans prendre le chemin qui y conduit.

Lectures

LECTURES. - 1 Confiance de Judith (Judith, XXIII),  de l’enfant prodigue (Luc, XV), du bon Larron. (Luc, XXIIII). 2 Désespoir de Judas. (Mat., XXVII). 3 Présomption de saint Pierre. (Mat., XXVI, 33).

Questionnaire

I. 1 Qu'est-ce que l'espérance ? 2 Quelle est la nature de l'espérance chrétienne ? 3 Comment peut-elle être une vertu ? 4 Comment est-elle une vertu surnaturelle ? 5 Quel est l'objet principal de l'espérance ? 6 Quel en est l'objet secondaire ? 7 Les biens temporels sont-ils l'objet de l'espérance ? 8 Quel est le motif de l'espérance ? 9 Quelles sont les qualités de l'espérance ?

II. 1 La vertu de l'espérance est-elle nécessaire ? 2 Quand les adultes sont-ils obligés de faire des actes d'espérance ? 3 Quels sont les adversaires de l'espérance chrétienne ? 4 Que faut-il entendre par le pur amour des Quiétistes ? 5 En quoi cette doctrine est-elle fausse ? 6 Quel reproche les rationalistes modernes font-ils à la morale chrétienne à propos de l'espérance ? 7 Que peut-on leur répondre ?

III. 1 Comment pèche-t-on contre l'espérance ? 2 Qu'est-ce que le désespoir ? 3 Quand y a-t-il désespoir ? 4 Qu'est-ce que l'indifférence ? 5 Qu'est-ce que la présomption ? 6 Quand y a-t-il présomption ? 7 Quelle est la gravité des péchés contre l'espérance ?

Devoirs

- 1 Dire comment l'espérance nous est très utile pour mener une vie chrétienne. 2 Quelle formule faut-il réciter pour faire un acte d'espérance ? 3 Quel est le péché le plus grave contre l'espérance ?