II. Mourir dans le Christ Jésus
« C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet » a. En un sens, la mort corporelle est naturelle§164§1500, mais pour la foi elle est en fait « salaire du péché » 1. Et pour ceux qui meurent dans la grâce du Christ, elle est une participation à la mort du Seigneur, afin de pouvoir participer aussi à sa Résurrection 2.
La mort est le terme de la vie terrestre. Nos vies sont mesurées par le temps, au cours duquel nous changeons, nous vieillissons et, comme chez tous les êtres vivants de la terre, la mort apparaît comme la fin normale de la vie. Cet aspect de la mort donne une urgence à nos vies : le souvenir de notre mortalité sert aussi à nous rappeler que nous n’avons qu’un temps limité pour réaliser notre vie :
Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ton adolescence, [...] avant que la poussière ne retourne à la terre, selon qu’elle était, et que le souffle ne retourne à Dieu qui l’avait donné 12.
La mort est conséquence du péché. Interprète authentique des affirmations de la Sainte Écriture 1 et de la Tradition§401, le Magistère de l’Église enseigne que la mort est entrée dans le monde à cause du péché de l’homme a. Bien que l’homme possédât une nature mortelle, Dieu le destinait à ne pas mourir. La mort fut donc contraire aux desseins de Dieu Créateur, et elle§376 entra dans le monde comme conséquence du péché 2. « La mort corporelle, à laquelle l’homme aurait été soustrait s’il n’avait pas péché » b, est ainsi « le dernier ennemi » de l’homme à devoir être vaincu 3.
La mort est transformée par le Christ. Jésus, le Fils de Dieu, a souffert lui aussi la mort, propre de la condition humaine. Mais§612, malgré son effroi face à elle 1, il l’assuma dans un acte de soumission totale et libre à la volonté de son Père. L’obéissance de Jésus a transformé la malédiction de la mort en bénédiction 2.
Grâce au Christ, la mort chrétienne a un sens positif. « Pour moi, la vie c’est le Christ et mourir un gain » 1. « C’est là une parole certaine : si nous mourons avec lui, nous vivrons avec lui » 2. La nouveauté essentielle de la mort chrétienne est là : par le Baptême§1220, le chrétien est déjà sacramentellement « mort avec le Christ », pour vivre d’une vie nouvelle ; et si nous mourons dans la grâce du Christ, la mort physique consomme ce « mourir avec le Christ » et achève ainsi notre incorporation à Lui dans son acte rédempteur :
Il est bon pour moi de mourir dans (eis) le Christ Jésus, plus que de régner sur les extrémités de la terre. C’est lui que je cherche, qui est mort pour nous ; lui que je veux, qui est ressuscité pour nous. Mon enfantement approche [...]. Laissez-moi recevoir la pure lumière ; quand je serai arrivé là, je serai un homme 1.
Dans la mort, Dieu appelle l’homme vers Lui. C’est pourquoi le chrétien peut éprouver envers la mort un désir semblable à celui de saint Paul : « J’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ » 1 ; et il peut transformer§1025 sa propre mort en un acte d’obéissance et d’amour envers le Père, à l’exemple du Christ 2 :
Mon désir terrestre a été crucifié ; [...] il y a en moi une eau vive qui murmure et qui dit au-dedans de moi « Viens vers le Père » 1.
Je veux voir Dieu, et pour le voir il faut mourir 2.
Je ne meurs pas, j’entre dans la vie a.
Je veux voir Dieu, et pour le voir il faut mourir 2.
Je ne meurs pas, j’entre dans la vie a.
La mort est la fin du pèlerinage terrestre de l’homme, du temps de grâce et de miséricorde que Dieu lui offre pour réaliser sa vie terrestre selon le dessein divin et pour décider son destin ultime. Quand a pris fin « l’unique cours de notre vie terrestre » a, nous ne reviendrons plus à d’autres vies terrestres. « Les hommes ne meurent qu’une fois » 1. Il n’y a pas de « réincarnation » après la mort.
L’Église nous encourage à nous préparer pour l’heure de notre mort (« Délivre-nous, Seigneur, d’une mort subite et imprévue » : ancienne Litanie des saints), à demander à la Mère de Dieu d’intercéder pour nous « à l’heure de notre mort » §2676-2677, et à nous confier à saint Joseph, patron de la bonne mort :
Dans toutes tes actions, dans toutes tes pensées tu devrais te comporter comme si tu devais mourir aujourd’hui. Si ta conscience était en bon état, tu ne craindrais pas beaucoup la mort. Il vaudrait mieux se garder de pécher que de fuir la mort. Si aujourd’hui tu n’es pas prêt, comment le seras-tu demain ? (Imitation du Christ 1, 23, 1).
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels, heureux ceux qu’elle trouvera dans ses très saintes volontés, car la seconde mort ne leur fera pas mal (saint François d’Assise, cant.).
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels, heureux ceux qu’elle trouvera dans ses très saintes volontés, car la seconde mort ne leur fera pas mal (saint François d’Assise, cant.).
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