Catéchisme de l'Église Catholique Catéchisme de l'Église Catholique

Section 2

Les dix commandements

« Maître, que dois-je faire... ? »

2052
« Maître, que dois-je faire de bon pour posséder la vie éternelle ? » Au jeune homme qui lui pose cette question, Jésus répond d’abord en invoquant la nécessité de reconnaître Dieu comme « le seul Bon », comme le Bien par excellence et comme la source de tout bien. Puis, Jésus lui déclare : « Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements ». Et de citer à son interlocuteur les préceptes qui concernent l’amour du prochain : « Tu ne tueras§1858 pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, honore ton père et ta mère ». Jésus résume enfin ces commandements d’une manière positive : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » 1.
2053
À cette première réponse, une seconde vient s’ajouter : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor aux cieux ; puis viens, suis-moi » 1. Elle n’annule pas la première. La suite de Jésus-Christ comprend l’accomplissement des commandements. La Loi n’est pas abolie 2, mais l’homme§1968 est invité à la retrouver en la Personne de son Maître, qui en est l’accomplissement parfait. Dans les trois évangiles synoptiques, l’appel de Jésus adressé au jeune homme riche, de le suivre dans l’obéissance du disciple et dans l’observance des préceptes, est rapproché de l’appel à la pauvreté et à la chasteté 345. Les conseils évangéliques sont indissociables§1973 des commandements.
2054
Jésus a repris les dix commandements, mais il a manifesté la force de l’Esprit à l’œuvre dans leur lettre. Il a prêché§581 la « justice qui surpasse celle des scribes et des pharisiens » 1 aussi bien que celle des païens 2. Il a déployé toutes les exigences des commandements. « Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras pas... Eh bien ! Moi je vous dis : quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal » 3.
2055
Lorsqu’on lui pose la question : « Quel est le plus grand commandement de la Loi ? » 1, Jésus répond : « Tu aimeras le Seigneur ton§129 Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ; voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. À ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes » 234. Le Décalogue doit être interprété à la lumière de ce double et unique commandement de la charité, plénitude de la Loi :
Le précepte : tu ne commettras pas d’adultère ; tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas ; tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en ces mots : tu aimeras ton prochain comme toi-même. La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la loi dans sa plénitude 1.

Le Décalogue dans l’Écriture Sainte

2056
Le mot « Décalogue » signifie littéralement « dix paroles » 123. Ces « dix paroles », Dieu les a révélées à son peuple sur la montagne sainte. Il les a écrites « de son Doigt » 45, à la différence§700 des autres préceptes écrits par Moïse 67. Elles constituent des paroles de Dieu§62 à un titre éminent. Elles nous sont transmises dans le livre de l’Exode 8 et dans celui du Deutéronome 9. Dès l’Ancien Testament, les livres saints font référence aux « dix paroles » 101112. Mais c’est dans la nouvelle Alliance en Jésus-Christ que leur plein sens sera révélé.
2057
Le Décalogue se comprend d’abord dans le contexte de l’Exode qui est le grand événement libérateur de Dieu§2170 au centre de l’ancienne§2084 Alliance. Qu’ils soient formulés comme des préceptes négatifs, des interdictions, ou comme des commandements positifs (comme : « honore ton père et ta mère »), les « dix paroles » indiquent les conditions d’une vie libérée de l’esclavage du péché. Le Décalogue est un chemin de vie :
Cette force libératrice du Décalogue apparaît par exemple dans le commandement sur le repos du sabbat, destiné également aux étrangers et aux esclaves :
Si tu aimes ton Dieu, si tu marches dans ses voies, si tu gardes ses commandements, ses lois et ses coutumes, tu vivras et tu te multiplieras (Dt 30:14).
Souvenez-vous : vous étiez des esclaves sur une terre étrangère. Le Seigneur votre Dieu vous en a fait sortir à main forte et à bras étendu (Dt 5:15).
2058
Les « dix paroles » résument et proclament la loi de Dieu : « Telles sont les paroles que vous adressa le Seigneur§1962 quand vous étiez tous assemblés sur la montagne. Il vous parla du milieu du feu, dans la nuée et les ténèbres d’une voix puissante. Il n’y ajouta rien et les écrivit sur deux tables de pierre qu’il me donna » 1. C’est pourquoi ces deux tables sont appelées « le Témoignage » 2. Elles contiennent en effet les clauses de l’alliance conclue entre Dieu et son peuple. Ces « tables du Témoignage » 345 doivent être déposées dans « l’arche » 67.
2059
Les « dix paroles » sont prononcées par Dieu§707 au sein d’une théophanie 1. Elles appartiennent à la révélation que Dieu fait de lui-même et de sa gloire. Le don des commandements est don de Dieu lui-même et de sa sainte volonté. En faisant connaître ses volontés, Dieu se révèle à son peuple.
2060
Le don des commandements et de la Loi§62 fait partie de l’Alliance scellée par Dieu avec les siens. Suivant le livre de l’Exode, la révélation des « dix paroles » est accordée entre la proposition de l’Alliance 1 et sa conclusion 2, – après que le peuple se soit engagé à « faire » tout ce que le Seigneur avait dit, et à y « obéir » 3. Le Décalogue n’est jamais transmis qu’après le rappel de l’Alliance 4.
2061
Les commandements reçoivent leur pleine signification à l’intérieur de l’Alliance. Selon l’Écriture, l’agir moral de l’homme prend tout son sens dans et par l’Alliance. La première des « dix paroles§2086 » rappelle l’amour premier de Dieu pour son peuple :
Comme il y avait eu, en châtiment du péché, passage du paradis de la liberté à la servitude de ce monde, pour cette raison, la première phrase du Décalogue, première parole des commandements de Dieu, porte sur la liberté « Moi, je suis le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai fait sortir de la terre d’Égypte, de la maison de servitude » 12 a.
2062
Les commandements proprement dits viennent en second lieu ; ils disent les implications de l’appartenance à Dieu§142 instituée par l’Alliance. L’existence morale est réponse à l’initiative§2002 aimante du Seigneur. Elle est reconnaissance, hommage à Dieu et culte d’action de grâce. Elle est coopération au dessein que Dieu poursuit dans l’histoire.
2063
L’alliance et le dialogue entre Dieu et l’homme sont encore attestés du fait que toutes les obligations sont énoncées à la première personne §878le Seigneur... ») et adressées à un autre sujet (« tu... »). Dans tous les commandements de Dieu, c’est un pronom personnel singulier qui désigne le destinataire. En même temps qu’à tout le peuple, Dieu fait connaître sa volonté à chacun en particulier :
Le Seigneur prescrivit l’amour envers Dieu et enseigna la justice envers le prochain, afin que l’homme ne fut ni injuste, ni indigne de Dieu. Ainsi, par le Décalogue, Dieu préparait l’homme à devenir son ami et à n’avoir qu’un seul cœur avec son prochain .... Les paroles du Décalogue demeurent pareillement chez nous [chrétiens]. Loin d’être abolies, elles ont reçu amplification et développement du fait de la venue du Seigneur dans la chair (saint Irénée, adversus hæreses 4, 16, 3-4).

Le Décalogue dans la Tradition de l’Église

2064
En fidélité à l’Écriture et conformément à l’exemple de Jésus, la Tradition de l’Église a reconnu au Décalogue une importance et une signification primordiales.
2065
Depuis saint Augustin, les « dix commandements » ont une place prépondérante dans la catéchèse des futurs baptisés et des fidèles. Au quinzième siècle, on prit l’habitude d’exprimer les préceptes du Décalogue en formules rimées, faciles à mémoriser, et positives. Elles sont encore en usage aujourd’hui. Les catéchismes de l’Église ont souvent exposé la morale chrétienne en suivant l’ordre des « dix commandements ».
2066
La division et la numérotation des commandements a varié au cours de l’histoire. Le présent catéchisme suit la division des commandements établie par saint Augustin et devenue traditionnelle dans l’Église catholique. Elle est également celle des confessions luthériennes. Les Pères grecs ont opéré une division quelque peu différente qui se retrouve dans les Églises orthodoxes et dans les communautés réformées.
2067
Les dix commandements énoncent les requêtes de l’amour de Dieu et du prochain. Les trois premiers se rapportent davantage§1853 à l’amour de Dieu, et les sept autres à l’amour du prochain.
Comme la charité comprend deux préceptes auxquels le Seigneur rapporte toute la loi et les prophètes [...], ainsi les dix préceptes sont eux-mêmes divisés en deux tables. Trois ont été écrits sur une table et sept sur l’autre a.
2068
Le Concile de Trente enseigne que les dix commandements obligent les chrétiens et que l’homme justifié est encore§1993 tenu de les observer a. Et le Concile Vatican II l’affirme : « Les évêques, successeurs des apôtres, reçoivent du Seigneur [...] la mission d’enseigner toutes les nations§888 et de prêcher l’Évangile à toute créature, afin que tous les hommes, par la foi, le baptême et l’accomplissement des commandements, obtiennent le salut » b.

L’unité du Décalogue

2069
Le Décalogue forme un tout indissociable. Chaque « parole » renvoie à chacune des autres et à toutes ; elles se conditionnent§2534 réciproquement. Les deux Tables s’éclairent mutuellement ; elles forment une unité organique. Transgresser un commandement, c’est enfreindre tous les autres 1. On ne peut honorer autrui sans bénir Dieu son Créateur. On ne saurait adorer Dieu sans aimer tous les hommes ses créatures. Le Décalogue unifie la vie théologale et la vie sociale de l’homme.

Le Décalogue et la loi naturelle

2070
Les dix commandements appartiennent à la révélation de Dieu. Ils nous enseignent en même temps la véritable humanité de l’homme§1955. Ils mettent en lumière les devoirs essentiels, et donc indirectement, les droits fondamentaux, inhérents à la nature de la personne humaine. Le Décalogue contient une expression privilégiée de la « loi naturelle » :
Dès le commencement, Dieu avait enraciné dans le cœur des hommes les préceptes de la loi naturelle. Il se contenta d’abord de les leur rappeler. Ce fut le Décalogue a.
2071
Bien qu’accessibles à la seule raison, les préceptes du Décalogue ont été révélés. Pour atteindre une connaissance complète§1960 et certaine des exigences de la loi naturelle, l’humanité pécheresse avait besoin de cette révélation :
Nous connaissons les commandements de Dieu par la révélation divine qui nous est proposée dans§1777 l’Église, et par la voix de la conscience morale.
Une explication plénière des commandements du Décalogue fut rendue nécessaire dans l’état de péché à cause de l’obscurcissement de la lumière de la raison et de la déviation de la volonté a.

L’obligation du Décalogue

2072
Puisqu’ils expriment les devoirs fondamentaux de l’homme envers Dieu et envers son prochain, les dix commandements§1858 révèlent, en leur contenu primordial, des obligations graves. Ils sont§1958 foncièrement immuables et leur obligation vaut toujours et partout. Nul ne pourrait en dispenser. Les dix commandements sont gravés par Dieu dans le cœur de l’être humain.
2073
L’obéissance aux commandements implique encore des obligations dont la matière est, en elle-même, légère. Ainsi l’injure en parole est-elle défendue par le cinquième commandement, mais elle ne pourrait être une faute grave qu’en fonction des circonstances ou de l’intention de celui qui la profère.

« Hors de moi, vous ne pouvez rien faire »

2074
Jésus dit : « Je suis la vigne ; vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup§2732 de fruit ; car hors de moi, vous ne pouvez rien faire » 1. Le fruit évoqué dans cette parole est la sainteté d’une vie fécondée par l’union au Christ. Lorsque nous croyons en Jésus-Christ, communions à ses mystères et gardons ses commandements§521, le Sauveur vient lui-même aimer en nous son Père et ses frères, notre Père et nos frères. Sa personne devient, grâce à l’Esprit, la règle vivante et intérieure de notre agir. « Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres, comme je vous ai aimés » 2.

Chapitres

  1. Chapitre 1 : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit »

    113 paragraphes

  2. Chapitre 2 : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »

    362 paragraphes