Tome 1 · Le Dogme · Leçon 20
Les fins dernières, le Ciel, l’Enfer, le Purgatoire
Plan de la leçon 8 parties
Fins dernières. Destinée à laquelle aboutit la vie de l’homme. Sous la dénomination de « fins dernières », il faut entendre trois moments graves
- la mort qui sépare momentanément l’âme du corps, mettant un terme au temps que Dieu nous a donné pour fixer par nos actes notre sort éternel. La mort est pour tout homme une nécessité inéluctable et elle est, dans l’état actuel des choses, un châtiment du péché originel (V. N° 68) : voilà ce qui est certain ; ce qui est incertain, au contraire, c’est quand (l’heure) et comment (le mode) elle viendra.
- le jugement, dont le premier qui s’appelle le jugement particulier (N° 113), suivra immédiatement la mort et où la sentence définitive sur la valeur de notre vie sera prononcée et sera sans appel.
- l’exécution immédiate de la sentence, c’est-à-dire l’entrée soit au Ciel, soit en Enfer, soit au Purgatoire.
l’exécution immédiate de la sentence, c’est-à-dire l’entrée soit au Ciel, soit en Enfer, soit au Purgatoire.
Vie éternelle. Ce mot, tel qu’il est employé dans le Symbole des Apôtres, comme d’ailleurs dans la Sainte Écriture, a pour synonymes : Ciel, royaume de Dieu, royaume des cieux, Paradis, Cité sainte, nouvelle Jérusalem. L’expression du Symbole « la vie éternelle », désigne donc plus particulièrement la vie bienheureuse des saints dans le Ciel. Quant à l’existence des damnés en Enfer, elle est généralement appelée « mort éternelle ». Les damnés sont en effet morts à la vie surnaturelle et incapables de la recouvrer.
Ciel. Ce mot désigne ici : a) l’endroit où les élus jouissent de leur bonheur b) le bonheur lui-même.
Dans la Sainte Écriture le mot « ciel » signifie
- les régions ultra-terrestres, ce qui est au-dessus de nous, l’espace où brillent les astres. Exemple : « Les Cieux publient la gloire de Dieu » (Ps., XVIII, 2).
- le séjour de Dieu (Ps., X, 11 ; Mat., V, 34). Le ciel est le trône où il est assis (Ps., II, 4), d’où il descend sur la terre (Gen., XI, 5), et d’où il fait entendre sa voix (Mat., III, 17).
- les habitants des cieux, spécialement le moindre des anges.
les habitants des cieux, spécialement le moindre des anges.
Enfer (latin « infernus » lieux inférieurs, bas, souterrains). Ce mot désigne : a) l’endroit où les réprouvés subissent leur châtiment ; b) le châtiment lui-même des damnés, c’est-à-dire de ceux qui subissent la peine du dam (privation de la vue de Dieu).
Purgatoire. Lieu de purification où les âmes des justes, incomplètement pures, achèvent d’expier leurs fautes.
PURGATOIRE DE SAINT PATRICE. Lieu d’Irlande où, d’après la tradition, saint Patrice obtint que Dieu montrât les souffrances des âmes du Purgatoire afin de convertir les pécheurs.
I. L’autre vie. La destinée future (V. N° 2).
Je crois à « la vie éternelle ». Le Symbole des Apôtres ne pouvait avoir de conclusion plus consolante que celle-là. Avec quelle passion obstinée l’homme ne court-il pas après le bonheur ! Mais qu’il le demande à la fortune ou à la puissance, à la gloire ou à l’amitié, il ne trouve jamais que joies relatives et éphémères : la Terre n’est pas le pays du suprême bonheur. Seul l’au-delà peut répondre aux désirs du cœur humain parce que Dieu seul est le souverain bien. « Vous nous avez fait pour vous, Seigneur, pouvons-nous répéter avec saint Augustin, et notre cœur ne peut avoir de paix jusqu’à ce qu’il, se repose en vous. » Croire à la vie éternelle, c’est donc pour tout chrétien avoir toujours devant les yeux les yeux alternative de la vie future : le Ciel avec ses joies intenses ou l’Enfer avec ses affreuses tortures ; conquérir l’un et éviter l’autre, tel doit être l’objectif de toute vie humaine.
II. Existence du Ciel.
L’existence du Ciel nous est attestée par la Sainte Écriture, par la Tradition et la raison.
1° Sainte Écriture.
A. ANCIEN TESTAMENT. a) Dans la Genèse, il est dit que la mort réunira les justes à leurs pères et à leur peuple. (Gen., XXV, 8, 17 ; XXXV, 29). b) Dans le livre de la Sagesse, il est souvent question d’une survie pleine de bonheur, et les justes nous y sont montrés « resplendissants comme les flammes ». (Sagesse, III, 7).
B. NOUVEAU TESTAMENT. L’existence d’un endroit spécialement réservé aux élus est un des thèmes les plus ordinaires de la prédication de Jésus et des Apôtres. Le passage du Christ sur cette terre n’a du reste d’autre but que de fonder ici-bas le royaume de Dieu qui doit avoir son achèvement et sa perfection dans l’éternité. (Mat., XIII, .24 ; XXV, 14-46). Aussi recommande-t-il à ses disciples de travailler à acquérir les biens impérissables, « le trésor inépuisable qui se trouve dans les cieux ». (Luc, XII, 33).
Saint Paul nous présente le Ciel comme « le but de notre espérance » (Col., I, 5), comme « l’héritage des saints » (Col., I, 12), et « la demeure éternelle » où les élus recevront la récompense de leurs oeuvres. (II Cor., V, 1).
2° Tradition.
a) Les Pères de l’Église des premiers siècles ne s’occupent d’abord que de l’endroit où doivent aller les bienheureux et ils sont unanimes à affirmer l’existence du Ciel. Par la suite, leurs investigations portent sur des points secondaires, sur la nature de la récompense et sur la condition des élus dans le Ciel. C’est ainsi que saint Augustin montre le Ciel comme le lieu de la vision béatifique et des jouissances infinies qui en dérivent.
b) La croyance au dogme de la vie future apparaît aussi dans la liturgie des premiers siècles, qui emploie déjà dans ses prières les mêmes expressions que nous retrouvons de nos jours dans les Missels et les Rituels romains. Ainsi, au canon da la Messe, le Ciel est appelé « un lieu du rafraîchissement, de lumière et de paix ». c) La même croyance se révèle dans les monuments de l’époque la plus reculée. Les inscriptions que l’on peut lire sur les pierres sépulcrales des catacombes et des premiers cimetières, contenant cette invocation, que le défunt vive en Dieu « In Deo », dans le Christ « In Christo », dans la paix « In Pace », expriment cette même foi à la vie future et aux récompenses célestes.
3° Raison.
Non seulement la Sainte Écriture et l’Église nous affirment qu’il y a un Ciel, mais la raison nous dit qu’il doit y avoir une récompense pour la vertu et une punition pour le vice, afin de rétablir un équilibre qui a fait défaut dans ce monde.
III. Nature du Ciel. Corollaires.
1° Nature duciel.
La gloire du ciel consiste dans un double bonheur : la vision béatifique et l’amour béatifique, c’est-à-dire la vue et l’amour de Dieu. Article de foi, Constitution de Benoît XII (1336).
A. La VISION BÉATIFIQUE ou INTUITIVE consiste à voir Dieu tel qu’il est en lui-même. Les élus voient Dieu directement, comme en témoignent les paroles de saint Paul : « Nous voyons maintenant à travers un miroir, en énigme ; mais alors (au Ciel) nous verrons face à face. » (I Cor., XIII, 12). Ici-bas, nous ne voyons Dieu qu’à travers son oeuvre et comme dans un miroir. À travers la beauté des cieux, notre oeil est capable de la découvrir, mais combien imparfaitement ! Au Ciel, les bienheureux le voient face à face. Toutefois, la vue de Dieu, quoique intuitive et directe, n’est pas compréhensive, car il est impossible qu’une intelligence finie puisse jamais comprendre l’infini.
L’OBJET de la vision béatifique c’est donc
- tout d’abord Dieu son essence, ses attributs, ses trois personnes, ses oeuvres, et parmi ses oeuvres, les élus, et parmi les élus, ceux que nous aurons plus particulièrement aimés ici-bas, nos parents, nos amis, nos concitoyens.
- Ce sont les mystères que les bienheureux n’ont connus sur la terre que par la foi et qui leur deviennent intelligibles.
- C’est tout ce qui concerne leur ancien état ; par exemple, un pape comprendra tout ce qui regarde le gouvernement de l’Église, un roi, tout ce qui intéresse la chose publique, etc.
C’est tout ce qui concerne leur ancien état ; par exemple, un pape comprendra tout ce qui regarde le gouvernement de l’Église, un roi, tout ce qui intéresse la chose publique, etc.
B. L’AMOUR BÉATIFIQUE découle de la vision béatifique. L’on ne peut voir Dieu sans être enivré, par le fait même, d’une joie ineffable dont il n’est pas possible sur cette terre de se faire une idée, même très lointaine et approximative, car « les choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment sont des choses que l’œil de l’homme n’a pas vues, que l’oreille n’a pas entendues, et qui ne sont pas montées au cœur de l’homme. » (I Cor., 11, 9).
2° Corollaires.
1. INÉGALITÉ DANS LA CONDITION DES ÉLUS. Tous les élus jouissent de ce double bonheur, mais ils en jouissent dans une mesure inégale. « Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon Père », dit Notre-Seigneur. (Jean, XIV, 2). Tous les êtres puiseront donc le bonheur à la même source ; mais ils le puiseront dans une mesure plus ou moins abondante : « Autre est l’éclat du soleil, autre l’éclat de la lune, et autre l’éclat des étoiles, même une étoile diffère en éclat d’une autre étoile. Ainsi en sera-t-il pour la résurrection des morts. » (I Cor., XV, 41, 42). Le bonheur sera donc en proportion des mérites (degré de sainteté et ce n’est que justice ; un enfant qui meurt après le baptême, l’âme pure et blanche comme le lis, n’a pas cependant le mérite du vieux lutteur qui a longtemps combattu, ou du martyr qui a versé son sang pour sa foi. « Qui sème peu, moissonnera peu ; et qui sème abondamment, moissonnera abondamment. » (II Cor., IX, 6).
2. INAMISSIBILITÉ DU BONHEUR. Le bonheur du ciel est éternel et inamissible. Article de foi, énoncé dans les symboles et défini par les Conciles IV de Latran et de Florence. La vie éternelle est « une couronne de gloire qui ne se flétrit jamais ». (Pierre, I, 4 ; V, 4). Telle qu’elle est au premier instant où elle est accordée à une âme, telle elle reste toute l’éternité. L’on admet cependant qu’il y a une félicité extrinsèque qui peut augmenter, par exemple, si un saint est l’objet d’un culte ou d’un honneur spécial parmi l’Église militante.
3. À QUI LE CIEL EST-IL ACCORDÉ ? « À toute âme parfaitement pure de péchés et de peines de péchés », répond le Concile de Florence.
4. QUELLE SERA LA PROPORTION DES ÉLUS ? Le chiffre des bienheureux l’emportera-t-il sur celui des damnés ? Oui, si nous prenons à la lettre la parabole où Notre-Seigneur dit que le royaume des cieux ressemble à un champ de froment d’où l’on retranche l’ivraie, attendu que le mauvais grain est généralement en moindre quantité que le bon. (Mat., XIII, 24-30). Non, si nous nous souvenons qu’à une semblable question : « Seigneur, n’y aura-t-il qu’un petit nombre de sauvés ? » Jésus répondit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne le pourront pas. » (Luc, XIII, 24). L’Église n’a pas pu autrement trancher la question, et il vaut peut-être mieux qu’il on soit ainsi, s’il est vrai que le sentiment de la crainte est plus apte à nous garder du mal que celui d’une confiance excessive.
5. ENDROIT. Il est également superflu de rechercher l’endroit où se trouve le Ciel, aucune indication précise ne nous ayant jamais été fournie par Notre-Seigneur à ce sujet.
IV. Existence de l’Enfer.
1° Erreurs.
A. Dans les premiers siècles du christianisme, Origène et ses disciples qui reconnaissaient l’existence de l’Enfer, en niaient l’éternité. D’après leur système les esprits qui abusent sur la terre de leur liberté, doivent subir dans l’autre monde une purification par le feu, après quoi ils sont sauvés et glorifiés. Les partisans de cette erreur parmi lesquels il faut ranger, de nos jours, les Protestants libéraux et un certain nombre d’Anglicans, s’appellent aussi « universalistes », parce qu’ils prétendent qu’il y aura à la fin des temps réconciliation universelle entre Dieu et ses créatures coupables, âmes humaines ou démons.
B. Les rationalistes rejettent l’éternité des peines, jugeant qu’elle est inconciliable avec la miséricorde, la justice et la sagesse de Dieu. V. plus loin (N° 152).
2° Le dogme catholique. Les démons et les hommes qui meurent en état de péché mortel sont punis de supplices éternels. Cet article de foi, énoncé dans le symbole de saint Athanase, et défini par les conciles IV de Latran, de Lyon et de Florence, constitution de Benoît XII, est fondé sur la Sainte Écriture, la Tradition et sur la raison théologique.
A. Écriture Sainte.
a) ANCIEN TESTAMENT. 1. « Ceux qui dorment dans la poussière de la terre, dit le prophète Daniel (XII, 2), se réveilleront les uns pour une vie éternelle, les autres pour un opprobre éternel. » 2. Les livres moraux : Job, les Psaumes, les Proverbes, l’Ecclésiaste, devant le spectacle de la disproportion des misères et des vertus ici-bas, parlent des sanctions futures pour remettre les choses en ordre.
b) NOUVEAU TESTAMENT. 1. Enseignement de Notre- Seigneur. Il n’est peut-être pas de sujet sur lequel Notre-Seigneur revienne plus souvent que celui de l’Enfer. Il annonce qu’il y aura à la fin du monde un jugement qui séparera les bons des méchants, que ces derniers seront maudits de Dieu et iront au feu éternel. (Mat., XXV, 14-46). Pour mieux frapper l’esprit de ses auditeurs, il compare souvent l’Enfer à une géhenne de feu dans laquelle l’on jette les damnés, et il presse ses disciples de ne reculer devant aucun sacrifice dans le but d’éviter ce lieu de supplice. « Si ta main te scandalise, coupe-la, il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d’aller avec ses deux mains dans la géhenne, dans le feu inextinguible, où le ver ne meurt pas et le feu ne s’éteint pas. » (Marc, IX, 42, 43).
Le même avertissement est présenté parfois par le Sauveur sous la forme de la parabole. Citons par exemple : 1) la parabole de l’ivraie qui symbolise la destinée des méchants exclus du royaume (Mat., XIII, 24, 30) ; 2) celle du filet. Le pécheur qui trie les poissons, recueille les bons et jette les mauvais, est une image de la séparation des justes et des méchants à la fin du monde (Mat., XIII, 47-50) ; 3) la parabole des noces royales où le roi fait jeter dans les ténèbres extérieures un convive qui est entré sans la robe nuptiale (Mat., XXII 1-14) ; 4) la parabole des vierges sages et des vierges folles qui arrivent trop tard pour recevoir l’époux (Mat., XXV, 1-13) ; 5) la parabole des talents dans laquelle le Seigneur rejette ceux qui ont laissé leurs talents infructifiés. (Mat., XXV, 14-30).
2. Enseignement des Apôtres. Fidèles à la doctrine de leur Maître, les Apôtres continuent d’enseigner la perdition éternelle du méchant. 1) Témoignage de saint Pierre. « De même que Dieu a puni les anges rebelles et leur a réservé, après le jugement, les supplices de l’Enfer, ainsi il réserve les méchants pour les punir au jour du jugement. » (II Pierre, II, 4-9). 2) Témoignage de saint Paul. L’Apôtre saint Paul revient souvent dans ses Épîtres sur la vie future : aux justes il prédit la joie : aux persécuteurs, aux impudiques, aux idolâtres, etc., il montre l’Enfer éternel. (II Thessal., 1, 5-9 ; Gal., V, 19-21 ; Eph., V, 5). 3) Dans l’Apocalypse (XXI, 8) saint Jean parle de « l’étang ardent de feu » où seront jetés les meurtriers, les impudiques, les magiciens, les idolâtres, etc.
B. Tradition.
- TÉMOIGNAGE DES PÈRES DE L’ÉGLISE. Dans les premiers siècles de l’Église, les Pères sont unanimes à prêcher l’Enfer éternel. La discussion ne commence qu’avec Origène dont les erreurs furent combattues par saint Basile et condamnées par le concile de Constantinople (553) et le IVème Concile de Latran (1215). .
- TÉMOIGNAGE DES MARTYRS. À l’époque des persécutions, les chrétiens répondaient aux tyrans qui les menaçaient de la mort, qu’ils préféraient endurer des supplices temporels que d’aller « au feu éternel ». .
- TÉMOIGNAGE DE LA TRADITION PAÏENNE. L’idée de l’Enfer n’est pas seulement une croyance de la nation juive et de la religion chrétienne ; elle se retrouve aussi dans la tradition des peuples païens. Le fleuve du Styx qu’on ne retraverse jamais lorsqu’on en a franchi les rives : l’infortuné Tantale, roi de Phrygie, condamné à une faim et à une soif éternelles pour avoir offensé les dieux ; le pauvre Sisyphe, tyran de Corinthe, célèbre par sa cruauté, qui roule éternellement une pierre vers le sommet d’une montagne sans jamais y parvenir ; les Danaïdes qui, pour avoir assassiné leurs maris, ont pour punition de remplir un tonneau sans fond, sont autant de mythes qui proclament la foi des païens à un supplice éternel, établi par la divinité comme juste sanction des crimes de cette Terre.
TÉMOIGNAGE DE LA TRADITION PAÏENNE. L’idée de l’Enfer n’est pas seulement une croyance de la nation juive et de la religion chrétienne ; elle se retrouve aussi dans la tradition des peuples païens. Le fleuve du Styx qu’on ne retraverse jamais lorsqu’on en a franchi les rives : l’infortuné Tantale, roi de Phrygie, condamné à une faim et à une soif éternelles pour avoir offensé les dieux ; le pauvre Sisyphe, tyran de Corinthe, célèbre par sa cruauté, qui roule éternellement une pierre vers le sommet d’une montagne sans jamais y parvenir ; les Danaïdes qui, pour avoir assassiné leurs maris, ont pour punition de remplir un tonneau sans fond, sont autant de mythes qui proclament la foi des païens à un supplice éternel, établi par la divinité comme juste sanction des crimes de cette Terre.
C. Raison théologique.
Dieu, le souverain juge, doit rendre à chacun selon ses oeuvres. Si le juste a droit à la récompense, le coupable mérite le châtiment. Or, il est bien certain qu’ici-bas les bons sont souvent affligés, que les méchants, bien loin d’être toujours punis de leurs crimes, jouissent parfois des biens de ce monde, sans être tourmentés par le remords. Il convient donc que Dieu rétablisse l’équilibre dans l’autre vie en accordant le bonheur aux uns et en imposant une peine aux autres
V. Nature de l’Enfer. Corollaires.
1° Nature de l’Enfer.
La nature d’une peine doit être en rapport avec la nature de la faute. Or, par le péché mortel, l’homme se détourne de Dieu et se tourne vers la créature. À ces deux faces de l’offense doivent donc correspondre deux faces dans le châtiment. C’est pourquoi les damnés subissent une double peine : la peine du dam et la peine du sens. De foi.
A. PEINE DU DAM. La peine du dam consiste dans la privation de la vision béatifique. L’homme s’est volontairement détourné de Dieu. Il est juste alors qu’il en soit éloigné et séparé définitivement : « Retirez vous de moi, maudits », dit Notre-Seigneur. (Mat., XXV, 41). Cette première peine est, sans contredit, la plus douloureuse. Arraché à son foyer, rejeté de sa patrie, privé de tout bien, l’exilé est le plus infortuné des hommes. Combien plus lamentable est le sort du damné qui est éloigné à jamais de la Beauté infinie, qui mesure l’étendue de sa perte et de son malheur, et qui ne peut plus désormais demander à la créature le plaisir et la jouissance qui pourraient le consoler de la perte de Dieu !
B. PEINE DU SENS. La seconde peine est ainsi appelée parce qu’elle a pour but de châtier l’attache mauvaise du pécheur aux biens illégitimes de ce monde et parce qu’elle consiste dans une torture produite par des agents sensibles. Elle existe déjà pour les âmes séparées de leurs corps comme pour les anges déchus, mais c’est surtout quand le corps sera réuni à l’âme qu’elle aura toute son intensité. Comme nous l’avons vu plus haut (N° 150), Notre-Seigneur caractérise cette peine de deux mots : c’est comme un ver qui ne meurt pas et un feu qui ne s’éteint jamais : a) un ver qui ne meurt pas : c’est l’éternel remords qui rogne la conscience à la vue du mal qui a été commis et qui est désormais irréparable. « Nous avons donc erré loin du chemin de la vérité, se disent les méchants en proie au remords de la conscience… Nous n’avons pas connu la voie du Seigneur… Nous avons été retranchés au milieu de nos iniquités. » (Sagesse, V, 6, 7, 13). - b) Un feu qui ne s’éteint jamais. L’Enfer est « une fournaise ardente où il y aura des pleurs et des grincements de dents. » (Mat., XIII, 42).
Quelle est la nature de ce feu ? Faut-il l’assimiler à celui que nous connaissons et qui nous effraie si fort ? C’est certainement un feu réel, bien que l’Église n’en ait pas absolument défini la nature. Il serait absurde, en effet, de croire que Notre-Seigneur ait voulu faire de cette peine un simple épouvantail dans l’unique intention de détourner l’homme du mal.
2° Corollaires.
1. INÉGALITÉ DANS LA CONDITION DES DAMNÉS. Les peines des damnés sont égales : 1) quant à la durée, puisqu’elles sont éternelles, mais elles diffèrent ; 2) quant à l’intensité car « Dieu rendra à chacun selon ses oeuvres. » (Rom., II, 6).
2. MITIGATION DES PEINES. La peine du sens que subissent les damnés doit-elle diminuer d’intensité avec le temps ? Les damnés peuvent-ils, grâce aux prières des vivants, obtenir de la miséricorde de Dieu un adoucissement progressif de leurs souffrances ? 1) Des théologiens comme le P. Jésuite Pétau (1583 -1652), le Sulpicien Emery et récemment, M. Garriguet, qui a repris la thèse d’Emery dans un ouvrage de valeur, Le bon Dieu, ont admis une mitigation de peines, tout au moins temporaire et proportionnée aux prières des fidèles, en s’appuyant sur des textes de la Sainte Écriture (II Macch., XII, 41-46 ; Ps., LXXVI, 10) et sur des passages de certains Pères de l’Église : saint Augustin, en Occident, saint Basile, saint Jean Chrysostome et surtout saint Jean Damascène, en Orient. 2) La grande majorité des théologiens professe, avec saint Thomas, l’opinion contraire. Après avoir fait remarquer que les textes scripturaires allégués ne sont pas probants et que le sentiment des Pères cités ci- dessus est contestable, ils croient trouver une preuve déterminante de leur opinion dans ce fait que l’Église n’a jamais eu coutume de prier pour les âmes qui sont en Enfer. Bien que la thèse de la mitigation des peines n’ait jamais été condamnée par l’Église, il y a donc lieu de considérer cette seconde opinion comme certaine (V. Ami du Clergé, année 1920, p. 662).
3. LE NOMBRE DES DAMNÉS et le LIEU DE L’ENFER sont deux questions qu’il nous faut, tout aussi bien que pour le Ciel, laisser sans réponse. L’Église se contente de nous avertir que quiconque meurt coupable d’un péché mortel non pardonné, est condamné au supplice éternel.
VI. L’ÉTERNITÉ DE L’ENFER DEVANT LA RAISON.
Objection. Tous les adversaires de la religion catholique, et en particulier, les rationalistes, s’élèvent contre le dogme de l’Enfer et le déclarent en opposition avec la raison. À leur point de vue, l’éternité des peines serait un châtiment hors de proportion avec la faute, donc contraire à la bonté et même à la justice de Dieu. Voici, du reste, comment Jules Simon a formulé cette objection : « La peine a une double raison d’être : l’expiation de la faute ; l’amélioration du coupable. On demande si la peine durera éternellement ? Cette éternité supprime un des deux caractères de la peine, la purification, l’amélioration ; elle exagère l’autre au-delà du possible, car il n’est pas de faute temporelle qui appelle une peine éternelle. Aucun principe de la raison ne conduit à l’éternité des peines et ne permet de l’admettre. »
Réponse. Que la raison, seule, et en dehors de toute révélation, soit impuissante à démontrer que l’éternité des peines s’impose comme une juste sanction du péché, nous n’avons garde de le méconnaître. Nous soutenons seulement que l’Enfer éternel n’est nullement en contradiction avec la raison et que rien ne s’oppose à une peine éternelle, ni du côté du pécheur, ni du côté de Dieu.
A. DU CÔTÉ DU PÉCHEUR. a) L’expiation, dit-on, doit être proportionnée à la faute. Or « il n’est pas de faute temporelle qui appelle une peine éternelle. » Il est vrai que la réparation doit être en raison directe de la gravité de l’offense. La question qui se pose donc est de déterminer la malice du péché mortel. Or c’est un principe admis que la gravité d’une injure se mesure à la fois à la dignité de l’offensé et à la bassesse de l’offenseur ; en d’autres termes plus il y a de distance entre l’offenseur et l’offensé, plus l’injure est grave. Il est évident que, considérée sous cet aspect, la malice du péché est infinie. Toutefois nous admettons que sous un autre aspect, et en tant qu’acte humain, le péché ne peut revêtir un caractère d’infini. D’où il suit que la peine doit avoir aussi ce double aspect : infini, d’un côté, et fini de l’autre. Or tel est le cas des peines de l’Enfer : elles ne sont infinies ni par leur nature ni par leur intensité ; elles ne le sont que par la durée. b) Mais, dit-on encore, toute peine doit être médicinale : elle doit avoir en vue « la purification, l’amélioration » du coupable. Sans doute, mais l’application des remèdes ne peut aller au delà de la vie. Dieu laisse à tout homme la liberté de se tourner vers lui ou de s’en détourner. Mais, une fois la vie terminée, l’expérience est faite, et l’arbre doit rester où il est tombé. Un malade qui refuse obstinément les remèdes qui lui sont offerts ne doit pas se plaindre s’il ne guérit pas. Que les peines soient d’abord médicinales, c’est très bien, mais qu’elles doivent l’être toujours, c’est ce qu’on ne saurait démontrer. Il arrive un moment où le seul but de la peine est de corriger le coupable, de punir le mal parce qu’il est le mal, et de restaurer l’ordre violé.
B. DE LA PART DE DIEU. a) Les rationalistes prétendent que l’éternité des peines est incompatible avec la bonté de Dieu. Mais qui ne voit que poser ainsi le problème, c’est en négliger une des faces ? On n’a pas le droit, en effet, d’isoler la bonté des autres attributs. Sans doute la bonté infinie de Dieu aurait pu ne pas créer un Enfer éternel. b) Mais à côté de la bonté, il y a la justice. Et la justice réclame l’application d’une peine proportionnée à la faute, et efficace : 1. une peine proportionnée à la faute. Nous venons de voir que l’éternité d’une peine finie est seule en rapport avec le péché mortel. Dire que la sanction ne doit pas être éternelle, parce que la faute a été passagère, c’est mettre en avant un principe absolument faux, à savoir qu’entre la durée de la faute et la durée du châtiment il doit y avoir toujours corrélation. Il va de soi, en effet, que la durée de l’expiation doit être proportionnée, non à la durée de la faute, mais à sa gravité. Ainsi en est-il, du reste, dans les législations humaines. Un homicide peut être perpétré en un instant ; les lois le punissent cependant de la peine de mort, c’est-à-dire d’une peine, à un certain point de vue, éternelle. Pourquoi Dieu ne pourrait-il pas agir ainsi ? 2. Une sanction efficace. Il est facile de voir que seule une peine éternelle peut être une sanction efficace. Si l’Enfer n’est pas éternel, le pécheur aboutit au même terme que le juste, le mal est mis finalement sur le même pied que le bien. C’est donc, en définitive, impunément, que le méchant et l’impie peuvent multiplier leurs crimes, puisque, un peu plus tôt, un peu plus tard, ils recevront la même récompense que l’homme vertueux. Dieu n’a plus alors le dernier mot, et l’on ne voit plus pourquoi il prodigue ses avances, ses trésors d’amour et de grâce vis-à-vis du pécheur, pourquoi l’Incarnation, pourquoi la Rédemption, pourquoi tant de sacrifices demandés aux hommes de devoir, si un jour il doit envelopper les uns et les autres dans le même amour et le même bonheur.
VII. Existence du Purgatoire.
L’existence du Purgatoire est, comme celle du Ciel et de l’Enfer, une vérité de foi définie par 1’Église. Elle est prouvée par l’Écriture Sainte, par l’enseignement de l’Église et par la raison.
A. Écriture Sainte.
À vrai dire, les textes ne sont pas nombreux , ni dans l’Ancien ni dans le Nouveau Testament, qui nous attestent l’existence du Purgatoire.
a) ANCIEN TESTAMENT. Le seul texte de l’Ancien Testament qui implique l’idée du Purgatoire, se trouve dans le IIème Livre des Macchabées (XII, 43, 46). Judas Macchabée offre un sacrifice pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés. Si c’est « une sainte et salutaire pensée que de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés », c’est qu’ils peuvent être dans un endroit d’ou il est possible de sortir, non pas en Enfer par conséquent, et qu’ils ne sont pas encore en possession de la vie éternelle, à cause de fautes légères qu’il leur resterait à expier.
b) NOUVEAU TESTAMENT. Notre-Seigneur n’a jamais parlé directement du Purgatoire, mais quelques-unes de ses paroles en révèlent cependant l’existence. Quand il dit, en effet, « que le péché contre le Saint-Esprit ne sera remis ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir » (Mat., XII, 32), c’est qu’il veut faire entendre que certains autres péchés peuvent être remis, même dans l’autre monde. Saint Paul, de son côté, dit que quelques-uns seront sauvés, mais en passant par le feu (I Cor., III, 15) et conformément à ses paroles, il prie le Seigneur de faire grâce à Onésiphore qui lui a rendu grand service à Rome et à Éphèse. (II Tim., I, 16, 18). C’est qu’il suppose, par conséquent, que ce dernier peut être aidé par sa prière.
B. Enseignement de l’Église.
Le dogme du Purgatoire a été expressément défini par les Conciles II de Lyon (1271), de Florence (1439) et de Trente (1545 - 1563). Et non seulement l’Église a défini le dogme du Purgatoire, c’est-à-dire l’existence d’un lieu d’expiation et de purification ou doivent passer les âmes qui ne sont pas entièrement pures, mais elle enseigne que les fidèles qui sont sur la Terre peuvent par leurs prières, par leurs bonnes oeuvres (N° 141), par l’application des indulgences (N° 417) et surtout par le Saint Sacrifice de la Messe (N° 388), contribuer à leur soulagement et hâter leur délivrance. Aussi consacre-t-elle dans sa liturgie un jour spécial aux âmes du Purgatoire : chaque année, le 2 novembre, elle fait la Commémoration de tous les défunts, et elle demande instamment à ses fidèles d’unir leurs prières aux siennes.
C. Raison.
Non Seulement le dogme du Purgatoire découle de la Sainte Écriture et de l’enseignement de l’Église ; il est en outre approuvé par la raison. Beaucoup qui ont péché et qui ne peuvent entrer tout droit dans la « Vie éternelle, parce que rien de souillé n’entrera dans le Ciel » (Apoc., XXI, 27) ne sont pourtant pas assez coupables pour mériter le châtiment éternel de l’Enfer ; il est donc juste que le bonheur céleste leur soit accordé après une expiation plus ou moins longue.
VIII. Nature du Purgatoire.
Il y a dans le Purgatoire, comme dans l’Enfer, deux sortes de peines : a) la peine du dam ou privation de la vue de Dieu : privation tempérée par l’espérance. C’est pourquoi nous disons à la messe des morts : « Requiem aeternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis. Seigneur, donnez-leur le repos éternel et que la lumière éternelle les éclaire » ; b) la peine du sens. Selon la plupart des théologiens, ces peines seraient les mêmes que dans l’Enfer, avec l’éternité et le désespoir en moins. Quant au lieu du Purgatoire, bien que les prières de l’Église en parlent d’un endroit inférieur : « A porta inferi. De profundis. Du fond comme de l’abîme », nous n’avons aucune donnée pour le situer à une place plutôt qu’à une autre.
1° Le Ciel : mot plein de douceur et de consolation ! L’Enfer, au contraire : mot terrible ! Que ces deux mots et ces deux pensées soient toujours devant notre esprit ! Il vaut mieux sans doute aller à Jésus par l’amour, mais la crainte est souvent salutaire et le pécheur peut venir à l’amour par la crainte. Il faut donc méditer non seulement sur les joies du Ciel, mais aussi sur les terribles supplices de l’Enfer, afin de ressentir une plus grande horreur pour le péché. Adressons très souvent cette courte invocation à Notre-Seigneur : « Seigneur Jésus, préservez-nous de la réprobation éternelle. »
2° Le meilleur moyen d’éviter l’Enfer, c’est de craindre le Purgatoire et le péché véniel qui y conduit.
LECTURES. 1° Lire dans saint Luc XVI, 19-31. L’histoire du mauvais riche. 2° Dans saint Matthieu, XIII. Les Paroles de l’ivraie, du trésor enfoui dans un champ et du filet. 3° Dans saint Matthieu, VII, 19. L’arbre stérile jeté au feu.
1°. Quel est l’objet du dernier Article du Symbole ?
2° Comment peut-on prouver l’existence du Ciel ?
3° Quelle est la nature du Ciel ? Les élus sont-ils tous égaux dans le bonheur ? Peuvent-ils le perdre ? Leur bonheur peut-il croître ? À qui le Ciel est-il accordé ? Quelle sera la proportion des élus ? Où se trouve le Ciel ?
4° Quelles sont les erreurs à propos de l’Enfer ? Quelles sont les preuves de son existence ?
5° Quelle est la nature de l’Enfer ? Quelles sont les peines des damnés ? Quelle est la nature du feu de l’Enfer ? Toutes les peines damnés sont-elles égales ? Les peines sont-elles adoucies avec le temps ? Quel est le nombre des damnés ? Quel est le lieu de l’Enfer ?
6° L’éternité des peines de l’Enfer ne contredit-elle pas la raison ? L’Enfer éternel n’est-il pas un châtiment hors de proportion avec la faute ? N’est-il pas incompatible avec la bonté de Dieu ?
7° Quelles sont les preuves de l’existence du Purgatoire ?
8° Quelles sont les peines du Purgatoire ? En quoi diffèrent-elles de celles de l’Enfer ?
- Quand vous pensez au Ciel, comment vous le représentez-vous ?.
- Dire quand l’Enfer fut créé.
- Connaissez-vous quelqu’un de l’entourage de Notre-Seigneur qui est certainement en Enfer ?.
- En connaissez-vous d’autres ?.
- À quel moment doit finir le Purgatoire ?.
