Chapitre 42 — Section 5

Sur la terre comme au ciel

Nous demandons, de plus, la forme et la mesure de notre obéissance, c’est-à-dire qu’elle soit semblable à cette règle, que les saints Anges et tout le chœur des Bienheureux observent dans le ciel. nous demandons en un mot que si les Anges et les Saints se conforment spontanément et avec un souverain plaisir à la très sainte Volonté de Dieu, nous, de notre côté, nous obéissions volontiers à tous ses ordres, et de la manière qui Lui plaît le plus.
Et de fait, dans tout ce que nous faisons et accomplissons à son service, Dieu demande de nous une véritable plénitude de Charité et d’amour ; de telle sorte que si nous nous consacrons entièrement à Lui par l’espoir des récompenses d’outre tombe, nous ne devons cependant les espérer que parce qu’il a plu à sa divine Majesté de nous donner cette espérance. Il faut donc que notre espérance soit tout entière fondée sur notre amour pour Dieu, puisqu’Il n’a promis qu’à l’amour la béatitude éternelle.
Il en est qui obéissent avec amour, mais cependant en vue de la récompense qui les attend. D’autres, uniquement conduits par l’amour et le dévouement, ne voient dans Celui qu’ils servent que sa Bonté et ses perfections dont la pensée les ravit d’admiration, et ils se trouvent très heureux de pouvoir Lui marquer leur soumission, en se consacrant à son service. Voilà le sens dans lequel nous disons : sur la terre comme au ciel. Car nous devons nous efforcer d’obéir à Dieu sur la terre, comme les Bienheureux lui obéissent dans le ciel. Or, n’oublions pas que David célèbre leur parfaite soumission dans ce beau cantique : « Bénissez le Seigneur, vous qui êtes ses Anges et ses Ministres, et qui faites sa Volonté. »19
Il est permis d’adopter ici l’interprétation de Saint Cyprien, qui par le ciel entend les bons et les justes, et par la terre, les méchants et les impies. On peut penser aussi comme lui que le ciel, c’est l’esprit, et la terre, la chair. En sorte que le fruit de cette demande est que tous les hommes et toutes les créatures soient en toutes choses parfaitement soumis à Dieu.
Cette même demande contient aussi une action de Grâces. Par elle, en effet, nous témoignons notre vénération pour la très sainte Volonté de Dieu, et dans le transport de notre joie, nous exaltons toutes ses œuvres par la louange et la reconnaissance la plus vive, nous qui savons mieux que personne qu’Il a bien fait toutes choses. Dieu est tout Puissant, cela est certain. Dès lors nous sommes obligés de reconnaître que tout a été fait par sa Volonté. Et comme d’autre part nous affirmons, sans crainte de nous tromper, qu’Il est infiniment bon, nous proclamons par là même qu’il n’y a rien dans ses œuvres qui ne soit bon, puisqu’Il a dû nécessairement leur communiquer sa Bonté. Mais comme, malgré tout, nous sommes loin de saisir les raisons de Dieu en toutes choses, cependant nous devons reconnaître sans hésitation, et en dépit de l’obscurité, que les voies de Dieu sont impénétrables.20
Nous avons encore un autre puissant motif de vénérer la Volonté de Dieu, c’est qu’Il a daigné nous éclairer de sa céleste Lumière, et nous arracher à la puissance des ténèbres, pour nous transporter dans le Royaume de son Fils bien aimé.21
Mais, pour terminer ici ce qui se rapporte à l’explication de cette demande, il nous faut revenir à ce que nous avons dit au début, et rappeler aux Fidèles qu’ils doivent faire cette Prière avec une profonde humilité d’esprit et de cœur, réfléchissant en eux-mêmes à la violence de leurs passions naturelles, si opposées à la Volonté divine, et ne doutant point que dans les hommages rendus à cette Volonté sainte, ils sont inférieurs à toutes les créatures, dont l’Esprit Saint a dit : « elles lui obéissent toutes »,22 reconnaissant enfin qu’il faut être bien faible pour ne pas pouvoir sans le secours du ciel, non seulement achever, mais même entreprendre une seule action qui puisse être agréable à Dieu.
Mais puisqu’il y a rien de plus grand, rien de plus noble, comme nous l’avons dit, que de servir Dieu, et de régler sa vie sur ses Commandements, que peut-il y avoir de plus désirable pour un Chrétien que de marcher dans les voies du Seigneur, de ne rien penser, de ne rien faire qui s’écarte en quoi que ce soit de sa divine Volonté ?
Et pour adopter ces saintes habitudes, et pour y persévérer plus fidèlement, le Chrétien aura soin de chercher dans nos Saints Livres les exemples de ceux qui, n’ayant pas voulu soumettre tous leurs desseins à la Volonté de Dieu, ont vu tout se tourner contre eux.
Enfin il faut recommander aux Fidèles de se reposer uniquement et absolument dans la Volonté de Dieu.
Que celui-là donc supporte patiemment sa condition, qui se croit dans une situation inférieure à son mérite. Qu’il n’abandonne point son état, mais qu’il demeure dans celui où Dieu l’a placé. Qu’il soumette son propre jugement à la Volonté de Dieu, car Dieu veille mieux sur tous nos intérêts que nous ne pouvons le désirer nous-mêmes. Si la pauvreté, si la maladie, si les persécutions, les chagrins ou d’autres peines nous écrasent, n’oublions jamais que rien de tout cela ne peut nous arriver sans la Volonté de Dieu, qui est la raison souveraine et dernière de toutes choses. Et bien loin d’en être troublés ou de nous en affliger trop, supportons tout, avec un invincible courage et ces paroles sur les lèvres : « Que la volonté du Seigneur se fasse »,23 ou le mot du saint homme Job : « Comme le Seigneur a voulu, il a été fait : que le nom du Seigneur soit béni ! »24