Il faut prier pour tous les hommes sans exception ennemis, étrangers, ou d’une religion différente de la nôtre. Car l’ennemi, l’étranger, l’infidèle, sont également notre prochain. Or, d’après l’ordre formel de Dieu, nous devons aimer notre prochain, et par conséquent prier pour lui, puisque la Prière pour les autres est un des devoirs de la Charité. Cette recommandation de l’Apôtre : « Qu’il se fasse, je vous en prie, des Prières pour tous les hommes, »31 n’a pas d’autre but.
Chapitre 38 — Section 6
Pour qui faut-il prier
Il n’est pas inutile de faire remarquer que dans la Prière on doit demander d’abord ce qui intéresse le salut de l’âme, puis ce qui se rapporte au bien du corps.
Les premiers pour qui nous sommes obligés de prier sont les Pasteurs des âmes. L’Apôtre Saint Paul nous l’apprend par son propre exemple ; il écrit aux Colossiens « de prier pour lui, afin que Dieu lui ouvre une entrée pour prêcher sa parole ».32 Il agit de même avec les Thessaloniciens. nous lisons dans les Actes des Apôtres : « qu’une prière continuelle se faisait dans l’Eglise pour Pierre »33 ; et Saint Basile, dans ses traités des Mœurs, nous rappelle qu’« il faut prier pour ceux qui président à la Parole de vérité ».
En second lieu, il faut prier pour les Princes. C’est encore l’enseignement de Saint Paul. nul n’ignore en effet combien il importe au bien public d’avoir des Princes pieux et zélés pour la justice. Il faut donc demander à Dieu de les rendre tels qu’ils doivent être pour commander aux autres.
Plusieurs saints personnages nous avertissent par leurs exemples de prier aussi pour les bons et les justes. Ils ont besoin en effet des Prières des autres. Dieu l’a voulu ainsi, afin de prévenir dans leur cœur les mouvements de l’orgueil, en leur faisant sentir qu’ils ont besoin des suffrages de leurs inférieurs.
Notre-Seigneur nous ordonne également de prier pour ceux « qui nous persécutent et nous calomnient ».34
Selon le témoignage de Saint Augustin, — et ce témoignage a une grande valeur — l’Eglise a reçu des Apôtres la coutume de faire des Prières et des vœux pour ceux qui sont hors de la vraie Religion, afin que les infidèles obtiennent la Foi, que les adorateurs des idoles soient arrachés à leurs erreurs impies ; que les Juifs déchirent le voile épais qui leur cache la vérité, et la reconnaissent enfin ; que les hérétiques, revenant à la saine raison, s’instruisent, comme ils le doivent, de la Doctrine catholique ; que les schismatiques, qui se sont séparés de la Communion de la très sainte Eglise leur mère, se rattachent à elle de nouveau par les liens d’une véritable Charité. Les Prières qui sont ainsi faites avec une Foi ardente, pour toutes ces sortes de personnes, sont d’une grande efficacité. On peut le constater par cette multitude d’hommes de toutes conditions que Dieu arrache chaque jour à la puissance des ténèbres, pour les faire entrer dans le Royaume de son Fils bien aimé, et dont Il fait des vases de miséricorde, de vases de colère qu’ils étaient auparavant. tout Chrétien intelligent et pieux sera toujours convaincu que les Prières des âmes justes ont une très large part à ces conversions.
Les Prières que l’on adresse à Dieu pour les âmes des trépassés, afin de les faire sortir du Purgatoire, sont une tradition et une conséquence de la doctrine des Apôtres. nous avons dit tout ce qu’il fallait rappeler sur ce point, en traitant du saint Sacrifice de la Messe.
Quant à ceux qui ont le malheur d’être en état de péché mortel, c’est à peine s’ils peuvent retirer quelque utilité des Prières et des vœux. Cependant la Charité chrétienne demande qu’on prie pour eux, et qu’on en vienne aux larmes et aux gémissements devant Dieu pour leur obtenir pardon et miséricorde.
Si donc les Saints ont fait quelquefois des imprécations contre les impies, les Pères de l’Eglise veulent que nous les regardions comme des prédictions du sort qui les attend, ou des souhaits de mort qui ne s’adressent qu’au péché, pour le détruire, et par là sauver les pécheurs.
Dans la 2° partie de la Prière, nous rendons à Dieu les actions de grâces les plus vives pour les divins et immortels bienfaits dont Il a comblé sans cesse, et dont II comble encore tous les jours le genre humain.
Mais surtout nous Le remercions, et d’une manière spéciale, pour tous les Saints ; nous Le louons et Le bénissons, autant qu’il est en nous, de la victoire et du triomphe que sa paternelle Bonté leur a fait remporter sur tous leurs ennemis, intérieurs et extérieurs.
C’est là ce que nous faisons en particulier dans la Salutation Angélique, lorsque nous disons à la Ste Vierge, en forme de prière : Je vous salue, Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. Par ces paroles en effet nous rendons à Dieu un splendide hommage de louanges et d’actions de grâces, pour tous les dons célestes dont Il a bien voulu combler la très sainte Vierge, et en même temps nous la félicitons elle-même de son incomparable bonheur.
Et ce n’est pas sans raison que la sainte Eglise a ajouté, à cette action de grâces, des Prières et des invocations à la très sainte Mère de Dieu. Elle veut que nous ayons recours à elle avec une pieuse confiance et une profonde humilité, afin d’obtenir par son intercession que Dieu veuille bien se réconcilier avec nous malgré toutes nos fautes, et nous accorder les biens qui nous sont nécessaires pour cette vie et pour l’autre. Oui, nous devons, enfants d’Eve exilés dans cette vallée de larmes, invoquer, sans jamais nous lasser, celle qui est la Mère de la miséricorde, l’avocate du peuple fidèle, afin qu’elle prie pour nous, pauvres pécheurs ; nous devons en un mot réclamer sans cesse par nos Prières le secours et l’assistance de celle dont les mérites sont si éminents devant Dieu, et dont on ne peut sans impiété et sans crime révoquer en doute la volonté parfaite et formelle de nous venir en aide.
