Jésus est le nom propre de celui qui est Dieu et homme tout ensemble. Il signifie Sauveur ; et ce n’est ni le hasard, ni le jugement et la volonté des hommes qui Lui ont donné ce nom, mais l’ordre et le dessein même de Dieu. L’Ange Gabriel en effet avait dit à Marie, en annonçant qu’elle serait sa Mère :9 Voilà que vous concevrez dans votre sein. Et vous enfanterez un fils, et vous L’appellerez du nom de Jésus. Plus tard ce même Ange, non seulement fit un devoir à Joseph, Epoux de la Sainte Vierge, de donner ce nom à l’Enfant, mais encore il lui apprit pourquoi Il devait être ainsi nommé : « Joseph, fils de David, lui dit-il,10 ne craignez point de prendre avec vous Marie votre épouse, car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit. Elle enfantera un fils, et vous L’appellerez du nom de Jésus, parce que c’est Lui qui délivrera son peuple de ses péchés. »
Chapitre 3 — Section 3
En Jésus-Christ
Il est vrai que plusieurs personnages de nos Saintes Ecritures ont aussi porté ce nom. Tel fut Josué, fils de Navé, qui remplaça Moise, et qui eut le privilège, refusé à son prédécesseur, d’introduire dans la terre promise le peuple que ce dernier avait tiré de la servitude d’Egypte. Tel fut également Jésus, fils de Josédech, le grand-prêtre.
Mais n’est-ce pas avec infiniment plus de justesse que ce nom de Jésus convient à notre Sauveur ? Lui qui a donné la lumière, la liberté et le salut non plus à un seul peuple, mais à tous les hommes de tous les siècles : qui ne les a pas seulement délivrés de la faim et de la domination de l’Egypte et de Babylone, mais qui les a tirés des ombres de la mort où ils étaient assis, qui a brisé les liens si durs du péché et du démon ; qui leur a rendu, après l’avoir reconquis pour eux, le droit à l’héritage du royaume céleste, et les a réconciliés avec Dieu le Père. Les personnages appelés aussi Jésus n’étaient que la figure de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a comblé le genre humain de tous les bienfaits que nous venons de rappeler. De plus, tous les autres noms sous lesquels les Prophètes avaient prédit que Dieu voulait désigner son Fils, sont renfermés dans le seul nom de Jésus. Car chacun d’eux n’exprime que sous un point de vue spécial le salut qu’Il devait nous apporter, au lieu que le nom de Jésus exprime, à Lui seul, toute l’étendue et tous les effets de la Rédemption du genre humain.
Au nom de Jésus on a ajouté celui de Christ qui signifie oint. C’est tout ensemble un titre d’honneur, et un mot qui désigne une fonction. Ce n’est pas un nom propre, car il est commun à beaucoup de personnes. Ainsi, dans l’antiquité, nos pères appelaient Christs les Prêtres et les rois, parce que, à cause de la dignité de leur charge, Dieu avait ordonné qu’ils reçussent l’onction sacrée. Ce sont les Prêtres en effet qui doivent recommander le peuple à Dieu par des prières assidues, ce sont eux qui Lui offrent des sacrifices et apaisent son courroux par leur intercession. Les rois sont chargés de gouverner les peuples ; c’est à eux qu’il appartient de faire respecter les lois, de protéger la vie des innocents et de punir l’audace des coupables. Et comme chacun de ces ministères semble représenter ici-bas la majesté du très Haut, ceux que l’on choisissait pour en faire des Prêtres ou des rois devaient recevoir l’onction de l’huile sainte. Ce fut également la coutume de conférer cette onction aux Prophètes, véritables interprètes et ambassadeurs du Dieu immortel, chargés de nous découvrir les secrets du ciel, et de nous exhorter à la réforme de nos mœurs par des instructions salutaires et par la prédiction de l’avenir.
Or Jésus-Christ notre Sauveur en venant dans le monde a pris tout à la fois ces trois charges, ces trois fonctions de Prophète, de Prêtre et de Roi. Voilà pourquoi Il a reçu le nom de Christ, et l’onction propre à ces trois ministères. Et Il a reçu cette onction non de la main des hommes, mais par la vertu même de son Père céleste, non pas une onction d’huile terrestre, mais d’huile purement spirituelle ; c’est-à-dire que la grâce, les dons et la plénitude du Saint-Esprit se répandirent dans son âme très sainte avec une telle abondance, que jamais aucune autre créature ne sera capable de les recevoir à un si haut degré. C’est ce que le Prophète exprime très bien, lorsque s’adressant au Rédempteur Lui-même, il Lui dit :11 Vous avez aimé la justice et haï l’iniquité ; c’est pourquoi Dieu, votre Dieu Vous a donné une onction de joie plus excellente qu’à tous ceux qui la partagent avec Vous. C’est ce que nous montre plus clairement encore Isaïe par ces paroles qu’il fait dire au Sauveur :12 L’Esprit du Seigneur est sur Moi parce que le Seigneur m’a donné l’onction, et qu’Il m’a envoyé pour L’annoncer à ceux qui sont doux.
Jésus-Christ a donc été le Prophète et le Maître suprême qui nous a enseigné la volonté de Dieu, et dont la doctrine a fait connaître au monde son Père céleste. Et ce nom de Prophète lui convient avec d’autant plus de vérité et de justice, que tous ceux qui ont eu l’honneur de le porter comme Lui, n’ont été que ses disciples, envoyés spécialement pour annoncer la venue de ce grand Prophète qui, Lui, venait sauver les hommes.
Le Christ a été Prêtre aussi, non selon l’ordre des prêtres de la tribu de Lévi dans l’ancienne Loi, mais comme l’a chanté David :13 Vous êtes prêtre éternel, selon l’ordre de Melchisédech. Saint Paul, dans son épître aux Hébreux, explique cette parole avec le plus grand soin.14
Enfin nous reconnaissons en Jésus-Christ un Roi, non seulement comme Dieu, mais comme homme et revêtu de notre propre nature. N’est-ce pas de lui que l’Ange a dit :15 Il régnera à jamais dans la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin. Or, ce règne est un règne spirituel et éternel. Il commence sur la terre pour se consommer dans le ciel. Et on peut dire que tous les devoirs que la royauté Lui impose, Jésus-Christ les remplit d’une manière admirable envers son Eglise. Il la gouverne, Il la protège contre les attaques et les embûches de ses ennemis ; Il lui communique non seulement la sainteté et la justice, mais encore la force et les moyens de persévérer. Et bien que tous les hommes, bons et méchants, soient également compris dans ce royaume, bien que tous sans exception soient de droit ses sujets et Lui appartiennent, cependant ceux d’entre eux qui observent ses préceptes et mènent une vie pure et innocente, éprouvent d’une manière particulière les effets de la bonté et de la bienfaisance infinie de notre Roi. Au reste si ce royaume Lui est échu, ce n’est ni par droit de succession, parce qu’Il descendait de rois illustres, ni par aucun autre droit humain. II est Roi, parce que Dieu a réuni dans sa personne tout ce que la nature humaine peut renfermer de puissance, de dignité et de grandeur. Oui, c’est Dieu qui a mis entre ses mains l’empire du monde, et si, dès cette vie, Il commence à exercer son autorité sur toutes les créatures, ce n’est qu’au jour du jugement que cette autorité obtiendra une soumission pleine et entière.
