Afin d’exposer à peu près dans le même ordre que nous avons suivi pour les autres Sacrements ce qu’il y a de plus nécessaire à expliquer ici, nous disons d’abord que ce sacrement est appelé extrême-Onction, parce que de toutes les Onctions saintes qui ont été prescrites par Notre-Seigneur Jésus-Christ à son Eglise, c’est celle qui s’administre la dernière. C’est pourquoi nos pères dans la Foi donnaient encore à ce Sacrement le nom d’Onction des Malades et de Sacrement des Mourants. Et ces paroles sont bien propres à rappeler aux Fidèles la pensée de leurs derniers moments.
Chapitre 25 — Section 2
De l’extrême-onction et de la nature du sacrement de l’extrême-onction
Mais il faut montrer, en premier lieu, que l’Extrême-Onction est un véritable Sacrement. Et il ne peut y avoir aucun doute sur ce point, si l’on veut faire attention aux paroles dont l’Apôtre Saint Jacques s’est servi pour promulguer la loi de ce Sacrement :2 « Si quelqu’un est malade parmi vous, dit-il, qu’il fasse venir les Prêtres de l’Eglise, et qu’ils prient sur lui en l’oignant d’huile au nom du Seigneur ; et la prière de la Foi sauvera le malade : et le Seigneur le soulagera ; et s’il a des péchés, ces péchés lui seront remis. » Puisque, suivant l’Apôtre, les péchés sont remis par cette Onction, elle a donc la nature et la vertu d’un Sacrement. telle a toujours été d’ailleurs la Doctrine de l’Eglise catholique sur l’Extrême-Onction ; un grand nombre de Conciles en font foi. Mais celui de Trente l’a déclaré si formellement qu’il prononce l’anathème contre ceux qui auraient la témérité d’enseigner ou de penser le contraire. Le Pape Innocent Ier recommande également ce Sacrement aux Fidèles, avec beaucoup de force.
Il faut donc que les Pasteurs enseignent sans aucune hésitation que l’Extrême-Onction est un Sacrement véritable ; et de plus un seul Sacrement, quoiqu’on l’administre avec plusieurs Onctions différentes, dont chacune se fait avec des prières et une forme particulière. Ce Sacrement est un, non en ce sens que les parties qui le composent ne puissent être divisées, mais parce que ces parties contribuent chacune à sa perfection. C’est ce qui se voit dans tout ce qui est composé. Ainsi une maison est composée de beaucoup de choses et de parties différentes, mais sa perfection n’est que dans l’unité de la forme. De même le sacrement de l’Extrême-Onction renferme plusieurs choses et plusieurs paroles, et cependant ce n’est qu’un signe unique de l’unique effet qu’il a la vertu de produire.
Les Pasteurs ne manqueront pas de dire quelles sont les parties de ce Sacrement, à savoir la matière et la forme. Car l’Apôtre Saint Jacques n’a pas négligé de nous en instruire, et chacune de ces deux parties renferme des Mystères qu’il est utile de méditer.
L’élément, ou la matière de ce Sacrement, comme l’ont déclaré plusieurs Conciles, et spécialement le Concile de Trente, c’est l’huile consacrée par l’Evêque, non toute sorte d’huile en général, extraite d’une substance adipeuse, mais seulement l’huile d’olive. Cette matière exprime parfaitement les effets que la vertu de l’Extrême-Onction opère dans l’âme. De même que l’huile est très propre à adoucir les douleurs du corps, ainsi la vertu de ce Sacrement diminue la tristesse et les douleurs de l’âme. De plus l’huile rend la santé, donne la joie, et sert d’aliment à la lumière, mais surtout elle est très efficace pour renouveler les forces du corps abattu par la fatigue. Or tous ces effets représentent sensiblement ce que la puissance divine opère chez les malades par l’Extrême-Onction. — Mais en voilà assez sur la matière de ce Sacrement.
Quand à la forme qui lui est propre, elle consiste dans ces paroles et ces prières consacrées que le Prêtre prononce en faisant chacune des Onctions, et en disant : « Par cette sainte Onction que le Seigneur vous pardonne tout ce que vous avez fait de mal, par la vue, par l’odorat ou par le toucher. » Et ce qui nous indique que c’est bien là la forme propre et véritable du Sacrement dont nous parlons, ce sont ces paroles de Saint Jacques : « Et qu’ils prient sur lui, et la prière de la Foi sauvera le malade. »
En effet, ce texte nous montre que la forme doit ressembler à une Prière, quoique l’Apôtre ne nous ait pas laissé les termes mêmes dans lesquels elle doit être conçue. Mais pour ceux que nous venons d’employer, nous les avons reçus d’une tradition constante des Pères, et toutes les Eglises se servent de cette même forme qui leur vient de la sainte Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les autres Eglises. Quelques-uns, il est vrai, au lieu de ces mots : Que le Seigneur vous pardonne tout le mal que vous avez fait, disent : Qu’Il vous remette, ou qu’Il guérisse tout le mal que vous avez commis. Mais le sens est toujours le même ; et l’on peut dire que partout on emploie religieusement la même forme.
Et personne ne doit être surpris que dans les autres Sacrements la forme signifie d’une manière absolue ce qu’elle opère, comme lorsque nous disons : Je te baptise, ou, je te marque du signe de la Croix, ou encore qu’elle soit impérative, comme dans le sacrement de l’Ordre, où l’on dit : recevez le Pouvoir, etc., tandis que la forme seule de l’Extrême-Onction s’exprime en une Prière. Et c’est avec beaucoup de raison qu’elle a été ainsi établie. Car outre la grâce spirituelle que ce Sacrement confère, il a également pour but de rendre la santé aux malades. Cependant, comme il n’arrive pas toujours que les malades guérissent, on lui a donné pour forme une Prière, afin que par ce moyen nous obtenions de la bonté de Dieu un effet que la vertu du Sacrement ne produit pas nécessairement, ni toujours.
Il y a aussi des Cérémonies particulières qui accompagnent l’administration de ce Sacrement. Ce sont, pour la plupart, des formules de prières que le Prêtre récite pour obtenir le salut du malade. Il n’y a point de Sacrement qui s’administre avec plus de prières. Et certes ce n’est pas sans motifs. Il n’est pas de moment en effet où les Fidèles aient un besoin plus grand de ce pieux secours. C’est pourquoi tous ceux qui se trouvent présents, et surtout les Pasteurs, doivent alors prier Dieu de tout leur cœur, et recommander à sa miséricorde la vie et le salut du malade avec toute la ferveur possible.
Mais puisque, comme nous venons de le démontrer, l’Extrême-Onction est un Sacrement réel et véritable, il faut en conclure qu’elle a été instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ Luimême, et que Saint Jacques plus tard n’a fait que la publier en quelque sorte, et la porter à la connaissance des Fidèles. Au surplus, notre Sauveur Lui-même semble avoir donné déjà comme une image de cette Onction, lorsqu’Il envoya devant Lui ses disciples deux à deux. L’Evangile nous dit en effet que :3 « Etant partis, ils prêchaient la pénitence, chassaient un grand nombre de démons, oignaient d’huile beaucoup de malades et tes guérissaient. » Or cette Onction n’était certainement pas de l’invention des Apôtres ; elle était prescrite par notre Seigneur Lui-même, douée d’une vertu mystérieuse et non point naturelle, instituée enfin plutôt pour guérir les âmes que pour soulager le corps. Ainsi l’affirment Saint Denys, Saint Ambroise, Saint Jean Chrysostome et Saint Grégoire le Grand. Il n’est donc pas possible de douter que l’Extrême-Onction soit un des sept Sacrements de l’Eglise catholique, et que nous devions la recevoir avec de profonds sentiments de religion.
