L’explication de ce Mystère est extrêmement difficile. Cependant les Pasteurs tâcheront de faire comprendre à ceux qui sont assez avancés dans la connaissance des Vérités saintes, comment s’opère ce changement admirable. Car pour ceux qui sont encore faibles dans la Foi, il serait à craindre qu’ils ne fussent accablés sous le poids d’une Vérité si haute. Ce changement est tel que, par la puissance de Dieu, toute la substance du pain est convertie en la substance entière du Corps de Jésus-Christ, et toute la substance du vin en la substance entière de son Sang, sans aucun changement de la part de Notre-Seigneur Lui-même. En effet, Il n’y est ni engendré, ni changé, ni augmenté ; mais Il demeure intact dans sa substance. C’est ce qui a fait dire à Saint Ambroise, en parlant de ce Mystère :18 « vous voyez combien la parole de Jésus-Christ est efficace. Si elle a eu assez de force pour faire exister ce qui n’était pas, le monde, par exemple, combien ne lui en a-t-il pas fallu pour donner un nouvel être aux choses qui existaient déjà et pour les changer en d’autres ? »
Chapitre 19 — Section 4
Comment s’opère la transsubstantiation
Plusieurs autres Pères très anciens, et d’une grande autorité, ont parlé dans le même sens. « nous le déclarons sans hésiter, dit Saint Augustin19 avant la Consécration, il n’y a que le pain et le vin formés par la nature ; mais après la Consécration, il n’y a plus que la Chair et le Sang de Jésus-Christ, rendus présents par les paroles sacrées. » — Le Corps de Notre-Seigneur,20 dit de son côté Saint Jean Damascène, « Celui-là même qui est né d’une Vierge, est véritablement uni dans l’Eucharistie à sa divinité ; non qu’Il descende du ciel où Il est monté, mais parce que le pain et le vin sont transsubstantiés au Corps et au Sang du Seigneur. »
C’est donc avec beaucoup de raison et de justesse que l’Eglise catholique appelle ce merveilleux changement transsubstantiation, comme l’enseigne le Concile de Trente. En effet de même que la génération naturelle peut très bien s’appeler transformation, parce qu’il s’y fait un changement de forme ; de même le mot de transsubstantiation a été très convenablement créé par nos Pères, pour exprimer le changement d’une substance tout entière en une autre substance, tel que celui qui s’opère dans l’Eucharistie.
Mais ainsi que les Saints Pères l’ont très souvent recommandé, il faut avertir les Fidèles de ne pas rechercher avec trop de curiosité comment un tel changement peut se faire. Il nous est impossible de le comprendre, et nous ne pouvons en trouver aucune image ni aucun exemple dans les changements naturels, ni même dans la création. La Foi nous apprend que la chose est ainsi, nous ne devons point chercher avec curiosité pourquoi ou comment la chose est ainsi.
Il ne faudra pas moins de prudence aux Pasteurs, lorsqu’ils expliqueront comment dans ce Mystère le Corps de Jésus-Christ se trouve contenu tout entier dans chacune des plus petites parcelles du pain eucharistique. Autant qu’on le peut il faut éviter soigneusement ces sortes de discussions ; cependant, si la Charité chrétienne en-fait un devoir, qu’on n’oublie pas tout d’abord de prémunir et de fortifier l’esprit des Fidèles par ces paroles de l’Evangile21 « Rien n’est impossible à Dieu. » Après cela les Pasteurs pourront enseigner que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’est point dans ce Sacrement comme dans un lieu. Les choses ne sont dans un lieu qu’autant qu’elles ont quelque étendue. Or, quand nous disons que Jésus-Christ est dans l’Eucharistie, nous ne faisons pas attention à l’étendue plus ou moins grande de son Corps, mais à la substance elle-même, considérée indépendamment de l’étendue. Car la substance du pain est changée en la substance, et non pas en la quantité, ni en la grandeur du Corps de Jésus-Christ. Or personne ne doute qu’une substance ne puisse être également renfermée dans un petit espace aussi bien que dans un grand. Ainsi la substance de l’air est aussi entière dans une petite partie d’air que dans une grande ; la nature (ou la substance) de l’eau n’est pas moins entière dans un petit vase que dans un grand. Et comme le Corps de Notre-Seigneur remplace la substance du pain dans l’Eucharistie, on est obligé de convenir qu’Il est dans le Sacrement de la même manière que la substance du pain y était avant la Consécration. Or la substance du pain était aussi bien et aussi entière dans la plus petite partie que dans le tout. Cela ne se discute même pas.
