Chapitre 16 — Section 1

Nécessité du baptême

Ce que nous avons dit jusqu’ici de ce Sacrement est très utile à connaître pour les Fidèles. Mais ce qu’il est absolument nécessaire de ne pas leur laisser ignorer, c’est que Notre-Seigneur a fait à tous les hommes une loi de se faire baptiser, loi si rigoureuse que ceux qui ne seraient pas régénérés en Dieu par la grâce de ce Sacrement, ne viendraient au monde que pour leur malheur et leur perte éternelle, que leurs parents d’ailleurs fussent chrétiens ou païens. C’est pourquoi les Pasteurs ne sauraient expliquer trop souvent ces paroles de l’Evangile.1 Si quelqu’un n’est pas régénéré par l’eau et par l’Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume des cieux.
Et cette loi ne regarde pas seulement les adultes, l’autorité et les témoignages des Pères établissent qu’elle atteint même les petits enfants, et que l’Eglise l’a reçue de la tradition apostolique. D’ailleurs, est-il possible de croire que Notre-Seigneur Jésus-Christ eût refusé aux enfants le sacrement et la grâce du Baptême, Lui qui disait :2 Laissez les petits enfants, et ne tes empêchez pas de venir n moi, parce que le Royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent ; Lui qui les embrassait, qui leur imposait les mains, et les bénissait ?
Nous lisons3 que Saint Paul baptisa un jour une famille tout entière. Or n’est-il pas assez naturel de supposer que les enfants qui faisaient partie de cette famille furent également purifiés par cette eau salutaire ?
La Circoncision qui était la figure du Baptême apporte aussi son témoignage, et un témoignage considérable, en faveur du Baptême des enfants. En effet, personne n’ignore que l’on avait coutume de donner la Circoncision aux enfants le huitième jour après leur naissance. Or, puisque la Circoncision, qui dépouille la chair par la main des hommes,4 était utile à ces enfants, pourquoi le Baptême, qui est la circoncision spirituelle de Jésus-Christ, ne produirait-il pas en eux ses effets ?
Enfin, comme l’enseigne l’Apôtre,5 si la mort a régné par un seul, et par le péché d’un seul, à plus forte raison ceux qui reçoivent l‘abondance de la Grâce et du don de la Justice, doivent régner dans la vie par un seul qui est Jésus-Christ. Or les enfants, par le péché d’Adam, ont contracté la tache originelle ; à plus forte raison donc peuvent-ils recevoir la Grâce et la Justice par Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour régner dans la vie ; ce qui est absolument impossible sans le Baptême.
C’est pourquoi les Pasteurs enseigneront qu’il est de toute nécessité de baptiser les enfants, et ensuite de les former peu à peu dés l’âge le plus tendre, et par les préceptes de la Religion chrétienne, à la pratique de la vraie piété. Car, comme le Sage l’a très bien dit :6 Le jeune homme, même quand il aura vieilli, ne quittera point la voie qu’il aura suivie dans sa jeunesse. On ne peut douter que les enfants, au moment où ils reçoivent le Baptême, ne reçoivent en même temps le don mystérieux de la Foi ; non pas qu’ils croient par l’adhésion de leur intelligence,
mais parce qu’ils sont comme revêtus et imprégnés de la Foi de leurs Parents, si leurs Parents sont croyants, ou s’ils sont infidèles, de la Foi de toute la société des Saints. (C’est la parole même de Saint Augustin). Car on peut dire avec vérité que les enfants sont présentés au Baptême par tous ceux qui désirent les y voir présenter, et dont la charité les fait admettre dans la Communion du Saint-Esprit.
Il faut donc engager fortement les Fidèles à porter leurs enfants à l’Eglise, et à les faire baptiser avec les cérémonies consacrées, dès qu’ils pourront le faire sans danger. Les enfants n’ont pas d’autre moyen de salut que le Baptême. Ce serait une faute, et une faute grave, de les laisser dans la privation de la grâce de ce Sacrement plus longtemps que la nécessité ne l’exige. Et il ne faut pas oublier que la faiblesse de leur âge les expose à une infinité de périls mortels.
Quant aux adultes qui ont le parfait usage de leur raison, et qui sont nés de parents infidèles, la conduite à tenir est toute différente. Selon la coutume de la primitive Eglise, il faut les instruire d’abord des vérités de la Foi chrétienne, et puis les exhorter, les exciter, les inviter avec la plus grande ardeur à l’embrasser. S’ils se convertissent au Seigneur, on les avertira de ne pas différer à recevoir le Baptême au-delà du temps prescrit par l’Eglise. Car il est écrit :7 ne tardez pas à vous convertir au Seigneur, et ne différez pas de jour en jour. Il faut leur apprendre que la conversion complète ne se trouve que dans la régénération baptismale. Que plus ils viendront tard au Baptême, plus longtemps aussi ils demeureront privés de l’usage et de la grâce des autres Sacrements, qui sont l’âme, en quelque sorte, de toute la Religion chrétienne, puisque le Baptême seul ouvre les portes qui conduisent jusqu’à eux ; enfin qu’ils renonceraient également aux avantages immenses que ce premier Sacrement renferme. C’est qu’en effet l’eau salutaire du Baptême efface et détruit les taches et les souillures de tous les péchés commis auparavant, en même temps qu’elle orne notre âme de cette Grâce divine dont le secours et la force nous font désormais éviter le mal et conserver la justice et l’innocence, — deux choses dans lesquelles se résume toute la Vie chrétienne, comme il est facile de le voir.
Malgré cela l’Eglise n’est pas dans l’usage de donner le Baptême aux adultes aussitôt après leur conversion. Elle veut au contraire qu’on le diffère un certain temps. Ce retard n’entraîne point pour eux les dangers qui menacent les enfants, ainsi que nous l’avons dit plus haut. Comme ils ont l’usage de la raison, le désir et la résolution de recevoir le Baptême, joints au repentir de leurs péchés, leur suffiraient pour arriver à la grâce et à la justification, si quelque accident soudain les empêchait de se purifier dans les Fonts salutaires. Au contraire, ces retards ont bien leur utilité. Puisque l’Eglise est chargée de veiller, et avec la plus grande sollicitude, à ce que personne ne s’approche de ce Sacrement par un esprit de dissimulation et d’hypocrisie, elle connaît et apprécie mieux, en différant le Baptême, la sincérité de ceux qui le demandent. Voilà pourquoi les anciens Conciles avaient décrété que les Juifs qui se convertiraient à la Foi catholique, resteraient pendant plusieurs mois au rang de simples Catéchumènes, avant d’être admis à recevoir le Baptême. D’un autre côté ce retard permet d’instruire les Adultes d’une manière plus parfaite des règles de la Vie chrétienne, et des principes de la Foi dont ils doivent faire profession. Enfin on rend à ce Sacrement tout l’honneur qu’il mérite, en le recevant d’une manière solennelle, et avec les cérémonies de l’Eglise, aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte.
Cependant il y a quelquefois des raisons graves et même nécessaires de ne pas différer le Baptême aux Adultes, par exemple s’ils se trouvent en danger de mort, ou s’ils sont parfaitement instruits des Mystères de la Foi. C’est ce que firent Saint Philippe et le prince des Apôtres. Saint Philippe baptisa le serviteur de la reine d’Ethiopie, et Saint Pierre le centurion Corneille, l’un et l’autre sans aucun retard, et dès qu’ils eurent déclaré qu’ils étaient prêts à embrasser la Foi.