Par sa Parole, Dieu parle à l’homme. C’est par des paroles, mentales ou vocales, que notre prière prend corps. Mais le plus important est la présence du cœur à Celui à qui nous parlons dans§1176 la prière. « Que notre prière soit entendue dépend, non de la quantité des paroles, mais de la ferveur de nos âmes » a.
Article 1
Les expressions de la prière
I. La prière vocale
La prière vocale est une donnée indispensable de la vie chrétienne. Aux disciples, attirés par la prière silencieuse de leur Maître, Celui§2603-ci enseigne une prière vocale : le « Notre Père ». Jésus§612 n’a pas seulement prié les prières liturgiques de la synagogue, les Évangiles nous Le montrent élever la voix pour exprimer sa prière personnelle, de la bénédiction exultante du Père 1 jusqu’à la détresse de Gethsémani 2.
Ce besoin d’associer les sens à la prière intérieure répond à une exigence de notre nature humaine. Nous sommes corps§1146 et esprit, et nous éprouvons le besoin de traduire extérieurement nos sentiments. Il faut prier avec tout notre être pour donner à notre supplication toute la puissance possible.
Ce besoin répond aussi à une exigence divine. Dieu cherche des adorateurs en Esprit et en Vérité, et par conséquent la prière qui monte vivante des profondeurs de l’âme. Il veut aussi l’expression extérieure qui associe le corps à la prière intérieure, car elle Lui apporte cet§2097 hommage parfait de tout ce à quoi Il a droit.
Parce qu’extérieure et si pleinement humaine, la prière vocale est par excellence la prière des foules. Mais aussi la prière la plus intérieure ne saurait négliger la prière vocale. La prière devient intérieure dans la mesure où nous prenons conscience de Celui « à qui nous parlons » a. Alors la prière vocale devient une première forme de la prière contemplative.
II. La méditation
La méditation est surtout une recherche. L’esprit cherche à comprendre le pourquoi et le comment de la vie chrétienne, afin d’adhérer§158 et de répondre à ce que le Seigneur demande. Il y faut une attention difficile à discipliner. Habituellement, on s’aide d’un livre, et les chrétiens n’en manquent pas : les saintes Écritures, l’Évangile singulièrement, les saintes icônes§127, les textes liturgiques du jour ou du temps, les écrits des Pères spirituels, les ouvrages de spiritualité, le grand livre de la création et celui de l’histoire, la page de « l’Aujourd’hui » de Dieu.
Méditer ce qu’on lit conduit à se l’approprier en le confrontant avec soi-même. Ici, un autre livre est ouvert : celui de la vie. On passe des pensées à la réalité. À la mesure de l’humilité et de la foi, on y découvre les mouvements qui agitent le cœur et on peut les discerner. Il s’agit de faire la vérité pour venir à la Lumière : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? ».
Les méthodes de méditation sont aussi diverses que les maîtres spirituels. Un chrétien se doit de vouloir méditer régulièrement, sinon§2690 il ressemble aux trois premiers terrains de la parabole du semeur 1. Mais une méthode n’est qu’un guide ; l’important est d’avancer, avec l’Esprit Saint, sur l’unique chemin de la prière : le Christ Jésus§2664.
La méditation met en œuvre la pensée, l’imagination, l’émotion et le désir. Cette mobilisation est nécessaire pour approfondir les convictions de foi, susciter la conversion du cœur et fortifier la volonté de suivre le Christ. La prière chrétienne s’applique de préférence à méditer « les mystères du Christ », comme dans la « lectio divina » ou le Rosaire. Cette forme de réflexion§516§2678 priante est de grande valeur, mais la prière chrétienne doit tendre plus loin : à la connaissance d’amour du Seigneur Jésus, à l’union avec Lui.
III. L’oraison
Qu’est-ce que l’oraison ? Sainte Thérèse répond : « L’oraison mentale n’est, à mon avis, qu’un commerce intime d’amitié où l’on s’entretient souvent§2562-2564 seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé » (libro de la vida 8).
L’oraison cherche « celui que mon cœur aime » 1. C’est Jésus, et en lui, le Père. Il est cherché, parce que le désirer est toujours le commencement de l’amour, et il est cherché dans la foi pure, cette foi qui nous fait naître de lui et vivre en lui. On peut méditer encore dans l’oraison, toutefois le regard porte sur le Seigneur.
L’oraison cherche « celui que mon cœur aime » 1. C’est Jésus, et en lui, le Père. Il est cherché, parce que le désirer est toujours le commencement de l’amour, et il est cherché dans la foi pure, cette foi qui nous fait naître de lui et vivre en lui. On peut méditer encore dans l’oraison, toutefois le regard porte sur le Seigneur.
Le choix du temps et de la durée de l’oraison relève d’une volonté déterminée, révélatrice des secrets du cœur. On ne fait pas oraison quand on a le temps : on prend le temps d’être pour le Seigneur, avec§2726 la ferme détermination de ne pas le lui reprendre en cours de route, quelles que soient les épreuves et la sécheresse de la rencontre. On ne peut pas toujours méditer, on peut toujours entrer en oraison, indépendamment des conditions de santé, de travail ou d’affectivité. Le cœur est le lieu de la recherche et de la rencontre, dans la pauvreté et dans la foi.
L’entrée en oraison est analogue à celle de la Liturgie eucharistique : « rassembler » le cœur, recueillir tout notre être§1348 sous la mouvance de l’Esprit Saint, habiter la demeure du Seigneur que nous sommes, éveiller la foi pour entrer en la Présence de Celui qui nous attend, faire tomber nos masques et retourner notre cœur vers le Seigneur qui nous aime afin de nous remettre à Lui comme une offrande à purifier et à transformer§2100.
L’oraison est la prière de l’enfant de Dieu, du pécheur pardonné qui consent à accueillir l’amour dont il est aimé et qui veut y répondre en aimant plus encore 1. Mais il sait que son amour en retour est celui que l’Esprit répand dans son cœur, car tout est grâce de la part de Dieu. L’oraison est la remise humble et pauvre à la volonté aimante du Père en union de plus§2822 en plus profonde à son Fils bien-aimé.
Ainsi l’oraison est-elle l’expression la plus simple du mystère de la prière. L’oraison est un don, une grâce ; elle ne peut être accueillie que dans l’humilité et la pauvreté. L’oraison est une relation d’alliance établie par Dieu au fond de notre être 1. L’oraison est communion : la Trinité Sainte y conforme l’homme§2259, image de Dieu, « à sa ressemblance ».
La contemplation est regard de foi, fixé sur Jésus. « Je L’avise et Il m’avise », disait, au temps de son saint curé, le paysan d’Ars en prière devant le Tabernacle a. Cette attention à Lui est renoncement au « moi ». Son regard purifie le cœur. La lumière du regard de Jésus illumine les yeux de notre§521 cœur ; elle nous apprend à tout voir dans la lumière de sa vérité et de sa compassion pour tous les hommes. La contemplation porte aussi son regard sur les mystères de la vie du Christ§1380. Elle apprend ainsi « la connaissance intérieure du Seigneur » pour L’aimer et Le suivre davantage b.
L’oraison est silence§498, ce « symbole du monde qui vient » a ou « silencieux amour » (saint Jean de la Croix). Les paroles dans l’oraison ne sont pas des discours mais des brindilles qui alimentent le feu de l’amour. C’est dans ce silence, insupportable à l’homme§533 « extérieur », que le Père nous dit son Verbe incarné, souffrant, mort et ressuscité, et que l’Esprit filial nous fait participer à la prière de Jésus.
L’oraison est une communion d’amour porteuse de Vie pour la multitude, dans la mesure où elle est consentement à demeurer§165 dans la nuit de la foi. La Nuit pascale de la Résurrection passe par celle de l’agonie et du tombeau. Ce sont ces trois temps forts de l’Heure de Jésus que son Esprit (et non la « chair qui est faible ») fait vivre dans l’oraison. Il faut§2730 consentir à « veiller une heure avec lui » 1.
