« Or, comme approchait le temps où il devait être emporté de ce monde, Jésus prit résolument le chemin de Jérusalem » 1. Par cette décision, il signifiait qu’il montait à Jérusalem prêt à mourir. À trois reprises il avait annoncé sa passion et sa Résurrection 2. En se dirigeant vers Jérusalem, il dit : « Il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem » 3.
Jean 13, 1
Avant la fête de Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin.Lire Jean 13 en entier
Paragraphes du Catéchisme citant ce verset (11)
En épousant dans son cœur humain l’amour du Père pour les hommes, Jésus « les a aimés jusqu’à la fin » 1 « car§478 il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » 2. Ainsi dans la souffrance et dans la mort, son humanité est§515 devenue l’instrument libre et parfait de son amour divin qui veut le salut§272§539 des hommes 3. En effet, il a librement accepté sa passion et sa mort par amour de son Père et des hommes que Celui-ci veut sauver : « Personne ne m’enlève la vie, mais je la donne de moi-même » 4. D’où la souveraine liberté du Fils de Dieu quand il va lui-même vers la mort 5.
C’est « l’amour jusqu’à la fin » 1 qui confère sa valeur de rédemption et de réparation, d’expiation et de satisfaction au sacrifice du Christ. Il nous a tous connus et aimés dans l’offrande de sa vie 2. « L’amour§478 du Christ nous presse, à la pensée que, si un seul est mort pour tous, alors tous sont morts » 3. Aucun homme, fût-il le plus saint, n’était en mesure de prendre sur lui les péchés de tous les hommes et de s’offrir en sacrifice pour tous. L’existence dans le Christ de la Personne divine du Fils, qui dépasse et, en même§468 temps, embrasse toutes les personnes humaines, et qui le constitue Tête de toute l’humanité, rend possible son sacrifice rédempteur§519 pour tous.
Enfin vient l’Heure de Jésus 1 : Jésus remet son esprit entre les mains du Père 2 au moment où par sa Mort il est vainqueur de la mort, de sorte que, « ressuscité des morts par la Gloire du Père » 3, il donne aussitôt l’Esprit Saint en « soufflant » sur ses disciples 4. À partir de cette Heure, la mission du Christ et de l’Esprit devient la mission de l’Église : « Comme§850 le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » 5.
Dans la Liturgie de l’Église le Christ signifie et réalise principalement son Mystère pascal. Durant sa vie terrestre, Jésus annonçait par son enseignement et anticipait par ses actes son Mystère pascal. Quand son Heure est venue 1, il vit l’unique événement de l’histoire qui ne passe pas : Jésus meurt, est enseveli, ressuscite d’entre les morts et est assis à la droite du Père « une fois pour toutes » 2. C’est un événement réel, advenu dans notre histoire, mais il est unique : tous les autres événements de l’histoire arrivent une fois, puis ils passent, engloutis dans le passé. Le Mystère pascal du Christ, par contre, ne peut pas rester seulement dans le passé, puisque par sa Mort il a détruit la mort, et que tout§519 ce que le Christ est, et tout ce qu’Il a fait et souffert pour tous les hommes, participe de l’éternité divine et surplombe ainsi tous les temps et y est rendu présent. L’Événement de la Croix et de la Résurrection demeure§1165 et attire tout vers la Vie.
Le Seigneur, ayant aimé les siens, les aima jusqu’à la fin. Sachant que l’heure était venue de partir de ce monde pour retourner à son Père§610, au cours d’un repas, il leur lava les pieds et leur donna le commandement de l’amour 1. Pour leur laisser un gage de cet amour, pour ne jamais s’éloigner des siens et pour les rendre participants de sa Pâque, il institua l’Eucharistie comme mémorial§611 de sa mort et de sa résurrection, et il ordonna à ses apôtres de le célébrer jusqu’à son retour, « les établissant alors prêtres du Nouveau Testament » a.
Il est hautement convenable que le Christ§2715 ait voulu rester présent à son Église de cette façon unique. Puisque le Christ allait quitter les siens sous sa forme visible, il voulait nous donner sa présence§669 sacramentelle ; puisqu’il allait s’offrir sur la Croix pour nous sauver, il voulait que nous ayons le mémorial de l’amour dont il nous a aimés « jusqu’à la fin » 1, jusqu’au don de sa vie. En effet, dans sa présence eucharistique il reste mystérieusement au milieu de nous comme celui qui§478 nous a aimés et qui s’est livré pour nous 2, et il le reste sous les signes qui expriment et communiquent cet amour :
L’Église et le monde ont un grand besoin du culte eucharistique. Jésus nous attend dans ce sacrement de l’amour. Ne refusons pas le temps pour aller Le rencontrer dans l’adoration, dans la contemplation pleine de foi et ouverte à réparer les fautes graves et les délits du monde. Que ne cesse jamais notre adoration 1.
À ceux qui vont quitter cette vie, l’Église offre, en plus de l’Onction des malades, l’Eucharistie comme viatique. Reçue à ce moment§1392 de passage vers le Père, la Communion au Corps et au Sang du Christ a une signification et une importance particulières. Elle est semence de vie éternelle et puissance de résurrection, selon les paroles du Seigneur : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et moi, je le ressusciterai au dernier jour » 1. Sacrement du Christ mort et ressuscité, l’Eucharistie est ici sacrement du passage de la mort à la vie, de ce monde vers le Père 2.
Jésus fait de la charité le commandement nouveau 1. En aimant les siens « jusqu’à la fin » 2, il manifeste l’amour du Père qu’il reçoit§1370. En s’aimant les uns les autres, les disciples imitent l’amour de Jésus qu’ils reçoivent aussi en eux. C’est pourquoi Jésus dit : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour » 3. Et encore : « Voici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » 4.
Ainsi prennent vie les paroles du Seigneur sur le pardon, cet Amour qui aime jusqu’à l’extrême de l’amour 1. La parabole du serviteur impitoyable, qui couronne l’enseignement du Seigneur sur la communion ecclésiale 2, s’achève sur cette parole : « C’est ainsi que vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur ». C’est là, en effet, « au fond du cœur » que tout se noue et se dénoue§368. Il n’est pas en notre pouvoir de ne plus sentir et d’oublier l’offense ; mais le cœur qui s’offre à l’Esprit Saint retourne la blessure en compassion et purifie la mémoire en transformant l’offense en intercession.
